Le point Vétérinaire n° 253 du 01/03/2005
 

ENDOSCOPIE CHEZ LES OISEAUX

Pratiquer

IMAGERIE

Norin Chai*, Yannick Roman**


*Muséum National d’Histoire
Naturelle,
Ménagerie du Jardin des Plantes
57, rue Cuvier
75005 Paris
**Muséum National
d’Histoire Naturelle,
Parc zoologique de Clères
32, avenue du Parc
76690 Clères

Les particularités anatomiques des oiseaux font de l’endoscopie un examen de choix dans l’exploration macroscopique de nombreux organes. Certaines interventions médicales ou chirurgicales peuvent en outre être effectuées.

Résumé

Chez l’oiseau, les particularités anatomiques et les informations souvent limitées de l’examen clinique rendent l’endoscopie particulièrement intéressante. Cet examen complémentaire est réalisé avec un matériel de taille adaptée, si possible chez un animal à jeun et anesthésié. Longtemps cantonnées au sexage, les indications ont été largement développées. En plus des abords par les voies naturelles, trois voies d’examen invasif peuvent être utilisées. Il est ainsi possible de réaliser une exploration systématique des cavités abdominales et thoraciques, d’apprécier l’aspect macroscopique de la plupart des organes internes et éventuellement d’effectuer des interventions (biopsies, ponctions, interventions chirurgicales, etc.).

L’endoscopie est pratiquée chez les oiseaux depuis plus de vingt ans [1]. Cet examen complémentaire est précieux pour l’appréciation macroscopique d’un organe. Chez les mammifères domestiques, elle constitue la plupart du temps un examen de seconde intention mais chez les oiseaux, en raison de leurs particularités anatomiques et de la pauvreté de l’examen clinique, elle pourrait s’utiliser de façon presque routinière conjointement à d’autres examens [2]. L’absence de diaphragme et la cavité thoraco-abdominale occupée par de nombreux sacs aériens permettent en effet une visibilité immédiate des organes.

Cet article rappelle quelques notions d’anatomie avant d’aborder les différentes voies d’abord et les différents systèmes endoscopiquement observables.

Notions d’anatomie respiratoire des oiseaux

Les poumons des oiseaux ne comportent pas d’alvéoles pulmonaires, comme chez les mammifères : les unités fonctionnelles qui permettent l’hématose sont les parabronches (PHOTO 1) dans lesquelles l’air circule à contresens par rapport au sang.

Le poumon des oiseaux n’est pas élastique : solidement attaché aux côtes, son volume reste constant au cours d’un cycle respiratoire.

Les voies respiratoires s’ouvrent dans les sacs aériens par des ostiums pulmonaires.

Les sacs aériens sont au nombre de neuf : un claviculaire, deux cervicaux, deux thoraciques crâniaux, deux thoraciques caudaux et deux abdominaux. Les mouvements de soufflet du sternum agissent sur leur volume et génèrent dans le tractus respiratoire des mouvements d’air à sens unique, caractéristiques de la respiration des oiseaux.

Les sacs aériens, qui occupent donc la majeure partie de la cavité cœlomique, sont parfaitement transparents et étroitement plaqués aux viscères environnants. L’endoscopie chez les oiseaux consiste souvent à visualiser des organes depuis ces sacs aériens (PHOTO 2).

Matériel

Le matériel de base (PHOTO 3) se compose d’un endoscope rigide. Son diamètre doit être adapté à la taille de l’oiseau : un diamètre de 2,7 mm constitue un bon compromis et s’utilise sur des oiseaux de 55 g à 4 kg. La longueur recommandée est de 170 à 190 mm. Il convient de choisir une lentille qui offre un champ de vision à 30°, car l’angle de vue est plus large et la conformation de l’endoscope facilite la pénétration dans les sacs aériens.

Une source de lumière de 150 W est nécessaire, si possible au xénon. Le guide de lumière est en fibre de verre. La gaine, d’un diamètre adapté à l’endoscope, est munie d’un canal opérateur.

