Le point Vétérinaire n° 254 du 01/04/2005
 

SUIVI MÉDICAL DES ANIMAUX EN PARC ZOOLOGIQUE

Se former

EN QUESTIONS-RÉPONSES

Catherine Wardzynski*, Pascal Arné**, Yves Millemann***


*Zoo de Pont-Scorff Kerruisseau,
56620 Pont-Scorff
**Unité de zootechnie, ENV Alfort
***Unité de pathologie du bétail,
ENV Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Le suivi médical des mammifères en parc zoologique ne peut être réalisé sans une contention physique, chimique ou psychologique. Il convient de privilégier les techniques qui prennent en compte le bien-être de l’animal.

Résumé

Les contentions physique, chimique et psychologique (ou “training”) peuvent être employées chez les mammifères en parc zoologique. La contention physique (manuelle ou à l’aide d’un matériel adapté) permet des examens rapprochés, des examens complémentaires et des soins de courte durée et peu douloureux. Elle est toutefois stressante pour l’animal. La contention chimique est donc souvent utilisée en première intention et permet des interventions plus variées. Des armes modifiées autorisent en outre les captures à distance. Cette pratique est limitée en raison du manque de données sur l’innocuité des produits disponibles ou de leurs effets indésirables parfois marqués chez certaines espèces. Le training est une technique d’apprentissage qui vise à obtenir une coopération de l’animal. S’il nécessite du temps et de la patience, il évite en revanche, dans de nombreuses situations, le recours à la contention physique ou chimique.

La présentation au public de mammifères en parc zoologique existe dans le monde depuis plusieurs siècles, mais c’est seulement au siècle dernier que la santé de ces animaux a été prise en considération. Les mammifères sauvages sont difficilement manipulables sans risque pour eux et leurs soigneurs, ce qui a conduit les parcs zoologiques à développer différents modes de contention depuis les années 1950. Le suivi médical des mammifères est ainsi devenu de plus en plus poussé tout en minimisant les risques encourus (traumatismes, stress, etc.) par les animaux et le personnel.

Trois modes de contention peuvent être mis en œuvre chez les mammifères en parc zoologique : la contention physique, la contention chimique et la contention psychologique, plus couramment appelée “training”. Ils sont utilisés séparément ou en association. Ainsi, une capture à l’épuisette peut être suivie d’une anesthésie gazeuse afin de réaliser une intervention de longue durée (voir l’ENCADRÉ “Les étapes de la contention”).

La contention physique : une technique obsolète ?

1. Principes

La contention physique est le premier mode de contention développé par les parcs zoologiques. Si, au cours des cinquante dernières années, les équipements et matériaux utilisés ont été améliorés, les principes fondamentaux de cette contention sont toujours les mêmes :

- chaque capture doit être envisagée individuellement et planifiée de façon à minimiser les risques encourus par le personnel et par l’animal ;

- le personnel doit être formé de façon à être le plus efficace possible, ce qui réduit d’autant la durée de la procédure et limite les risques ;

- les mammifères présents en parc zoologique sont de taille variable. Il convient donc d’utiliser un matériel de capture et de contention adapté, et la contention doit être proportionnelle à la taille de l’animal ;

- il convient de limiter au minimum le stress de contention, entre autres par la diminution des stimuli auditifs (faire le moins de bruit possible) et visuels (appliquer une serviette sur les yeux de l’animal).

2. Matériel utilisé

De nombreux outils ont été développés et améliorés(1) pour faciliter la contention physique et la rendre plus sûre :

- le port de gants est obligatoire, à la fois pour la protection des mains et sur le plan sanitaire. Ils peuvent toutefois diminuer la précision tactile du manipulateur ;

- des cordes et un lasso rigide constituent une extension du bras du manipulateur. Le second permet, grâce à son manche, un meilleur contrôle de l’animal ;

- des boucliers et des barrières amovibles assurent une protection du manipulateur ou lui permettent de s’approcher suffisamment de l’animal sans l’alarmer. Le matériau utilisé, en particulier pour les barrières, doit être opaque, car c’est le seul que les animaux considèrent comme infranchissable, et donc qu’ils n’essaient pas de traverser ;

- des filets, des sacs et des épuisettes sont utilisés, les deux derniers plus fréquemment en raison de leur praticité pour des espèces de taille petite à moyenne (jusqu’à 20 kg) ;

- des cages de contention de toutes tailles et de toutes les formes possibles sont des outils de contention particulièrement utiles.

