Le point Vétérinaire n° 253 du 01/03/2005
 

DENTISTERIE DU CHIEN ET DU CHAT

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Philippe Hennet*, Nicolas Girard**


*Clinique vétérinaire
4, rue Linois
75015 Paris
**Clinique vétérinaire,
06610 La Gaude

La fréquence des interventions dentaires justifie l’acquisition d’un détartreur-micromoteur, pour réaliser des soins dentaires de qualité.

Bien que le terme de “détartrage”soit utilisé communément, les actes effectués consistent le plus souvent en des traitements parodontaux (détartrage supra-gingival, suivi d’un curetage ou d’un débridement sous-gingival, puis d’un polissage dentaire) et des extractions dentaires. Il est donc indispensable de posséder le matériel adéquat pour pouvoir effectuer ces actes dans de bonnes conditions. Ce matériel de base comprend un détartreur de nouvelle génération qui permet aussi bien d’effectuer le détartrage supra-gingival que le débridement sous-gingival, et un micromoteur dentaire électrique qui autorise l’utilisation d’instruments rotatifs pour le polissage et les extractions dentaires (PHOTO 1).

Détartreur piézoélectrique

Le détartrage est fondé sur l’utilisation d’instruments mécanisés qui comportent une partie métallique travaillante ou insert. Il existe différents types de détartreurs, classés en fonction du mode de production des vibrations (PHOTO 2). Les caractéristiques techniques des détartreurs sont à connaître puisqu’elles conditionnent la fréquence et le type de vibrations émises, et par là même leur utilisation.

• Dans le cas des détartreurs piézoélectriques, les vibrations sont produites par une céramique piézoactive contenue dans le manche de l’instrument. Lorsqu’un courant alternatif est appliqué à cette céramique, celle-ci subit des déformations qui, conduites le long d’un axe, génèrent une vibration (oscillation) de l’insert métallique vissé sur cet axe (voir la FIGURE “Mécanisme de fonctionnement d’un détartreur piézoélectrique”). Les particularités de ce mode de production des vibrations sont un rendement élevé, de l’ordre de 90 % (seule 10 % de l’énergie est transformée en chaleur) et une vibration selon un seul plan de l’espace (vibration longitudinale). L’extrémité de l’insert doit donc être utilisée tangentiellement à la surface dentaire et non pas perpendiculairement (PHOTO 3). La fréquence de vibration de l’insert est constante pour un appareil donné : de l’ordre de 25 000 à 45 000 Hz (= cycles par seconde) pour un détartreur piézoélectrique. Seule l’amplitude (ou débattement) des vibrations est réglable. Plus l’amplitude est élevée, plus le détartrage est puissant.

Détartreurs soniques et ferromagnétiques

• Les détartreurs soniques sont animés par une puissance pneumatique ; l’air sous pression génère la vibration de l’insert à une fréquence de 6 000 à 9 000 Hz.

• Pour les détartreurs ferromagnétiques, l’insert est connecté à un empilage de lames métalliques logées dans le manche creux de l’insert. Une bobine logée dans le manche crée un champ magnétique qui produit des déformations des lames métalliques. Ces déformations sont responsables de la vibration de l’insert à une fréquence de 20 000 à 45 000 Hz. Ce mécanisme est fortement exothermique.

Les appareils soniques et ferromagnétiques produisent une vibration avec un mouvement elliptique. Lorsque l’insert est appliqué tangentiellement à la surface dentaire, seule la moitié du cycle est réellement efficace. Ils ne peuvent être utilisés en endodontie pour la coupe ou l’abrasion, puisque la vibration ne se fait pas dans un seul plan.

Conçus pour le débridement sous-gingival

Les détartreurs piézoélectriques ou ferromagnétiques modernes permettent l’utilisation d’inserts classiques pour le travail supragingival, mais également d’inserts spécifiques sous-gingivaux. Le traitement sous-gingival est traditionnellement effectué avec des curettes manuelles, mais l’utilisation de ces curettes nécessite un apprentissage long et difficile. Elles ne sont, pour cette raison, jamais correctement utilisées en médecine vétérinaire et le traitement sous-gingival n’est pas effectué, alors qu’il est l’étape fondamentale du traitement des parodontites.

