Le point Vétérinaire n° 253 du 01/03/2005
 

TRAITEMENT DE LA TEIGNE CHEZ LE CHAT

Éclairer

NOUVEAUTÉS

La structure triazolée de l’itraconazole lui confére un spectre plus large et une meilleure tolérance. Sa lipophilie permet le traitement de la teigne féline en “semaines alternées”.

Le laboratoire Janssen vient de rendre disponible pour les vétérinaires l’itraconazole sous forme de solution buvable : Itrafungol®. Jusqu’à présent, l’itraconazole faisait partie des molécules régulièrement citées pour leur activité contre les dermatophytes et les levures dans des cas cliniques ou des revues mais, en tant que médicament réservé à l’usage hospitalier, son accès était légalement interdit et toujours difficile et aléatoire. Par rapport aux autres imidazolés indiqués contre les teignes – le kétoconazole par voie orale (Kétofungol®) et l’énilconazole en solution externe (Imaveral®) ou destiné au traitement de l’environnement (Clinafarm®) –, l’itraconazole présente au moins deux nouveautés : son indication par voie orale chez le chat et, surtout, sa structure triazolée qui lui confère des propriétés pharmacodynamiques (activité et tolérance) et pharmacocinétiques (persistance) particulières.

Teignes du chat

Le « traitement chez le chat des dermatophytoses à Microsporum canis », agent responsable de 95 % des teignes du chat, est la seule indication mentionnée dans le résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP) d’Itrafungol®. Jusqu’à présent, seul un antibiotique, la griséofulvine (Fulviderm®, Fungekil®, Dermogine®) était indiqué chez le chat. Toutefois, la posologie “AMM” de cette ancienne molécule (15 mg/kg/j pendant trois à quatre semaines) est notoirement insuffisante, de même que la durée de traitement. Les doses désormais recommandées sont comprises entre 50 et 100 mg/kg/j, pendant deux à trois mois plutôt que trois semaines… Pour une efficacité supérieure ou équivalente à celle de la griséofulvine, l’itraconazole s’emploie à raison de 5 mg/kg/j en cures de trois fois une semaine (semaines alternées). Une persistance d’activité est ainsi obtenue pendant au moins sept semaines dans les poils et dans les glandes sébacées.

Topique plus systémique

Le traitement par la seule voie locale (énilconazole, Imaveral®) est en outre souvent insuffisant pour négativer les cultures fongiques. La lutte contre les teignes repose sur la combinaison d’un traitement systémique et d’un traitement topique pour éviter la dissémination de spores dans l’environnement. L’environnement est en effet souvent négligé ; la forme fumigène de l’énilconazole (Clinafarm®) est pourtant facile d’emploi (en l’absence d’animaux), aussi bien en collectivité que chez un particulier, pour décontaminer l’environnement.

Un triazolé à spectre large

La présence d’un cycle triazolé dans l’itraconazole lui confère un spectre d’activité plus large et une plus faible toxicité. Il est actif à la faible concentration de 1 µg/ml sur plus de 90 % de 252 espèces fongiques isolées (levures et champignons) et sur plus de 97 % des espèces les plus courantes. L’itraconazole agit ainsi in vitro vis-à-vis de M. canis, Trichophyton spp., Malassezia spp., Aspergillus spp., Candida spp., Cryptococcus neoformans, etc.

Synthèse de l’ergostérol

L’action de l’itraconazole consiste à inhiber la synthèse d’ergostérol, un constituant indispensable de la paroi fongique. Plus précisément, il inhibe la 14-déméthylase au niveau du cytochrome P-450 dans le réticulum endoplasmique.

L’accumulation de stérols méthylés (avec des radicaux méthyls) accentue l’instabilité des membranes fongiques. En raison de sa structure, l’itraconazole agit sélectivement sur le cytochrome P-450 fongique et présente peu, voire aucune affinité pour le cytochrome P-450 des mammifères aux doses d’emploi recommandées. La tolérance de l’itraconazole est donc considérée comme bonne. Il est d’ailleurs indiqué chez les très jeunes chatons. Le RCP mentionne néanmoins la nécessité d’utiliser une seringue finement graduée (de type seringue à insuline) pour les chatons pesant moins de 500 g et traités à la dose de 0,5 mg/kg, c'est-à-dire avec moins de 0,25 ml de solution buvable. La seringue doseuse fournie est toutefois déjà graduée par 0,1 ml (100 g).

L’itraconazole n’est pas contre-indiqué chez les animaux immunodéprimés (FeLV ou FIV positifs) ou âgés, plus souvent atteints de teignes. Selon le RCP cependant, « dans de rares cas, une élévation transitoire des enzymes hépatiques, accompagnée d’un ictère, peut nécessiter l’arrêt du traitement ». Le médicament est contre-indiqué chez les insuffisants hépatiques. Les autres effets indésirables, « éventuellement liés à l’administration du produit, sont modérés et transitoires : vomissement, diarrhée, etc. ». Ils n’ont généralement pas été observés au cours des essais cliniques mais lors des études de tolérance après l'administration de trois ou cinq fois la dose thérapeutique.

La toxicité fœtale notée chez les animaux de laboratoire conduit à contre-indiquer ce médicament chez les chattes gestantes et allaitantes (comme la griséofulvine).

Comparaison des facteurs d’inhibition relative

Le facteur d’inhibition relative mesure l’activité antifongique des anti-mycosiques. Plus il est faible, plus l’activité est élevée et inversement.