Le point Vétérinaire n° 252 du 01/01/2005
 

URGENCE ET SOINS INTENSIFS CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT

Se former

EN QUESTIONS-RÉPONSES

Anne Thébault

“Brécihan”
35290 Saint-Onen-la-Chapelle

La transfusion, bien que de plus en plus pratiquée, reste un acte à risque. Le respect strict de certaines règles est la meilleure prévention contre les accidents transfusionnels.

Résumé

La transfusion est un acte de plus en plus pratiqué. Sa principale indication est le traitement des anémies et, de façon générale, de tout déficit en un ou plusieurs constituants du sang. Du sang frais ou un autre dérivé sanguin peut être utilisé. Les accidents transfusionnels les plus graves sont l’hémolyse intravasculaire, les chocs anaphylactique et hypervolémique. Deux méthodes permettent de vérifier la compatibilité des sangs du donneur et du receveur : le test d’incompatibilité (cross match) et le typage sanguin. Le cross match est le plus utilisé, mais il doit être répété systématiquement avant chaque transfusion. Une surveillance attentive de l’animal transfusé permet de mettre rapidement en place un traitement adapté lors d’une réaction transfusionnelle. Le respect de quelques règles simples sur les conditions de prélèvement et de conservation du sang permet de limiter le risque.

Pratiquée en médecine vétérinaire depuis les années 1950, la transfusion constitue désormais une pratique courante. Elle ne demande pas ou peu de matériel spécifique, est simple à mettre en œuvre et relativement peu onéreuse, même si elle mobilise du personnel.

Quelles sont ses indications et quels produits utiliser ?

La transfusion est utilisée pour prévenir ou traiter l’apparition d’une hypoxie cellulaire par défaut de transport d’oxygène aux tissus ou lorsque l’hématocrite est fortement diminué, mais aussi comme un outil de réanimation par l’administration de sang total ou de produits dérivés sanguins.

Toute déficience (qualitative ou quantitative) en un ou plusieurs constituants du sang entier(hématies, leucocytes, plaquettes ou protéines) est une indication pour la transfusion [12]; sa principale indication est l’anémie.

Le choix du produit à transfuser (sang frais entier ou dérivés sanguins) repose sur l’indication de la transfusion et les possibilités matérielles (voir leTABLEAU “Choix du produit à transfuser : avantages et inconvénients”). Pour des raisons pratiques, il s’agit en général de sang frais entier ou conservé. Des transporteurs synthétiques de l’oxygène (Oxyglobin®) destinés au traitement des anémies quelle qu’en soit la cause sont aujourd’hui disponibles. Leur utilisation se révèle toutefois particulièrement onéreuse : environ 250 € (HT (prix d’achat) la poche de 125 ml, à raison de 10 à 30 ml/kg [10, 13].

• Lors d’anémie aiguë par hémorragie ou lors d’anémie chronique, la transfusion apporte une grande quantité de cellules rouges. Elle permet de rétablir une concentration en hémoglobine indispensable au maintien des fonctions vitales et de stabiliser l’animal le temps de déterminer la cause de l’anémie.

• Lors d’hémorragie sanguine massive, la transfusion lutte également contre l’hypovolémie qui conduit au choc et au collapsus cardiovasculaire [6, 12].

• Lors de chocs hypovolémiques non hémorragiques, la transfusion de plasma ou les perfusions de solutés de remplissage sont préférées à la transfusion de sang total [b].

• Pour une thrombocytopénie ou une thrombopathie, la transfusion n’est indiquée que lorsque la thrombopénie est d’origine centrale (suite à des chimiothérapies par exemple). Il est alors préférable d’utiliser un plasma enrichi en plaquettes [3, 6] ou un concentré plaquettaire, car le sang total, même frais, apporte peu de plaquettes et le risque de surcharge volémique existe.

• Lors de troubles de la coagulation, la transfusion compense les pertes sanguines secondaires aux saignements et apporte des facteurs de coagulation, via le plasma. Son utilisation est conseillée pour des troubles acquis (intoxication aux anticoagulants, coagulation intravasculaire disséminée) ou congénitaux (maladie de Willebrand, hémophilie A ou B). L’utilisation de sang frais est souvent nécessaire, car la conservation altère les facteurs de coagulation (essentiellement le V et le VIII) et les plaquettes (extrêmement labiles) [6, 12].

• Lors d’intoxication aux anticoagulants anti-vitamine K1, l’utilisation de sang conservé au froid est possible : il améliore la volémie et combat l’anémie, tandis que l’administration de vitamine K1 par voie intraveineuse assure la résolution de la coagulopathie acquise ; les apports exogènes de la fraction coagulante PPSB sont rarement nécessaires.

