Le point Vétérinaire n° 253 du 01/03/2005
 

GASTRO-ENTÉROLOGIE BOVINE

Se former

COURS

Karim Adjou*, Bérangère Ravary**, Sébastien Buczinski***, Jeanne Brugère-Picoux****, Gilles Fecteau*****


*Unité de pathologie du bétail
**Unité de chirurgie,
ENV d'Alfort,
7, av. du Général-de-Gaulle
94704 Matsons-Alfort Cedex
***Faculté de Médecine
vétérinaire,
Université de Montréal,
Santé-Hyacinthe J2S7C6,
Québéc, Canada
****Unité de pathologie du bétail
*****Faculté de Médecine
vétérinaire,
Université de Montréal,
Santé-Hyacinthe J2S7C6,
Québéc, Canada

Si la détection du corps étranger vulnérant est rapide, le traitement de la réticulopéritonite traumatique peut être simple et efficace. Sa prévention est toutefois préférable.

Résumé

La réticulopéritonite traumatique est provoquée par la perforation de la paroi du réseau par un corps étranger acéré ingéré. C’est une maladie fréquente chez les bovins, à l’origine de fortes pertes économiques. Sur le terrain, sa forme aiguë est facilement suspectée. Les symptômes sont en revanche peu évocateurs lors d’évolution chronique : le diagnostic est souvent confirmé par des examens paracliniques. Les complications sont nombreuses (atteinte de multiples organes thoraciques ou abdominaux). Le pronostic dépend du lieu de la perforation du corps étranger. S'il migre au travers du diaphragme, le pronostic est réservé. Le traitement classique de la forme aiguë est fondé sur l’administration d’un aimant, d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires.

Les troubles occasionnés par les corps étrangers digestifs représentent une dominante en clinique individuelle bovine tandis qu’ils sont extrêmement rares chez les petits ruminants. Dans l’espèce bovine, la réticulopéritonite traumatique (RPT) est une maladie fréquente de l’appareil digestif qui entraîne des pertes économiques (chute de la production laitière, retard de croissance, perte de poids, baisse de la fertilité, etc.).

La RPT est due à la perforation de la paroi du réseau par un corps étranger (CE) acéré, ingéré par l’animal en même temps que la ration alimentaire. Les bovins utilisent en effet leur langue pour la préhension des aliments et leur prise alimentaire est non sélective (à la différence des petits ruminants), ce qui les prédispose à cette affection.

Lors de la forme aiguë classique, l’anamnèse rapporte une anorexie et, chez la vache laitière, une chute brutale de la production laitière, une douleur, une stase digestive et une légère hyperthermie. La RPT peut être suspectée lors d’un examen clinique mais ce dernier permet rarement d’exclure d’autres maladies. Il est alors souvent nécessaire de faire appel aux examens complémentaires, notamment à la numération-formule leucocytaire, à la radiographie, à l’échographie et à la laparotomie.

Étiologie

1. Les causes déterminantes

La présence d’un CE est nécessaire, mais non suffisante pour provoquer une RPT car ils ne sont pas tous dangereux [20]. Les CE le plus souvent impliqués sont des fils de fer tordus ou recourbés à une extrémité, ou des clous [20, 25]. De “nouveaux” corps étrangers, notamment des brisures de couteaux d’ensileuse et des morceaux d’armature métallique de pneus sont retrouvés de plus en plus fréquemment sur le terrain. Une étude portant sur 1 400 autopsies de bovins rapporte 59 % de lésions causées par des pièces métalliques, 36 % par des clous et 6 % par des objets divers [21]. Un corps étranger vulnérant doit être dense pour persister dans le réseau et il doit être long (5 à 10 cm), pointu et acéré à une extrémité pour perforer et traverser la paroi réticulaire (PHOTO 1). Les CE qui présentent deux extrémités acérées ont tendance à migrer rapidement hors du réseau, surtout s’ils sont rectilignes.

2. Les causes prédisposantes

Les bovins ont un comportement alimentaire particulier. La préhension alimentaire chez ces animaux est en effet non sélective et la mastication initiale est extrêmement réduite, ce qui les conduit à ingérer de nombreux corps étrangers, de nature variée (cailloux, ficelles, fruits entiers, tubercules, fils de fer).

