Le point Vétérinaire n° 252 du 01/01/2005
 

CHIRURGIE DE CONVENANCE CHEZ LES OISEAUX D'ORNEMENT

Pratiquer

EN IMAGES

Ronan Cognet*, Éric Aguado**


*Service de chirurgie, ENV Nantes, Atlanpole La Chantrerie, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03
**Service de chirurgie, ENV Nantes, Atlanpole La Chantrerie, BP 40706, 44307 Nantes Cedex 03

Une déphonation peut être obtenue par la mise en place chirurgicale d’une toile métallique qui enserre la syrinx et perturbe son fonctionnement.

Les propriétaires d’oiseaux d’ornement (paon, coq, etc.) sont parfois confrontés à des nuisances sonores, qui sont en outre réprimées par la loi (voir l’article R. 48-2 du Code de la santé publique sur Planete-vet). Diverses techniques de déphonation ont été développées pour les résoudre [1, 2, 4, 5].

Cet acte chirurgical sans objectif thérapeutique est éthiquement discutable et fait partie des interventions interdites par le décret d’application (18 mai 2004) de la Convention européenne pour la protection des animaux (voir le décret n° 2004-416 sur Planete-vet). La déphonation peut toutefois être envisagée à titre exceptionnel, dans l’intérêt d'un animal particulier (solution alternative à l’euthanasie).

• La technique présentée dans cet article est adaptée de la méthode décrite par Gross [4] et reprise par Alamargot [1]. Une toile métallique préformée est accolée à la syrinx de l’animal (voir la FIGURE “Vue de face de la syrinx de coq” et PHOTO 1). Après colonisation de la grille par un tissu fibreux,les membranes tympaniformes ne peuvent plus vibrer normalement. Les animaux traités ne restent pas aphones, mais l’intensité sonore est fortement diminuée.

• La voie d’abord étroite réserve cette technique aux espèces de grande taille. Ainsi, une intervention pratiquée chez un coq nègre-soie n’a pu être menée à son terme.

Des lésions sont possibles au cours de l’intervention : section de la veine jugulaire gauche(en général peu dommageable), du muscle sternocricoïdien ou d’un muscle sternotrachéal. Certaines peuvent se révéler dramatiques : lésion du nerf pneumogastrique ou rupture de la trachée.

• Un jeûne préopératoire de douze heures est conseillé (vidange du jabot).

  • (1) Médicament à usage humain.

Remerciements à Éric Betti, Service d’anatomie, ENV Nantes, et à Éric Goyenvalle, Service de chirurgie, ENV Nantes.

Situation anatomique de la syrinx (1) Cœur. (2) Syrinx. (3) Bronches. (4) Muscles sternotrachéaux. 5 Trachée.

Vue de face de la syrinx de coq

La syrinx est l’organe de l’émission vocale chez les oiseaux.

10A Grille en place (A : vue in vivo et B : sur pièce anatomique) Les bords libres de la grille sont resserrés ventralement à la syrinx. Le point ventral évite que les mouvements des membranes syringéales n’écartent la grille. La plaie chirurgicale est suturée plan par plan (fil résorbable, Safil déc. 2). Une solution cicatrisante (Alumisol®) est pulvérisée sur la plaie suturée. Une injection d’antibiotique peut être réalisée (par exemple de l’enrofloxacine à la dose de 10 mg/kg). Après l’extubation, il convient d’éliminer les sécrétions épaisses accumulées au fond de la cavité buccale et qui gênent le passage de l’air. De l’expérience des auteurs, l’utilisation de cette technique est efficace, à condition de s’assurer de sa stabilité. La grille semble bien tolérée à long terme.