• Lors de déficit majeur en protéines plasmatiques (atteinte hépatique chronique sévère, fuite d’albumine digestive et/ou rénale, brûlures étendues),seul le plasma est transfusé afin d’éviter une polycythémie iatrogène. Des solutés colloïdaux (dextran ou hydroxyéthylamidon) peuvent être préférés. Ils sont faciles d’emploi et présentent un risque moindre de contamination [3, 6].

• Lors de déficit de l’immunité, la transfusion de sang total (ou de plasma) est particulièrement indiquée chez les chiots et chez les chatons atteints de gastro-entérite hémorragique virale, mais aussi pour d’autres maladies virales. Outre l’effet bénéfique sur la déshydratation et l’anémie, les anticorps apportés par ce sang assurent une immunité passive (forme de sérothérapie) [5, b].

Quelles sont les contre-indications ?

Les contre-indications de la transfusion sont peu nombreuses, hormis l’incompatibilité de groupe qui est une contre-indication formelle. Ce risque existe dès la première transfusion chez le chat, et à partir de la deuxième chez le chien.

• Une transfusion massive, à l’origine d’une augmentation de la volémie, est à pratiquer avec prudence, surtout chez les animaux de petite taille ou atteints d’une affection cardiaque et/ou rénale [6].

• Lorsque le tableau clinique associé à l’affection responsable de l’anémie semble d’un pronostic désespéré (parvovirose canine, FeLV ou FIV chez un chat, etc.), la transfusion n’est pas contre-indiquée, mais il convient d’évaluer son utilité [6, 9].

• Une anémie hémolytique à médiation immune, caractérisée par la présence d’auto-anticorps (auto-Ac) dirigés contre les globules rouges du malade, entraîne un risque d’hémolyse lors de la transfusion. En effet, l’affinité de ces auto-Ac permet généralement leur fixation sur les globules rouges du donneur [3]. La transfusion est toutefois indispensable si l’anémie met en jeu le pronostic vital à court terme. L’utilisation d’un transporteur synthétique d’hémoglobine (Oxyglobin®) supprime ce risque d’hémolyse.

• Une insuffisance rénale préexistante peut être aggravée par la formation d’immuns complexes, lors de la transfusion d’un sang hétérologue. La fonction rénale doit être vérifiée avant la transfusion [6].

Pour réduire le risque, il convient de vérifier avant toute transfusion si l’animal a déjà été transfusé, d’effectuer un examen clinique et un bilan biochimique (foie et rein) et un test de compatibilité sanguine de façon systématique (voir la FIGURE “Réalisation d’un test d’incompatibilité”).

Quand décider de transfuser ?

La nécessité de transfuser est conditionnée par l’état clinique de l’animal.

Lorsque les symptômes sont aigus, le principal critère à prendre en compte est la rapidité d’installation des troubles.

Une transfusion s’impose dans les cas suivants [a] :

– diminution rapide du volume sanguin circulant < 30 %) ;

– hémorragie ou hémolyse persistante ;

– pas ou peu de réponse au traitement classique de l’affection causale ;

– pâleur des muqueuses ;

– augmentation du temps de remplissage capillaire ;

– tachycardie, polypnée et troubles neurologiques (voire coma) qui traduisent la décompensation de l’anémie ;

– coagulation intravasculaire disséminée (CIVD).

Lors d’affection chronique, la décision peut être réfléchie : les chiens supportent relativement bien une faible concentration en hématies si la baisse a été lente. Il convient alors d’évaluer les avantages de la transfusion par rapport aux risques de complications.

La transfusion ne s’impose qu’en cas d’aggravation des signes cliniques ou des signes de mauvaise régénération cellulaire [11]. Le caractère régénératif de l’anémie est apprécié grâce aux index érythrocytaires, à l’étude morphologique des hématies sur frottis, à la recherche de formes jeunes circulantes (réticulocytes, érythroblastes) et à l’appréciation de l’érythropoïèse médullaire [5].

Des seuils de transfusion proposés sont [6, 12] :

– un hématocrite inférieur à 15 % chez le chien et 12 % chez le chat lors d’anémie ;

– une numération globulaire inférieure à 2 000 000/mm3 chez le chien et chez le chat ;

– une numération plaquettaire inférieure à 20 x 109/l en cas de thrombopénie ;

– une concentration de neutrophiles inférieure à 0,5 x 109/l en cas de leucopénie ;

– une albuminémie inférieure à 15 g/l en cas d’hypoprotéinémie.

