Le point Vétérinaire n° 250 du 01/11/2004
 

GASTROENTÉROLOGIE DU CHIEN

Se former

CONDUITE À TENIR

Tristan Courtier*, Isabelle Goy-Thollot**, Claude Carozzo***


*4, rue de l'Estragon
34990 Juvignac
**Unité SIAMU
***Service de chirurgie, ENV Lyon
69280 Marcy-l'Étoile

Le syndrome de dilatation-torsion de l'estomac est une urgence médicochirurgicale. Sa prise en charge, de la réanimation jusqu'aux soins postopératoires, permet de sauver la majorité des chiens.

Résumé

Les étapes essentielles

Étape 1 : Anamnèse et signes cliniques

• Recueil des commémoratifs :

- signalement (race, âge) ;

- distension abdominale, dyspnée ;

- tentatives de vomissements.

•Examen clinique :symptômes digestifs, respiratoires, état de choc, etc.

Étape 2 : Stabiliser l'animal

• Oxygénation, fluidothérapie

• En situation d'urgence : gastrocentèse, sinon sédation ou anesthésie, puis sondage orogastrique (possible dans la majorité des cas)

Étape 3 : Examens complémentaires

• Examen radiographique

• Mesure de la lactatémie

Étape 4 : Anesthésie et chirurgie

• Oxygéner

• Éviter au maximum la gastrotomie

• Gastropexie systématique

Étape 5 : Surveillance postopératoire

• « Soins intensifs »

(objectif > 70 % de survie)

Le syndrome de dilatation-torsion de l'estomac (SDTE) est une affection abdominale d'évolution suraiguë. Il se caractérise le plus souvent par une accumulation de gaz et de liquides dans l'estomac à l'origine de sa dilatation, suivie ou non de sa torsion. Les anomalies topographiques qui en résultent provoquent des troubles locaux et systémiques (voir la FIGURE « Physiopathologie du SDTE »).

Première étape : anamnèse et signes cliniques

1. Anamnèse

Le SDTE s'observe surtout chez les chiens de grande taille, à thorax profond (dogue allemand, berger allemand, setter, etc., mais aussi chez les chiens croisés) et âgés de plus de sept ans, car la laxité ligamentaire augmente avec l'âge. Les propriétaires rapportent souvent une distension abdominale associée à des tentatives infructueuses de vomissement.

2. Signes cliniques

Le SDTE fait partie du syndrome abdominal aigu. Un tableau clinique qui comprend un tympanisme abdominal crânial parfois douloureux, des signes de choc hypovo-lémique, une dyspnée, une hypersalivation et une anxiété d'apparition brutale, est très évocateur d'un SDTE mais il ne permet pas à lui seul de différencier une dilatation d’une dilatation-torsion.

D'un point de vue pronostique, l'interprétation de ces signes cliniques est parfois délicate, car leur gravité ne traduit pas toujours le degré d’atteinte gastrique ou splénique [11].

Deuxième étape : stabiliser l'animal

L'objectif du traitement médical est double : lutter contre l'état de choc et diminuer le volume gastrique (voir le TABLEAU “Mesures de stabilisation clinique de l'animal”). La rapidité d’instauration du traitement est déterminante, en particulier lors de torsion.

1. Oxygénothérapie

Il convient en premier lieu d'oxygéner l'animal (100 à 150 ml/kg/minute), par exemple à l'aide d'une sonde nasale [b]. L'apport d'oxygène aux organes hypoperfusés permet de lutter contre l'hypoxie, notamment au niveau du myocarde, ce qui contribue à prévenir ou à limiter les arythmies.

2. Fluidothérapie

L'administration de solutés par voie intraveineuse a pour but de soutenir la fonction cardiovasculaire et de contrer les effets du choc hypovolémique. Deux cathéters périphériques de gros diamètre sont mis en place dans les veines céphaliques, afin de pouvoir administrer les solutés avec des débits élevés.

