Le point Vétérinaire n° 256 du 01/06/2005
 

ANTIPARASITAIRE À SPECTRE LARGE

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

4, square de Tourville
44470 Carquefou

La moxidectine, endectocide, et l’imidaclopride, antipuces, sont associés dans un spot-on pour chiens et chats au spectre antiparasitaire large.

À la fois antiparasitaire externe et interne, le nouveau spot-on d’imidaclopride et de moxidectine (Advocate©, Bayer) présente de nombreuses indications : les puces des chiens et des chats, les nématodes (ascaris et ankylostomes chez le chien et le chat, trichures chez le chien), la gale d’oreille à Otodectes cynotis chez le chien et chez le chat, la gale sarcoptique chez le chien, la prévention de la dirofilariose chez le chien et chez le chat, et la démodécie canine.

Un spectre plus large chez le chien

Ce spectre d’indications est similaire chez le chat à celui d’un autre spot-on endectocide à base de sélamectine (Stronghold©, Pfizer).

Chez le chien en revanche, le nouveau spot-on dispose de trois indications supplémentaires : la démodécie, les ankylostomes et les trichures.

Ce spot-on est la combinaison en une seule formulation de deux molécules très différentes. L’imidaclopride est déjà connu pour son activité antipuces dans d’autres spot-on (Advantage©, Advantix©). Cette activité n’est ni améliorée, ni diminuée par l’ajout de la moxidectine.

La nouvelle moxidectine

L’ajout de la moxidectine endectocide constitue la nouveauté de ce spot-on. Cette milbémycine développée par Fort-Dodge n’était jusqu’à présent pas commercialisée en France chez les chiens et les chats, mais seulement chez les ruminants (Cydectine©) et les équidés (Equest©).

La moxidectine est à l’origine de toutes les indications d’Advocate©, à l’exception de celle contre les puces.

Le mode d’action et les profils cinétique et toxicologique de la moxidectine sont très différents de l’imidaclopride. Ce dernier ne pénètre pas dans le sang du chien ou du chat, mais diffuse en 24 heures environ sur toute la couche cornée lipidique et imperméable de l’animal. Il agit sur les récepteurs post-synaptiques spécifiques aux arthropodes par simple contact avec la puce. L’imidaclopride n’est donc presque pas toxique chez les mammifères.

Un effet systémique

La moxidectine est en revanche résorbée dans le sang qui en assure la distribution dans les tissus adipeux, dont les structures cutanées lipidiques. Les récepteurs cibles des endectocides ne sont pas retrouvés chez les mammifères, sauf dans le système nerveux central. Ces molécules ne peuvent normalement pas franchir la barrière hématoméningée. Toutefois, les chiens des races colley et apparentées, porteurs homozygotes du gène MDR1/MDR1, peuvent présenter une sensibilité génétique aux endectocides. Chez ces individus, le passage dans le système nerveux central des endectocides et de nombreuses autres molécules est possible et peut être à l’origine d’une toxicité. Pour ces individus sensibles, une application topique d’Advocate© ne s’accompagne toutefois pas d’effet indésirable (même jusqu’à cinq fois la dose maximale prévue de 6,25 mg/kg). Il convient surtout d’éviter l’ingestion accidentelle car l’ingestion de 40 % de la dose topique chez des individus sensibles peut conduire à observer des signes neurologiques sévères. L’ingestion d’un dixième de la dose ne provoque pas d’effet indésirable. Sur le terrain, lors d’un essai américain spécifique sur 196 chiens de type colleys (dont 125 traités par Advocate©), il n’a pas été observé d’effet indésirable imputable au traitement. Chez les chats, le léchage de la solution topique peut provoquer une hypersalivation « immédiatement après le traitement et qui disparaît sans traitement en quelques minutes » indique le résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP). Une application à la base du cou entre les omoplates permet d’éviter ce léchage.