Il convient de ne pas sous-estimer l’anémie dans les cas d’hémoconcentration (déshydratation), ni de la surestimer lors d’hémodilution (splénomégalie ou hyperprotidémie absolue) [b].

En cas d’hémorragie massive, la quantité de sang perdue doit être estimée car l’hématocrite n’est pas modifié de façon instantanée.

Comment réaliser un prélèvement de sang frais ?

Le chien donneur doit être de grande taille (plus de 30 kg), âgé de deux à huit ans, docile, sain (exempt de babésiose, de leishmaniose, d’ehrlichiose, de parvovirose, de brucellose, de dirofilariose et de maladie de Carré), correctement vacciné, et avoir un hématocrite supérieur à 40 % [a]. Si le typage sanguin(1) est possible, un chien du groupe A- est à préférer, afin d’éviter les risques d’iso-immunisation (voir l'ENCADRÉ “Les groupes sanguins chez le chien”). Si le donneur est une femelle A-, il est important qu’elle n’ait jamais eu de petits (risque d’immunisation pendant la gestation ou la mise bas) [5].

Le chat donneur doit peser entre 5 et 7 kg, être âgé de deux à huit ans, avec un hématocrite supérieur à 35 %, être sain cliniquement (non porteur du FeLV, du FIV, du virus de la PIF, ni d’une hémobartonellose) et correctement vacciné [a]. Il est, dans la mesure du possible, choisi parmi ceux du groupe B (voir l'ENCADRÉ “Les groupes sanguins chez le chat”) [b]. Une gestation antérieure n’est pas une contre-indication : il ne peut y avoir iso-immunisation lors de la gestation ou de la mise bas, puisqu’il existe des iso-agglutinines naturelles [5].

Le sang du donneur est prélevé sur un animal vigile ou légèrement tranquillisé. La kétamine, le midazolam(2) ou le diazépam(2) sont de préférence employés. L’acépromazine est déconseillée chez les donneurs de petite taille (chats) en raison du risque d’hypotension. La médétomidine, hypotensive et bradycardisante, est déconseillée chez les chiens et les chats [8].

Le prélèvement s’effectue de préférence à la veine jugulaire ou, plus rarement et uniquement chez le chien, à la veine saphène externe ou à la veine céphalique [6, 12, b]. Les conditions d’asepsie (tonte et désinfection chirurgicale) sont respectées afin d’éviter la contamination du sang et prévenir le risque de phlébite chez le donneur. Un gel anesthésique local (xylocaïne) peut être appliqué pour améliorer le confort du donneur [8].

Les poches utilisées en France contiennent 63 ml de citrate phosphate dextrose (CPD) pour 450 ml de sang. Si cette quantité de sang n’est pas obtenue, la quantité d’anticoagulant nécessaire est recalculée, afin d’ôter l’excès qui risque de diminuer la survie érythrocytaire et de modifier le pH de la solution. Le ratio anticoagulant/sang doit être de 1/7 à 1/8 (voir le TABLEAU “Solutions anticoagulantes et conservation du sang”).

La poche est retournée doucement plusieurs fois pendant le prélèvement, afin d’homogénéiser la solution et d’éviter la formation de thrombi. Une pesée permet de connaître exactement la quantité prélevée. Le nom et l’espèce du donneur, la date et l’heure du prélèvement et le groupe sanguin (s’il est connu) sont inscrits sur la poche [3, 6].

L’héparine peut être utilisée comme anticoagulant (0,5 à 15 UI d’héparine/ml de sang, selon les auteurs), pour une utilisation rapide (quarante-huit heures maximum), car l’héparine n’a pas de propriétés de conservation du sang [6]. Elle induit en outre une agrégation plaquettaire et inhibe les facteurs de coagulation [a].

Pour les chats, en l’absence de kit de prélèvement, une aiguille de 18G ou 19G, montée sur une seringue de 60 ml, est utilisée. Un anti-coagulant est introduit auparavant : 1 ml d’ACD-A, de CPD ou de CPD-A pour 9 ml de sang, ou 5 UI d’héparine/ml de sang [10]. Le prélèvement peut ensuite être placé dans une poche en plastique, vidée de son anticoagulant.

La quantité de sang prélevé est fonction du poids du donneur.

• Chez le chien, 16 à 22 % du sang total peut être prélevé toutes les trois semaines (le volume sanguin d’un chien est de 90 ml/kg). Il convient de veiller à fournir une alimentation riche en protéines, supplémentée en fer et en vitamine B12 aux chiens chez qui de grands volumes sont prélevés [12, b].