Si les boucliers et les cages de contention servent uniquement à la contention de l’animal, et les barrières amovibles uniquement à sa capture, tous les autres outils sont utilisés à la fois pour la capture, puis pour la contention de l’animal.

3. Étude par ordres

Selon les ordres de mammifères, les modes de contention utilisés sont plus ou moins nombreux (voir, sur planete-vet, le tableau “Les moyens de contention physique utilisés pour quelques exemples d’ordres de mammifères présents en parc zoologique”). Ils dépendent de l’expérience du personnel et des moyens de défense que possède l’animal.

Pour les Macropodidés (wallabi, kangourou, etc.) de moins de 36 kg, le manipulateur utilise, selon son expérience, la contention manuelle (PHOTO 1) ou une épuisette.

Chez les Procyonidés (raton laveur, coati, petit panda roux, etc.), un excédent de peau existe au niveau du cou, aussi convient-il de ne jamais saisir ces animaux à ce niveau car ils pourraient se retourner et mordre le manipulateur. Il est préférable d’utiliser une épuisette, un lasso rigide ou un sac (PHOTO 2).

4. Intérêts et limites

La contention physique a permis des avancées spectaculaires dans le suivi médical des mammifères en parc zoologique. En effet, le praticien peut réaliser un examen rapproché de l’animal, ainsi que certains examens complémentaires comme une prise de sang, manipulations difficilement envisageables auparavant.

Ses inconvénients font toutefois qu’elle n’est plus le mode de contention privilégié pour un grand nombre d’espèces. Pour l’animal, c’est en effet la technique qui génère le plus de stress, à l’origine de complications parfois fatales :

- désordres métaboliques (myopathie de capture, acidose, hypoglycémie) ;

- troubles de la thermorégulation (hyper- ou hypothermie) ;

- troubles cardiorespiratoires (bradycardie cholinergique, fibrillation ventriculaire, œdème pulmonaire).

Aujourd’hui, si la contention chimique est devenue le moyen de contention utilisé en première intention chez la plupart des mammifères en parc zoologique, la contention physique n’en reste pas moins indispensable dans certains cas :

- réalisation de soins quotidiens chez un animal pour lequel la contention chimique n’est pas nécessaire (soins non ou peu douloureux et de courte durée) ou non souhaitée ;

- capture de petits mammifères avant de les placer en chambre d’induction pour une anesthésie gazeuse ;

- contention de jeunes mammifères lors d’un examen clinique postnatal.

La contention physique peut également être utilisée en soutien de la contention chimique ou psychologique de certains mammifères.

La contention chimique est-elle toujours possible ?

1. Principes

Développée à la fin des années 1950, la contention chimique a connu un essor considérable en un demi-siècle. Elle est réalisée à l’aide de sédatifs (ou tranquillisants) et/ou d’anesthésiques.

Les règles développées pour la contention physique sont également applicables lors de contention chimique ; certains principes supplémentaires sont à respecter pour assurer le succès de la procédure.

• La contention chimique n’est pas réalisable dans toutes les situations et certaines espèces sont capturées de façon plus sûre par d’autres méthodes.

• Parmi les nombreuses espèces de mammifères, certaines, en particulier celles qui appartiennent aux ordres des Rongeurs et des Lagomorphes, ont été utilisées pendant des années comme animaux de laboratoire pour évaluer des molécules immobilisantes, et un grand nombre de données sont disponibles. À l’inverse, d’autres espèces ont été peu anesthésiées et les informations spécifiques sur les effets des molécules utilisées et les protocoles nécessaires pour réussir leur capture sont rares. Beaucoup d’espèces de mammifères présentent en outre des particularités anatomiques ou physiologiques qu’il convient de prendre en compte.

• Connaître le poids exact de l’animal à anesthésier ou en effectuer une estimation correcte constitue une information plus ou moins importante selon l’index thérapeutique du principe actif utilisé.

• L’état général de l’animal doit également pouvoir être évalué, ce qui n’est pas toujours facile à distance. Un parasitisme interne marqué, un début de gestation, une maladie sous-jacente ne sont pas toujours visibles extérieurement. Une malnutrition, une infection ou une lactation sont plus évidentes. Ces facteurs déterminent le protocole de contention chimique à mettre en place.

