Le point Vétérinaire n° 250 du 01/11/2004
 

EXAMENS COMPLÉMENTAIRES EN MÉDECINE BOVINE

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Sébastien Buczinski*, Anne-Marie Bélanger**, U. Braun***


*Département
des sciences cliniques
Faculté de médecine
vétérinaire,
3200, rue Sicotte, Saint-Hyacinthe,
Québec, J2S 7C6,
Canada
**« Diagnostic ultra-
sonography in bovine internal
diseases ».
Congrès mondial de buiatrie,
Québec, Canada.
11 au 16 juillet 2004.

Hormis pour la gestion de la reproduction, le potentiel de l'examen échographique est sous-exploité en élevage bovin.

En pratique rurale, l'indication de l'échographie a longtemps été cantonnée à la reproduction.

Des centaines de publications (revues, études cliniques, rapports de cas) montrent désormais l'intérêt plus général de l'échographie comme outil diagnostique en médecine interne bovine.

Investir dans un matériel spécifique

En raison de la spécificité des sondes (la fréquence des sondes abdominales est faible de 2 à 5 MHz, contrairement aux sondes de reproduction supérieures à 7 MHz) et de leur coût (au minimum 2 000 à 3 000 €, d'occasion), peu de cabinets libéraux ruraux y ont cependant, pour l'instant, accès.

L'expansion des appareils échographiques dans les clientèles bovines nord-américaines, ainsi que dans tous les centres universitaires de référence laisse entrevoir la place que pourrait occuper cet outil à l’avenir.

Indications hépatiques et pulmonaires

L'examen échographique peut être utile pour résoudre des cas complexes, en particulier chez des animaux de grande valeur économique et/ou génétique.

Ueli Braun a ainsi démontré, par une série de cas cliniques présentés au Congrès mondial de buiatrie à Québec l’été dernier, l'intérêt de l’échographie bovine lors d'affections hépatiques ou pulmonaires. Professeur à l’université vétérinaire de Zürich (Suisse), il a publié le seul ouvrage de référence sur l’échographie bovine à ce jour (en allemand uniquement) [1].

Reconnaître les images normales

Une bonne connaissance des images échographiques normales est toutefois un préalable indispensable à l'interprétation des images anormales. Pour son apprentissage, le praticien peu expérimenté peut, par exemple, comparer les images échographiques obtenues à celles d'une vache réputée saine. Néanmoins, l’expérience de l’opérateur est toujours un facteur qui limite la sensibilité de l'examen échographique.

La préparation de l'animal est simple : la zone à échographier est rasée puis un gel à échographie est appliqué sur la peau, afin d’obtenir une pénétration acoustique optimale.

La stéatose et les abcès du foie

Lors d’affections hépatiques, une échographie peut être réalisée, en complément d’une analyse biochimique (enzymes hépatiques) et hématologique ou de la biopsie hépatique, par exemple pour étayer un pronostic sombre chez une vache “couchée” atteinte de stéatose hépatique avancée.

L'échographie du foie est réalisée grâce à une sonde de 3, 5 MHz.

Lors de stéatose hépatique, les vaisseaux sanguins hépatiques, habituellement visibles à l'échographie, disparaissent. Le parenchyme prend en outre un aspect hypo-échogène.

L’amélioration clinique de l’animal s’accompagne d’une évolution favorable des images échographiques hépatiques.

L’échographie du foie permet aussi de mettre en évidence la présence d’abcès hépatiques (PHOTOS 1 et 2). Ils sont caractérisés par une coque hyperéchogène et par un contenu hétérogène. Des cônes d’ombre peuvent être visualisés. Ils sont dus à la présence de bulles de gaz au sein de l’abcès.

Compléter parfois par une ponction

• L'obstruction des voies biliaires excrétrices, caractérisée cliniquement par un ictère posthépatique, résulte fréquemment d’une infestation par Fasciola hepatica.

À l’échographie, une distension de la vésicule biliaire et du canal cholédoque peut alors être observée (aspect “mité” du foie en raison de la distension des structures biliaires dilatées).

L'excrétion fécale d’œufs de grande douve est difficile à mettre en évidence car elle est cyclique et variable. La ponction échoguidée de la vésicule biliaire est donc conseillée lors de suspicion clinique de fasciolose, selon Ueli Braun.

• Les tumeurs hépatiques constituent des entités cliniques rares, mais qui peuvent être détectées par échographie.

Leur aspect est variable et dépend de la nature de la tumeur.

Leur diagnostic n'est établi qu'après avoir exclu les causes d’insuffisance hépatique les plus courantes.

Une biopsie hépatique, éventuellement échoguidée, peut permettre d'établir le diagnostic. Celui-ci est confirmé après l’euthanasie de l’animal.

Échographie pulmonaire

L'échographie constitue également un examen de choix lors d’atteinte pulmonaire chez la vache, en complément du lavage trachéal, du lavage broncho-alvéolaire, de la radiographie pulmonaire, de l’endoscopie et, éventuellement, de la biopsie pulmonaire.