Le protocole de fluidothérapie est adapté au cas par cas, selon l'intensité de l'état de choc. Dans le traitement initial du choc, l'administration d'une solution hypertonique, en association avec des colloïdes, offre de nombreux avantages (comparé à l'utilisation exclusive de grands volumes de lactate de Ringer) parmi lesquels une restauration hémodynamique plus rapide, ce qui limite l'ischémie gastrique, et des volumes perfusés moitié moindres [14].

En pratique, des colloïdes (Plasmohès®, 3 ml/kg) et une solution hypertonique (NaCl 10 %, 2 ml/kg) peuvent être injectés en bolus lent, puis du lactate de Ringer est administré en perfusion à un débit de 20 ml/kg/h. Le débit de perfusion est régulièrement réévalué en fonction de l'évolution des paramètres hémodynamiques.

Des dosages réguliers de la kaliémie sont réalisés car l'hypokaliémie est fréquente et nécessite, le cas échéant, une supplémentation. Il est toutefois déconseillé de supplémenter « à l'aveugle » car les effets secondaires de l'hyperkaliémie sont plus sévères que ceux de l'hypokaliémie.

L'évaluation des effets de la réanimation est fondée sur le suivi des paramètres cardiovasculaires (couleur des muqueuses, temps de remplissage capillaire, pétéchies) et respiratoires, de la température, et sur l'auscultation abdominale (voir le TABLEAU “Suivi des effets de la réanimation”). Un électrocardiogramme en continu, des analyses de sang régulières (hématocrite, protéines totales, kaliémie) et des analyses d'urine associées à une quantification de la diurèse (pose d'une sonde urinaire lors d'oligurie) permettent de détecter précocement la plupart des anomalies.

3. Décompression gastrique

Deux situations peuvent être distinguées, selon que l'état de l'animal est stabilisé ou qu'il reste en état de choc avancé.

Animal stable : sondage orogastrique

Avant de procéder au sondage orogastrique, il convient de toujours anesthésier l'animal, lorsque son état le permet [a, á].

L'intubation endotrachéale est indispensable pour prévenir les fausses déglutitions.

Dans un premier temps, la longueur de sonde orogastrique à introduire est mesurée en évaluant la distance entre les incisives et la dernière côte, et un repère (trait au marqueur, morceau de sparadrap) est posé sur la tubulure. L'animal est placé en décubitus sternal, puis la sonde abondamment lubrifiée est introduite à travers un rouleau de sparadrap, qui fait office de pas-d'âne.

Le manipulateur perçoit une première sensation de résistance lors du passage du carrefour pharyngolaryngé. La palpation de la sonde en région cervicale gauche permet de confirmer sa localisation œsophagienne. Il convient de faire progresser la sonde sans forcer, afin d'éviter de perforer l'œsophage. Le passage du cardia s'accompagne également d'une sensation de résistance [3, 11]. Lors de torsion “classique”, il convient d'imprimer à la sonde un mouvement de rotation dans le sens anti-horaire pour tenter d'atteindre l'estomac.

Si la lumière gastrique contient du liquide peu dense, le reflux s'amorce spontanément en direction déclive. Dans le cas contraire, un lavage abondant avec de l’eau tiède permet d'éliminer les éléments compacts. Il est important de toujours couder la sonde avant son retrait pour limiter la dissémination du contenu gastrique au niveau du carrefour pharyngolaryngé.

Dans les rares cas où le passage de la sonde est impossible, une gastrocentèse est effectuée pour diminuer la pression sur le cardia, puis le sondage est tenté à nouveau.

Choc sévère : gastrocentèse

Si l'état du chien n'est pas suffisamment stabilisé, la gastrocentèse est préférable à un sondage chez un chien vigile, afin d'éviter une stimulation vagale potentiellement dangereuse [a].

La gastrocentèse est la technique de choix lors de dyspnée sévère en raison de son action immédiate.

Cette procédure comporte toutefois des risques septiques et il convient donc d'éviter dans la mesure du possible d'y recourir.