• Il convient d’utiliser un matériel de télé-injection adapté à la situation. Cette technique est mise en œuvre seulement chez des animaux qui pèsent plus de 5 kg et d’autres méthodes de contention sont préférées pour ceux de poids inférieur.

• Seules les molécules sans contre-indication pour l’espèce à tranquilliser ou à anesthésier sont utilisées, en préférant celles qui peuvent être antagonisées, ce qui permet un meilleur contrôle de la procédure. L’antagonisation systématique n’est pas toutefois à conseiller (par exemple après une intervention douloureuse).

• En plus du matériel nécessaire à la contention chimique, il convient de prévoir l’équipement permettant de faire face aux situations dangereuses dans lesquelles peut se trouver l’animal pendant la procédure.

2. Matériel et molécules utilisés

Les développements apportés au matériel et aux familles de principes actifs font de la contention chimique une technique beaucoup plus sûre que la contention physique par bien des aspects.

• La mise au point d’armes modifiées qui permettent d’injecter un principe actif à distance, ou télé-injection (PHOTO 3), constitue une véritable révolution. Pistolets, fusils, sarbacanes ont d’abord été modifiés de façon artisanale, chaque équipe fabriquant son propre matériel. Puis ces armes ont été produites industriellement par de nombreuses firmes à travers le monde (PHOTO 4). Le matériau des projectiles et le mécanisme d’injection du principe actif à l’animal sont également variables.

• Le développement de molécules et d’associations de molécules injectables toujours plus puissantes permet de contenir chimiquement même les espèces les plus imposantes. L’existence, pour certaines familles, d’antagonistes spécifiques rend possible un contrôle de la procédure qui est ainsi plus sûre. L’anesthésie gazeuse permet, entre autres, de contenir chimiquement sans danger les plus petites espèces de mammifères, mais elle est également utilisable pour les espèces de grande taille (éléphant).

• Un aspect essentiel de la contention chimique est l’utilisation de matériel qui assure le monitorage de l’animal pendant la procédure. L’oxymètre de pouls est ainsi l’appareil le plus intéressant en parc zoologique. D’autres instruments sont également utilisables : doppler, CO2, etc.

3. Étude par ordres

La contention chimique est réalisable chez tous les ordres de mammifères. Les molécules et les associations de molécules sont plus ou moins nombreuses selon les espèces (voir, sur planete-vet, le tableau “Différents principes actifs et associations de principes actifs utilisés pour la contention chimique d’espèces de mammifères présentes en parc zoologique”). Certaines espèces présentent en outre des particularités :

- chez le tigre, par exemple, des cas mortels ont été décrits avec certaines doses de l’association tilétamine-zolazépam. Les associations xylazine-kétamine ou médétomidine-kétamine sont donc préférées pour cette espèce ;

- les Hippopotamidés présentent une peau et un tissu adipeux sous-cutané épais, ce qui rend les injections intramusculaires délicates et prédispose ces animaux à l’hyperthermie. Leur conformation favorise également les arrêts respiratoires.

4. Intérêts et limites

La contention chimique permet de réaliser des interventions impossibles sans son concours, telles que des soins, des radiographies, des prélèvements, etc. (PHOTOS 5 et 6).

Les nombreux avantages que cette technique présente doivent toutefois être évalués à la lumière des difficultés de réalisation rencontrées. En effet, les risques de traumatismes, même s’ils sont moins élevés qu’avec la contention physique, n’en sont pas moins présents, et les molécules administrées présentent des effets secondaires plus ou moins dangereux pour l’animal et le manipulateur, en particulier les opioïdes (voir l’ENCADRÉ “Précautions à prendre lors de la manipulation d’opioïdes”).

Chez certaines espèces jugées à risque, notamment parce que leur grande taille rend leur réanimation délicate (girafe, éléphant, rhinocéros), la contention chimique est utilisée le moins souvent possible, d’où l’intérêt du développement de la contention psychologique. Une planification rigoureuse de la procédure, une bonne connaissance des particularités spécifiques des animaux et le respect des règles de sécurité en vigueur permettent toutefois de limiter ces risques.

Qu’est-ce que la “contention” psychologique ?

