Le point Vétérinaire n° 248 du 01/08/2004
 

OTOLOGIE DU CHIEN

Pratiquer

CAS CLINIQUE

Hervé Brissot*, Bernard Bouvy**, Laurent Cauzinille***


*Clinique Frégis
43, avenue Aristide Briand
94110 Arcueil
**Clinique Frégis
43, avenue Aristide Briand
94110 Arcueil
***Clinique Frégis
43, avenue Aristide Briand
94110 Arcueil

Une douleur du canal auditif, des épisodes fiévreux et des troubles nerveux vestibulaires périphériques font suspecter une otite moyenne et interne, confirmée par la vidéo-otoscopie et la myringocentèse.

Résumé

Une chienne âgée de six ans est présentée à la consultation pour des difficultés locomotrices, une hyperthermie, une anorexie et des vomissements. L’examen clinique révèle des pertes d’équilibre spontanées, un conduit auditif externe gauche douloureux, un port de tête incliné sur la gauche et un nystagmus. Une vidéo-otoscopie sous anesthésie montre une inflammation du conduit gauche. La myringocentèse sous vidéo-otoscopie du tympan gauche provoque la sortie de pus. Un diagnostic d’otite moyenne suppurative septique est établi. Des anti-inflammatoires stéroïdiens et une antibiothérapie permettent de faire rétrocéder rapidement le nystagmus et l’ataxie. La suspicion clinique d’otite moyenne s’appuie sur la douleur du canal auditif et l’hyperthermie. Le diagnostic nécessite habituellement des examens d’imagerie complexes : radiographie sous anesthésie générale, IRM ou scanner. La vidéo-otoscopie, plus coûteuse que l’otoscopie simple, permet de conserver les images et facilite le travail du chirurgien.

Une chienne croisée berger âgée de six ans, pesant 35 kg, est présentée à la consultation pour des difficultés locomotrices qui s’aggravent depuis une semaine.

Cas clinique

1. Commémoratifs

Malgré la mise en place d’un traitement pour une manifestation particulièrement douloureuse d’arthrose des hanches (anti-inflammatoires non stéroïdiens et chondroprotecteurs), la chienne présente une aggravation progressive de son état. Depuis vingt-quatre heures, les propriétaires rapportent un épisode d’hyperthermie à 40,2 °C, une anorexie et des vomissements.

2. Examen clinique

• Au premier abord, la chienne semble désorientée et présente plusieurs pertes d’équilibres spontanées. Elle s’appuie légèrement aux murs du côté gauche pour marcher.

• L’examen clinique ne met pas en évidence d’anomalie, excepté la palpation du conduit auditif externe gauche qui provoque une vive réaction de l’animal. La température rectale est de 38,3 °C.

• L’examen orthopédique ne permet pas de détecter de douleur, y compris au niveau des hanches. Elles présentent toutefois une amplitude diminuée en hyperextension.

• L’examen nerveux crânien confirme le port de tête légèrement incliné sur la gauche (oreille portée vers le bas) (PHOTO 1). Un nystagmus permanent horizontal, avec un trajet gauche-droite rapide et un retour plus lent, est noté. En mobilisant la tête dans différentes directions, le nystagmus devient occasionnellement rotatoire.

L’examen des autres nerfs crâniens, des réflexes et des postures appendiculaires est normal. L’ataxie est qualifiée de vestibulaire périphérique gauche.

Les éléments historiques et cliniques observés sont donc en faveur d’un syndrome vestibulaire périphérique gauche, probablement consécutif à une affection septique de l’oreille moyenne et à l’extension du phénomène inflammatoire aux structures de l’oreille interne.

3. Examens complémentaires

L’observation otoscopique est difficile, malgré une contention appropriée. Il est toutefois possible de noter une relative congestion du conduit auditif gauche. Un examen plus précis sous anesthésie est proposé.

• Les résultats d’une analyse sanguine pré-anesthésique : urémie, glycémie, hématocrite et protéinémie totale sont dans l’intervalle des valeurs usuelles.