La position déclive du réseau, ainsi que la structure alvéolée de sa paroi interne, contribuent en outre à piéger les CE.

Les puissantes contractions du réseau, qui font disparaître sa lumière, sont généralement suffisantes pour faire pénétrer le CE vulnérant dans la paroi réticulaire [21].

3. Les causes favorisantes

D’autres facteurs favorisent aussi la perforation du réseau : l’utérus gravide d’une vache en fin de gestation augmenterait la pression sur le rumen et le réseau, en raison des mouvements de bascule, de même que les efforts expulsifs lors de la mise bas.

Pathogénie

Le réseau est un petit réservoir gastrique situé entre le diaphragme et le rumen. Les objets lourds tombent ainsi directement au fond du réseau, soit en provenance de l’œsophage, soit poussés par la masse alimentaire et les contractions du rumen, notamment la contraction rétrograde du sac ventral.

En fonction du degré de pénétration et de la localisation du CE, les signes cliniques et les lésions secondaires sont variables. Si la pénétration du CE ne concerne que les replis du réseau, les signes cliniques se limitent à une anorexie passagère et à une baisse de la production laitière [25]. En revanche, s’il s’agit d’une pénétration complète du CE au travers de la paroi du réseau, elle provoque initialement une péritonite aiguë localisée. En raison de la proximité anatomique du réseau avec de nombreux organes thoraciques et/ou abdominaux, une multitude de lésions secondaires sont ensuite possibles [13]. Ainsi, dans certains cas, outre une péritonite aiguë localisée, la présence d’abcès dans le foie, la rate ou le diaphragme est observée, en fonction de la localisation de la perforation réticulaire. Si le CE migre à travers le diaphragme, il peut causer une pleurésie locale ou une pneumonie. S’il atteint le péricarde, il provoque une réticulopéricardite traumatique. En migrant, le CE peut aussi entraîner la rupture de l’artère gastro-épiploïque, à l’origine d’une hémorragie mortelle [20]. Il peut également provoquer des abcès localisés sans conséquence ou des foyers d’infection chronique qui entraînent une endocardite ou une néphrite, suite à une phase bactériémique [21, 25]. Certaines lésions sont plus répandues que d’autres (voir la FIGURE « Lésions et séquelles liées à une perforation traumatique de la paroi du réseau »). La diversité des atteintes secondaires possibles est à l’origine de signes cliniques variés. Le passage à travers la paroi abdominale, bien que rare, est également possible, puisque le trajet du corps étranger peut fistuliser ventralement au réseau, devant l’appendice xiphoïde.

Signes cliniques

1. La forme aiguë

Lors de forme aiguë de RPT, une anorexie brutale, accompagnée chez les vaches laitières d’une chute soudaine de la production laitière d’au moins 30 %, est caractéristique des premières heures de la maladie [22].

La majorité des cas surviennent chez des bovins âgés de plus de dix-huit mois, sans qu’il existe de saisonnalité particulière [5].

Le diagnostic de la RPT aiguë est relativement aisé à établir et repose sur trois faisceaux de signes cliniques : douleur, arrêt de la digestion et shyperthermie.

Les signes cliniques de douleur sont parmi les plus évocateurs, mais ils sont le plus souvent transitoires (un à trois jours). L’animal est réticent à se déplacer, à se coucher et il préfère avoir l’avant-main surélevée. Il présente les signes d’une douleur abdominale suraiguë : il se tient le dos voussé, la tête tendue sur l’encolure, les coudes en abduction (PHOTO 2). Des plaintes sont perceptibles à l’occasion de différents efforts : déplacement, relever, miction, défécation, etc.

La douleur peut être provoquée par le pincement du garrot, par la percussion de la région xiphoïde ou en soulevant la région ventrale en arrière des coudes à l’aide d’un bâton. La présence d’une douleur en région abdominale n’est toutefois pas pathognomonique et peut avoir de multiples causes (voir la FIGURE “Affections douloureuses incluses dans le diagnostic différentiel de la RPT aiguë des bovins”).

