Le point Vétérinaire n° 257 du 01/07/2005
 

REPRODUCTION BOVINE

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NOUVEAUTÉS

Béatrice Bouquet

42, place du Grand-Marché
80100 Abbeville

Dans le Calvados, des protocoles “avortement” restreints et complets sont proposés pour améliorer le diagnostic et motiver les éleveurs.

Depuis que la brucelles bovine après que disparu du territoire français, la tendance des éleveurs à demander des analyses lors d’avortement s’est infléchie. La brucellose reste toutefois réglementée, c’est pourquoi l’État a entrepris, à travers la visite sanitaire annuelle, de resensibiliser les éleveurs à l’importance de la déclaration des avortements. D’autres solutions émergent, issues d’une concertation entre représentants d’éleveurs, de vétérinaires et de biologistes, pour l’ensemble des maladies abortives les plus fréquentes sur notre territoire. Par exemple, dans le Calvados, département d’élevage mixte à dominance laitière, le groupement de défense sanitaire (GDS), le groupement technique vétérinaire (GTV) et les laboratoires d’analyses se sont concertés. Ils proposent depuis 2002 un protocole de recherche systématisante, mais non obligatoire. Les résultats ont été présentés lors des dernières journées des GTV, à Nantes du 25 au 27 mai derniers, par Pierre-Hugues Pitel, du laboratoire départemental Frank Duncombe (Caen).

Deux protocoles : complet ou restreint

Deux protocoles peuvent être mis en place : l’un “restreint” et l’autre “complet” (voir la FIGURE “Fiche de demande d’analyses complémentaires dans le cadre des protocoles “avortement” dans le Calvados”). La mise en œuvre des analyses selon ces protocoles est soutenue financièrement. Les frais engagés par l’éleveur sont intégralement remboursés par le GDS.

Les considérations pratiques ont été intégrées à la réflexion, et une proposition de contenu de “colis avortement” a été faite. Elle inclut une boîte isotherme, des pots et des tubes, un pack réfrigérant et un formulaire de déclaration. L’idée est en effet d’améliorer aussi la qualité du matériel biologique envoyé au laboratoire.

Augmenter le nombre et la qualité des fœtus acheminés lors d’une demande de protocole complet, pour éviter de devoir “déclasser” la demande, nécessite une bonne communication.

Améliorer le temps d’acheminement permet en outre de rechercher Listeria (délai inférieur à 48 heures sur placenta) et d’augmenter la probabilité de détection virale. Des accords ont été passés avec des transporteurs privés pour un acheminement rapide.

Les déclarations d’avortement augmentent

Si le protocole complet a la faveur des épidémiologiques, le protocole restreint est actuellement le plus entrepris, pour des raisons essentiellement pratiques : il ne nécessite pas l’envoi du fœtus. Or, le fœtus n’est pas toujours retrouvé, du moins dans un état exploitable, et son acheminement jusqu’au laboratoire n’est pas aisé. Le protocole restreint est centré sur la sérologie (brucellose, fièvre Q, chlamydiose, néosporose, IBR) en plus des analyses bactériologiques brucellose, listériose et salmonellose. Il est facturé deux fois moins cher que le protocole complet.

Les résultats en termes d’encouragement à la recherche sont bons : après la mise en place des protocoles, les déclarations d’avortement avec recherche de l’agent causal ont augmenté (voir le TABLEAU “Nombre de déclarations d’avortements et de protocoles d’analyses dans le Calvados entre 2002 et 2004”).Le protocole complet reste toutefois encore trop rarement demandé de l’avis des différents partenaires : environ 5 % des demandes. Pour l’avenir, le laboratoire souhaiterait améliorer ce chiffre, tout en étant conscient des difficultés pratiques. L’objectif est de faire descendre le seuil de « « 50 % des avortements non élucidés » » observé jusqu’à la mise en place des protocoles.

Surtout Neospora caninum et Coxiella burnetii

L’objectif épidémiologique est également atteint : les résultats ont montré le rôle majeur de deux agents abortifs : Neospora caninum et Coxiella burnetii, ce qui relativise le rôle des Chlamydia et surtout des virus de l’IBR et du BVD, (recherchés uniquement dans protocoles complets) (voir le TABLEAU “Résultats IBR/BVD dans les “protocoles avortements Calvados” entre 2002 et 2004”).Bien que peu nombreuses, les recherches systématiques de listériose et de salmonellose restent essentielles dans un département à prédominance laitière. L’identification de ces germes lors d’avortement a ainsi constitué, à plusieurs reprises, le signal d’alerte d’infection dans le cheptel. Le protocole est régulièrement révisé, avec, par exemple, l’ajout de Neospora au protocole restreint dès 2003, au vu des résultats de 2002. En outre, la recherche IBR devrait disparaître du protocole restreint, en raison de la faible prévalante obtenue ces dernières années pour cet agent, ainsi que la sérologie chlamydes compte tenu des difficultés d’interprétation rencontrées. En revanche, la recherche du virus BVD sera systématiquement entreprise par PCR. Les techniques de biologie moléculaire améliorent en effet l’identification d’agent infectieux à isolement difficile (Coxiella, Chlamydophila, Neospora, etc.).