Il est actuellement admis que le traitement sous-gingival peut être aussi efficacement effectué avec des inserts ultrasoniques qu’avec des curettes sous-gingivales manuelles. Néanmoins, l’apprentissage de l’utilisation des inserts sous-gingivaux est beaucoup plus court et plus facile et le traitement sous-gingival est effectué deux fois plus rapidement.

Le travail sous-gingival ne peut être effectué avec une grande amplitude de vibration sous peine de provoquer des lésions de la dent ou du parodonte. Les inserts sous-gingivaux sont plus fins, plus longs et ont la faculté de vibrer avec une très faible amplitude (PHOTO 4). Le détartreur doit disposer d’un réglage particulier pour le travail sous-gingival. Un détartreur à ultrasons classique ne peut être utilisé pour le traitement sous-gingival si cette fonction n’a pas été prévue par le constructeur ou si l’opérateur ne dispose pas des inserts sous-gingivaux.

Fonction micromoteur dentaire

Lemicromoteurpermet d’adapter différents instruments (pièce à main droite ou contre-angle) sur lesquels les instruments rotatifs (fraises dentaires ou instruments de polissage) sont fixés.

Le micromoteur électrique tourne à une vitesse maximale de 25 000 à 40 000 tours/min selon les modèles. La vitesse peut être réglée de zéro à la valeur maximale. Les contre-angles qui s’adaptent sur le moteur peuvent réduire, multiplier ou ne pas modifier la vitesse produite par le moteur.

Classiquement, des vitesses faibles sont utilisées (< 4000 tours/min) pour le polissage dentaire ou pour certains travaux délicats proches de la pulpe dentaire. Les grandes vitesses (> 100000 tours/min) sont utiles notamment pour la trépanation ou la section des dents. Ces grandes vitesses peuvent être obtenues avec un micromoteur de 40 000 tours/ min équipé d’un contre-angle multiplicateur (x 3,5) (PHOTO 5). Lorsque de grandes vitesses sont utilisées pour couper une dent, un spray d’irrigation est indispensable, afin de dissiper la chaleur produite par la friction, éliminer les débris dentaires et éviter l’encrassement de la fraise (PHOTO 6 et PHOTO 7).

L’utilisation d’instruments rotatifs pour couper les dents chez le chien ou chez le chat est indispensable pour mener à bien les extractions dentaires.

Les innovations techniques permettent d’effectuer des soins dentaires de qualité en réduisant le temps de travail. Le coût de l’investissement est limité pour une utilisation très fréquente. Il existe de nombreux appareils sur le marché mais un combiné détartreur-micromoteur nous semble correspondre le mieux à l’utilisation en clientèle classique. Les confrères passionnés par la dentisterie vétérinaire peuvent s’orienter vers des systèmes rotatifs plus complexes. Il n’existe malheureusement pas, à notre connaissance, de micromoteur électrique avec spray intégré seul. Si l’équipement comprend déjà un micromoteur électrique, il convient de veiller à associer une irrigation manuelle peropératoire systématique.

Le choix du détartreur doit s’orienter vers un appareil de conception moderne prévu pour le travail sous-gingival, avec un large choix d’inserts et qui offre la plus grande marge de sécurité lors de son utilisation quotidienne. Les systèmes piézoélectriques ont notre préférence.

PHOTO 1. Combiné détartreur-micromoteur avec spray d’irrigation.

Mécanisme de fonctionnement d’un détartreur piézoélectrique

Un courant alternatif appliqué à la céramique génère une vibration (oscillation) de l’insert métallique vissé sur un axe.

PHOTO 2. Manches d’un détartreur piézoélectrique (en bas) et d’un détartreur magnétostrictif (en haut).

PHOTO 3. Utilisation correcte d’un insert piézoélectrique. La vibration de l’insert se fait dans un seul plan.

PHOTO 4. De gauche à droite : insert de détartrage supragingival (insert n° 1, Satelec, Mérignac) et inserts de débridement sous-gingival (inserts n° 1S et H3, Satelec, Mérignac).

PHOTO 5. Micromoteur équipé d’un contre-angle multiplicateur avec spray externe (contre-angle rouge, Micro-Méga, Besançon).

PHOTO 6. Détail du dispositif d’irrigation de la fraise dentaire.

PHOTO 7. Séparation radiculaire qui facilite l’extraction dentaire.