Le point Vétérinaire n° 257 du 01/07/2005
 

EXAMENS COMPLÉMENTAIRES LORS D’AFFECTIONS RESPIRATOIRES

Pratiquer

EN IMAGES

Raphaël guatteo*, Nora Cesbron**, Sébastien Assié***, Alain Douart****


*Unité de médecine des animaux d’élevage, École nationale vétérinaire de Nantes

L’aspiration transtrachéale est un acte facile qui nécessite un choix raisonné des animaux à prélever. Le prix du cathéter peut être un facteur limitant.

L’aspiration transtrachéale (ATT) est une technique extrêmement utile pour le diagnostic des affections respiratoires profondes des bovins. Elle permet l’identification et l’isolement de bactéries ou de virus présents dans l’appareil respiratoire profond. Elle ne nécessite aucune sédation et se révèle peu traumatique.

Elle consiste à introduire un cathéter dans la trachée, qui permet d’injecter du sérum physiologique, puis de récolter du liquide qui est ensuite analysé.

Cette technique, développée à l’origine chez le cheval, est aisément réalisable chez les bovins. Les deux contraintes liées à la réalisation de cet acte sont la contention (animaux d’un poids supérieur à 100 kg) et le coût du matériel nécessaire. Le prix unitaire d’un cathéter est ainsi d’environ 6 €HT. Il convient également de surmonter l’appréhension de la ponction de la trachée.

Choix des animaux à prélever

Le candidat idéal à prélever varie selon que des virus ou des bactéries sont recherchés en priorité.

Lors de recherche virale, les animaux sont choisis de préférence en début de phase clinique, c’est-à-dire lorsqu’ils présentent une hyperthermie et un jetage séreux. Il est recommandé dans ce cas d’associer à l’aspiration un écouvillonage nasopharyngé profond.

Si des agents bactériens sont recherchés, les bovins prélevés sont choisis parmi ceux qui présentent les signes les plus évocateurs d’une affection bactérienne, en particulier un jetage mucopurulent. Ils ne doivent pas, si possible, avoir reçu au préalable un traitement antibiotique.

L’interprétation des résultats est plus facile et plus pertinente si l’ATT est réalisée sur un lot d’animaux soumis aux mêmes facteurs de risques (microbiens et environnementaux). En pratique, il est conseillé de prélever 10 à 20 % des animaux au sein d’un lot malade. Un mélange des liquides récoltés est envisageable au laboratoire afin de diminuer les coûts d’analyse.

Complications

Peu de complications sont à redouter.

Des hématomes et de légers emphysèmes peuvent apparaître sur la zone de ponction.

Si le prélèvement semble trop contaminé par du sang, il est préférable de recommencer l’opération en ponctionnant plus ventralement.

D’autres examens complémentaires sont décrits dans le cadre des maladies respiratoires bovines. Un lavage broncho-alvéolaire peut ainsi être informatif, mais nécessite une anesthésie générale selon notre expérience. La procédure est alors lourde. Chez un animal vigile, le risque que le prélèvement soit contaminé est plus élevé. Une biopsie pulmonaire est également réalisable chez les bovins atteints d’affections respiratoires mais le coût du matériel (Biopsy Punch®) et de l’analyse histologique consécutive sont des facteurs limitants.

Remerciements à Jean-Paul guédas.

  • 1 - Douart A, Lemarchand F, Assié S. L’aspiration transtrachéale chez les bovins. Bull. gTV. 2001 ; 12 : 13-16.
  • 2 - Espinasse J, Alzieu JP, Papageorgiou C et coll. Use of transtracheal aspiration to identify pathogens in pneumonic calves. Vet. Record. 1991 ; 129(15): 339.
  • 3 - Pringle JK. Ancillary testing for the ruminant respiratory system. Vet. Clin. North. Am. Food. Anim. Pract. 1992 ; 8 : 243-256.
  • 4 - Radostits O, gay CC, Blood DC et coll. Veterinary Medicine. 9th ed. WB Saunders ed., New-York. 2000 : 1877p.
  • 5 - Viso M, Espinasse J, Laval A. L’aspiration transtrachéale chez les bovins : technique et traitement des échantillons prélevés au laboratoire. Rec. Méd. Vét. 1983 ; 159 : 1059-1064.