L'animal est placé en décubitus latéral, du côté où l'abdomen est le plus dilaté. La gastrocentèse est réalisée au niveau de la zone de tympanisme maximal avec un cathéter long de 18G [a], après une préparation chirurgicale rapide du site.

Troisième étape : examens complémentaires

1. Examen radiographique

L'examen radiographique n'est pas obligatoire : en effet, le diagnostic est avant tout clinique et le traitement d'une dilatation ou d'une dilation-torsion sans nécrose est toujours chirurgical à court ou moyen terme, excepté lors de dilatation simple avec refus de l’intervention chirurgicale par le propriétaire [10].

La radiographie a toutefois un intérêt pronostique : elle est intéressante, à condition de ne pas occasionner une perte de temps préjudiciable pour l'animal. Une fois le chien stabilisé (estomac partiellement décomprimé permettant le retour veineux), un cliché radiographique peut donc être réalisé sans risquer d'aggraver l'état de l'animal.

La dilatation est facile à diagnostiquer à la radiographie : l'estomac apparaît fortement dilaté, mais le pylore reste dans sa position anatomique normale.

La vue latérale droite est la plus intéressante pour mettre en évidence une torsion car elle permet de rechercher un déplacement dorsal caractéristique du pylore (bien visible, car rempli de gaz dans cette position) [11].

Lorsqu'une compartimentation de l'estomac est visible, elle révèle également la torsion (PHOTO 1). L'absence de compartimentation ne permet toutefois pas de l’exclure. En cas de doute, et si l'animal est suffisamment stable, une vue dorsoventrale supplémentaire peut être réalisée.

Outre la distinction entre la dilatation et la torsion, l'examen radiographique peut mettre en évidence des signes de nécrose gastrique (présence de gaz dans la paroi de l'estomac), de rupture digestive ou encore d'iléus.

2. Lactate et nécrose gastrique

La mesure de la lactatémie (témoin de l'hypoxie) permettrait de révéler la nécrose gastrique lors de SDTE, lésion qui assombrit considérablement le pronostic.

La nécrose de l'estomac résulte de phénomènes locaux (compression de la paroi de l'estomac, arrachement de vaisseaux, etc.) et systémiques : le choc hypovolémique entraîne en effet une hypoperfusion des tissus, donc une ischémie. À l'échelle cellulaire, un métabolisme anaérobie se met alors en place, avec une production de lactate et l'apparition d'une hyperlactatémie principalement due à l'hypoperfusion systémique.

Lors de SDTE, l'augmentation de la concentration en lactate dans le plasma évolue en parallèle avec la nécrose gastrique [6]. En effet, plus l'ischémie systémique est sévère, plus le risque d'hypoperfusion et de nécrose gastriques est élevé. En outre, des lésions gastriques sévères peuvent aggraver le choc hypovolémique et contribuer à l'hyperlactatémie [6].

Le dosage du lactate au stade préopératoire présente donc un double intérêt. Son intérêt est d’abord « diagnostique », car la concentration en lactate lors de SDTE avec nécrose gastrique est en moyenne deux fois supérieures à celle observée en l'absence de nécrose [6]. Le dosage du lactate constitue dès lors un outil prédictif positif car ce test, bien que peu sensible (sensibilité de 61 % : les faux négatifs ne sont donc pas rares), est assez spécifique (spécificité de 88 % : peu de faux positifs). Une lactatémie supérieure à 6 mmol/l lors de SDTE serait un indice fiable de la nécrose gastrique. En revanche, une lactatémie inférieure est plus difficile à interpréter.

Son second intérêt est pronostique, puisqu'une concentration en lactate inférieure à 6 mmol/l lors de SDTE est souvent associée à une évolution favorable (1 % de mortalité contre 42 % de mortalité lorsque la lactatémie est supérieure à 6 mmol/l) [6].

En pratique, ce dosage est facilement réalisable à un coût abordable avec un appareil de type Acutrend lactate® dont l'utilisation est comparable à celle d'un glucomètre [á].

