Le point Vétérinaire n° 255 du 01/05/2005
 

ABSENCE DE LIMITE MAXIMALE DE RÉSIDUS ET DE MÉDICAMENTS

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Marc Gogny

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes

Le praticien ne dispose que de peu de spécialités pharmaceutiques pour lutter contre la production de “mousse” et relancer la motricité ruminoréticulaire.

Un confrère est appelé en urgence auprès d’une vache qui a “gonflé” rapidement aprèsavoir eu accès à de la luzerne fraîche. Le sondage œsophagien, bien que difficile, est possible, mais la décompression du rumen est lente car la production de mousse limite l’évacuation des gaz. Les trois principaux objectifs du traitement sont alors de lutter contre la production de mousse, de relancer la motricité ruminoréticulaire et de soulager la douleur.

Néométéoryl® : Des antimousses tensioactifs

La seule façon de faire disparaître la mousse qui s’accumule dans le rumen et de limiter sa production ultérieure est d’administrer des agents tensioactifs. Ces agents provoquent une augmentation de la tension superficielle du milieu. Les bulles, soumises à une tension trop élevée, éclatent rapidement et la spume disparaît. Les gaz de fermentation peuvent alors être évacués par la sonde ou par l’éructation dès que la motricité reprend. Leur administration matin et soir pendant deux jours permet de contrôler la production de mousse jusqu’à la disparition des substrats. Le choix de la spécialité Néométéoryl®, qui renferme des glycéridesoléiques polyoxyéthylénés, n’est pas discutable car il s’agit de la seule spécialité pharmaceutique vétérinaire constituée d’agents antimousses actuellement commercialisée en France. Nos confrères britanniques utilisent du poloxalène (Bloat Guard®), non disponible en France. Le temps d’attente est nul pour ces spécialités pharmaceutiques.

Finadyne® : Analgésie, contre un temps d'attente de dix jours

La distension d’un organe creux, notamment du tube digestif, s’accompagne d’une forte stimulation des nocicepteurs. Lors de météorisation, la douleur viscérale s’accompagne probablement d’une douleur thoracique liée aux perturbations hémodynamiques majeures engendrées par la compression de l’aorte abdominale. Cette stimulation est telle qu’une hyperalgésie peut s’installer. L’excitation des nocicepteurs est donc entretenue dans la durée, même après suppression de la distension ruminale. La douleur et l’inquiétude qui l’accompagnent sont à l’origine d’un stress qui entretient l’inhibition de la motricité ruminoréticulaire. La recherche d’une action analgésique fait donc partie des objectifs thérapeutiques. Finadyne® contient de la flunixine, sous forme de sel de méglumine, dont l’effet analgésique est connu. La dose employée ici est suffisante pour garantir une diminution du niveau de douleur pendant plusieurs heures. Une seconde administration le lendemain aurait peut-être été nécessaire. La seule question que soulève le recours à un AINS est le temps d’attente, ici de dix jours. Si l’évolution devait être défavorable, il interdirait l’abattage de l’animal. La décision doit donc être pesée en fonction du bilan clinique. Chez cette vache, la rapidité de l’intervention et la possibilité de passer une sonde ont sans doute encouragé l’administration de flunixine.

Rumigastryl® : Efficacité relative mais sans concurrent

La relance de la motricité des réservoirs gastriques est une priorité qui conditionne l’évolution des troubles, car elle permet l’élimination des gaz produits et la reprise de phénomènes fermentaires normaux. L’écosystème microbien, déséquilibré, peut alors se reconstituer rapidement. Lors de distension marquée, l’inhibition réflexe et durable des centres bulbaires qui contrôlent la motricité doit être combattue.

Rumigastryl® est une spécialité pharmaceutique à base de noix vomique, de propionate de calcium et de propionate de sodium. Le propionate de calcium possède des propriétés antimousse qui complètent l’action de Néométéoryl®. L’acide propionique permet un apport énergétique direct et favorise, à condition de ne pas le surdoser, la reprise de l’activité des centres moteurs. La noix vomique contient des alcaloïdes, comme la strychnine, qui stimulent l’activité des neurones moteurs innervant les réservoirs gastriques. Il existe peu de données sur l’efficacité réelle de cette spécialité pharmaceutique, mais elle est la seule actuellement disponible. Son temps d’attente est nul.

Le métoclopramide (Primpérid®), dont l’efficacité chez les ruminants est pourtant connue, y compris sur les réservoirs gastriques, n’a pas de limite maximale de résidus et est donc interdit d’emploi dans ces espèces.