1. Définition et historique

La contention psychologiques ou training permet à l’animal de coopérer de son plein gré à la réalisation de procédures vétérinaires. Pour cela, il est entraîné par ses soigneurs à avoir des comportements précis, en particulier à rester immobile lors de procédures de courte durée.

Le training est un mode de “contention” fondé sur des principes scientifiques. Les premières bases ont été posées en 1927 par Pavlov, dans un ouvrage traitant du conditionnement classique, et en 1938 par Skinner, dans un ouvrage sur le conditionnement opérant. Dans les années 1950, Hediger insiste sur le fait que de simples exercices de training constituent, pour les mammifères, une forme de “thérapie d’occupation”, qui réduit l’ennui dû à la captivité. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus général de transformation des cages entièrement bétonnées des ménageries d’autrefois en loges qui se rapprochent le plus possible de l’environnement naturel de l’animal. Ce processus a été qualifié d’“enrichissement comportemental” par le docteur Markowitz dans les années 1970. Depuis lors, la gestion des mammifères en captivité inclut réellement l’usage du training.

2. Principes

Il existe quatre grands modes d’apprentissage.

• L’accoutumance, ou désensibilisation, consiste en une diminution de la réponse à un stimulus, due à la présentation répétée de celui-ci. Un primate peut ainsi répondre initialement au cliquetis des clés de son soigneur en se précipitant au compartiment “nourriture” de sa loge, car il sait que l’homme vient le nourrir. Cependant, si des visiteurs font cliqueter leurs clés pour attirer son attention, il ira de moins en moins fréquemment au compartiment “nourriture” : le primate s’est accoutumé au cliquetis des clés et n’y répond plus car celui-ci n’est pas associé systématiquement à la distribution de nourriture.

• Le conditionnement classique est une réponse automatique ou involontaire de l’animal qui se déclenche pour certains stimuli (exemple du chien de Pavlov).

• Lors du conditionnement opérant, l’animal reçoit une récompense ou une punition en fonction du comportement produit. Contrairement au conditionnement classique, ce mode d’apprentissage est hautement dépendant du comportement de l’animal. Par exemple, un primate peut être entraîné à entrer dans une cage de contention aménagée dans sa loge après avoir entendu le son d’un sifflet ou d’un diapason. Au départ, le son est associé à la présence de nourriture. Si le primate passe dans la cage de contention quand le soigneur en ouvre la porte et siffle simultanément, il reçoit de la nourriture en récompense. Cet animal peut également apprendre ce comportement par la punition. Par exemple, s’il entre dans la mauvaise cage de contention ou dans la bonne cage mais au mauvais moment, il est aspergé d’eau.

• L’apprentissage complexe est un comportement d’apprentissage dans lequel l’animal semble développer des stratégies secondaires à l’apprentissage, autrement dit, selon Harlow, l’animal “apprend à apprendre”. Une jeune orque vivant dans le même bassin que des adultes va, par exemple, assimiler un certain nombre d’exercices réalisés par ces adultes sans qu’un entraîneur les lui ait appris.

Le training fait appel essentiellement aux deux derniers modes. Pour rendre l’entraînement efficace, il convient de tenir compte d’un certain nombre de facteurs (voir l’ENCADRÉ “Petit lexique du training”) :

- le type de renforcement utilisé. Le renforcement positif donne de meilleurs résultats que le renforcement négatif ou la punition. Cette dernière est aussi éthiquement contestable et se retourne souvent contre l’entraîneur ;

- la fréquence à laquelle les agents renforçateurs sont utilisés. Une fréquence variable permet un apprentissage plus rapide et une meilleure résistance à l’extinction ;

- les particularités d’espèces. Il convient de prendre en compte les différences des perceptions sensorielles d’une espèce à une autre, de veiller à l’adéquation entre le comportement recherché et le répertoire naturel de l’animal et à la pertinence des agents renforçateurs selon l’espèce à entraîner.

Le training est ensuite réalisé en deux étapes :

- une étape théorique au cours de laquelle les différentes instances concernées définissent les objectifs à atteindre et planifient le travail à accomplir ;

- une étape pratique qui implique le soigneur et parfois le vétérinaire. Elle permet d’obtenir le comportement souhaité à force de patience et de travail.