Quatrième étape : anesthésie et chirurgie

1. Anesthésie

Le chien est pré-oxygéné pendant plusieurs minutes avant de débuter l'anesthésie. La prémédication peut être réalisée avec du diazépam(1) ou du midazolam(1) (0,2 mg/kg par voie intraveineuse) et de la morphine(1) (0,1 mg/kg par voie intramusculaire) [á].

Pour l'induction, la kétamine (5 mg/kg par voie intraveineuse, puis à l’effet) ou le propofol (Rapinovet®, 4 à 6 mg/kg en intraveineuse lente, éventuellement suivi d’un relais en perfusion en l’absence d’anesthésie gazeuse ) sont les molécules de choix.

L'emploi de xylazine, de médétomidine et de thiopental est à proscrire en raison de l'effet dépresseur de ces molécules sur la fonction cardiorespiratoire [a].

La phase de maintenance est réalisée si possible sous anesthésie gazeuse (privilégier l'isoflurane). L'intubation endotrachéale est indispensable, même en l'absence de relais gazeux halogéné, afin de prévenir le risque de pneumonie par aspiration. Elle permet en outre d'administrer de l'oxygène et de ventiler, si nécessaire.

La fluidothérapie pré et peropératoire (choix du soluté et débit) prend idéalement en compte les résultats de l'ionogramme (Na+, K+, Cl-), des gaz sanguins et de l'hématocrite/protéines totales. En pratique, l'acidose métabolique étant la situation la plus fréquente, le lactate de Ringer est souvent un bon choix. Un débit de perfusion de 20 ml /kg/h convient habituellement.

Un compromis entre la stabilisation de l'animal et la rapidité d'instauration d'un traitement chirurgical doit être trouvé. En effet, de même qu'il est risqué d'anesthésier un chien non stabilisé, il est également illusoire de chercher à stabiliser complètement l'animal car seule l'intervention chirurgicale correctrice de la torsion permet d'atteindre cet objectif (sauf lors de détorsion spontanée sur sondage).

2. Principe de la chirurgie

L'objectif de l'intervention chirurgicale est de repositionner l'estomac et de réaliser une gastropexie du côté droit. Il convient toutefois de distinguer la torsion, qui est une urgence médicale vraie, de la dilatation simple, dont il est souvent préférable de différer la gastropexie le temps que l'estomac récupère de l'ischémie par compression.

La connaissance des positions successives prises par l'estomac lors de la torsion permet de déterminer le sens et l’angle associé au déplacement (voir la FIGURE “Mécanisme de la torsion”). Dans la quasi-totalité des cas la torsion se fait dans le sens horaire en vue caudo-crâniale. L'angle de torsion est évalué en observant la topographie des organes : lorsque le grand omentum est ramené sur l'estomac, la torsion est supérieure à 180° [10]. Si la torsion dépasse les 360°, la jonction entre le cardia et l'œsophage apparaît tordue. Le plus souvent l'angle de torsion est compris entre 220 et 270° [8]. Plus la torsion est marquée, plus des complications sont à prévoir.

Pour replacer l'estomac, le chirurgien attrape d'une main l'antre pylorique qu'il ramène du côté droit tandis que de l'autre il refoule le fundus en profondeur afin de le repositionner du côté gauche.

En présence de nécrose gastrique, une résection peut être tentée, mais les chances de survie sont alors faibles, avec ou sans gastrectomie (d'où l'intérêt de suspecter la nécrose gastrique avant d'intervenir chirurgicalement).

Lorsque l'angle de torsion est très marqué, la rate peut également être lésée. Si la torsion splénique est associée à une absence de pouls au niveau de l'artère splénique, la splénectomie est indiquée. Toutefois, à ce stade, d'autres organes sont également sévèrement atteints et le simple fait d'enlever la rate ne suffit souvent pas à sauver l'animal. La splénectomie est donc indirectement associée à un pronostic sombre.