• Chez le chat, dont le volume sanguin est de 66 ml/kg, 10 à 20 ml/kg peuvent être prélevés toutes les trois semaines, soit 50 à 100 ml pour un chat de 5 à 6 kg [b].

Le donneur est surveillé pendant les quatre heures qui suivent le prélèvement, afin de détecter des signes d’hypovolémie (tachycardie, extrémités froides, faiblesse, etc.) [b]. Pour prévenir ce risque et un choc éventuel, il est conseillé, pour un prélèvement supérieur à 10 % du volume sanguin, de perfuser le donneur dès le début du prélèvement et pendant quarante-cinq à soixante minutes, avec une solution cristalloïde (NaCl 0,9 % ou lactate de Ringer). Le volume administré est de deux à trois fois le volume prélevé [8].

Le sang peut aussi être prélevé chez un chien ou un chat en vue d’une autotransfusion, qui élimine tout risque de réaction immuno-hématologique ou de transmission de maladie. Celle-ci peut être réalisée pendant la phase peropératoire de toute intervention chirurgicale [3, a].

Le sang peut être prélevé deux à trois semaines avant l’intervention et stocké dans les conditions adéquates, ou récolté pendant l’intervention au niveau d’une cavité close (thorax ou abdomen en général) ou dans le champ opératoire et réintroduit dans la circulation en utilisant des dispositifs à filtre appropriés.

Comment conserver le sang frais ?

Recueilli dans une poche citratée, avec la quantité adaptée d’anticoagulant, le sang frais se conserve vingt et un jours à 4 °C, mais moins de neuf heures à température ambiante [14].

Des altérations peuvent survenir lors de la conservation du sang : augmentation de la concentration plasmatique en hémoglobine et en potassium, diminution de la concentration en potassium intra-érythrocytaire.

La durée de vie des hématies diminue proportionnellement au temps de conservation du prélèvement [5]. Les plaquettes et les leucocytes ont une durée de vie de quelques heures.

Certains facteurs de coagulation (V et VIII) sont inactivés pendant la conservation. Si la transfusion vise à compenser un déficit en plaquettes ou un trouble de la coagulation, elle doit être immédiate [6].

Comment préparer le receveur à la transfusion ?

Les prélèvements éventuels à visée diagnostique doivent avoir été réalisés avant la transfusion.

Si les groupes sanguins sont inconnus, un test d’agglutination sur lame permet de vérifier la compatibilité des sangs du donneur et du receveur [6]. Ces tests sont indispensables avant toute transfusion chez le chat [1] et dès la deuxième transfusion chez le chien. Ils sont réalisables en moins d’une heure, au cabinet ou dans un laboratoire (humain ou vétérinaire). Ce test ne permet pas de déterminer le groupe sanguin, ni de prévoir si le receveur est susceptible de développer des iso-anticorps.

La méthode ancienne, qui consiste à mélanger quelques gouttes du sang du donneur et de celui du receveur, ne donne qu’une indication grossière de la compatibilité et est à éviter.

Chez les chats, il était autrefois conseillé d’administrer d’abord une petite quantité du sang du donneur pour vérifier la compatibilité ; cette mesure risque d’être fatale au receveur si les sangs sont incompatibles [8].

La voie intraveineuse est à privilégier car 100 % des constituants du sang transfusé se retrouvent dans la circulation générale du receveur. Un cathéter intraveineux, de gros diamètre (au moins 0,9 mm) afin d’éviter l’hémolyse, est mis en place dans la veine céphalique du bras, la veine saphène ou la jugulaire. La veine céphalique est souvent plus pratique, dans la mesure où le receveur peut ainsi rester debout ou assis [2].

Chez les chiots/chatons ou chez les animaux de petite taille, en particulier chez les animaux hypertendus, une voie osseuse peut être utilisée en plaçant un trocart à ponction médullaire dans le grand trochanter, dans l’ilium, l’ischium ou le grand tubercule de l’humérus [2]. Quatre-vingt-quinze pour cent des composants sanguins passent ainsi en moins de cinq minutes dans la circulation du receveur.

La voie intra-abdominale est déconseillée en cas d’urgence, car seule une proportion réduite des hématies transfusée (65 %) passe de façon différée dans la circulation [6, 9].

L’administration préventive de corticoïdes pour éviter la formation d’iso-anticorps n’est pas efficace. L’intérêt de l’antibiothérapie n’a pas été démontré non plus.