Les signes cliniques digestifs sont parfois dominants d’emblée. L’hypothèse d’une RPT doit être envisagée systématiquement chez une vache qui présente des signes d’indigestion. Le rumen est atonique ou peu mobile, avec des contractions avortées. Il a donc tendance à se remplir et une distension modérée du flanc gauche peut être observée (légère météorisation). Une constipation ou l’émission d’une faible quantité de fèces sont aussi fréquentes. Les fèces sont plutôt sèches et, dans les cas les plus caractéristiques, elles sont hétérogènes avec des fibres végétales de taille supérieure à 0,5 à 1 cm [5].

La température corporelle est modérément élevée (39,5 °C) et elle dépasse rarement 40,5 °C. La fréquence cardiaque est d’environ 90 battements par minute. Si ces deux paramètres présentent des valeurs supérieures, des complications plus sérieuses peuvent être suspectées.

La forme aiguë de la RPT est toujours de courte durée. Les signes cliniques sont manifestes le premier jour mais ils sont beaucoup plus discrets après le troisième jour [20]. Elle évolue soit vers la guérison, soit vers la chronicité.

2. La forme chronique

Lors de la forme chronique, l’animal perd du poids et ne retrouve jamais son appétit normal ni sa production laitière. Le fonctionnement du rumen est ralenti et les fèces sont sèches, avant des épisodes de diarrhée intermittents [13]. Un météorisme chronique intermittent est également noté. La douleur reste un signe clinique discret, voire le plus souvent absent.

Les bovins ont une grande capacité à circonscrire les infections. Des péritonites chroniques localisées sont alors le plus souvent observées. Néanmoins, l’animal se trouve parfois dans l’incapacité de juguler une péritonite localisée.

3. Les complications

Les péritonites aiguës diffuses

Les péritonites aiguës diffuses par CE sont relativement rares. Elles surviennent chez des bovins qui ont présenté quarante-huit heures auparavant des symptômes de péritonite aiguë localisée. Ces animaux montrent alors une hyperthermie transitoire, suivie d’une hypothermie, d’une tachycardie, d’une tachypnée, d’une stase ruminale et gastro-intestinale et de plaintes [22]. Le bovin est en état de choc et son état évolue vers le coma et la mort.

La réticulopéricardite traumatique

La réticulopéricardite traumatique est la complication la plus fréquente de la RPT après les abcès. Une complication de péricardite suite à une RPT est ainsi constatée dans 6 à 8 % des cas, associée ou non à des abcès médiastinaux ou pulmonaires, ou à une pleurésie [24]. Le délai entre la perforation du réseau et l’apparition d’une péricardite varie de quelques jours à quelques mois [24]. Les signes cliniques sont une douleur et une insuffisance cardiaque congestive avec une fréquence cardiaque élevée (> 100 bpm), un assourdissement des bruits cardiaques lors d’effusion péricardique (bruits de “machine à laver”) et un œdème du fanon, de l’auge, ainsi que des veines jugulaires turgescentes.

La pleurésie

Lors de pleurésie, le bovin est abattu et présente une hyperthermie (40 °C), une tachycardie et une tachypnée. À l’auscultation, les bruits pulmonaires sont diminués et la friction des deux plèvres est parfois audible.

Les syndromes d’Hoflund

Les syndromes d’Hoflund ou indigestion chronique avec, en particulier, un défaut de transit réticulo-omasal (présence d’abcès péri-réticulaires ou hépatiques, adhérences au réseau) sont probablement l’une des complications les plus fréquentes de la réticulopéritonite traumatique [9, 10, 24]. Il s’agit en fait d’une indigestion vagale par défaut de transit alimentaire vers la caillette. L’animal présente une baisse d’appétit et de production laitière, ainsi qu’une perte de poids. Le bovin, vu de l’arrière, montre un profil qualifié de “pomme-poire” [1, 11, 26]. Le profil “pomme” du flanc gauche de l’animal est causé par une météorisation du rumen. Le profil “poire” du flanc droit est lié à l’accumulation d’aliments dans le rumen (sac ventral). On parle aussi de “rumen en L”.

Dans d’autres localisations, les abcès sont souvent sans conséquence clinique car ils évoluent vers des foyers d’infections chroniques localisés.

Diagnostic

1. Le diagnostic épidémioclinique

Le diagnostic est difficile à établir sur les seules bases cliniques et il doit être toujours précoce pour éviter les complications.