Une pince à préhension et une pince à biopsie complètent le dispositif.

Pour plus de confort, il est possible de s’équiper d’une caméra et d’un système vidéo.

L’endoscope rigide est constitué d’un empilement de lentilles. Cela lui confère une qualité d’image exceptionnelle par rapport à un fibroscope mais est aussi à l’origine d’une certaine fragilité, d’autant plus grande que son diamètre est petit. Quelques précautions lors de sa manipulation sont donc indispensables :

- tenir l’endoscope par l’oculaire pour éviter de fausser l’empilement de lentilles ;

- ne pas le poser trop longtemps sur une surface plane, surtout pour les optiques de petit diamètre ;

- veiller à ce que le guide de lumière (souvent lourd) n’entraîne pas l’endoscope dans sa chute ;

- ne pas utiliser de cuve à ultrasons pour le nettoyage, ne pas stériliser au Poupinel® et éviter de stériliser à l’autoclave les têtes “autoclavables” (réduction de la durée de vie du matériel).

Il convient en outre de nettoyer systématiquement tout le matériel après utilisation :

- utiliser un chiffon non abrasif ;

- trempage éventuel dans une solution protéolytique (Alkazyme® par exemple), surtout pour le matériel qui comporte des interstices (gaine, pince à biopsie, etc.) ;

- stérilisation à froid par trempage (Alkacide® par exemple).

Indications et contre-indications

1. Indications

L’endoscopie peut être considérée comme une “autopsie du vivant”. Les indications sont donc multiples [2, 3, a].

Sexage et exploration de la fonction de reproduction

L’endoscopie permet de sexer un oiseau rapidement, avec un taux d’erreur infime. Elle permet en outre lors du sexage d’estimer le fonctionnement de la gonade et de réaliser un bilan sanitaire de l’animal.

Établissement d’un diagnostic de certitude

L’examen endoscopique peut être utile pour établir un diagnostic de certitude, suite à un autre examen complémentaire non invasif anormal ou à une forte suspicion diagnostique (PHOTOS 4 ET 5) :

- bilan radiographique anormal ;

- bilan biochimique anormal (élévation de la concentration sanguine d’acide urique ou d’acides biliaires) (PHOTO 6) ;

- PU/PD ;

- régurgitations ;

- parésie d’un membre ;

- dyspnée (attention à l’anesthésie), etc.

Lorsque les autres examens se sont révélés peu utiles

L’endoscopie peut être indiquée lorsque l’examen clinique et les examens complémentaires réalisés se révèlent peu ou pas évocateurs :

- oiseau en boule ;

- bilan hématologique ou électrophorétique en faveur d’une inflammation sans autre symptôme apparent, etc.

Applications médicales et chirurgicales

Certaines interventions médicales ou chirurgicales peuvent être effectuées sous contrôle endoscopique :

- vasectomie ;

- salpingohystérectomie ;

- retrait de parasites (PHOTO 7) ;

- ponction ;

- biopsies ;

- retrait de lésions aspergillaires, etc.

2. Contre-indications

Dans certaines situations, l’endoscopie est contre-indiquée ou doit être adaptée.

• Un oiseau en mauvais état général peut ne pas supporter une anesthésie.

• L’accumulation de réserves graisseuses rend l’exploration difficile chez un oiseau obèse.

• Lors d’ascite, certaines voies d’abord sont à éviter car il existe un risque de perforation du sac aérien exploré et de passage de l’endoscope dans la cavité péritonéale hépatique ventrale ou dans la cavité péritonéale intestinale. L’effraction d’une de ces cavités entraîne alors un drainage de liquide d’ascite dans le sac aérien et éventuellement dans le poumon (“noyade interne”). Pour réaliser une biopsie hépatique lors d’ascite, l’accès s’effectue donc médialement et ventralement en arrière du bréchet, avec une entrée directe dans la cavité péritonéale hépatique ventrale, ce qui permet alors de drainer le liquide vers l’extérieur.