3. Étude par ordres

Tous les mammifères n’ont pas les mêmes prédispositions et ils ne peuvent donc apprendre les mêmes choses. Ainsi, à l’inverse de la contention physique ou chimique qui s’adresse à tous les ordres de mammifères, le training est plus ou moins employé selon les espèces. À l’heure actuelle, le training et son application médicale sont bien établis chez des mammifères évolués, tels que les mammifères marins (PHOTO 7), les éléphants et les primates. Toutefois, ce mode de contention tend à être mis en œuvre chez un nombre d’espèces de plus en plus grand : tigre, rhinocéros, girafe, capibara, etc.

Chez les éléphants, par exemple, l’abcès de patte est une affection fréquente en captivité. Le training permet une prévention efficace par une inspection et un parage réguliers (PHOTO 8). Lors d’abcès déclaré, le training médical rend possibles plusieurs procédures nécessaires au traitement :

- radiographie de la patte pour évaluer l’état de l’os en regard de l’abcès et mettre en évidence des trajets fistuleux ;

- soins locaux au niveau de la patte comprenant des bains, des flushs à l’aide d’une solution de povidone iodée, des injections d’antibiotiques et un parage éventuel ;

- mise en place d’un pansement recouvert d’un chausson protecteur.

Chez les éléphants, d’autres procédures vétérinaires qui peuvent être réalisées grâce au training, peuvent être citées :

- le couchage afin de permettre un examen clinique ou une injection de molécule immobilisante, ce qui évite un éventuel traumatisme lors de la chute de l’animal ;

- l’ouverture de la bouche sur commande pour inspecter les dents ;

- une prise de sang, pour suivre le cycle œstral par exemple ;

- un examen vaginal et la palpation des voies génitales avant une mise bas pour habituer la femelle à cette manipulation si celle-ci se passe mal ;

- une palpation transrectale et une échographie ;

- une insémination artificielle ;

- un parage des défenses, des soins locaux cutanés.

4. Intérêts et limites

Au sein d’un parc zoologique, le training a plusieurs applications qui ne se limitent pas à la seule contention pour des examens ou des soins.

• L’amélioration du bien-être des animaux est la première d’entre elles. Les stéréotypies et les comportements agressifs sont retrouvés chez un certain nombre d’espèces maintenues en captivité. Le training offre à ces animaux des activités qui les font “réfléchir” ou leur demandent du temps, ce qui les occupe et diminue la fréquence des comportements pathologiques.

• La réalisation d’un examen clinique, d’examens complémentaires, d’injections intramusculaires ou intraveineuses, la réintroduction d’animaux, etc., ne nécessitent plus la tranquillisation ou l’immobilisation préalable de l’animal. Le training se voulant le moins stressant possible, son utilisation va en outre permettre un suivi médical plus complet des animaux, des examens complémentaires comme des prises de sang ou des échographies pouvant être réalisés régulièrement sans modifications liées au stress.

• Le training, outre son intérêt médical, permet l’éducation du public par le biais de spectacles et d’animations, de mieux apprécier les capacités de ces animaux et leur relation avec leur environnement, ce qui sensibilise au sort parfois tragique de certaines espèces.

Si le training semble l’avenir de la contention des mammifères en parc zoologique, il présente cependant quelques inconvénients :

- le temps et le personnel nécessaires à sa réalisation ;

- les risques d’accidents liés, pour la plupart, à l’imprudence des entraîneurs et limités par le respect des règles de sécurité en vigueur et la planification de la procédure. Il convient toutefois de ne pas minimiser les dangers : récemment, un soigneur a été blessé à mort par un jeune éléphant d’Afrique au zoo de Vienne lors d’une séance de training.

Les différents modes de contention développés dans les parcs zoologiques ont permis une évolution considérable du suivi médical et du bien-être de leurs pensionnaires. De nombreuses améliorations restent toutefois possibles. La contention chimique devrait devenir moins risquée avec la fabrication d’armes plus sophistiquées et le développement de molécules qui associent une efficacité accrue à des effets secondaires réduits. La contention psychologique devrait concerner un nombre croissant d’espèces. Associée ou non à la contention physique, elle permettrait la réalisation de procédures considérées actuellement comme tout aussi irréalisables qu’une prise de sang dans les années 1950. Les développements futurs de ces trois modes de contention seront orientés par les principes suivants : le respect de l’animal en parc zoologique et la volonté d’assurer, autant que possible, sa bonne santé et son bien-être. Cette démarche participe en effet à la conservation de ces animaux, donc à la survie d’espèces menacées.