Il s’agit, en général, de cas sporadiques qui touchent des femelles âgées de plus de dix-huit mois en période de peri-partum. Lors de forme aiguë, les signes d’appel sont l’apparition brutale, la chute de production laitière, l’anorexie subite, l’arrêt digestif et la présence d’une hyperthermie associée à une douleur spontanée ou provoquée.

Lors de forme chronique de RPT, les signes d’alerte sont des troubles digestifs persistants (appétit capricieux, rumination lente, tympanisme chronique intermittent), une dégradation lente de l’état général de l’animal et une douleur rétrodiaphragmatique de faible intensité.

2. Les examens paracliniques

Mise en évidence du corps étranger

• L’utilisation des détecteurs de métal est courante sur le terrain car elle reste encore très demandée. Ce test ne permet toutefois que la mise en évidence d’éléments ferromagnétiques dans la région abdominale crâniale de l’animal. Ainsi, les CE métalliques non vulnérants dans le réseau et la présence éventuelle d’un aimant donnent une réponse positive sans qu’il y ait nécessairement de RPT. L’utilisation conjointe d’une boussole permet de faire la différence : en présence d’un aimant, elle est désorientée.

Si le champ d’activité de l’appareil est inférieur à 15 cm, il peut en outre produire des résultats négatifs par défaut [5].

Certains praticiens ne sont pas convaincus de l’utilité du détecteur de métal, en dehors de son effet psychologique sur les éleveurs.

Environ 90 % des CE à l’origine de RPT sont toutefois majoritairement métalliques [7, 11]

• La radiographie du réseau est, à l’heure actuelle, le seul examen complémentaire capable de permettre une visualisation de l’organe et de son contenu (PHOTOS 3 ET 4). Cet examen est réalisé dans le cadre d’une médecine individuelle de type hospitalier ou dans des centres de référence munis d’appareils radiographiques assez performants (les constantes de la radiographie sont 133 kV et 80 mA), avec une cassette à écran rapide.

La position du CE dans le réseau est un critère pour évaluer s’il y a perforation ou non [12]. Si le CE semble enchâssé dans la paroi et ne touche pas le plancher du réseau, la probabilité qu’il soit perforant est de 99,8 % [12]. Une autre étude indique que la position du réseau est un bon critère pour diagnostiquer une RPT (spécificité de 80 % et valeur prédictive positive de 82 %) [3]. Cette même étude considère que la position du CE est un indicateur fiable. L’ensemble des études menées sur ce sujet semble considérer la radiographie du réseau comme un moyen fiable de diagnostic de la RPT.

• La laparoscopie par le flanc droit, grâce à un laparoscope à fibre optique rigide, permet de détecter et de caractériser les lésions de péritonite associées à une RPT [27]. Le rumen, la rate, le réseau, ainsi que la fibrine et les adhérences déjà existantes entre les différents organes sont visualisés. Cette technique ne permet toutefois pas de voir le CE. Seule une évaluation de la nature et l’étendue des lésions est possible. La laparoscopie peut donc orienter vers un diagnostic de RPT [27].

La laparotomie par le flanc gauche donne les mêmes renseignements mais cette technique est plus invasive, même si elle est davantage adaptée aux conditions de terrain. Il est fortement déconseillé de tenter de repérer le CE à ce stade : il convient alors de pratiquer une ruminotomie [24].

Mise en évidence de l’inflammation péritonéale

• Même si elle n’est pas spécifique d’une affection, la mise en évidence d’une inflammation lors de la numération-formule sanguine représente une aide précieuse dans la démarche diagnostique. Les bovins atteints d’une péritonite localisée montrent peu de modifications hématologiques, mais présentent une neutrophilie supérieure à 3 500 à 4 000 neutrophiles/ml [5]. Cette neutrophilie est accompagnée d’un « virage à gauche » régénératif (apparition de neutrophiles immatures dans la circulation sanguine, en proportion inférieure aux neutrophiles matures) [8, 21]. Dans les cas chroniques, une leucocytose modérée, une neutrophilie et une monocytose sont retrouvées [21].

En cas de péritonite aiguë généralisée, les anomalies sanguines possibles sont une leucopénie avec un “virage à gauche” dégénératif (apparition de neutrophiles immatures dans la circulation sanguine, ceux-ci pouvant être en proportion supérieure aux neutrophiles matures) et la présence possible de neutrophiles toxiques en cas de toxémie [8, 21]. Dans les cas sévères, le comptage cellulaire total met en évidence une baisse du nombre de cellules, ainsi que des protéines plasmatiques [8].