• Chez une femelle en ponte, il convient d’éviter les voies latérales car il existe un encombrement du sac aérien thoracique caudal, donc un risque de rupture d’un ovule lors de l’intervention. En pratique, la voie postpubienne est privilégiée afin d’accéder au sac aérien abdominal.

Préparation de l’animal

Chez les animaux qui ne sont pas à jeun, le volume du proventricule rend l’exploration difficile. Les oiseaux sont donc si possible soumis à une diète de trois heures minimum et de vingt-quatre à trente-six heures pour les rapaces. La diète évite également les risques de régurgitations et/ou de vomissements, et les risques de fausses déglutitions qui en découlent.

L’isoflurane est recommandé pour l’anesthésie générale.

Les temps pré-opératoires (plumage, désinfection) sont classiques.

La pose d’un champ opératoire transparent (type champ Buster®) permet de visualiser les repères anatomiques pendant l’intervention. La Vétédine savon®, utilisée pour la désinfection du site opératoire et l’application sur les plumes du pourtour, permet au champ opératoire d’adhérer à la peau.

Examens endoscopiques non invasifs

Toutes les cavités naturelles, ainsi que les premières voies digestives et respiratoires, peuvent être explorées : oropharynx, trachée, œsophage, oreille externe, etc. (PHOTOS 8 ET 9).

1. L’oropharynx

L’exploration de l’oropharynx permet de visualiser la cavité buccale, la langue, les choanes, etc.

2. La trachée

L’oiseau anesthésié est placé en décubitus sternal, le cou en extension. L’endoscope est entré par le larynx, juste derrière la langue. Après l’induction au masque, l’intervention doit être rapide car elle entrave la respiration.

Chez les oiseaux de petite taille ou en dépression respiratoire, il est conseillé de poser une canule dans le sac aérien abdominal afin d’avoir une autre voie d’apport d’oxygène ; elle permet également de maintenir l’anesthésie gazeuse. Une sonde trachéale raccourcie et stérilisée peut être utilisée. Elle est mise en place par la voie latérale par le sac aérien thoracique caudal (voir infra). Une fois en place, la sonde peut être suturée à la peau.

3. L’œsophage et le jabot

L’accès à l’œsophage et au jabot est facile.

La visibilité est nettement améliorée en insufflant de l’air dans le jabot à l’aide d’une sonde de gavage montée sur une seringue de 60 ml. Pour retenir l’air dans le jabot, il convient d’exercer une pression manuelle au niveau de l’œsophage proximal.

La visibilité est souvent meilleure au retrait de l’endoscope que lors de son entrée.

4. Le cloaque

L’exploration du cloaque est en général difficile en raison de la présence de fèces et d’urates. Il convient donc de le rincer au préalable avec une solution saline (NaCl 0,9 %) et d’injecter de l’air durant l’examen, en resserrant les marges de l’anus autour de l’endoscope.

Examens endoscopiques invasifs

La conformation unique de l’appareil respiratoire des oiseaux permet un examen endoscopique approfondi des viscères à travers la paroi des sacs aériens. Plusieurs voies d’accès sont possibles ; en pratique, la plus couramment utilisée est toutefois la voie latérale qui passe par le sac aérien thoracique caudal.

1. Voie d’abord latérale par le sac aérien thoracique caudal

• L’oiseau est placé en décubitus latéral droit (cette technique peut toutefois être utilisée indifféremment du côté gauche ou du côté droit).

Les ailes étendues dorsalement sont liées avec une bande cohésive (Vetrap®).

La patte gauche est étendue crânialement (PHOTO 10) et maintenue près du cou avec une bande cohésive, afin de libérer l’abdomen gauche.

Le point d’entrée est repéré en palpant l’endroit où le muscle semi-membraneux croise la dernière côte : la voie d’abord est située juste derrière celle-ci (PHOTO 11).

Il est parfois plus aisé d’étendre la patte caudalement. L’insertion se fait alors dans un triangle délimité crânialement par la dernière côte, caudalement par la masse musculaire de la cuisse et dorsalement par le synsacrum.