  • (1) Où se procurer le matériel de contention ?

    • Dist-Inject (matériel de capture et de soins à distance pour animaux) Dist-Inject Diffusion Sarl 28240 Fontaine-Simon www.distinject.com

    • Telinject (matériels pour la capture et l’injection de médicaments à distance) Telinject-France 3, route de Neunhoffen 57230 Sturzelbronn

  • (2) Non disponible en France.

Les étapes de la contention

Étape 1 : planification de la procédure à réaliser

• Évaluer le poids, l’état général, les moyens de défense, les particularités spécifiques, etc., du mammifère à contenir.

• Choisir le mode de contention le plus approprié : physique, chimique ou training.

• Préparer le matériel nécessaire à la contention, à la procédure et au monitorage.

• Prévenir et préparer les membres du personnel qui interviendront.

• Rappeler et répéter les règles de sécurité à respecter, en particulier en cas de manipulation d’opioïdes (étorphine(2)).

Étape 2 : réalisation de la procédure

• Isolement préalable de l’animal si celui-ci vit en troupeau + jeûne si possible.

• Contentiondel’animal (physique, chimique, training seuls ou en association).

• Réalisation de l’intervention : prise de sang, radiographies, parage, etc.

• Surveillance de l’animal après l’intervention pour s’assurer de sa bonne récupération.

Précautions à prendre lors de la manipulation d’opioïdes

Avant l’immobilisation

• Porter des gants, des lunettes protectrices et un masque, ainsi que des vêtements qui couvrent les bras et les jambes, afin de limiter au minimum les risques d’exposition.

• Préparer les seringues d’opioïdes et d’antagonistes peu de temps avant la procédure et les identifier clairement.

• Équiper les seringues d’un dispositif de sécurité.

• Les fléchettes chargées doivent être recouvertes d’un capuchon protecteur et placées dans une boîte hermétique identifiée.

Pendant l’immobilisation

• Manipuler les armes modifiées en respectant les précautions d’usage ; faire reculer tout le personnel, à l’exception du tireur, pendant l’opération.

- Identifier le site d’injection et interdire à quiconque de le toucher, excepté le tireur qui porte des protections adéquates.

• Une fois la fléchette tirée, s’assurer que son contenu a été entièrement injecté avant de la retirer du corps de l’animal et rincer abondamment le site d’injection.

• Éviter d’injecter des opioïdes à la main.

Après l’immobilisation

• Couvrir la fléchette et la placer dans la boîte hermétique clairement identifiée.

• Le “matériel contaminé” doit être nettoyé immédiatement et rincé trois fois par un opérateur qui porte des gants, des lunettes protectrices et un masque.

D’après Wardzynski C. Étude de la contention des mammifères en parc zoologique des années 1950 à nos jours. Thèse de médecine vétérinaire, Alfort. 2004:257p.

Petit lexique du training

Renforcement : événement qui suit un comportement et qui augmente la probabilité ou la fréquence d’exécution de celui-ci.

Renforcement positif : la présence d’un élément positif comme la nourriture augmente la probabilité d’exécution du comportement recherché.

Renforcement négatif : le retrait d’un élément déplaisant augmente la probabilité d’apparition du comportement recherché. Par exemple, si le comportement recherché est l’entrée dans une cage de contention, l’animal est aspergé d’eau jusqu’à ce qu’il rentre dans la cage. Dès que ce comportement a été exécuté, l’eau est coupée.

Punition : événement qui suit un comportement et diminue sa fréquence d’exécution. Si, par exemple, le comportement recherché est que l’animal reste en dehors de sa cage de contention, il sera aspergé d’eau si jamais il rentre dans sa cage.

Agent renforçateur : élément utilisé pour permettre le renforcement positif d’un comportement.

Agent renforçateur primaire : renforce un comportement en raison de ses implications biologiques immédiates (exemple : nourriture, eau, chaleur, interaction avec le soigneur).

Agent renforçateur secondaire ou conditionné : pour devenir efficace, il doit être associé systématiquement à un agent renforçateur primaire (exemple : sifflet).

Renforcement à fréquences fixes/ variables : le comportement est récompensé après un nombre fixe de réponses correctes. L’animal est récompensé après cinq réponses correctes d’affilée, puis trois, puis vingt, etc.