• Après la pose d’une voie veineuse et une prémédication (diazépam(1), Valium® : 0, 5 mg/kg par voie intraveineuse ; chlorhydrate de morphine(1), morphine Lavoisier® : 0,1 mg/kg par voie sous-cutanée), l’anesthésie générale est induite par un barbiturique (thiopental sodique, Nesdonal® : 10 mg/kg par voie intraveineuse), puis relayée après intubation endotrachéale par un mélange d’oxygène et d’isoflurane (Isoflurane® à 2 %).

L’examen vidéo-otoscopique de l’oreille droite est normal : le conduit est propre et le tympan apparaît translucide.

L’examen du conduit gauche permet d’observer une inflammation de l’ensemble de l’épithélium : une accumulation de cérumen au-dessus du tympan lui donne un aspect “flou”. Après un nettoyage délicat (irrigation et aspiration) au sérum physiologique, le tympan est mieux visualisé. La membrane semble épaissie et opaque. Elle présente un aspect légèrement convexe alors qu’à droite, une légère concavité est visible.

• La myringocentèse (par ponction du quart inférieur caudal de la pars flaccida du tympan) du tympan gauche provoque, lors de la ponction, l’éclatement de la partie postérieure du tympan et la sortie sous pression d’un abondant liquide purulent. Après avoir introduit, en évitant tout contact avec la paroi du conduit auditif, une sonde urinaire stérile (sonde urétrale à chat Tomcat®, 6 French) souple dans la bulle tympanique, un premier échantillon de liquide est prélevé et conservé pour des analyses ultérieures. La sonde est utilisée pour pratiquer un rinçage doux de l’oreille moyenne (200 ml), en prenant soin de respecter les structures intracavitaires, sans pression excessive.

• L’examen microscopique du liquide contenu dans l’oreille moyenne montre une pléocytose polynucléaire neutrophilique et des macrophages activés, ainsi que des agglomérats de bactéries à formes de coques dont certaines sont intracellulaires.

Le résultat de la myringocentèse permet d’établir un diagnostic d’otite moyenne suppurative septique, à l’origine du syndrome vestibulaire périphérique, de la douleur faciale gauche et des épisodes d’hyperthermie.

4. Traitement

• Un traitement à base d’un anti-inflammatoire stéroïdien est administré pendant une courte période (prednisolone, Mégasolone® 1 mg/kg, pendant quarante-huit heures, puis à doses dégressives sur une semaine) ainsi qu’un antibiotique (en rofloxacine, Baytril®, 5 mg/kg/j) pendant quinze jours. Les premières doses sont administrées par voie parentérale dès la fin du lavage auriculaire.

Pour des raisons financières, le propriétaire refuse la culture et la réalisation d’un antibiogramme sur le prélèvement purulent récolté. Pour les mêmes raisons, une numération formule n’a pas été réalisée.

5. Suivi

Douze heures après l’intervention chirurgicale, la chienne paraît moins agitée ; l’ataxie a rétrocédé et seul un discret nystagmus (lors de changements d’orientation brusques de la tête) est noté. Vingt-quatre heures plus tard, elle est rendue à ses propriétaires. À ce stade, le nystagmus a disparu, mais l’animal conserve un port de tête incliné sur la gauche. En revanche, l’état général et le comportement sont normaux, l’appétit est restauré et l’ataxie a disparu, bien que quelques pertes d’équilibre soient encore notées lors de grande excitation.

Quinze jours plus tard, l’examen clinique est satisfaisant et la chienne a retrouvé une activité normale. Le port de tête est légèrement incliné sur la gauche. Un nouvel examen sous anesthésie du conduit auditif révèle des structures non inflammatoires et propres. Le tympan n’a pas encore cicatrisé mais le rinçage de la bulle tympanique ne montre pas d’infection persistante.

Trois mois après la première présentation et après un traitement antibiotique de trois semaines, aucune récidive n’est signalée et la chienne ne conserve comme unique séquelle qu’un port de tête légèrement incliné sur le côté gauche. Compte tenu de la qualité de l’évolution clinique et des préoccupations financières des propriétaires, aucun examen cytologique de contrôle n’a été pratiqué.

