Le point Vétérinaire n° 255 du 01/05/2005
 

MALADIES INFECTIEUSES DU CHAT

Se former

COURS

Thomas Chuzel*, Thibaut Cachon**


*Domaine de Mercruy
69210 Lentilly
**ENV de Lyon, 1, av. Bourgelat,
69290 Marcy-l'Étoile

Parce qu’il n’existe pas de test pour établir avec certitude une péritonite infectieuse féline (PIF), le praticien doit multiplier les examens pour parvenir au diagnostic. Le traitement est souvent décevant.

Résumé

→ Lors de signes cliniques évocateurs de PIF, l’hématologie et la biochimie étayent la suspicion. La sérologie et la PCR sont peu sensibles et peu spécifiques. Le liquide d’épanchement a un aspect généralement jaune, filant et visqueux. Le test de Rivalta permet de différencier un transsudat modifié d’un exsudat. La mesure des taux de protéines et de globulines, ainsi que la cytologie du liquide d’épanchement sont de bons indicateurs diagnostiques. L’immuno­flurorescence indirecte (IFI) sur les cellules de l’épanchement permet d’établir avec certitude la présence du virus. L’histologie est toutefois l’unique diagnostic de certitude de la maladie (lésions de vascularite et pyogranulomes). Elle est éventuellement complétée par une IFI.

Aucun traitement efficace de la PIF n’est disponible.

L’hygiène permet de limiter son extension en élevage. Il convient en outre d’éviter la surpopulation et de contrôler les introductions.

La péritonite infectieuse féline (PIF) est une maladie dont le tableau clinique est variable et peu spécifique, hormis pour sa forme humide pour laquelle le diagnostic est plus facile. Le recours aux examens complémentaires est donc indispensable au diagnostic.

Un examen clinique rigoureux est néanmoins un préalable indipensable aux examens complémentaires, car la valeur prédictive d’un résultat à un test diagnostique (qui présente par ailleurs une sensibilité et une spécificité satisfaisantes) n’est bonne que s’il est corrélé aux conclusions cliniques (voir l’encadré “Valeurs prédictives d’un test diagnostique”) [a].

Diagnostic différentiel

Suivant le type de péritonite infectieuse féline et la présentation clinique de la maladie, il convient d’envisager différents diagnostics différentiels (voir le TABLEAU “Diagnostic différentiel de la PIF en fonction de l’expression clinique de la maladie”).

Examens complémentaires

1. Analyses sanguines

Ces critères sont peu spécifiques et leurs valeurs prédictives positives sont souvent faibles. Il convient donc de les associer pour étayer le diagnostic. Ainsi, l’association d’une lymphopénie, d’une hyperglobulinémie et d’une sérologie positive (titre > 160) possède une sensibilité de 28,5 % mais une spécificité de 99,5 % [12].

Hématologie

La numération formule révèle le plus souvent une anémie non régénérative modérée et une neutrophilie. La neutrophilie peut néanmoins faire place à une neutropénie en phase terminale ou lors de lésions suraiguës [4].

Une lymphopénie est également présente lors de PIF. La lignée CD4+ est la plus affectée. Une étude récente montre que la lymphopénie est à relier au type de lésions histologiques et au mode d’évolution de la maladie [7]. Elle est en effet plus marquée lors de formes aiguës (évolution rapide, dépôts de fibrine peu organisés, nécrose et présence de nombreux leucocytes). Lors de forme subaiguë (dépôt de fibrine plus organisé, présence de pyogranulomes de grande taille ou de pyogranulomes intraparenchymateux), la lymphopénie est à l’inverse moins sévère. Cette observation semble confirmer le rôle des lymphocytes dans le développement de la maladie.

D’autres modifications comme une monocytose peuvent également être rencontrées lors de PIF (voir le TABLEAU “Valeurs diagnostiques de différents tests suivant les études”) [11].

Biochimie

Les modifications biochimiques varient suivant les organes atteints par le virus. Ainsi, lors de lésions rénales, une augmentation de l’urée et de la créatinine sont observées alors qu’une atteinte hépatique entraîne une augmentation des enzymes hépatiques ainsi qu’une hyperbilirubinémie.