Si la poche de sang est conservée au froid, elle est laissée (ainsi que la perfusion) à température ambiante ou réchauffée dans de l’eau à 38 °C avant l’administration. La tubulure peut également passer dans de l’eau chaude pendant la transfusion [6] ; une température supérieure à 40 °C peut inactiver des facteurs protidiques, et provoquer une agglutination ou une hémolyse.

Le sang entier est visqueux et son rythme d’administration est lent ; il est donc conseillé de perfuser en même temps un “soluté vecteur” (NaCl à 0,9 %) par l’intermédiaire d’un robinet à trois voies. Il convient de ne pas utiliser le lactate de Ringer comme soluté vecteur, en raison de la présence de calcium qui précipite avec le citrate de l’anticoagulant, ni de glucose 5 % ou d’autres solutés hypotoniques, responsables d’une hémolyse du sang [5, 11].

Les tubulures des transfuseurs sont généralement munies d’un filtre à la sortie de la poche pour retenir les micro-agrégats [12].

Quel volume administrer et à quelle vitesse ?

Le volume de sang frais transfusé dépend du poids du receveur et de la quantité à apporter (voir l'ENCADRÉ “Calcul du volume sanguin à transfuser”). La transfusion d’un volume de sang inférieur à 22 ml/kg/24 heures est préconisée [12], mais une étude récente rapporte toutefois que des quantités plus élevées de sang ou de plasma peuvent être administrées chez le chien (la totalité de la volémie, soit 90 ml/kg en vingt-quatre heures, ou 45 ml/kg en trois heures), à condition de contrôler attentivement l’équilibre acido-basique, la coagulation et la température des animaux [7].

La vitesse d’administration doit être strictement surveillée, avec au départ un débit de 0,25 ml/kg en trente minutes. Si aucune réaction n’apparaît, le débit est augmenté :

– 5 à 10 ml/kg/h pour un chien normovolémique et 10 à 20 ml/kg/h pour un chat ;

– 20 ml/kg/h pour un chien hypovolémique et 60 ml/kg/h pour un chat.

Ce rythme d’administration est diminué (4 ml/kg/h) chez les animaux atteints de troubles cardiovasculaires ou rénaux. La transfusion est réalisée en moins de quatre heures afin de limiter les contaminations bactériennes [b].

Le débit du soluté vecteur correspond à la couverture des besoins hydriques de base (soit 40 à 60 ml/kg/jour) [12].

Des vomissements peuvent se produire lorsque la vitesse d’administration est élevée. Il est donc préférable que l’animal transfusé soit à jeun [9].

Quels accidents de transfusion peuvent survenir ?

1. Surveillance de l’animal transfusé

L’animal transfusé doit être l’objet d’une surveillance rigoureuse [6, 12] :

– suivi électrocardiographique de la fréquence cardiaque (détection des troubles de type hypocalcémie) ;

– température rectale ;

– couleur des muqueuses et temps de remplissage capillaire ;

– recherche de troubles neurologiques (convulsions) ou digestifs (vomissements) ;

– évaluation du volume et de l’aspect des urines par la mise en place d’une sonde urinaire (hémoglobinurie en cas d’hémolyse massive, diminution du volume des urines en cas d’insuffisance rénale aiguë) ;

– si possible, suivi de la pression artérielle.

Des accidents pertransfusionnels surviennent dans environ 10 % des cas. Ce sont des réactions immédiates, liées à un phénomène immun ou non.

2. Accidents à médiation immune

Les accidents à médiation immune concernent environ 3 % des transfusions.

• Les accidents hémolytiques (hémolyse intravasculaire) sont les plus graves. Ils sont dus à la présence d’agglutinines ou d’hémolysines (naturelles ou acquises) dirigées contre les hématies du donneur. Cette incompatibilité sanguine ne se produit que dans le cas d’une seconde transfusion chez le chien, mais dès la première chez le chat.

Elle se traduit cliniquement par des vomissements, une incontinence fécale et urinaire, une hyperthermie, une tachycardie, une dyspnée, une hypotension et de l’agitation. Elle entraîne une hémoglobinurie et une hémoglobinémie précoces, puis un ictère. En l’absence de traitement, l’hémolyse intravasculaire évolue vers une CIVD et une insuffisance rénale aiguë [5, 6, 12]. Elle correspond à une réaction d’hypersensibilité de type II [11].

Une hyperthermie (jusqu’à 41 °C) peut également être liée à une incompatibilité leucocytaire ou plaquettaire, non détectée par les tests de compatibilité ou par les typages [6, 12].