Discussion

1. Épidémiologie

L’infection de l’oreille moyenne survient suite à l’extension d’une otite externe, du déséquilibre et de la multiplication de la flore normale de la bulle tympanique ou de l’extension d’une affection pharyngée par le biais des trompes d’Eustache. Quelques infections hématogènes sont décrites, mais semblent très rares chez le chien [1, 7].

2. Diagnostic

• La suspicion clinique s’appuie sur l’observation de douleurs de la région du canal auditif, voire d’une otite externe, de la présence d’épisodes fiévreux et de troubles nerveux vestibulaires lors d’extension du processus inflammatoire à l’oreille interne [1, 7, 8] (voir l’ENCADRÉ “Le syndrome vestibulaire périphérique”). Dans le cas décrit, aucun signe d’otite externe (écoulements dans le conduit auditif, démangeaisons, grattage ou secouage de la tête et des oreilles) n’a été noté. Seuls des signes cliniques d’otite moyenne (douleur à la manipulation de la base du conduit, hyperthermie et aspect anormal du conduit auditif) et interne (syndrome vestibulaire) ont été identifiés. Dans certains cas, en raison de la proximité du nerf VII (ventralement à la bulle tympanique) et de fibres sympathiques pupillomotrices (os pétreux), une paralysie du nerf facial et un syndrome de Claude-Bernard Horner (du côté de l’oreille infectée) peuvent être associés au syndrome vestibulaire.

• Le diagnostic définitif est souvent associé à des examens complémentaires d’imagerie complexe qui sont coûteux. L’aspect univoque des lésions observées lors de la vidéo-otoscopie et la myringocentèse ont ici permis d’établir le diagnostic.

• L’imagerie des bulles tympaniques a longtemps été réduite aux seules radiographies. Elles nécessitent une anesthésie générale, un positionnement précis de l’animal et un matériel radiographique de qualité. L’interprétation des clichés obtenus est souvent délicate lors de phases aiguës uniquement caractérisées par une accumulation liquidienne et sans réactions osseuses. Plusieurs semaines sont parfois nécessaires avant que les images radiographiques soient significativement modifiées [1, 3]. Comme les otites moyennes sont généralement unilatérales, la comparaison des images des deux bulles est importante [3].

Avec le développement des connaissances vétérinaires dans l’utilisation des techniques d’imagerie d’IRM et de tomodensitométrie, l’interprétation des lésions est plus aisée. La présence de liquide à l’intérieur des bulles tympaniques renforce l’image des structures osseuses qui délimitent la cavité tympanique. Ces techniques permettent en outre d’évaluer l’éventuelle extension de l’affection au niveau des structures de l’oreille interne.

• La myringocentèse est un examen essentiel de la bulle tympanique. Elle s’effectue obligatoirement sous anesthésie générale. La connaissance de l’anatomie de l’oreille moyenne (voir l’ENCADRÉ “Anatomie de l’oreille moyenne”) et surtout, la préservation des éléments de l’oreille interne, sont nécessaires à la réalisation d’un examen sans risque (voir l’ENCADRÉ “Myringocentèse et myringotomie”). Un nettoyage manquant de douceur peut en effet favoriser la décompensation d’une oreille interne “fragilisée” et provoquer l’apparition de signes vestibulaires ou les aggraver.

La myringocentèse a plusieurs intérêts : elle permet d’établir un diagnostic par la récupération de matériel purulent et de lever instantanément la pression intracavitaire. La récupération du liquide de lavage permet en outre une analyse cytologique et bactériologique de la collection.

Lors de l’examen otoscopique, une affection de l’oreille moyenne doit être suspectée si le tympan apparaît flou, convexe, rompu ou difficile à identifier. L’observation d’une membrane tympanique intacte ne permet pas d’éliminer une otite moyenne [1].

Les plaies tympaniques cicatrisent après la guérison des infections bactériennes. Dans 50 % des cas de rupture spontanée du tympan, un tissu fibreux cicatriciel se met en place dans les quinze jours [1]. Dans le cas décrit, la myringocentèse (et le traitement antibiotique qui l’a suivi) a été à la fois diagnostique et curative.