Dans 75 % des formes sèches et 55 % des formes humides, il existe une hyperglobulinémie polyclonale avec une augmentation des fractions alpha 2, bêta 2 et gamma (PHOTO 1). Le rapport albumine/globulines est alors diminué [4].

Sérologie

La sérologie ne permet pas de distinguer les coronavirus responsables de PIF (CoPIF) des coronavirus entéritiques félins (CoEF). Ainsi, une sérologie positive, même à un titre élevé, ne peut en aucun cas permettre de conclure à une PIF. De même, il convient de ne pas exclure une PIF lors de sérologie négative.

La PCR n’est pas plus sensible ou spécifique qu’un titre de sérologie > 1/160. Elle est cependant utile pour rechercher l’ADN de coronavirus dans les tissus ou dans les liquides. Elle est notamment indispensable à la détection des excréteurs permanents [11, 12].

2. Analyse du liquide d’épanchement

Analyse macroscopique

Le liquide d’épanchement est généralement jaune, visqueux et légèrement opaque (PHOTO 2). Il coagule à l’air libre, ce qui signe une forte concentration en protéines.

L’épanchement abdominal lors de cholangio-hépatite suppurée peut toutefois présenter les mêmes caractéristiques macroscopiques que celui de la PIF [4].

Test de Rivalta

Le test de Rivalta peut être utilisé pour différencier les transsudats modifiés des exsudats. Cinq millilitres d’eau distillée sont mélangés avec une goutte d’acide acétique (98 %), puis une goutte du liquide d’épanchement est délicatement déposée à la surface du mélange. Si la goutte disparaît et que la solution reste claire, le test est négatif et il s’agit d’un transsudat. À l’inverse, si la goutte conserve sa forme et reste en surface ou descend doucement au fond du tube, le test est positif et met en évidence un exsudat. Ce test possède une sensibilité de 98 % et une spécificité de 80 % [5].

Protéines

La concentration en protéines est généralement élevée (> 35 g/l) dans les épanchements liés à la PIF. Il contient en outre une concentration élevée de globulines et le rapport albumine/ globulines est souvent effondré [6]. Ces paramètres constituent certainement l’un des meilleurs outils diagnostiques pour la PIF.

L’association d’une concentration en protéines supérieure à 35 g/l et d’une fraction de globuline supérieure à 50 % a ainsi une sensibilité de 100 % et une spécificité de 90 %. Ces valeurs ont toutefois été établies à partir d’une population féline non affectée par des cholangiohépatites, maladie la plus proche de la PIF dans son expression clinique [12].

Cytologie

L’examen cytologique est un outil intéressant pour le diagnostic de la PIF lors de forme humide. La grande majorité des épanchements liés à la PIF ont une cellularité modérée : de 2000 à 6 000 cellules/µl, pouvant parfois atteindre 25 000 cellules/µl. Cette effusion est caractérisée par une majorité de neutrophiles non dégénérés (60 à 80 %) et par la présence de petits lymphocytes, de macrophages et de cellules mésothéliales. Le fond de la lame est souvent rose et granuleux en coloration de May-Grünwald-Giemsa ou Diff-quick. Cet aspect est un signe d’hyperglobulinémie : les globulines présentes dans l’épanchement précipitent et prennent la coloration.

L’examen cytologique est donc indiqué lors de suspicion de PIF : il présente une sensibilité de 89,8 % et une spécificité de 70,9 %.

Immunofluorescence indirecte

La mise en évidence du virus par immunofluorescence indirecte au sein des cellules du liquide d’épanchement est l’un des tests les plus utiles pour le diagnostic de la PIF. Il présente en effet une sensibilité de 94,9 % et une spécificité de 100 % [7]. Ce test n’est toutefois disponible que dans certains centres spécialisés. Comme pour les analyses sanguines, il convient d’associer ces différents examens pour avoir des valeurs prédictives positive et négative élevées.

Les analyses du liquide d’épanchement sont plus sensibles et plus spécifiques que les analyses sanguines. Il convient donc de toujours rechercher la présence d’une effusion, même minime, lors de suspicion de PIF. Lors de PIF sèche, l’échographie abdominale est ainsi le premier examen complémentaire à réaliser car un petit volume de liquide d’épanchement est souvent présent même dans cette forme clinique [5].