Une ponction, puis une dissection mousse sont effectuées. Le sac aérien est ponctionné à l’aide de ciseaux pointus ou d’une pince hémostatique fine.

L’endoscope est ensuite inséré à travers la paroi du sac aérien, à 45° par rapport à la table et à 45° par rapport à l’axe de l’oiseau, en direction de la tête.

Il est commode de maintenir l’endoscope au niveau de l’ouverture à l’aide d’une compresse stérile, ce qui autorise les mouvements de va-et-vient, tout en garantissant la stérilité de l’intervention, et limite la diffusion de l’isoflurane dans la salle d’opération.

• Une fois dans le sac aérien thoracique caudal gauche, sont visibles (voir la FIGURE “Topographie visible par l’abord latéral gauche”) :

- de 11 h à 1 h : la surface caudale du poumon et les ostiums du sac aérien (PHOTO 12) ;

- de 2 h à 3 h : la membrane qui sépare le sac aérien thoracique caudal du sac aérien abdominal ;

- de 4 h à 6 h : le gésier ;

- de 7 h à 8 h : le lobe gauche du foie (portion caudale) ;

- vers 8 h : le proventricule.

- de 9 h à 10 h : la membrane qui sépare le sac aérien thoracique caudal du sac aérien thoracique crânial.

• Le sac aérien thoracique caudal est un point d’entrée pour explorer les autres sacs aériens et les organes qu’ils tapissent. Le passage d’un sac aérien à un autre est réalisé simplement en trocardant la membrane qui les sépare à l’aide de l’optique (voir la FIGURE “Passage d’un sac aérien à un autre”).

• Le sac aérien abdominal homolatéral est accessible en traversant la membrane située entre deux et trois heures. Il donne accès à la masse viscérale, au rein gauche, à la rate, au gésier, au proventricule et aux gonades (PHOTO 13).

Au niveau du pôle crânial du rein gauche, peuvent être distingués :

- de 3 h à 4 h : les lobes médians et caudaux du rein ;

- de 4 h à 8 h : des portions du tube digestif ;

- de 7 h à 8 h : la gonade (ovaire ou testicule) ;

- de 7 h à 8 h, plus ventralement : la rate ;

- à 9 h : une structure jaunâtre de forme triangulaire, la surrénale.

• Le sac aérien thoracique crânial homolatéral est accessible en traversant la membrane située entre 9 et 10 h. Dès l’entrée, sont alors observés :

- de 11 h à 2 h : la portion crâniale du poumon gauche ;

- de 2 h à 5 h : la membrane qui sépare le sac aérien thoracique crânial du caudal ;

- de 5 h à 7 h : la portion crâniale gauche du foie ;

- de 7 h à 10 h : le cœur.

Les repères anatomiques donnés ci-dessus sont susceptibles de fluctuer de manière plus ou moins importante en fonction des taxons étudiés.

Les perforations des parois des sacs par l’endoscope sont souvent moins étendues qu’il ne paraît à l’endoscopie et ne semblent pas avoir de conséquences. La cicatrisation des sacs aériens est rapide (moins de quinze jours). L’endoscopie par les côtés droit et gauche peut être réalisée de façon successive sans danger.

La nécessité d’une suture en deux plans une fois l’examen terminé (sac aérien et musculature intercostale en masse, puis plan cutané) est rapportée dans des publications. Sur plusieurs centaines d’endoscopies “de routine” effectuées à la ménagerie du Jardin des Plantes, aucune suture n’a toutefois été effectuée, sans aucune conséquence clinique. Les examens qui ont nécessité une biopsie ou un traitement in situ, ont néanmoins fait l’objet d’un point en un plan (musculature et plan cutané en masse).

2. Voie d’abord caudale dans la cavité péritonéale hépatique ventrale

Le point d’entrée dans la cavité péritonéale hépatique est situé juste caudalement à la pointe du bréchet (PHOTO 14). Cette voie permet de visualiser correctement le foie et de réaliser facilement des biopsies hépatiques, car la seule interface entre le parenchyme hépatique et la pince à biopsie est alors la capsule hépatique.