La vidéo-otoscopie présente différents avantages comparée à l’otoscopie simple. Elle permet de conserver des images de l’affection (voir la PHOTO 2 et la FIGURE “Représentation schématique du tympan et image de vidéo-otoscopie”), de libérer les mains du chirurgien, voire de faire participer différents intervenants à la manipulation, puisque les images peuvent être vues sur un moniteur vidéo.

Les inconvénients de cette technique sont d’exiger une anesthésie générale (souvent toutefois également nécessaire pour un examen otoscopique traditionnel). Sa principale limite est son coût, au même titre que toutes les autres techniques d’examens vidéo-assistés (arthroscopie, cystoscopie ou fibroscopie digestive). Il convient toutefois de signaler que le même fibroscope peut être utilisé (après stérilisation et sous réserve d’un usage adéquat) dans différentes indications (cystoscopie rigide, rhinoscopie, etc.).

L’analyse cytologique a permis de confirmer la nature septique de l’exsudat. Il a été en revanche impossible, pour des raisons économiques, de pratiquer une analyse bactériologique. Quinze jours après le premier examen, la plaie tympanique n’avait pas encore cicatrisé en dépit de la guérison clinique et de l’absence de signes d’infection locale.

3. Traitement médical

• L’antibiothérapie systémique est la base du traitement médical de l’otite moyenne. Le choix de l’antibiotique s’effectue, en principe, après la mise en culture de prélèvement de la bulle tympanique. À défaut, le choix du traitement repose sur les données épidémiologiques et les germes les plus fréquemment isolés lors d’otite moyenne : Staphylococcus et Streptococcus [1, 2]. E. coli, Pseudomonas et Proteus sont également parfois retrouvés. L’antibiotique choisi doit pouvoir être actif sur ces germes, largement diffusé dans le milieu et être administré pendant une durée de quatre à six semaines.

• Le recours à un traitement local antibiotique ou antiseptique est déconseillé. Localement, les risques d’ototoxicité sont en effet élevés et le drainage ralenti du tissu enflammé est une source supplémentaire d’accumulation de liquides dans la bulle tympanique.

• Les antibiotiques habituellement recommandés sont les fluoroquinolonnes et les céphalosporines [1, 2, 7, 8]. Une étude clinique récente indique que Staphylococcus intermedius et Pseudomonas aeruginosa ont été isolés respectivement dans 49,4 et 27,8 % des prélèvements pratiqués sur des chiens atteints d’otite externe et/ou moyenne sur une période de six ans. Au cours de cette période, sont notées une sensibilité de 96 à 100 % des souches de Staphylococcus à l’enrofloxacine et à la céphalotine, et une sensibilité des Pseudomonas nulle pour les céphalexines contre 85 (deux années) à 100 % (quatre années) pour l’enrofloxacine [5].

• Dans le cas décrit, une antibiothérapie de trois semaines à base d’enrofloxacine a été instaurée. Le choix de cet antibiotique a été motivé par sa bonne diffusion locale, par son spectre dirigé contre les germes gram - signe négatif habituellement identifiés lors d’otite moyenne, par son absence d’ototoxicité (voir l’ENCADRÉ “Ototoxicité”) et par sa tolérance à long terme.

• Lors d’absence de réponse au traitement, une analyse bactériologique sur des prélèvements tissulaires, une imagerie de qualité de la zone tympanique et un bilan d’extension des lésions de la région, ainsi que le traitement chirurgical, sont recommandés.

• Les symptômes de dysfonctionnement de l’oreille interne et le syndrome vestibulaire qui en découle sont attribués à une inflammation par contiguité de l’oreille interne. Comme il s’agit d’un dysfonctionnement uniquement d’origine inflammatoire, l’administration de corticoïdes à dose anti-inflammatoire et pendant une courte durée (une fois le traitement antibiotique mis en place) permet de contrôler rapidement l’affection neurologique [1, 7]. Dans ce type d’indication, les anti-inflammatoires non stéroïdiens semblent moins efficaces.