3. Diagnostic des autres formes

Formes nerveuses

Outre les examens précédents, l’analyse du liquide céphalorachidien est primordiale pour le diagnostic de PIF lors de symptômes nerveux. La cellularité et le taux de protéines sont variables selon les animaux. Ces tests sont donc peu utiles au diagnostic. Dans une étude portant sur seize chats atteints de PIF avec des troubles nerveux, des modifications marquées de la cellularité et du taux de protéines (> 30 µg/l) ne sont mises en évidence que chez quatre animaux [3].

L’examen sérologique effectué sur le LCR semble être plus utile. Dans la même étude en effet, la sérologie sur LCR est positive chez quinze chats sur seize, alors qu’aucun anticorps anti-coPIF n’est détecté dans le LCR des chats sains.

La PCR est en revanche moins sensible que la sérologie : elle n’est positive que chez 31 % des chats atteints de PIF dans cette étude. Cette faible sensibilité peut être expliquée par la faible cellularité du LCR, mais aussi par le faible taux de virus retrouvé au sein du système nerveux à l’histologie [3].

La présence du virus de la PIF est caractérisée, entre autres, par une vascularite : dans le système nerveux, elle provoque principalement des ventriculites, qui peuvent entraîner des hydrocéphalies et des épendymites. L’IRM est un bon moyen de visualiser ces lésions. L’étendue des lésions objectivées à l’IRM est comparable à celle notée lors de l’examen histologique, mais n’est pas corrélée à la clinique [2].

Formes oculaires

Le diagnostic des formes oculaires de PIF est difficile. La cytologie et la concentration en protéines de l’humeur aqueuse ne sont pas assez spécifiques pour être utilisées comme un outil diagnostique. De même, la PCR sur l’humeur aqueuse ne semble pas donner de bons résultats. Dans une étude portant sur seize chats atteints de lésions neurologiques et oculaires de PIF, le virus n’a pas pu être mis en évidence par PCR sur l’humeur aqueuse. Le diagnostic ante mortem est donc fondé sur une combinaison de signes cliniques et biologiques [1].

4. Histologie

L’histologie est l’unique diagnostic de certitude de la maladie. Les lésions caractéristiques de la PIF sont la vascularite et les pyogranulomes [4].

Lorsqu’un doute persiste, une immunofluorescence indirecte est indiquée pour mettre en évidence des particules virales au sein des lésions. Ce test présente en effet des valeurs prédictives positive et négative de 100 % [8].

Traitement

Aucun traitement efficace de la PIF n’est disponible. Deux voies semblent toutefois à explorer. L’utilisation des inhibiteurs de la thromboxane synthétase, comme l’hydrochloride d’ozagrel(1) a été évoquée. Ce dernier inhibe l’agrégation plaquettaire. Il a déjà été utilisé avec succès pour diminuer la protéinurie et la protéinémie lors de glomérulonéphrite chez le chien. Une équipe japonaise rapporte que l’hydrochloride d’ozagrel(1), administré à la dose de 5 mg/kg deux fois par jour, a permis de diminuer le volume d’épanchement, de réduire la leucocytose et l’hyperglobulinémie et d’améliorer le comportement général chez deux chats atteints de PIF [13].

L’interféron oméga(2) (Virbagen Omega® 5 MU - 10 MU) semble aussi prometteur.

Un protocole thérapeutique a été testé chez vingt chats atteints de PIF humide [13] :

- vidange totale de l’épanchement ;

- administration de dexaméthasone à la dose de 1 mg/kg par voie intracavitaire ;

- interféron oméga(2) à la dose de 1 MU/kg tous les deux jours par voie sous-cutanée ;

- corticothérapie : prednisolone à la dose de 2 mg/kg/j, puis diminution progressive de la dose dès la rémission clinique pour parvenir à 0,5 mg/kg/j tous les deux jours.

Ce traitement a été efficace chez près d’un animal sur deux. L’épanchement a disparu en moyenne en sept jours, avec des rémissions cliniques de l’ordre de quatre à cinq mois.