• Une hypersensibilité de type I peut également survenir : un prurit, un œdème et une urticaire apparaissent en quelques secondes ou quelques minutes (quarante-cinq minutes maximum) après le début de la transfusion. Ils rétrocèdent spontanément [6, 12]. Ils résultent d’une réaction allergique à un facteur soluble du plasma du donneur [a].

Dans les cas les plus graves, un choc anaphylactique est possible (vomissements, tremblements, incontinence urinaire et fécale, prostration et hyperthermie). Son pronostic est réservé pendant vingt-quatre heures [12].

3. Accidents à médiation non immune

Les accidents transfusionnels à médiation non-immune sont souvent dus à une erreur de manipulation.

L’altération des globules rouges (stockage inadapté ou trop long, débit excessif de la transfusion ou du soluté vecteur et cathéter trop petit) entraîne une hémolyse mécanique du sang transfusé, d’où l’apparition de signes biologiques et cliniques d’hémolyse [6, 12]. Ce phénomène est sans danger, mais l’efficacité de la transfusion est amoindrie [11].

Une administration trop rapide entraîne un choc hypervolémique qui peut provoquer des troubles circulatoires, voire un œdème pulmonaire, chez les animaux de petite taille ou avec des antécédents de problèmes cardiovasculaires ou rénaux [6, 12]. Le tableau clinique comprend : vomissements, tachycardie, dyspnée, turgescence du système veineux, cyanose des muqueuses, toux, expectoration mousseuse, etc. [3, 5].

L’hypothermie, quelquefois observée lors des transfusions, est souvent secondaire à l’administration d’un volume élevé de liquide trop froid.

L’administration d’un sang contaminé (en particulier par des bactéries à Gram-) peut être responsable d’un choc endotoxinique. Les signes cliniques apparaissent brutalement : hypotension marquée, tachycardie, fièvre, vomissements et éventuellement diarrhée [6, 11, 12].

Des troubles rares, liés à la toxicité du citrate, peuvent survenir, surtout chez les animaux insuffisants hépatiques. Le citrate chélate le calcium du receveur et provoque une hypocalcémie marquée, avec des troubles du rythme (intervalle Q-T augmenté, ondes P diminuées, arythmies ventriculaires) et une tétanie, voire des convulsions [6, 11].

La présence de débris (agrégat de leucocytes, de plaquettes et de fibrine) dans le sang transfusé peut être à l’origine d’embolie. Ces débris deviennent plus nombreux après huit à dix jours de stockage. L’emploi de filtre dans les tubulures est donc nécessaire [3].

L’ammoniémie augmente dans le sang conservé plus de cinq jours, mais le risque d’aggravation chez les chiens qui présentent une encéphalose hépatique n’a pas été démontré [5].

Quelle conduite adopter lors d’accident transfusionnel ?

Lors d’un accident transfusionnel, la première mesure est de ralentir le rythme de la transfusion, voire de l’arrêter totalement en cas de troubles majeurs (choc anaphylactique, choc hypervolémique).

Les traitements administrés dépendent des symptômes observés [6] :

– des diurétiques et un vasodilatateur mixte (nitroprussiate de sodium(2), en perfusion de 1 µg/kg/min),lors d’apparition d’œdème pulmonaire ;

– une perfusion et des corticoïdes à forte dose (hémisuccinate de méthyl prednisolone, 20 à 30 mg/kg ou dexaméthasone 4 à 6/kg, par voie intraveineuse), associés à un soutien respiratoire, en cas de choc [6] ;

– des diurétiques (furosémide 2 mg/kg, par voie intraveineuse ; mannitol 1 à 3 mg/kg, par voie intraveineuse lente), lors d’insuffisance rénale aiguë ;

– des corticoïdes (prednisone 2 mg/kg, par voie intraveineuse) ou des antihistaminiques en cas d’hypersensibilité de type I.

Quels sont les accidents post-transfusionnels ?

Les accidents post-transfusionnels sont des réactions retardées.

1. Accidents à médiation immune

À la suite d’une transfusion avec un sang incompatible, la chienne synthétise des iso-anticorps. Le croisement d’une femelle sensibilisée avec un mâle de groupe incompatible peut alors être à l’origine d’une érythrolyse néonatale (maladie hémolytique du nouveau-né) chez certains chiots : elle survient lors de l’absorption du colostrum contenant des allo-anticorps contre les hématies du père, dirigés contre les hématies du chiot. Il est donc déconseillé de faire saillir une chienne ayant subi une transfusion [5, 6, 11].

Rarement, un purpura post-transfusionnel peut apparaître huit jours après la transfusion. Il correspond à une destruction massive des plaquettes du chien transfusé [6].