10B Grille en place (A : vue in vivo et B : sur pièce anatomique) Les bords libres de la grille sont resserrés ventralement à la syrinx. Le point ventral évite que les mouvements des membranes syringéales n’écartent la grille. La plaie chirurgicale est suturée plan par plan (fil résorbable, Safil déc. 2). Une solution cicatrisante (Alumisol®) est pulvérisée sur la plaie suturée. Une injection d’antibiotique peut être réalisée (par exemple de l’enrofloxacine à la dose de 10 mg/kg). Après l’extubation, il convient d’éliminer les sécrétions épaisses accumulées au fond de la cavité buccale et qui gênent le passage de l’air. De l’expérience des auteurs, l’utilisation de cette technique est efficace, à condition de s’assurer de sa stabilité. La grille semble bien tolérée à long terme.

2 Grille métallique avant pliage Le matériel comprend : – une trousse de diérèse classique et un dissecteur (instruments suffisamment longs pour pouvoir travailler en profondeur) ; – une source lumineuse (lampe frontale) ; – une grille stérile (habituellement destinée à traiter les hernies abdominales),découpée et préformée en fonction des besoins, dont les bords sont recourbés (tranche plane). Son maillage doit être d’environ 900 mailles au cm2. Sa taille est adaptée au gabarit de l’oiseau : environ 3 cm sur 4 cm pour un paon et 2 cm sur 3 cm pour un coq.

3 Contention d’un paon (oiseau à long cou) Les oiseaux à long cou sont portés « comme une guitare » ; les autres sont tenus par la racine des ailes et par les membres postérieurs.

4 Contention d’un coq Les oiseaux à long cou sont portés « comme une guitare » ; les autres sont tenus par la racine des ailes et par les membres postérieurs.

5 Intubation chez un coq nègre-soie Après une tranquillisation au midazolam(1) (Hypnovel®, 1 mg/kg, administré dans les muscles pectoraux), l’induction est réalisée au masque, en circuit ouvert (oxygène + halothane à 5 % ou isoflurane). Le protoxyde d’azote n’est pas employé car il diffuse dans les organes creux. Une sonde endotrachéale (de diamètre 2,5) est maintenue à l’aide d’une bande adhésive, sans gonfler le ballonnet car la trachée est fragile. L’anesthésie est entretenue avec de l’halothane à 2 ou 3 %. L’ouverture de la cavité cœlomique ne nécessite pas de ventilation artificielle car les poumons des oiseaux, isolés des autres organes par le diaphragme ornithique, ne peuvent se collaber. Un soluté (lactate de Ringer) est administré en perfusion intraveineuse (veine alaire ou métatarsienne médiale).

6 Préparation du site opératoire Les membres postérieurs et les ailes de l’animal, placé en décubitus dorsal sur une plaque chauffante, sont attachés. Le site chirurgical est plumé (du tiers distal du cou jusqu’en arrière de la pointe du bréchet). Les plumes voisines sont plaquées à l’aide d’un adhésif. La préparation du site est classique. L’incision cutanée (10 cm environ) s’étend de l’angle cranioventral du bréchet jusqu’au quart distal du cou, en longeant la clavicule gauche.

7 Réclinaison du jabot et dissection Le jabot et la trachée sont mis en évidence par dissection mousse, en préservant la veine jugulaire et le nerf pneumogastrique, situés le long du cou. Le jabot est récliné vers la droite. Le sac aérien interclaviculaire est dégagé, ponctionné, puis débridé. La communication de ce sac avec l’extérieur permet à l’anesthésiquegazeuxde s'échapper : la profondeur de l'anesthésie doit donc être surveillée attentivement.

8 Isolement de la syrinx La syrinx est isolée afin de permettre la mise en place de la grille.

9A Mise en place de la grille (A : vue in vivo et B : sur pièce anatomique) Un fil irrésorbable est préalablement passé dans les mailles d’un côté de la grille. Celle-ci est insérée entre les muscles sternotrachéaux et la bifurcation des bronches, sans comprimer la trachée. Le fil est alors introduit dans le bord opposé.

9B Mise en place de la grille (A : vue in vivo et B : sur pièce anatomique) Un fil irrésorbable est préalablement passé dans les mailles d’un côté de la grille. Celle-ci est insérée entre les muscles sternotrachéaux et la bifurcation des bronches, sans comprimer la trachée. Le fil est alors introduit dans le bord opposé.