Si l’affection ne répond pas au traitement médical et si elle est strictement limitée à la bulle tympanique, une ostéotomie ventrale est indiquée.

En revanche, si le conduit auditif externe est également le siège d’une affection chronique, une exérèse complète du conduit auditif externe, associée à la trépanation et au curetage de la bulle tympanique, sont recommandées [1, 7, 8].

Le traitement médical, associé à deux lavages-apirations de la bulle, a permis dans ce cas d’obtenir la guérison sans aucune récidive clinique trois mois plus tard.

4. Pronostic et évolution

Lorsqu’un traitement efficace est mis en place, le pronostic est généralement bon et la guérison définitive est souvent obtenue. Parfois un traitement chirurgical est nécessaire, mais avec un pronostic favorable à 80 % sous réserve de lésions préopératoires (lésion vestibulaire ou du nerf facial) irréversibles [2, 8].

Les séquelles comprennent la perte de l’audition lors de destruction des ossicules de la bulle, la persistance d’un port de tête dévié, voire la persistance d’une paralysie faciale ou d’un syndrome de Horner. Ces séquelles sont généralement rencontrées après le traitement chirurgical, et leur fréquence s’explique en grande partie par des lésions généralement plus sévères (d’où la nécessité d’un traitement chirurgical) et plus rarement par des lésions iatrogènes peropératoire.

Le traitement de l’otite moyenne nécessite une connaissance précise des composantes anatomiques du système vestibulaire et auditif. Bien que le diagnostic précis puisse nécessiter des techniques d’imageries sophistiquées et un traitement chirurgical délicat, le recours à des examens simples comme l’otoscopie, voire la vidéo-otoscopie et la myringocentèse, doit être le point de départ obligatoire de toute investigation clinique.

  • (1) Médicament à usage humain.

Le syndrome vestibulaire périphérique

Le système vestibulaire se divise en deux parties : l’oreille interne (avec les organes de l’équilibre : canaux semi-circulaires, utricules et saccules) et le système vestibulaire central, qui comprend les noyaux vestibulaires du tronc cérébral et les lobes floculo-nodulaires du cervelet. De l’oreille interne part le nerf VIII. Le nerf VII chemine à proximité des structures de l’oreille interne.

Le fonctionnement du système vestibulaire est très latéralisé. L’analyse des informations procède par comparaison des stimuli fournis à partir des deux jeux de récepteurs opposés.

Le rôle du système vestibulaire est de coordonner la position de la tête avec les mouvements posturaux et oculaires et de contrer la force de gravité en assurant un tonus musculaire minimal. Chaque système droit et gauche augmente le tonus des muscles extenseurs appendiculaires ipsilatéraux et inhibe celui des muscles controlatéraux.

Un dysfonctionnement des voies vestibulaires est associé à des troubles locomoteurs et de positionnement (ataxie vestibulaire : hypotonie ipsilatérale, hypertonie controlatérale, roulade ipsilatérale, tête inclinée) et à une anomalie des mouvements oculaires (nystagmus, strabisme).

Le système vestibulaire fait intervenir la musculature extrinsèque de l’œil pour permettre la fixité de l’image en dépit des mouvements de la tête ou du corps.

Le nystagmus physiologique correspond à une alternance de mouvements lents et rapides de correction du regard quand la tête ou le corps sont déplacés latéralement.

Par convention, un nystagmus pathologique est identifié selon sa direction (horizontale, verticale, voire rotatoire) et le sens de la phase lente (généralement en direction du côté lésé).