Doses pour un effet maximal sur les ascaris

Les doses d’emploi de la moxidectine, au moins 1 mg/kg chez le chat et 2,5 mg/kg chez le chien, ont été déterminées pour obtenir l’efficacité maximale contre les ascaris, qui constituent les parasites “dose-limitants”. En pratique, la concentration de 1 % de moxidectine dans les deux spot-on chat aboutit à des applications de 1 à 2 mg/kg et celle de 2,5 % dans les quatre spot-on chien à des doses comprises entre 2,5 et 6,25 mg/kg selon le poids de l’animal. L’efficacité de ces doses a été démontrée sur toutes les indications afin de vérifier que cet endectocide n’entravait pas l’efficacité de l’imidaclopride. Compte tenu de la multiplicité des indications, plus de cinquante études cliniques différentes ont ainsi été présentées dans le dossier d’AMM (infestations expérimentales ou naturelles, en stations ou sur le terrain).

Action sur les larves L4 des nématodes

La moxidectine en spot-on permet d’obtenir l’élimination de 97 à 100 % des nématodes gastro-intestinaux adultes (ascaris, ankylostomes et trichures).

Sur les ascaris (à l’exception de Toxascaris leonina) et les ankylostomes, une efficacité du même ordre ou un peu inférieure est observée sur les larves L4 et les adultes immatures. Ces larves L4 ne sont toutefois pas les larva migrans (L2 et L3) à l’origine de la migration somatique, mais sont localisées dans la lumière digestive de leurs hôtes.

Contre la démodécie

La démodécie est l’indication la plus intéressante de ce spot-on, car il permet un traitement à la fois facile (une application mensuelle pendant deux à quatre mois) et économiquement accessible (au maximum 15 € TTC/pipette, prix public).

L’essai clinique multicentrique comparatif a retenu comme traitement de référence l’administration quotidienne de comprimés d’Interceptor©, à base de milbémycine oxime (0,5 à 1 mg/kg/j), avec le même critère de guérison parasitaire et d’arrêt du traitement (deux raclages négatifs successifs). Ces raclages ont lieu à J0 (inclusion et début du traitement), J28, J56, J84, J112 et J140. Une guérison parasitologique est observée dans 87 % des cas avec le spot-on, contre 90 % avec les comprimés. Ce faible écart (non significatif) entre les deux traitements se retrouve dans le score clinique et l’étendue des lésions.

Les insuffisances

Le nouveau spot-on est donc un antiparasitaire aux multiples usages (voir le TABLEAU “Indications, protocoles et principaux résultats d’Advocate© chez le chien”). Il permet d’éliminer par un seul geste les puces et les nématodes. Il n’est toutefois pas efficace sur les tiques, ni sur les cestodes. Advocate© n’est donc pas le meilleur des APE (antiparasitaire externe), ni le meilleur des API (antiparasitaire interne).

La forme spot-on endectocide reste toutefois d’une facilité d’emploi inégalée, par exemple chez le chat chez lequel l’administration de vermifuges oraux est parfois difficile.

Pour le traitement des gales ou de la démodécie, le traitement nécessite un diagnostic parasitologique, donc une prescription ciblée. Contrairement au marché des APE en vente libre sans ordonnance, ce spot-on devrait donc rester un médicament sur prescription, aussi bien sur le plan réglementaire (la moxidectine est une substance vénéneuse de la liste I) que sur le plan médical (diagnostic parasitologique et suivi).

En savoir plus

Rapport d’évaluation de l’Agence européenne du médicament sur Advocate©

(http ://www.emea.eu.int/index/indexv1.htm).

Indications, protocoles et principaux résultats d’Advocate© chez le chien

Les pourcentages d’efficacité parasitaire correspondent au taux moyen de diminution du nombre de parasites chez des individus traités par rapport à des individus non traités. L’absence de parasites chez les traités correspond à 100 % d’efficacité. Seules quelques-unes des études cliniques sont synthétisées ici.