2. Accidents à médiation non immune

Les accidents transfusionnels à médiation non-immune correspondent à la transmission d’un agent infectieux : piroplasmose, ehrlichiose, leishmaniose, dirofilariose chez le chien, hémobartonellose, FeLV, FIV chez le chat [12]. Il est donc préférable de choisir des donneurs correctement vaccinés et dépistés contre ces maladies contagieuses.

La transfusion est un acte souvent réalisé en urgence. Il est donc nécessaire de maîtriser les procédures de traitement des complications. Pour limiter les risques d’incompatibilité, il convient de typer le receveur et de rechercher un sang compatible, de réaliser des réactions d’agglutinations croisées sur lame ou de n’utiliser comme donneur qu’un chien du groupe A- (donneur universel) ou un chat du groupe B (seulement en primo-transfusion), en se constituant éventuellement une “banque de sang”. L’avenir de la transfusion repose sur le développement d’autres produits et d’autres techniques : l’autotransfusion, le plasma frais congelé, le facteur VIII recombinant, l’érythropoïétine (et autres facteurs stimulants des lignées cellulaires de la moelle osseuse) et les transporteurs synthétiques de l’oxygène et autres substituts aux composants du sang.

  • (1) Les typages sont possibles à l’ENV Lyon, au laboratoire Vet-France (14, rue Groussay, BP 98, 78513 Rambouillet Cedex) ou au CAL de Troyes (coût : 20 à 25 €, réponse en vingt-quatre heures).

  • (2) Médicament à usage humain.

Les groupes sanguins chez le chien

Il existe chez le chien sept groupes d’antigènes de groupes sanguins. Dans la pratique, seul le statut du chien vis-à-vis des deux déterminants qui possèdent la plus importante réactivité antigénique est pris en compte : A1 et A2. Soit l’animal possède l’un de ces déterminants et il est dit A+ (plus exactement A1+ ou A2+), soit ils sont absents et le chien est A-.

Les chiens A- sont les moins nombreux (40 % de la population canine), mais ils représentent la population susceptible de développer des accidents transfusionnels s’ils ont acquis les anticorps anti-A1 ou anti-A2. Les chiens A- sont en revanche des “donneurs universels” ; les chiens A+ sont des “receveurs universels”.

Le problème de compatibilité ne se pose que si le chien est polytransfusé : il existe rarement chez les chiens des iso-agglutinines naturelles (ou anticorps naturels). Seule 15 % de la population est concernée. En outre, la présence de ces anticorps dirigés contre les antigènes des autres groupes n’est pas incriminée dans les accidents transfusionnels. La stimulation du système immunitaire du receveur par les antigènes transfusés entraîne en revanche l’apparition d’anticorps contre les déterminants antigéniques du donneur. Les accidents hémolytiques sont alors possibles si une seconde transfusion est réalisée avec un sang incompatible.

Les autres groupes sanguins sont moins immunogènes et ne posent pas de difficulté lors des transfusions. Ils sont éventuellement responsables d’une réduction de la survie globulaire.

D’après [6, b].

Les groupes sanguins chez le chat

Trois phénotypes peuvent être rencontrés chez le chat : A, B et AB. À la différence du chien, le chat possède (comme l’homme) des anticorps plasmatiques naturels dirigés contre les autres groupes sanguins.

Le groupe A représente 90 % des chats. 35 % des chats du groupe A possèdent des anticorps anti-B, mais à titre faible. Les chats A ne risquent donc pas d’accidents transfusionnels lorsqu’ils reçoivent en primo-transfusion un sang B.

Le groupe B représente 10 % de la population. 93 % des chats du groupe B possèdent des anticorps anti-A à titre élevé, qui présentent des propriétés hémolysantes et agglutinantes. Les chats du groupe B risquent donc un accident transfusionnel lorsqu’ils reçoivent un sang du groupe A lors d’une primo-transfusion ou en cas d’allo-immunisation fœto-maternelle.

Le groupe AB est particulièrement rare. Il a été décrit uniquement en Australie, avec une incidence de 0,4 %.

D’après [4, b].

Calcul du volume sanguin à transfuser

Pour un chien : Q = P x 90 x (Htv – Htr) / Htd

Pour un chat : Q = P x 70 x (Htv – Htr) / Htd

Q = quantité à transfuser en ml

P = poids du receveur

Htv = hématocrite voulu

Htr = hématocrite du receveur

Htd = hématocrite du donneur

D’après [3].

