Le point Vétérinaire n° 249 du 01/10/2004
 

PRÉVENTION ANTIBIOTIQUE APRÈS UNE CÉSARIENNE CHEZ LA VACHE

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Dominique Puyt

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV Nantes

Il est inutile de prescrire quatre molécules antibiotiques en prévention, mais il est obligatoire d’inscrire tous les médicaments sur l’ordonnance.

Une vache subit une césarienne sous sédation (Rompun®) et sous anesthésie locale (Xylovet®). Après l’intervention, qui s’est déroulée dans des conditions d’asepsie imparfaites, le praticien prescrit par sécurité Ampicoline® et Intramicine® pendant soixante-douze heures et Finadyne® Injectable à administrer le lendemain de la césarienne.

Intramicine® : Une association antibiotique pleinement justifiée

Intramicine® est une suspension injectable aqueuse de deux antibiotiques : la pénicilline G à spectre étroit, active surtout sur les bactéries à Gram positif, et la dihydrostreptomycine, bactéricide à spectre plus large et davantage orientée contre les bactéries à Gram négatif. Le spectre d’activité de cette association est donc large et permet de prévenir d’éventuelles complications infectieuses dues à des germes banaux. Cette association d’antibiotiques classiques est adaptée à la prévention des complications infectieuses postchirurgicales. Elle est recommandée en prévention en raison de la qualité aléatoire de l’asepsie en chirurgie bovine de terrain. Son administration avant qu’une colonie bactérienne ne se multiplie, donc avant l’apparition d’un foyer infectieux, a toutes les chances d’être efficace.

Ampicoline® : Double emploi avec Intramicine®

Ampicoline® est une suspension injectable huileuse à effet retard qui contient deux antibiotiques : l’ampicilline (pénicilline A à spectre large) et la colistine (bactéricide, à spectre étroit actif uniquement sur les bactéries Gram négatives). Le spectre d’activité de cette association est donc également large. Le recours à cette spécialité vétérinaire fait cependant double emploi avec l’Intramicine®. La colistine a en outre un indice thérapeutique limité (de l’ordre de 2 par voie parentérale) et son administration est donc inutilement risquée chez une vache qui vient de subir un stress chirurgical. Cette prescription complémentaire d’Ampicoline® n’a donc aucune justification, pas plus que son utilisation seule en pareille situation. Il convient en effet de la destiner uniquement aux infections dues à des colibacilles.

Finadyne® injectable : Pour lutter contre la douleur postopératoire

Finadyne® injectable est une spécialité à base de flunixine, dotée à la fois de propriétés antalgiques utiles après une intervention chirurgicale et de propriétés anti-inflammatoires. Cette prescription systématique d’antalgiques en période post-chirurgicale est recommandée pour le bien-être de l’animal et aussi pour une récupération plus rapide.

En savoir plus

- Chastant-Maillard S, Bohy A. La césarienne chez la vache. Point Vét. 2001 ; 32(« Chirurgie des bovins et des petits ruminants » II : 29-35.

- Ganière J-P. Nouvelles règles pour les associations d’antibiotiques. Peu d’études cliniques confortent les associations d’antibiotiques. Point Vét. 2003 ; 34(235): 12-13.

Législation pharmaceutique vétérinaire. Une inscription incomplète

La fonction informative de l’ordonnance vis-à-vis du détenteur des animaux pour la mise en œuvre du traitement est une évidence. Il convient toutefois de ne pas oublier une autre fonction de l’ordonnance, tout aussi essentielle, qui concerne la sécurité sanitaire des aliments. L’ordonnance numérotée extraite d’un carnet à souches à duplicata constitue l’unique trace écrite des traitements que l’animal de production a reçus. Les temps d’attente y sont impérativement mentionnés. Tous les médicaments, y compris les spécialités directement administrées par le praticien, doivent en outre être notés sur l’ordonnance, et ce même si leurs temps d’attente sont nuls. Ainsi Rompun®, à base de xylazine, et Xylovet®, à base de lidocaïne, doivent y être inscrits. Par simplification, la prescription rédigée sur une ordonnance à duplicata et numérotée (l’original étant remis à l’éleveur et la copie conservée dix ans par le vétérinaire) dispense le praticien de la tenue d’un ordonnancier. Elle peut être faite sur une simple ordonnance à en-tête, voire sur papier libre.