Il convient de prendre garde à ne pas léser le bord caudal du foie, en particulier lors d’hépatomégalie. Cette éventualité doit donc être diagnostiquée auparavant par une radiographie et l’endoscopie (surtout indiquée dans ce cas afin de réaliser une biopsie) se fait alors avec précaution.

3. Voie d’abord crâniale par le sac aérien claviculaire

L’oiseau est placé en décubitus dorsal, les ailes étendues latéralement.

La peau est incisée au milieu de l’espace interclaviculaire, juste avant le bréchet, du côté gauche (du côté droit, il existe un risque de rencontrer le jabot) (PHOTO 15).

Le sac aérien est ponctionné et l’endoscope est introduit caudo-dorsalement. Les gros vaisseaux et la base du cœur sont visibles dès son introduction. La syrinx, la partie médioventrale du poumon, la thyroïde et la parathyroïde peuvent également être observées.

Cette voie est en général peu utilisée, sauf en cas de suspicion d’hyperparathyroïdie.

Exploration des différents systèmes

L’exploration endoscopique nécessite quelques précautions, pour sa préparation et pour son interprétation.

Si une caméra est utilisée, il est important de réaliser une “balance des blancs” avant l’examen, pour pouvoir interpréter correctement les couleurs des organes observés.

Il convient de garder à l’esprit que l’endoscope a un effet grossissant. Il est donc difficile de prime abord d’interpréter la taille d’une lésion ou d’un organe. L’estimation des dimensions réelles peut se faire par comparaison avec une pince à biopsie (de taille connue) placée dans le champ d’observation.

L’endoscopie ne permet pas de tout observer : certains organes sont difficiles à visualiser dans leur totalité et, pour les organes pleins, l’endo-scopie ne permet qu’une observation externe.

1. Le système cardiovasculaire

Les trois voies d’abord permettent d’explorer différents éléments du système cardiovasculaire (voir le TABLEAU “Voies d’abord endoscopique des principaux organes”).

• Le cœur, le péricarde et l’artère pulmonaire peuvent être visualisés à gauche comme à droite, par la voie d’abord latérale par le sac aérien thoracique caudal.

• Par la voie d’abord crâniale par le sac aérien claviculaire, la base du cœur, le sac péricardique et les gros vaisseaux (dont les artères carotides et les troncs brachiocéphaliques) sont situés ventralement à la trachée.

• La voie caudale révèle l’apex du cœur. Lors d’hydropéricarde, elle permet de réaliser des ponctions du sac péricardique. Cette voie est alors particulièrement intéressante car elle n’entraîne pas de risque de noyade, en raison de sa situation ventrale.

2. Le système endocrinien

• Les thyroïdes sont observées par la voie d’abord crâniale juste à l’entrée du sac aérien claviculaire, accolées latéralement aux carotides (PHOTO 16). Elles ne sont normalement pas proéminentes. Elles apparaissent de forme ovoïde, de la taille d’une tête d’allumette de couleur rosé foncé. Il convient de regarder les deux glandes car elles ne présentent pas nécessairement la même dimension ni parfois la même morphologie.

• Les parathyroïdes sont accolées caudalement aux thyroïdes. Leur taille est inférieure (d’environ un tiers) et elles sont de couleur plus claire que ces dernières.

• Le pancréas est visible par la voie d’abord latérale, par le sac aérien thoracique caudal à droite : il est délimité par la première anse duodénale. De couleur jaunâtre, il est peu vascularisé par rapport au système digestif qui l’entoure.

• Les surrénales sont localisées aux pôles crâniaux des reins et peuvent être mises en évidence par la voie d’abord latérale, au niveau des sacs aériens abdominaux droits et gauches. Elles ont une forme triangulaire et un aspect légèrement hétérogène (qui peut les faire confondre avec un ovaire immature). Leur couleur est le plus souvent crème. La surrénale droite est parfois moins visible que la gauche.

Chez certaines espèces (le pigeon biset par exemple), la surrénale peut être recouverte par la gonade.

3. Le système respiratoire

• Le système respiratoire supérieur est exploré de façon non invasive.