Les otites internes sont souvent des affections unilatérales. Dans ce cas, le système vestibulaire central ne reçoit plus d’informations du côté affecté, alors que le côté “normal” continue à délivrer une activité de “base”. La différence d’information entraîne une réponse exagérée du côté normal, exacerbée par le manque d’inhibition du côté anormal. Lors d’une affection périphérique de type otite, cela conduit à l’augmentation du tonus du côté opposé à l’oreille touchée. Un nystagmus pathologique est souvent présent dans la phase aiguë ; la phase lente indique le coté affecté. La tête est également penchée du côté affecté. Quelle que soit l’orientation de la tête et des yeux, l’irritation de l’oreille interne restant toujours localisée au même site, il n’y a pas de changement d’orientation du nystagmus. En outre, comme l’atteinte n’intéresse pas le tronc cérébral, il n’y a pas de déficits centraux (proprioceptifs et altération de l’état de vigilance notamment).

Par exemple, une otite moyenne gauche associée à une irritation de l’oreille interne peut conduire à un port dévié de la tête vers la gauche (oreille vers le bas), et un nystagmus dont la phase lente est dirigée vers la gauche.

D’après [8]

Anatomie de l’oreille moyenne

Anatomiquement, l’oreille moyenne est délimitée latéralement par la membrane tympanique et médialement par l’os pétreux. Elle comprend la bulle tympanique et les ossicules de l’audition (voir les FIGURES “Représentation schématique de l’oreille moyenne (coupe sagittale)” et “Représentation schématique de l’oreille moyenne avec le tympan puis la bulle tympanique, vue latérale d’une bulle gauche”).

Dorsomédialement, se trouvent l’oreille interne avec la cochlée, le labyrinthe et le chiasma auditif en contact avec les ossicules de l’audition. Au niveau de l’oreille moyenne passent des éléments nerveux orthosympathiques qui se dirigent vers l’œil et ventralement, le nerf facial. La bulle tympanique est en communication avec la cavité pharyngée par la trompe d’Eustache.

L’ensemble de la cavité tympanique est recouvert d’un épithélium stratifié. Un escalator mucociliaire assure le drainage de la bulle tympanique au travers de la trompe d’Eustache. La bulle contient uneflorebactérienne résidente : Staphylococcus aureus, E. coli, Steptococcus et Klebsiella. C’est une cavité, d’un volume de 2 à 5 ml, destinée à servir de caisse de résonance aux vibrations de la membrane tympanique [7, 8].

Myringocentèse et myringotomie

Le conduit auditif externe est examiné par otoscopie. Lors de mauvaise visualisation du tympan, le conduit est irrigué avec du sérum physiologique ou une solution de polyvidone iodée à 10 %. Les liquides de lavages sont soigneusement aspirés.

Les ossicules et les organes de l’oreille interne sont situés dans le cadran crânio-dorso-médial de la bulle tympanique.

Le tympan est divisé en quatre cadrans. La ponction des deux cadrans caudaux (pars flaccida) est plus sûre pour éviter de léser les organes de l’oreille interne positionnés en regard de la pars tensa.

Une fois visualisé, le tympan est ponctionné dans le quadran inférieur caudal dans la zone de myringocentèse avec une aiguille pour ponction lombaire de 22G.

Une seringue de 5 ml est abouchée à l’aiguille (déjà implantée) et le contenu est aspiré et préservé pour des analyses complémentaires. Un cathéter ou une sonde urinaire peuvent remplacer l’aiguille de ponction pour pratiquer un lavage de la bulle tympanique. Un rinçage au sérum physiologique peut être pratiqué. Le rinçage nécessite une manipulation “délicate”, sans pression sous peine de provoquer un syndrome vestibulaire secondaire.

La myringotomie consiste en l’incision de la pars flaccida au moyen d’une fine lame de bistouri (n° 11).

D’après [7, 8].

Points forts

La bulle tympanique contient une flore bactérienne résidente : Staphylococcus aureus, E. coli, Steptococcus et Klebsiella.

L’antibiothérapie générale est la base du traitement médical de l’otite moyenne (fluoroquinolones ou céphalosporines). Le recours à un traitement local antibiotique ou antiseptique est déconseillé.

Lors de dysfonctionnement de l’oreille interne strictement d’origine inflammatoire, l’administration de corticoïdes à dose anti-inflammatoire pendant une courte durée permet de contrôler rapidement l’affection neurologique.

La myringocentèse permet d’établir un diagnostic par la récupération de matériel purulent et de lever instantanément la pression intra-cavitaire.