Dans le meilleur des cas, la numération-formule ne permet toutefois qu’un classement du type d’inflammation (aiguë ou chronique) et ces modifications n’accompagnent pas toujours les phénomènes inflammatoires [8]. Certains bovins atteints de RPT peuvent avoir une numération-formule sanguine normale, surtout dans les cas chroniques [14].

• L’évaluation des protéines totales plasmatiques (PTP) peut également être intéressante. Une concentration élevée des PTP (> 10 g/dl) est ainsi un critère dont la valeur prédictive est élevée (76 %) pour le diagnostic d’une RPT [6]. Il existe en outre une différence de concentration des PTP significative entre les animaux atteints de RPT, chez lesquels elle est toujours très élevée, et les bovins atteints d’autres affections du tube digestif [6, 15].

• En routine, évaluer la fibrinogénémie (prélèvement sanguin sur EDTA ou citrate) paraît être l’examen de choix, car elle augmente de manière durable dans les jours qui suivent le début de la maladie. Habituellement comprise entre 3 et 5 g/l, sa concentration peut atteindre 10 à 12 g/l lors d’inflammation [5, 21]. Les plus grandes variations de concentration sont retrouvées dans les cas de RPT, de pyélonéphrite et de pleurésie [18]. Lors d’affection chronique, le fibrinogène redevient normal, car le processus inflammatoire cesse d’être actif.

• La paracentèse abdominale est vraisemblablement trop peu utilisée. Lors d’inflammation abdominale, la collecte de liquide péritonéal est pourtant relativement facile à réaliser lorsqu’il est présent en excès [14]. Un prélèvement de liquide péritonéal dont la formule cellulaire révèle une proportion de neutrophiles ≥ 40 % et d’éosinophiles ≥ 10 % confirmerait une péritonite [28]. Dans une autre étude, un nombre de cellules nucléées supérieur à 6 000/ml et une concentration en protéines totales supérieure à 30 g/l sont associées à un diagnostic de péritonite dans 80 % des cas [14]. Compte tenu du caractère souvent localisé de la péritonite, il est préférable de ponctionner l’abdomen en plusieurs points de la zone ventro-latérale. Dans le cas de la RPT, les lieux préférentiels sont situés 10 à 12 cm en arrière du processus xiphoïde et 10 à 15 cm latéralement à gauche par rapport à la ligne blanche [21]. Une asepsie cutanée suffisante doit être effectuée. Pour ponctionner, une aiguille de type 60/15 peut être utilisée ou, après incision cutanée au bistouri, une sonde trayeuse ou un petit cathéter. Le liquide péritonéal est recueilli sur EDTA [16].

La paracentèse abdominale est un examen non spécifique de la RPT (même si cette affection est la première cause de péritonite chez les bovins) et n’autorise donc qu’une orientation du diagnostic vers une inflammation abdominale [8].

• L’échographie de la région cranioventrale de l’abdomen est un excellent moyen d’orienter le diagnostic vers une RPT. Elle nécessite une sonde (sectorielle ou linéaire) de 2,5 à 3,5 MHz afin de pénétrer suffisamment cette région.

L’examen est réalisé sur un animal debout, en région ventrale du thorax, dans la région des sixième et septième espaces intercostaux, à gauche et à droite du sternum. Il permet d’évaluer la motilité du réseau ainsi que sa mobilité, sa position, ses contours, la présence de fibrine sous forme de flammèches en région périréticulaire, d’abcès ou d’épanchement abdominal localisé ou généralisé (voir l’ENCADRÉ “Paramètres à évaluer lors de l’échographie de la région du réseau”) [4]. Le réseau normal apparaît comme une structure en forme de demi-lune, à contours lisses, qui se contracte à intervalles réguliers (contractions biphasiques) et qui est adjacent, en phase de relaxation, à la paroi ventrale de l’abdomen et au diaphragme. Le contenu du réseau ne peut être visualisé en raison de sa densité (PHOTO 5).