Certains auteurs recommandent de laisser une sonde nasogastrique en place après l'intervention, afin de prévenir une récidive de dilatation. D'autres le déconseillent, notamment parce que la sonde est susceptible d'irriter le cardia et empêche en outre sa fermeture, d'où un risque de reflux gastro-œsophagien, donc d'œsophagite.

3. Gastropexie

Le taux de récidive après une torsion traitée sans gastropexie est environ treize fois supérieur à celui avec gastropexie [9] et la plupart des récidives sont souvent fatales (notamment parce que les propriétaires refusent une nouvelle réanimation et une deuxième intervention chirurgicale, pour des motifs financiers).

La pexie permet en outre de multiplier par trois l'espérance de vie [9]. La gastropexie est donc toujours indiquée, même lors de simple dilatation [10].

Différents types de pexies ont été décrits.

La gastropexie incisionnelle [7] est un excellent compromis en termes de rapidité d'exécution et de solidité. Elle est réalisée en arrière de la treizième côte ce qui limite le risque de pneumothorax.

Les techniques circumcostale [7] ou de pexie en boucle [7, 12] sont un peu plus longues, mais d'efficacité comparable [5].

La gastropexie sur sonde [7] permet de gérer plus facilement une récidive de dilatation mais elle est moins solide et elle nécessite plus de soins.

La gastropexie préventive est intéressante pour diminuer la mortalité par torsion d'estomac chez les races les plus à risque. Elle est en outre statistiquement plus économique pour les propriétaires de dogues allemands lorsqu'elle est pratiquée systématiquement, compte tenu de l'incidence très élevée du SDTE dans cette race [16].

4. Gastrectomie

La gastrectomie doit être évitée le plus possible. Elle vise à traiter ou à anticiper la nécrose gastrique mais elle est associée à un pronostic sombre à désespéré. La viabilité de l’estomac peut être appréciée plusieurs minutes après son repositionnement en se fondant sur deux critères.

La couleur de la séreuse est le premier critère [a, b, α] :

- verte à grise traduit un défaut de perfusion artérielle et s'accompagne généralement d'une nécrose vraie. La gastrectomie peut être tentée mais le pronostic est très réservé ;

- une couleur rouge vineuse à bleu noire est la conséquence d'un défaut d'irrigation veineuse. Un enfouissement peut être tenté. Il consiste en une invagination de la zone douteuse, puis en une suture des bords gastriques viables entre eux, sans incision de la paroi de l'estomac.

• La palpation permet de mettre en évidence une zone en voie de nécrose (paroi amincie).

Cinquième étape : surveillance postopératoire

La surveillance postopératoire est primordiale pour optimiser les chances de survie :

Le pronostic est en effet souvent favorable si le chien survit plus de 48 heures après l'intervention chirurgicale [a].

Un étroit monitorage de l'animal atteint de SDTE permet d'anticiper les principales complications :

- lésions de reperfusion ;

- arythmies cardiaques ;

- coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) ;

- syndrome de réponse inflammatoire systémique (SIRS)(2) ;

- insuffisance rénale aiguë, etc.

Les troubles du rythme cardiaque sont fréquents lors de SDTE (40 % des cas [4]) et surviennent le plus souvent en phase postopératoire. Ils ne diminuent pas le taux de survie, sauf lorsqu'ils sont déjà présents avant l'intervention chirurgicale [4, 5]. L'hypoxie du myocarde, l'hypokaliémie, l'acidose et la compression des plexus du système nerveux autonome par l'estomac dilaté, contribuent à leur apparition [8].

Actuellement, il est admis que seules les arythmies qui ont des répercussions cliniques potentiellement dangereuses doivent être traitées. En pratique, l'administration de lidocaïne(3) est indiquée si et seulement si au moins un des éléments suivants est observé :

- des anomalies hémodynamiques (pression artérielle systolique < 100 mmHg, déficit de pouls, temps de remplissage capillaire augmenté) ;

- une fréquence cardiaque supérieure à 180 battements par minutes ;

- des extrasystoles ventriculaires polymorphes [α].