En attendant l’évaluation et la validation de ces protocoles, le praticien reste démuni face à la PIF. Le pronostic de la maladie est donc très sombre.

Prophylaxie

1. Prophylaxie sanitaire

Au sein d’un élevage, l’hygiène est primordiale pour diminuer les cas de PIF. Une attention particulière doit être portée aux litières (moins de trois chats par litière et changements quotidiens du substrat). Il convient d’éviter la surpopulation. Il est possible de limiter les risques d’infection au sein d’un élevage séropositif en isolant les chatons à l’âge de quatre à six semaines. Avant d’introduire un chat au sein d’un élevage indemne, il convient de le placer en quarantaine pendant deux mois avec deux contrôles sérologiques négatifs à l’entrée et à la sortie [4].

2. Prophylaxie médicale

Un vaccin vivant atténué intranasal a été développé aux États-Unis, mais il ne semble pas avoir une réelle efficacité [4].

Le diagnostic de la PIF est donc un défi pour le praticien. La connaissance des valeurs intrinsèques (spécificité et sensibilité) des tests diagnostiques disponibles permet d’adopter une démarche diagnostique raisonnée. Rohrer a ainsi mis au point un algorithme qui aide au diagnostic (voir la FIGURE “Algorithme décisionnel lors de suspicion de PIF”) [10].

  • (1) Médicament à usage humain, non disponible en France.

  • (2) Médicament vétérinaire utilisé hors RCP.

Valeurs prédictives d’un test diagnostique

→ Seules la valeur prédictive positive (VPP, probabilité qu’un animal qui présente un test positif soit malade) et la valeur prédictive négative (VPP, probabilité qu’un animal qui présente un test négatif soit sain) traduisent l’intérêt d’un test diagnostique dans le contexte d’un dépistage [a].

→ Ces valeurs dépendent de la spécificité et de la sensibilité (les valeurs intrinsèques du test), mais également de la prévalence de l’affection recherchée dans la population testée [a].

Cette notion fait ressortir l’importance de l’examen clinique préalable aux examens complémentaires.

→ La valeur prédictive d’un test diagnostique positif (quelles que soient sa sensibilité et sa spécificité) est d’autant plus grande que le chat présente des signes cliniques évocateurs de PIF (car il appartient alors à une population de chats cliniquement suspects, au sein de laquelle la prévalence de l’affection est forte).

→ Une valeur négative n’a de signification que si le chat n’est pas cliniquement suspect (il appartient à une population de chats cliniquement non suspects, au sein de laquelle la prévalence de l’affection est faible).

Points forts

→ La sérologie, comme la PCR, ne permet pas de distinguer les coronavirus responsables de PIF des coronavirus entéritiques félins. Une sérologie positive ne permet donc pas de conclure à une PIF.

→ L’épanchement abdominal lors de cholangio-hépatite suppurée peut présenter les mêmes caractéristiques macroscopiques que celui de la PIF.

→ Le test de Rivalta permet de différencier un transsudat modifié d’un exsudat. Il possède une sensibilité de 98 % et une spécificité de 80 %.

→ Les analyses du liquide d’épanchement sont plus sensibles et spécifiques que les analyses sanguines. Il convient donc de toujours rechercher la présence d’une effusion, même minime, lors de suspicion de PIF.

→ Il n’existe pas de traitement de la PIF. Le vaccin intranasal développé aux États-Unis ne semble pas efficace.

PHOTO 1. Tracé d’électrophorèse des protéines sériques d’un chat mâle castré âgé de deux ans atteint d’une forme humide de PIF. L’électrophorèse montre une hypo-albuminémie et une hyperglobulinémie.

Algorithme décisionel lors de supicion de PIF

% : pourcentage de chats atteints de PIF (autopsie) avec cette anomalie. D’après [10].

PHOTO 2. Épanchement de PIF filant et visqueux chez le même chat que celui de la photo 1.

Diagnostic différentiel de la PIF en fonction de l’expression clinique de la maladie

D'après [4]

Valeurs diagnostiques de différents tests suivant les études

Augmentation D'après [5, 8, 11, 12]