Chez un bovin malade, les raisons du déplacement du réseau sont la dilatation du rumen, une caillette déplacée à gauche ou une lésion qui occupe cet espace, comme des abcès ou un épanchement contenant de la fibrine) (PHOTO 6).

Les CE métalliques (clou, broche, etc.) et les aimants sont rarement visibles à l’échographie [4]. Cependant, il arrive parfois qu’une ligne échogène “scintillante” suggère la présence d’un clou localisé dans le réseau [17], d’un abcès péri-réticulaire ou d’un aimant [4].

Comparée à la radiographie, l’échographie du réseau permet de mieux évaluer l’étendue de la péritonite, donc de confirmer cette affection sans toutefois visualiser clairement le CE. Elle peut également constituer une aide pour le traitement d’abcès péri-réticulaires car elle permet de réaliser une ponction échoguidée de l’abcès.

Pronostic

Le pronostic de RPT dépend du lieu de la perforation du CE.

Si ce dernier migre au travers du diaphragme, le pronostic doit être considéré comme réservé à sombre en raison des complications graves qui peuvent apparaître (péricardite, abcès thoraciques).

Si la perforation est située au niveau de la paroi médiale du réseau, le pronostic est réservé, car les adhérences peuvent causer une indigestion vagale chronique [7].

En cas de péritonite généralisée, le pronostic vital est en jeu.

Pour les autres localisations, le pronostic peut être considéré comme bon si le traitement est mis en place précocement [7].

Traitement

Il existe deux approches thérapeutiques de la RPT : le traitement médical (conservateur) ou chirurgical (ruminotomie) [21]. Chacun a ses intérêts et chaque RPT doit être évaluée au cas par cas par le praticien, afin de déterminer le traitement le plus approprié.

1. Le traitement conservateur

Les contraintes économiques et l’efficacité satisfaisante du traitement médical ont désormais extrêmement limité les indications chirurgicales.

L’administration d’un aimant et celle d’antibiotiques, accompagnées le plus souvent d’anti-inflammatoires constituent les fondements du traitement de la RPT.

En pratique, la vache est isolée et confinée, par exemple dans un box, pour limiter ses déplacements et afin de faciliter la formation des adhérences. Pour éviter que le poids de la masse abdominale ne vienne s’appliquer sur le réseau, il est préférable de placer les membres antérieurs sur un plan incliné d’une hauteur de 20 cm [21]. Une antibiothérapie à large spectre, administrée par voie parentérale pendant trois à cinq jours est recommandée afin de contrôler la péritonite. Les antibiotiques les plus classiquement utilisés sont les pénicillines, l’oxytétracycline et le ceftiofur [21, 24]. Les voies d’administration des antibiotiques sont habituellement intramusculaire et intraveineuse. La voie intrapéritonéale ne présente aucun avantage par rapport aux précédentes, car le processus inflammatoire rend le péritoine perméable aux antibiotiques qui se répartissent ensuite rapidement par la circulation sanguine.

Un aimant doit être administré pour tenter de piéger et de neutraliser le CE chez un animal à jeun. Pour être dégluti, l’aimant doit être déposé en arrière de la base de la langue afin d’éviter tout réflexe de régurgitation. Un délai de cinq à six heures est ensuite recommandé avant de nourrir à nouveau l’animal.

2. Le traitement chirurgical

Avant toute ruminotomie, le diagnostic de RPT doit être confirmé lors d’une laparotomie exploratrice réalisée par le flanc gauche.

La paroi du sac dorsal du rumen est ensuite ouverte et le contenu ruminal est en partie vidé, puis une exploration du réseau [23] est réalisée afin de déterminer les zones d’adhérences et de rechercher le CE (qui peut parfois ne pas être retrouvé par exemple lors d’une migration hors du réseau ou s’il est circonscrit dans des adhérences, ou lors de corrosion).

Ce traitement a l’avantage d’assurer à la fois un traitement satisfaisant et le diagnostic de certitude. Bien qu’elle soit le meilleur traitement, la ruminotomie n’est toutefois pas toujours indispensable. En pratique, la meilleure démarche thérapeutique serait de traiter le bovin médicalement pendant au moins trois jours puis, si aucun signe d’amélioration n’est constaté pendant cette période, de réaliser une ruminotomie [21, 23].