Le but de l'administration de lidocaïne(3) est de rétablir un débit cardiaque compatible avec la survie et de prévenir une mort subite. En pratique, un bolus de lidocaïne(3) est injecté (2 mg/kg par voie intraveineuse lente) et peut être répété trois fois si nécessaire, puis un relais en infusion peut être effectué (30 à 80 µg/kg/min) si une amélioration a été observée [11]. Lorsque le rythme cardiaque et la morphologie des complexes ne tendent pas à se normaliser après l'administration de trois bolus de lidocaïne(3) en une heure, le pronostic est alors désespéré.

L'administration de lidocaïne(3) n'est en revanche pas indiquée en prévention des arythmies dont le traitement est avant tout l'oxygénothérapie.

L'utilisation des corticoïdes dans le cadre du SDTE est très controversée et aucun protocole n'a été à ce jour reconnu efficace [11, a, b]. Dans tous les cas leur emploi à doses massives est contre-indiqué [1, α]. Les complications iatrogènes à redouter sont principalement de nature infectieuse, digestive (ulcération gastrique, retard de cicatrisation) et rénale [15]. L'administration d'anti-inflammatoires stéroïdiens ou non lors de SDTE semble donc déconseillée [11] car des bénéfices hypothétiques ne justifient pas d'exposer l'animal à un risque de complications réel [15].

Lors de redilatations précoces en phase postopératoire, il convient de suspecter une cause sous-jacente (par exemple une tumeur gastrique). Une endoscopie est idéalement indiquée pour visualiser la muqueuse gastrique si l'intervention chirurgicale n'a pas permis de l'observer.

Lors d'intervention sans gastrectomie, l'animal peut être abreuvé précocement (dès douze heures après l'intervention) à condition qu'aucun signe de complication n'ait été observé [10, 11]. Si le chien ne vomit pas après avoir ingéré de l'eau, une réalimentation fractionnée est alors débutée avec un aliment humide.

D'autres traitements médicaux (antibiotiques, prokinétiques, etc.) sont indiqués en phase per et/ou postopératoire de SDTE (voir le TABLEAU “ Indications des traitements médicaux lors de SDTE”).

En fonction de la présence on non d'une torsion et, le cas échéant, en fonction de son degré d'intensité, le syndrome dilatation torsion de l'estomac peut présenter différents niveaux de gravité. La présence de nécrose gastrique est une des situations les plus critiques. Un traitement précoce et efficace, ainsi qu'une surveillance postopératoire attentive permettent de sauver plus de 70 % des chiens atteints.

  • (1) Médicament à usage humain.

  • (2) SIRS : syndrome de réponse inflammatoire systémique : ensemble de réactions en chaîne qui font suite au relargage cellulaire de médiateurs de l'inflammation lors de processus infectieux. Le SIRS peut perturber le fonctionnement de nombreux organes et peut entraîner la mort.

  • (3) AMM vétérinaire avec un résumé des caractéristiques du produit ne mentionnant pas cette indication.

Les pièges à éviter

Un sondage facile n’exclut pas la torsion. Inversement un passage difficile de la sonde orogastrique ne prouve pas qu'il y a torsion car la dilatation de l'estomac provoque la fermeture de l'angle gastro-œsophagien, ce qui rend le passage de la sonde plus difficile.

Une compartimentation de l'estomac visible sur un cliché radiographique en vue latérale droite prouve la torsion, mais l'absence de compartimentation ne permet pas de l'exclure.

La gastropexie est toujours indiquée, même lors de simple dilatation. En l'absence de pexie, le taux de récidive d'une torsion gastrique est supérieur à 50 %.

L'âge de l'animal n'influence pas le pronostic [5].

Ne pas confondre une dilatation vraie de l'estomac avec une dilatation consécutive à une ingestion massive et rapide d'aliments. Celle-ci n'a en effet rien à voir avec le SDTE d'un point de vue étiologique et thérapeutique.

