Le point Vétérinaire n° 251 du 01/12/2004
 

TECHNIQUES DE FLUIDOTHÉRAPIE DES BOVINS

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EN IMAGES

Raphaël Guatteo*, Nora Cesbron**, Sébastien Assié***


*Médecine des animaux d'élevage, ENV Nantes

Les complications potentielles de la perfusion dans l'oreille sont mineures chez les bovins et le prix de revient est inférieur à celui de la voie jugulaire.

Si le cathétérisme de la veine jugulaire est la technique la plus couramment utilisée en France pour la fluidothérapie intraveineuse des bovins, le cathétérisme de la veine auriculaire représente une alternative.

Dans de nombreux pays européens, l'Allemagne notamment, cette technique est même recommandée lors de fluidothérapie instaurée pendant plusieurs jours chez des bovins adultes. Elle est couramment enseignée dans les écoles vétérinaires de ce pays. Elle engendrerait moins de complications que le cathétérisme de la veine jugulaire (thrombose, phlébite) et nettement moins que la perfusion dans la veine mammaire, en raison de la position de l'oreille [2, 3]. Les risques de phlébite sont minimes.

Chez l'adulte comme chez le veau

Elle est utilisable chez l'adulte comme chez le veau, même si aucune étude chez le jeune bovin n'est rapportée dans la littérature. Un essai mené sur des porcelets a démontré des complications moindres lors de cathétérisme à la veine auriculaire pendant des durées de sept à quatorze jours.

Le coût du cathéter est plus faible que pour la veine jugulaire.

Le diamètre du cathéter dépend du poids de l'animal (voir le TABLEAU “Diamètre du cathéter pour la perfusion dans la veine auriculaire en fonction du poids de l'animal”). La gamme de cathéters utilisés pour les chiens de différentes tailles convient parfaitement.

Gérer les complications possibles

La difficulté majeure de cette technique réside dans le repérage de la veine à ponctionner bien que divers auteurs s'accordent sur le fait que la veine auriculaire est aisément visualisée chez un animal, même déshydraté.

Il convient surtout d'éviter de ponctionner l'artère latérale (pression sanguine trop élevée et fluidothérapie prévue pour voie veineuse). Les artères peuvent être identifiées par palpation en recherchant le pouls, mais ceci est délicat chez les veaux déshydratés. Une artère est généralement plus rectiligne, plus proéminente et plus visible qu'une veine, avant la mise en place d'un garrot.

Les deux principales complications sont :

- l'arrachement du cathéter ;

- la formation de microcaillots.

Pour limiter ces risques, il convient de veiller à :

- assurer une fixation correcte du cathéter et une contention de l'animal pendant la perfusion ;

- hépariner deux à trois fois par jour le cathéter (sérum physiologique hépariné à 1 pour 100).

Débits satisfaisants chez le veau

Cette voie d'administration permet un apport de fluides compatible avec un plan de fluidothérapie, à une vitesse de l'ordre de 80 ml/minute, soit environ 5 l/heure (cathéter de 20 gauge et un flacon de soluté disposé un mètre au-dessus du veau).

La contre-indication principale à la pose de cathéter dans la veine auriculaire est la nécessité d'un apport massif et rapide de grandes quantités de solutés. Cette voie ne peut pas non plus être choisie pour une transfusion sanguine, en raison du risque accru de coagulation dans le cathéter et de la trop faible vitesse de transfusion autorisée par cette voie (cathéter de faible diamètre).

Remerciements à Jean-Paul Guédas.

  • 1 - Berchtold J. Intraveinous fluid therapy of calves. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1999. 15;3:505-531.
  • 2 - Demm DA. Complications associated with the use of intravenous catheters in large animals. California Vet. 1981;6:19-24.
  • 3 - Grunder HD. Die Dauertropfinfusion beim rind. Dtsch. Tierärztl. Wochenschr. 1961;68:161-169.
  • 4 - Roussel AJ. Fluid therapy in mature cattle. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1990;6(1):111-123.
  • 5 - Roussel AJ. Fluid therapy in mature cattle. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1999;15(3):545-556.
  • 6 - Roussel AJ, Talioferra L, Navarre CB et coll. Catheterization of the auricular vein in cattle : 68 cases (1991-1994). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1996;208(6):905-907.

1 Contention préalableChez le veau, la mise en place du cathéter est réalisée sur l'animal en décubitus latéral comme pour une perfusion jugulaire classique. Chez un bovin adulte, un cornadis convient, l'animal étant contenu à l'aide d'une mouchette si nécessaire.

2 MatérielUn cathéter d'un diamètre de 22 gauge (“bleu”) convient pour un veau. La présence d'ailettes en plastique facilite la fixation. Un garrot (élastique et pince) est disposé à la base de l'oreille. Il convient de préparer la partie crâniale du pavillon auriculaire de manière chirurgicale (rasage et désinfection).

3 Repères : visualisation de l'artère latérale et de la bifurcation en YUne bifurcation veineuse est alors aisément identifiable : elle est en forme de Y dont la barre verticale inférieure (la veine auriculaire intermédiaire) est ponctionnée. L'artère, distincte de la veine, est nettement moins visible après la mise en place du garrot. Elle roule plus facilement sous le doigt et sa paroi paraît plus rigide. Si, à ce stade, la veine est difficilement visible, appliquer un linge humidifié avec de l'eau chaude (plutôt que de l'alcool) pendant une minute permet de créer une vasodilatation.

4 Technique d'insertionLe cathéter est inséré dans la base du Y qui correspond à la veine intermédiaire. Les veines latérale et médiale qui cheminent sur les bords du pavillon sont difficiles à cathétériser [2, 4, 5, 6].

5 Vérification de l'insertionLa technique d'insertion du cathéter est identique à celle utilisée chez un chien ou un chat. Afin de vérifier la mise en place correcte, 2 ml de sérum physiologique sont lentement injectés.

6 FixationLe catheter est collé à la peau à l'aide d'une goutte de Super-glue®. La fixation peut aussi se faire à travers les ailettes, avec du fil non résorbable (par exemple décimale 2.0), monté sur aiguille droite, sertie de préférence. Il est également possible d'utiliser une aiguille pour faire passer un fil non monté sur une aiguille sertie (« rose » de 18 gauge). Un nœud supplémentaire permet de plaquer l'extrémité du cathéter contre la peau (le nœud entoure l'extrémité du cathéter).

7 PrécautionUn bandage à l'aide d'une bande collante élastique contient le tout, facilité éventuellement par la mise en place d'un tuteur rond dans l'oreille. Il n'est pas utile, voire risqué, de solidariser la tubulure à une autre partie de l'animal (corne ou cou).

8 PerfusionCette perfusion peut être laissée pendant 72 à 96 heures sans complications notables [2, 5, 6], à condition d'assurer une contention et une surveillance correcte. Lors de perfusion sur une vache adulte, il convient de prévoir une tubulure assez longue pour que le bovin puisse se coucher ou de laisser le bovin au cornadis : un modèle standard d'une longueur d'un mètre suffit. Il est également possible d'utiliser les modèles spiralés (coût supplémentaire) mais une surveillance accrue est alors nécessaire. Chez le veau, l'expérience montre qu'attacher l'animal en décubitus sternal dans un petit box suffit. Si l'animal est trop vif, la perfusion n'est peut être plus nécessaire… [1, 3, 5].

Diamètre du cathéter pour la perfusion dans la veine auriculaire en fonction du poids de l'animal

D'après [5, 6].