Renforcementà intervalles fixes/ variables : la première réponse correcte après un intervalle de temps fixe est renforcée positivement. L’animal est récompensé au bout de 5 minutes, puis de 2, puis de 10, etc.

Extinction : diminution en fréquence ou en intensité de la réponse quand le comportement n’est plus renforcé.

D’après Wardzynski C. Étude de la contention des mammifères en parc zoologique des années 1950 à nos jours. Thèse de médecine vétérinaire, Alfort. 2004:257p.

Points forts

La contention physique peut se révéler particulièrement stressante chez certains animaux et être à l’origine de complications parfois fatales : désordres métaboliques, troubles de la thermorégulation ou cardiorespiratoires.

Les spécialités disponibles pour la contention chimique n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché pour la plupart des espèces de mammifères de parc zoologique.

Les applications du training ne sont pas limitées au suivi médical. Cette pratique permet également d’améliorer le bien-être de l’animal en lui offrant une activité “distrayante” et diminue ainsi les troubles du comportement (stéréotypies, comportements agressifs).

En savoir plus

- Chaï N, Legendre X. Télé-anesthésie : méthodologie et produits utilisables. Point Vét. 2001;32(215):48-52.

- Dierauf LA, Gulland FMD. CRC Handbook of marine mammal medicine. 2nd ed. CRC Press LLC, Boca Raton. 2001:1120p.

- Fowler ME. Zoo and wild animal medicine. 5th ed. WB Saunders, Philadelphia. 2003:782p.

- Fowler ME. Zoo and wild animal medicine. 3rd ed. WB Saunders, Philadelphia. 1993:617p.

- Fowler ME. Zoo and wild animal medicine. 4th ed. WB Saunders, Philadelphia. 1999:752p.

- Kleiman DG, Allen ME, Thompson KV et coll. Wild mammals in captivity. Principles and techniques. The University of Chicago Press, Chicago. 1996:656p.

- Wardzynski C. Étude de la contention des mammifères en parc zoologique des années 1950 à nos jours. Thèse de médecine vétérinaire, Alfort, 2004, 257p.

PHOTO 1. Contention manuelle d’un wallaby de l’île d’Eugène (Macropus eugenii) au parc zoologique de Paris.

PHOTO 2. Capture d’un raton laveur (Procyon lotor) à l’aide d’un sac en étoupe dans un parc naturel du Québec.

PHOTO 3A. Contention chimique : exemple d’injection d’un principe actif à distance, ou télé-injection (parc zoologique de Paris). Fléchage d’un zèbre de Grévy à l’aide d’un fusil hypodermique.

PHOTO 3B. Contention chimique : exemple d’injection d’un principe actif à distance, ou télé-injection (parc zoologique de Paris). Flèche plantée dans la croupe de cet animal.

PHOTO 4. Matériel de télé-injection commercialisé par la firme Telinject®. En haut : fusil fonctionnant avec des cartouches de CO2 (a) et les différentes flèches qui peuvent être utilisées (de 3 à 20 ml en volume) (b). En bas : pistolet fonctionnant avec de l’air comprimé fourni par une pompe à pied qui se connecte au niveau de (c). Les seules fléchettes utilisables sont celles de 3 ml.

PHOTO 5. Contention chimique : parage à la meuleuse des sabots d’un zèbre de Grévy (Equus grevyi) immobilisé à l’aide d’une association xylazine-étorphine (Rompun®-Immobilon®(4)) (parc zoologique de Paris).

PHOTO 6. Contention chimique : traitement d’une carie chez un babouin de Guinée (Papio hamadryas papio) induit avec l’association tilétamine-zolazépam (Zolétil®) et maintenu sous isoflurane (Forène®) après intubation (parc zoologique de Paris).

PHOTO 7. Training : entraînement d’une otarie de Californie (Zalophus californianus) à déglutir une sonde œsophagienne afin de réaliser un prélèvement de contenu gastrique après apprentissage (zoo de La Flèche). Cette procédure vétérinaire réalisée grâce au training vise à prévenir l’apparition d’une affection. En effet, chez les mammifères marins, l’expression clinique des maladies est souvent trop tardive pour qu’un traitement soit efficace.

PHOTO 8.Training : parage du postérieur droit d’un éléphant d’Afrique (Loxodonta africana) après que celui-ci l’a posé sur un tabouret (zoo de La Flèche).