Les choanes et le septum nasal sont observés dans la cavité buccale.

L’exploration de la trachée (PHOTO 17) permet de visualiser des lésions (par exemple, sur la membrane de la syrinx) ou de retirer des corps étrangers. Il est normal de racler un peu de mucus dans la trachée lors du passage de l’optique.

• Le système respiratoire inférieur est exploré de façon invasive. Les sacs aériens et les poumons sont visibles à gauche et à droite par la voie d’abord latéral.

Les membranes des sacs aériens sont normalement transparentes, fines et peu vascularisées. Chez les oiseaux obèses, des dépôts de lipides peuvent rendre l’exploration difficile. Lors d’aérosacculites, les sacs aériens prennent un aspect dépoli, épaissi. Les sacs aériens thoraciques caudaux et abdominaux sont plus souvent concernés par les affections.

Les poumons ont un aspect rose pâle. Ils sont enchâssés dans la cage thoracique. La présence de petites tâches noires peut signer une anthracose pulmonaire (bénigne) (PHOTO 18).

Les ostiums des sacs aériens thoracique caudal et crânial peuvent être mis en évidence, ainsi que celui du sac aérien abdominal, plus difficile à repérer entre les côtes et la paroi musculaire abdominale.

4. Le système gastro-intestinal et les glandes annexes

• L’accès à l’œsophage (PHOTO 19) et au jabot est facile par les voies naturelles. La muqueuse ingluviale a un aspect lisse et rosé. Lors d’affections, elle peut prendre un aspect épaissi, rugueux et blanchâtre.

• Seule la voie d’abord crâniale par le sac aérien claviculaire permet une visualisation externe de l’œsophage (PHOTO 20). Son diamètre est le même que celui de la trachée.

La jonction entre l’œsophage et le proventricule (grande courbure) est visible par la voie latérale dans le sac aérien thoracique caudal, en particulier à gauche.

Le gésier est visible au niveau des sacs aériens thoraciques caudaux droits et gauches ; il est situé juste caudalement au foie qui l’entoure partiellement.

Le duodénum, bien visualisé à droite, est parcouru de vaisseaux. Il forme une anse dans laquelle le pancréas, d’une couleur plus pâle, est accolé.

Des portions de l’intestin grêle, du gros intestin et des caeca (lorsqu’ils sont présents), sont visibles au niveau des sacs aériens abdominaux (à gauche et à droite) (PHOTO 21).

• L’exploration du cloaque est réalisée par les voies naturelles, selon la technique décrite précédemment.

• Le foie est accessible par les sacs aériens thoraciques caudaux droit et gauche (voie latérale), par les sacs aériens thoraciques crâniaux droit et gauche juste à l’apex du cœur ou mieux, par l’approche ventrale par la ligne médiale, juste derrière le bréchet. Son aspect est homogène, rouge foncé. Il dépasse rarement la carène du bréchet. Ses marges sont normalement fines, comme “tranchantes”.

5. La rate

La rate est accessible par la voie latérale, par le sac aérien abdominal gauche. Elle est située sur le côté droit du proventricule, au niveau de l’isthme (jonction gésier-proventricule). Le pivotement de 90° dans le sens inverse des aiguilles d’une montre de l’endoscope au niveau du pôle crânial du rein permet de l’observer. Elle est en général de forme ronde, de même couleur et de même aspect que le pôle crânial du rein.

6. Le système urogénital

Le système urogénital est visualisé au niveau des sacs aériens abdominaux (voie d’abord latérale).

• Le tractus femelle (ovaire et oviducte) est seulement observé à gauche, puisque le tractus génital droit dégénère au cours du développement embryonnaire et est absent chez l’oiseau adulte.

L’ovaire se présente sous la forme d’une grappe de follicules (PHOTO 22).

L’oviducte (au repos), tortueux chez les adultes, est trois fois plus volumineux que les uretères et longe les lobes rénaux pour atteindre le cloaque. Le magnum (trompe de Fallope) se situe au niveau du pôle crânial du rein gauche. Chez une femelle juvénile, l’oviducte se présente sous forme d’une large bande droite avec des filaments spiralés.