Pour Coxiella par exemple, le laboratoire a effectué une recherche systématique d’ADN dans cent cinquante placentas de bovins. Le taux de positivité se révèle statistiquement supérieur à ce qui est détecté par coloration de Stamp. De même, la corrélation entre sérologie et PCR n’est pas bonne, au moins pour les sérologie “instantanées”, car il n’a pas été possible d’obtenir des échantillons de sang trois semaines après les avortements pour réaliser des cinétiques d’anticorps, sans doute plus pertinentes. Pour Coxiella comme pour la chlamydes, le laboratoire encourage les praticiens à interpréter les résultats sérologiques obtenus dans le cadre des protocoles comme des reflets de la circulation de ces agents pathogènes dans le cheptel plutôt que comme des confirmations de leur implication dans l’avortement (voir le TABLEAU “Résultats sérologiques des protocoles complémentaires avortements dans le Calvados en 2004”).

Pour Chlamydia psittaci, le point faible de la sérologie ne semble pas être un manque de sensibilité mais une mauvaise spécificité. L’existence de réactions croisées avec Chlamydia pecorum doit inciter à la prudence lorsque des résultats sérologiques positifs sont obtenus car le rôle de ce pathogène en tant qu’agent abortif reste à préciser.

Selon d’autres sources françaises, la recherche de Neospora par PCR serait corrélée dans environ 85 % des cas à la présence de lésions compatibles. Or, d’après les résultats sérologiques, ce protozoaire pourrait être une cause d’avortement majeure dans le département du Calvados. Le coût de la PCR limite cependant son utilisation.

Adapté au contexte local

En définitive, la vocation de ces protocoles n’est pas d’être universels, mais ils sont le fruit d’une réflexion concertée, adaptée au contexte local et à l’historique des résultats “avortements” dans un département. Parfois, les inquiétudes locales des éleveurs par rapport à une maladie particulière sont à prendre en considération dans l’élaboration du protocole, au moins jusqu’à ce que les résultats des analyses valident ou réfutent l’importance réelle de l’agent abortif redouté, témoigne Pierre-Hugues Pitel.

L’existence de ces outils ne doit toutefois pas faire oublier les causes non infectieuses d’avortement : excès d’azote soluble en début degestation, carences en iode, en sélénium, voire en cuivre. Le choix des analyses reste en définitive le fruit de la discussion entre un éleveur et un vétérinaire suite à l’analyse du contexte de l’élevage considéré. L’existence d’un “canevas de base” peut néanmoins faciliter la décision car il intègre notamment la connaissance qu’ont les laboratoires des sensibilités et spécificité des diverses techniques de détection actuellement disponibles pour les agents abortifs.

Source : PH Pitel et coll. Les avortements : que trouve le laboratoire départemental du Calvados ? Journées Nationales Group. Tech Vet Nantes. 25 au 27 mai 2005.

Fiche de demande d’analyses complémentaires dans le cadre des protocoles “avortement” dans le Calvados

Le protocole complet n’est possible que lorsque le fœtus est envoyé, en bon état, avec un prélèvement de sang de la mère sur tube sec. Le protocole restreint est mis en œuvre lorsque le fœtus envoyé est trop autolysé ou endommagé (prédation) ou lorsque seuls des morceaux de placenta sont envoyés.

Résultats IBR/BVD dans les “protocoles avortements Calvados” entre 2002 et 2004

Analyses virologiques par culture cellulaire sur organes d’avortons à partir des protocoles complets (sauf(1) : à partir d’une demande supplémentaire lors d’un protocole restreint).

Nombre de déclarations d’avortements et de protocoles d’analyses dans le Calvados

Le Calvados compte 430 000 bovins. Les analyses dans le cadre des protocoles mis en place sont en hausse, alors que les déclarations officielles d’avortement sont en baisse globale.

Résultats sérologiques des protocoles complémentaires “avortements dans le Calvados” en 2004

Les résultats sérologiques ne reflètent pas fidèlement l’incidence réelle des différents agents pathogènes impliqués dans les avortements, en raison d’erreurs possibles par excès (sérologie chlamydiose par exemple) ou par défaut (fièvre Q).