Le meilleur moyen de diminuer le nombre de cas de RPT dans les élevages est, à l’évidence, l’administration préventive d’aimants. Il s’agit d’une véritable mesure prophylactique chez les animaux âgés de plus de huit mois. Ainsi, selon une étude, l’incidence de RPT a diminué de 90 % chez des bovins de plus de dix-huit mois ayant ingéré des aimants [19]. Généralement, l’aimant administré a une longueur de 7,5 cm et son diamètre varie de 1 à 2,5 cm. Il est de préférence encagé dans une structure en matière plastique, afin d’éviter que les CE qui s’y accolent ne demeurent vulnérants, donc susceptibles de provoquer des traumatismes pariétaux. La sensibilisation du personnel agricole et l’utilisation de machines équipées de puissants aimants (soit lors de la récolte, soit lors de la transformation des matières premières) sont également d’excellents moyens de prévention.

Attention

De “nouveaux” corps étrangers, notamment des brisures de couteaux d’ensileuse et des morceaux d’armature métallique de pneus, sont de plus en plus fréquemment impliqués lors de RPT.

Attention

L’hypothèse d’une RPT doit être envisagée systématiquement chez une vache qui présente des signes d’indigestion.

Attention

Lors de forme chronique de RPT, les signes d’alerte sont des troubles digestifs persistants (appétit capricieux, rumination lente, tympanisme chronique intermittent), une dégradation lente de l’état général de l’animal et une douleur rétro diaphragmatique de faible intensité.

Paramètres à évaluer lors de l’échographie de la région du réseau

Le nombre et l’amplitude des contractions du réseau pendant une période de trois à quatre minutes (trois contractions en deux minutes).

Le contour de la paroi du réseau.

Le contour des organes adjacents au feuillet (péritoine, diaphragme, atrium du rumen, sac central du rumen, rate, foie, caillette, feuillet).

La présence ou non de liquide périréticulaire

La présence ou non de fibrine.

La présence ou non d’adhérences (présence d’adhérences qui se manifestent sous forme d’un défaut de contraction du réseau)

La présence ou non d’abcès périréticulaire.

Points forts

Le diagnostic de la réticulo-péritonite traumatique (RPT) aiguë repose sur les signes cliniques : anorexie, douleur, arrêt digestif, stase, chute brutale de la production laitière et hyperthermie (39,5 ° à 40 °C).

Une suspicion de RPT doit être systématiquement envisagée face à un tableau clinique d’indigestion.

La péricardite traumatique est la complication la plus fréquente de la RPT après les abcès.

L’évaluation du taux de fibrinogène plasmatique (prélèvement sanguin sur EDTA ou citrate) semble être l’examen de choix pour mettre en évidence un syndrome inflammatoire.

La démarche thérapeutique conseillée consiste à traiter l’animal médicalement pendant au moins trois jours puis, si aucun signe d’amélioration n’est constaté pendant cette période, à réaliser une ruminotomie.

  • 2 - Babkine M, Desrochers A. Échographie du réseau et de l’abdomen cranial. Point Vét. (N° Spécial “Examens paracliniques chez les bovins”). 2003;34:72-74.
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PHOTO 1. Corps étrangers métalliques retrouvés chez une vache âgée de trois ans atteinte de syndrome d’Hoflund.

Lésions et séquelles liées à une perforation traumatique de la paroi du réseau

La diversité des atteintes secondaires possibles est à l’origine de signes cliniques variés. D’après [21].

Affections douloureuses incluses dans le diagnostic différentiel de la RPT aiguë des bovins

La présence d’une douleur en région abdominale peut avoir de multiples causes. D’après G. Fecteau.

PHOTO 2. Vache présentant des signes cliniques évocateurs de RPT : dos voussé, coudes écartés, tête basse, etc.

PHOTO 3. Radiographie normale de l’abdomen cranioventral d’une vache. Noter l’aspect alvéolé de la paroi du réseau. La masse blanche représente un aimant.

PHOTO 4. Radiographie de l’abdomen cranioventral d’une vache atteinte d’une RPT due à un corps étranger vulnérant et perforant.

PHOTO 5. Image échographique de la région abdominale craniale droite (sonde sectorielle 3,5 MHz).

PHOTO 6. Image échographique montrant du liquide de fibrine dans la région réticulaire (sonde sectorielle 3,5 MHz).