• Le tractus mâle s’observe aussi bien à gauche qu’à droite. Les testicules sont de forme ovoïde, en général de couleur claire (PHOTO 23). Leur volume peut augmenter de plus de cent fois lors de la période de reproduction.

Les uretères (blancs, les ondulations causées par les urines sont visibles) et le canal déférent (plus petit ou de même calibre) sont parallèles. La portion terminale de l’uretère a un aspect tortueux chez un adulte reproducteur.

Chez certaines espèces, les testicules et la grappe ovarienne sont physiologiquement mélaniques (cacatoès, certains aras, etc.).

• Les reins possèdent trois divisions (pôles crânial, médian et caudal) (PHOTO 24). De grands vaisseaux sont visibles sur chaque segmentation : artère et veine iliaques dans la première partie, puis artères et veines ischiatiques dans la deuxième. Les uretères deviennent nettement visibles à partir de la deuxième division du rein.

7. Le système musculosquelettique

Les côtes sont observables dans le sac aérien thoracique crânial, à gauche comme à droite.

L’os pelvien est visible dans le sac aérien abdominal.

8. Biopsies

Les biopsies sont réalisées à l’aide d’une pince adaptée à la taille de l’oiseau. La taille 5 fr est la plus utilisée. Une pince à biopsie à cupules ovales de 1,7 à 2,3 mm de diamètre est habituellement employée.

Potentiellement, tous les organes peuvent être biopsiés [a] :

- biopsie hépatique, notamment lors d’hépatomégalie ;

- biopsie du proventricule, en cas de dilatation ;

- biopsie de la rate, etc.

Un risque d’hémorragie peut exister (rate par exemple) : elles sont en général sans gravité.

Complications de l’endoscopie

Les complications sont exceptionnelles et d’autant plus rares que le praticien est expérimenté. Il convient de travailler avec douceur, avec une stabilité maximale (coudes posés sur la table).

Lors d’hémorragie (PHOTO 25), l’oiseau est placé rapidement la tête vers le haut, à 45° par rapport au sol, pour que le sang ne pénètre pas dans les poumons.

D’autres complications peuvent survenir :

- traumatisme d’un organe : foie (en particulier lors d’hépatomégalie), rate, proventricule, etc.

- affections nosocomiales : l’asepsie de l’intervention et la stérilité du matériel sont indispensables car l’endoscope mal stérilisé peut être une source de contamination.

Pendant des années, l’endoscopie aviaire a servi au sexage mais cette indication a perdu de son intérêt avec le développement de la technique par PCR. Elle reste toutefois l’examen de choix (et plus rentable pour le praticien) lorsqu’une confirmation immédiate du sexe est nécessaire (grandes collections). L’endoscopie s’utilise toujours conjointement à d’autres examens complémentaires (radiographie, examens hématologiques, etc.). Avant d’y recourir, il convient de vérifier s’il n’existe pas de moyen d’investigation moins invasif. L’endoscopie est toutefois irremplaçable à chaque fois qu’un examen macroscopique d’un organe est nécessaire.

Points forts

Chez les oiseaux, l’absence de diaphragme et la présence de sacs aériens transparents, qui occupent une partie de la cavité cœlomique, favorisent l’observation endoscopique de nombreux organes.

Dans les examens endoscopiques invasifs, la voie d’abord latérale par le sac aérien thoracique caudal est la plus couramment utilisée. Elle permet en outre d’accéder indirectement aux sacs aériens homolatéraux (thoracique crânial et abdominal).

La voie d’abord de choix pour examiner le foie ou réaliser des biopsies hépatiques est la voie caudale, dans la cavité péritonéale hépatique ventrale.

En raison de l’effet grossissant de l’endoscope, l’estimation de la taille d’un organe ou d’une lésion est faite par comparaison avec un instrument de taille connue, placé dans le champ d’observation.