Points forts

Les indications de la transfusion de sang total sont : les anémies, les thrombocytopénies, les troubles de la coagulation, les néphropathies associées à une hyposécrétion d’EPO, les maladies hépatiques et certains troubles de l’immunité.

Comme l’homme, le chat possède des allo-anticorps naturels (présents sans contact immunisant préalable) dirigés contre les autres groupes sanguins. Le risque d’incompatibilité existe donc dès la première transfusion.

La décision de transfuser est dictée par l’état clinique de l’animal, et non seulement par le résultat des examens complémentaires.

Le sang total (ou sang entier) reste la référence en matière de transfusion, même si de plus en plus de dérivés sanguins sont utilisés.

Un prélèvement de 50 ml de sang est possible chez un chat de 4 kg, et de 500 ml chez un chien de 30 kg.

Les transfusions interespèces de sang total sont contre-indiquées : ainsi, le sang de chien ne doit pas être employé pour un chat.

À lire également

a – Lubas G. Transfusion sanguine chez le chien et le chat. Waltham International Focus. 1996;6(4):2-10.

b – Pèlerin F. La transfusion de sang total chez le chien et le chat. Marche à suivre globule après globule. La Semaine Vétérinaire. 1997;846:12.

En savoir plus

– Jacquemin N. Conduite pratique d’une transfusion chez le chien. Point Vét. 1999;30(202):539-544.

– Cloet-Chabre B, Médaille C. Groupes sanguins félins : applications pratiques. Point Vét. 1998;29(188):25-31.

– Chabanne L, Peyronnet L, Fournel C et coll. Les groupes sanguins des carnivores domestiques. Point Vét. 1994;25(157):819-832.

  • 3 - Chabanne L, Peyronnet L, Fournel C et coll. Les groupes sanguins des carnivores domestiques. Transfusion et maladies hémolytiques néonatales. Point Vét. 1993;25(157):819-832.
  • 5 - – Corlouer J.-P. Transfusion sanguine chez le chien et le chat : aspects pratiques. Biologie clinique. Encyclopédie vétérinaire. Ed. Elsevier, Paris. 1998;2000:15 p.
  • 6 - Jacquemin N. Conduite pratique d’une transfusion chez le chien. Point Vét. 1999;30(202):539-544.
  • 8 - Knottenbelt C, Mackin A. Blood transfusion in the dog and cat. Part 1. Blood collection techniques. Practice. 1998;20(3):110-114.
  • 9 - Knottenbelt C. and Mackin A. Blood transfusion in the dog and cat. Part 2. Indications and safe administration, Practice. 1998;20(4):191-199.
  • 10 - Lanevschi A, Wardrop KJ. Principles of transfusion medicine in small animals. Can. Vet. J. 2001;42(6):447-454.
  • 11 - Prittie J.-E. Triggers for use, optimal dosing and problems associated with red cell transfusions. Vet. Clin. North. Am. Small Anim. Pract. 2003;33(6):1261-1275.
  • 12 - Sarrau S, Jourdan G, Verwaerde P. Transfusion sanguine. Réalisation pratique chez le chien et le chat. Nouveau Praticien Vétérinaire. 2002;Hors-série “Hospitalisation”:83-87.
  • 13 - Vandaële E. Une hémoglobine bovine comme alternative aux transfusions. Point Vét. 2001;32(215):16-17.
  • 14 - Wardrop K.-J. Selection of anticoagulant preservatives for canine and feline blood storage. Vet. Clin. North. Am. Small Anim. Pract. 1995;25:1263-1276.

Réalisation d’un test d’agglutination croisée ou “cross-match

(1) Rinçage : centrifugation douce, puis retrait du surnageant et remplacement de celui-ci par du sérum physiologique. (2) Suspension : 0,4 ml d'hématies du culot est prélevé et dilué dans 9,6 ml de soluté physiologique (NaCl 0,9 %) (D’après [6, 12]).

Choix du produit à transfuser : avantages et inconvénients

Pour des raisons pratiques, le produit utilisé est souvent du sang frais entier ou conservé. Il ne convient toutefois pas pour toutes les indications de transfusion (D’après [5, 6, 9, 12]). (1) Fraction des protéines plasmatiques qui reste insoluble lorsqu’un plasma préalablement congelé à une température inférieure à - 30 °C est réchauffé à + 4 °C. Contient surtout, sous un faible volume, le facteur VIII.

Solutions anticoagulantes et conservation du sang

Les poches utilisées en France contiennent 63 ml de citrate phosphate dextrose (CPD), quantité d'anticoagulant nécessaire pour un prélèvement de 450 ml de sang. D'après [3].