La sonde échographique utilisée peut être une sonde transrectale de fréquence 5 à 7, 5 MHz. L’imagerie pulmonaire concerne en effet des zones superficielles.

L’ensemble du champ pulmonaire est balayé en faisant progresser la sonde de haut en bas sur chacun des espaces intercostaux.

Les poumons normaux ne produisent pas d’image échographique, en raison de leur contenu gazeux qui réfléchit tous les ultrasons émis par la sonde. L’échographie pulmonaire est donc essentiellement une échographie des plèvres pariétale et viscérale, qui glissent l’une sur l’autre lors des mouvements respiratoires.

L’espace pleural est normalement virtuel.

Pour être explorable par échographie, la zone pulmonaire lésée doit être superficielle, c’est-à-dire située juste sous les plèvres. Si une zone de poumon sain persiste en surface, l’air empêche une bonne visualisation de la lésion.

Pleurésies, mais pas seulement

• Lors de pleurésie, un liquide anéchogène ou hétérogène selon les cas, peut s'accumuler. L'espace pleural devient alors visible (PHOTO 3). La fibrine contenue dans ce liquide est hyperéchogène. Elle apparaît comme un ensemble de travées qui forment un réseau cloisonnant l’épanchement pleural.

• Lors de pneumonie avancée ou d’abcès pulmonaire, une portion du parenchyme pulmonaire peut être consolidée (PHOTO 4). Le faisceau d’ultrasons permet alors l’observation de la zone lésée, d’aspect similaire à celui d’un lobe hépatique. Des bulles d'air, qui forment des artefacts “en queue de comète”, peuvent néanmoins être observées dans l’arbre bronchique.

• Lors d’abcès pulmonaire superficiel, l’image obtenue est identique à celle d’un abcès hépatique.

• Lors d’hémorragie pulmonaire (suspectée lors d'épistaxis), les images obtenues correspondent à des saignements au sein du poumon.

L’hématome se caractérise par la présence de travées hyperéchogènes au sein d’une masse hypo-échogène (aspect d’un gros hématome).

À l’autopsie, une coupe transversale des poumons au milieu de la lésion permet de comprendre l’analogie entre les images échographiques et les trouvailles post-mortem.

L’échographie permet en outre l'exploration des reins, du réseau, de la caillette et de l’intestin, même si ces sujets n’ont pas été abordés lors de la conférence d’Ueli Braun.

En savoir plus

- Babkine M. Échographie du trayon et de la mamelle. Point Vét. 2003 ; 34 (Examens paracliniques chez les bovins) : 118-121.

- Babkine M, Couture Y. L'échographie du trayon est un outil diagnostique non invasif. Point Vét. 2002 ; 33(225) : 16-17.

- Babkine M, Desrochers A. Techniques d'imagerie chez la vache adulte. L'échographie aide au diagnostic des réticulopéritonites. Point Vét. 2003 ; 34(233) : 11-12.

- Quinton H. Échographie bovine. Dans quel contexte proposer un sexage du fœtus ? Point Vét. 2004 ; 35(248) : 8-9.

- Lebastard D. Échographie en clientèle rurale. Le sexage tardif du fœtus chez la vache. Point Vét. 2003 ; 34(241) : 36-39.

- Lebastard D. Échographie en gynécologie bovine : utilisations possibles dans le cadre d’un exercice en clientèle rurale. Point Vét. 1997 ; 28(181) : 61-68.

- Ravary B. Échographie du thorax chez les bovins. Point Vét. 2003 ; 34 (Examens paracliniques chez les bovins) : 68-71.

- Ravary B. Échographie de l'ombilic chez le veau. Point Vét. 2003 ; 34 (Examens paracliniques chez les bovins) : 94-97.

  • 1 - Braun U. Atlas und Lehrbuch der Ultraschalldiagnostik beim Rind. Parey Buchverlag Berlin. 1997 : 279 pages.

PHOTO 1. Échographie abdominale chez une vache. Foie normal. Le parenchyme est homogène et bien vascularisé. Les vaisseaux sont nombreux et facilement identifiables par leur contenu anéchogène.

PHOTO 2. Échographie abdominale chez une vache. Abcès hépatique. Le parenchyme hépatique présente un aspect homogène. En périphérie et ventralement au foie, une masse hétérogène est observée, qui correspond à un abcès hépatique.

PHOTO 3. Échographie thoracique. Pleurésie : décollement des plèvres viscérale et pariétale, avec épanchement dans l'espace pleural. Des artefacts en « queue de comète » sont également visibles.

PHOTO 4. Échographie thoracique. Poumons consolidés : le parenchyme pulmonaire est anormalement visible car il contient une grande quantité de liquide. Il « flotte » au sein d'une quantité significative d'épanchement pleural.