La voie d’abord crâniale par le sac aérien claviculaire est surtout utilisée lors de suspicion d’hyperparathyroïdie.

La complication la plus fréquente de l’endoscopie est l’hémorragie. Elle reste toutefois rare et est en général sans gravité.

Congrès

a - Hernandez-Divers SJ, Hernandez-Divers S, Michael L. Avian and exotic animal endoscopy course. EAZWV Conf. Workshop. 2002:1-3.

  • 1 - Bougerol C. L’endoscopie chez les oiseaux : application au sexage. Rec. Méd. Vét. 1992;(n° spécial “Endoscopie”): 303-307.
  • 2 - Chai N, Roman Y. L’endoscopie chez les oiseaux. Prat. Ani. Sauv. Exot. 2002;2(4):9-12.
  • 3 - Murray MJ, Schildger B, Taylor M. Endoscopy in Birds, Reptiles, Amphibians and Fish. Endo-Press [eds.] Tuttlingen, Germany. 2001:8-9.
  • 4 - Taylor M. Endoscopic examination and biopsy techniques. In: Ritchie BW, Harrison GJ, Harrison LR. Avian medicine: principles and applications. Wingers Publishing, Fort Worth, Florida. 1994:327-354.

PHOTO 1. Départ des parabronches chez un marabout.

PHOTO 10. Préparation du site d’insertion (voie d’abord latérale) chez un perroquet gris du Gabon.

Topographie visible par l’abord latéral gauche

Les membranes transparentes des sacs aériens permettent d’observer de nombreux organes. D’après [4].

Passage d’un sac aérien à un autre

Le passage est réalisé en trocardant à l’aide de l’optique la membrane qui les sépare. D’après [4].

PHOTO 11. Voie d’abord latérale par le sac aérien thoracique caudal chez une corneille noire.

PHOTO 12. Visualisation de l’ostium dans le sac aérien thoracique caudal chez une perruche ondulée.

PHOTO 13. Sac aérien abdominal : visualisation de la triade surrénale/rein/gonade (ici, le testicule) chez un canard colvert.

PHOTO 14. Voie d’abord caudale dans la cavité péritonéale hépatique ventrale chez une corneille noire.

PHOTO 15. Voie d’abord crâniale par le sac aérien claviculaire chez une corneille noire.

PHOTO 16. Sac aérien claviculaire : visualisation de la thyroïde gauche (pigeon ramier).

PHOTO 17. Trachée chez un tragopan satyre. Chez les oiseaux, les anneaux trachéaux sont complets.

PHOTO 18. Anthracose chez une perruche souris. Cette anomalie est bénigne.

PHOTO 19. Œsophage chez un tragopan satyre.

PHOTO 2. Nécropsie d’une corneille noire. Les membranes des sacs aériens sont mises en évidence. De nombreux organes sont visibles par transparence.

PHOTO 20. Sac aérien claviculaire : visualisation externe de l’œsophage (pigeon ramier).

PHOTO 21. Visualisation du cæcum (Anatidés).

PHOTO 22. Sac aérien abdominal : visualisation de la grappe ovarienne (vautour moine).

PHOTO 23. Sac aérien abdominal : visualisation d’un testicule chez un jeune hibou grand duc africain âgé de onze mois.

PHOTO 24. Lobes crânial et médial du rein gauche chez un perroquet gris du Gabon.

PHOTO 25. Hémorragie chez un faisan d’Edward. Cette complication survient soit après une biopsie, soit à la suite d’un traumatisme.

PHOTO 3. Matériel d’endoscopie.

PHOTO 4. Abcès tuberculeux sur le tube digestif chez un tragopan satyre.

PHOTO 5. Abcès dans le sac aérien thoracique caudal chez une sarcelle.

PHOTO 6. Visualisation d’un rein chez une aigrette : néphrite.

PHOTO 7. Sac aérien thoracique caudal : retrait d’une filaire chez une aigrette garzette.

PHOTO 8. Tympan de tragopan satyre.

PHOTO 9. Vagin d’oie à tête barrée.

Voies d’abord endoscopique des principaux organes