Conditionnement Le liquide est transféré dans un tube sec stérile à l’aide d’une aiguille à usage unique. Le tube est identifié. Idéalement, il est conseillé d’envoyer le prélèvement dans la journée au laboratoire d’analyses sous couvert du froid positif (+ 4 °C). Les titres en pasteurelles restent stables durant quarante-huit heures et ceux en mycoplasmes pendant quatre-vingt-seize heures.

Cathéter et mandrin L’aspiration est réalisée en mettant en place un cathéter stérile à usage unique, de 1,5 mm de diamètre et de 75 cm de long (coût unitaire de 6 € HT).

Cathéter et mandrin L’aspiration est réalisée en mettant en place un cathéter stérile à usage unique, de 1,5 mm de diamètre et de 75 cm de long (coût unitaire de 6 € HT).

Autre matériel Une poche à perfusion d’un litre de sérum physiologique ou de lactate de Ringer, deux aiguilles stériles, une seringue de 50 ml et des tubes secs stériles pour prélèvement sanguin sont également nécessaires. Le matériel de préparation chirurgicale du site de ponction n’est pas représenté.

Contention Pour réaliser une aspiration transtrachéale chez un bovin d’un poids inférieur à 100 kg, le simple maintien de l’encolure tendue vers le haut par un aide est généralement suffisant. Pour des bovins d’un poids supérieur (taurillons par exemple), une contention élaborée, qui doit laisser accès à l’encolure de l’animal, est nécessaire. Un cornadis ou un travail peuvent convenir, mais il existe un risque d’étranglement en cas de chute. La sédation n’est pas conseillée, car les bovins prélevés sont généralement atteints d’affections respiratoires profondes qui rendent délicate l’utilisation d’(2-sympathomimétiques par exemple (xylazine). Une anesthésie locale du point de ponction est en pratique inutile si la contention est assurée.

Choix de la zone de ponction Afin de repérer la zone privilégiée, l’encolure du bovin est maintenue dans l’axe de l’animal et le mufle vers le haut, de façon à dégager l’accès à la trachée. Aucune étude ne met en avant une zone à privilégier, en termes de distance par rapport au larynx par exemple. Il est conseillé de réaliser la ponction du côté droit afin d’éviter de léser l’œsophage.

Repérage Il est préférable de se désinfecter les mains avant de pratiquer un tel acte et le port de gants est recommandé. La zone de ponction est rasée (ou tondue), puis désinfectée à l’aide de dérivés iodés. Si le praticien est droitier, il saisit la trachée entre les doigts de sa main gauche et identifie un espace entre deux anneaux trachéaux à l’aide des doigts de la main droite. La traversée de la peau pouvant endommager le cathéter et notamment couder la tubulure, certains auteurs conseillent de réaliser préalablement une légère incision cutanée au niveau de la zone de ponction.

Insertion Le trocart est introduit de manière franche et perpendiculairement à la trachée. L’ouverture du trocart est orientée ventralement par rapport au bovin pour faciliter au maximum le coulissement du cathéter. Une fois la trachée traversée, il convient de rabattre le mandrin parallèlement à la peau.

Coulissement Le cathéter est enfoncé progressivement (toujours placé dans sa gaine stérile) dans le trocart en place. La progression du cathéter ne soulève en principe aucune difficulté. En cours de réalisation, le cathéter peut toutefois venir se coller à la paroi de la trachée et empêcher la progression. Faire pivoter légèrement le trocart suffit le plus souvent à rétablir la progression. L’arrivée du cathéter au carrefour trachéobronchique (après un parcours de 40 à 50 cm) est le plus souvent accompagnée d’une toux réflexe : le praticien peut se servir de ce repère pour stopper la progression du cathéter.

Injection Il convient alors d’injecter rapidement 50 ml de sérum physiologique (tiédi de préférence) et de réaspirer aussitôt. Il convient de ne pas aspirer trop fort pour éviter que le piston de la seringue ne se désolidarise du dispositif d’aspiration (le prélèvement s’écoule alors par terre). La seringue et le cathéter peuvent être placés en zone déclive afin de faciliter la récolte du liquide.

Aspiration La quantité de liquide recueilli est de 4 à 5 ml, mais 1 à 2 ml suffisent généralement, sachant que le liquide récolté contient environ 1 ml du sérum physiologique injecté. Il arrive de ne rien récolter. La procédure peut être renouvelée au moins une fois, en réinjectant 50 ml.