Lors de l’examen otoscopique, une affection de l’oreille moyenne doit être suspectée si le tympan apparaît flou, convexe, rompu ou difficilement visualisable.

Ototoxicité

L’ototoxicité d’une substance désigne sa propension à affecter les fonctions de l’oreille interne (audition, équilibre). Les effets peuvent être temporaires à définitifs et leur gravité est variable : depuis la diminution sensible de l’acuité auditive ou de l’équilibre, jusqu’à la surdité complète ou des déficits vestibulaires irréversibles (voir le TABLEAU “Quelques agents ototoxiques et leur mode d’action”) [5, 7].

La chlorhexidine et la gentamicine sont des substances couramment utilisées dans les préparations de nettoyage et de traitement des otites externes. Un examen attentif du tympan est obligatoire avant leur administration.

  • 1 - Bruyette DS, Lorenz MD. Otitis externa and otitis media : diagnosis and medical aspects. Semin. Vet. Med. Surg-Small Anim. 1993;8(1):3-9.
  • 2 - Devitt CM, Seim HB et coll. Passive drainage versus primary closure after total ear canal ablation lateral bulla osteotomy in dogs : 59 dogs (1985-1995). Vet. Surgery. 1997;26:210-216.
  • 3 - Hoskinson JJ. Imaging technique in the diagnosis of middle ear disease. Semin. Vet. Med. Surg.-Small Anim. 1993;8(1):10-16.
  • 4 - Moissonnier P. Chirurgie de l’oreille. Encyclopédie vétérinaire. Paris. 1992, chirurgie des tissus mous : 1000:6 p.
  • 5 - Petersen AD, Walker RD et coll. Frequency of isolation and antimicrobial susceptibility patterns of Staphylococcus intermedius and Pseudomonas aeruginosa isolates from canine skin and ear samples over a 6 year period (1992-1997). J. Amer. Anim. Hosp. Assn. 2002;38:407-413.
  • 6 - Pickrell JA, Oehme FW, Cash WC. Ototoxicity in dogs and cats. Semin. Vet. Med. Surg.-Small Anim. 1993;8(1):42-49.
  • 7 - Rosychuck RA, Luttgen P. Disease of the Ear. Ettinger SJ, Feldman EC. Textbook of veterinary internal medicine. 5th ed. WB Saunders, Philadelphia. 2000:986-1002.
  • 8 - Seim HB. Middle Ear. In: Slatter DH. Textbook of small animal surgery. 2nd ed. WB Saunders ed. Philadelphia. 1993:1568-1576.
  • 9 - Soyer C. et Mac Carthy R.J. Traitement des otites externes chez le chien et le chat. Point Vét. 1994;26(161):69-75.
  • 10 - Thomas WB. Vestibular dysfunction. Vet. Clin. N. Amer.- Small Anim. Pract. 2000;30(1):227-250.

PHOTO 1. La chienne de race croisée âgée de six ans lors de sa présentation. Noter le port de tête dévié vers le bas et les yeux anormalement orientés (période de nystagmus).

Représentation schématique de l’oreille moyenne (coupe sagittale)

L’oreille moyenne est délimitée latéralement par la membrane tympanique et médialement par l’os pétreux.

Représentation schématique de l’oreille moyenne avec le tympan puis la bulle tympanique, vue latérale d’une bulle gauche

Le tympan est intact et une séparation en quatre cadrans est représentée. La myringocentèse s’effectue dans le cadran postérieur inférieur, au travers de la pars flaccida, loin des structures dorsomédiales de l’oreille interne (cadran antérieur supérieur).

PHOTO 2. Représentation schématique (A) du tympan et image de vidéo-otoscopie (B). Pt : pars tensa ; Pf : pars flaccida ; M : marteau.

PHOTO 2. Représentation schématique (A) du tympan et image de vidéo-otoscopie (B). Pt : pars tensa ; Pf : pars flaccida ; M : marteau.

Syndrome vestibulaire périphérique

(1) Médicament à usage humain.