Congrès

a - Gfeller R. Gastric dilatation/volvulus - An intensivist's view. Proceedings ACVIM, 20th ed, Dallas. 2002 : 5-7.

b - Goy Thollot I. Actualités sur le syndrome de dilatation torsion de l'estomac. Congrès AFVAC-CNVSPA, Paris. 2002 : 223-224.

À lire également

α - Meyer L. Le syndrome dilatation torsion de l'estomac. L'Action Vétérinaire. 2003 ; (1626) : 12-16.

  • 3 - Brockman DJ, Holt DE. Management protocol for acute gastric dilatation-volvulus syndrome in dogs. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet. 2000 ; 22(11) : 1025-1034.
  • 4 - Brockman DJ, Washabau RJ, Drobatz KJ. Canine gastric dilatation/volvulus syndrome in a veterinary critical care unit : 295 cases (1986-1992), J. Am. Vet. Med. Assoc. 1995 ; 207(4) : 460-464.
  • 5 - Brourman JD, Schertel ER, Allen DA et coll. Factors associated with perioperative mortality in dogs with surgically managed gastric dilatation-volvulus : 137 cases (1988-1993). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1996 ; 208(11) : 1855-1858.
  • 6 - De Papp E, Drobatz KJ, Hugues D. Plasma lactate concentration as a predictor of gastric necrosis and survival among dogs with gastric dilatation-volvulus : 102 cases (1995-1998). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1999,215(1) : 49-52.
  • 7 - Fossum TW. Small animal surgery. Mosby ed., Saint-Louis. 1998 : 270-272, 274, 350.
  • 8 - Hall JA. Diseases of the stomach. In : Ettinger SJ, Feldman EC. Textbook of veterinary internal medicine : Diseases of the dog and cat, 5th ed. Eds. WB Saunders, Philadelphia. 2000 : 1170-1174.
  • 10 - Martin VC, Mellinger R. Syndrome de dilatation torsion de l'estomac (SDTE) chez le chien, Point Vét. 1998 ; 29 : 47-50.
  • 11 - Mathews KA, Gastric Dilatation-Volvulus. In : Kirk RW, Bonagura JD. Current veterinary therapy XIII. Eds. WB Saunders, Philadelphia. 2000 : 164-169.
  • 12 - Moissonnier P. La gastropexie en boucle de ceinture chez le chien, Point Vét. 2002 ; 23,56-57.
  • 14 - Schertel ER, Allen DA, Muir WW et coll. Evaluation of a hypertonic saline-dextran solution for treatment of dogs with shock induced by gastric dilatation-volvulus. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1997 ; 210(2) : 226-230.
  • 16 - Ward MP, Patronek GJ, Glickman LT. Benefits of prophylactic gastropexy for dogs at risk of gastric dilatation-volvulus. Prev. Vet. Med. 2003 ; 60 : 319-329.

PHOTO 1. Radiographie abdominale de profil chez un dogue allemand : torsion gastrique. Le pylore est repoussé crâniodorsalement (flèche bleu). Une compartimentation gastrique (flèche rouge) et un iléus (flèche noire) sont visibles.

Physiopathologie du SDTE

Les anomalies topographiques qui résultent de la dilatation de l'estomac, suivie ou non de sa torsion, provoquent des troubles locaux et systémiques.

Mesures de stabilisation clinique de l'animal

Les mesures de stabilistation sont adaptées au cas par cas, notamment selon l’intensité du choc.

Suivi des effets de la réanimation

Les effets de la réanimation sont évalués d'après le suivi des paramètres cardiovasculaires et respiratoires, la mesure de la diurèse et du statut acido-basique et électrolytique.

Mécanisme de la torsion

La connaissance des positions successives de l'estomac lors de la torsion permet de déterminer le sens et l’angle associé au déplacement. La torsion s'effectue le plus souvent dans le sens horaire en vue caudo-crâniale.

Indications des traitements médicaux lors de SDTE

(1) Médicament à usage humain.