Le point Vétérinaire n° 248 du 01/08/2004
 

ENVIRONNEMENT ET PATHOLOGIE EN ÉLEVAGE BOVIN

Se former

CONDUITE À TENIR

Sophie Le Dréan-Quénec’hdu*, Martine Kammerer**


*Eco-Ouest
3, rue de la Janaie
35520 Melesse
**CAPA Ouest FARAD
Unité pharmacie toxicologie
ENVN
BP 40 706
44307 Nantes cedex 03

L’eau peut engendrer des signes (sub)cliniques en raison de sa composition, de pollutions chimiques ou d’agents infectieux. Les captages doivent faire l’objet de prélèvements.

Résumé

Les étapes essentielles

Étape 1 : Identifier la source et les composants de l’eau

• Forage, nappes superficielles, eau de mares, etc.

• Disposer de normes et les relativiser.

Étape 2 : Suspecter une mauvaise qualité de l’eau

• Événements météorologiques : froid et intoxication au sel, chaleur et cyanobactéries

• Maladies courantes : salmonelles, leptospires, giardiose, cryptosporidiose

• Baisses de production : baisses d’abreuvement, oligo-éléments, intoxications chroniques

Étape 3 : Analyser l’eau

• En routine : “D1” (+ fer), près de l’abreuvoir, un à cinq litres

Étape 4 : Corriger si possible

• Chloration, déferrisation, modification du pH, adoucissement

Selon le guide de bonnes pratiques d’élevage, l’éleveur doit « assurer un abreuvement correct de ses animaux », c’est-à-dire permettre un « accès permanent des animaux à l’étable et un accès régulier des animaux au pâturage, à un point d’eau de qualité adéquate » (eau sans excréments, claire et régulièrement renouvelée). Une qualité d’eau de boisson déficiente peut entraîner des signes cliniques, mais aussi des baisses de performances zootechniques. Ainsi, « toute pathologie non résolue doit conduire à une analyse d’eau » [2]. Dans le cadre d’affections souvent multifactorielles en élevage, l’eau peut être un des paramètres, parmi d’autres (agents infectieux, ambiance, etc.), qui conduit à l’apparition de signes cliniques.

Première étape : identifier la source et les composants de l’eau

1. Cinq paramètres de composition

Il est d’usage de décomposer la qualité de l’eau en cinq catégories de paramètres, dont les variations n’ont pas les mêmes répercussions sur l’animal consommateur d’eau (voir la FIGURE “Différents paramètres de la qualité de l’eau”).

2. Sources d’eau fréquentes en élevage bovin : le forage

L’eau provient, soit de nappes superficielles, soit de forage à plusieurs dizaines de mètres de profondeurs (puits artésien par exemple) (voir l’ENCADRÉ “Les nappes d’eau souterraine”). Si les élevages hors sols sont souvent reliés au réseau d’eau potable, les élevages de ruminants dépendent souvent de puits privés.

Les forages procurent en général une eau relativement protégée des micro-organismes et même des polluants chimiques. Toutefois, certains éléments sont entraînés vers les nappes par lessivage. Les puits doivent être étanches, surtout s’ils sont proches des bâtiments (ils doivent être situés à au moins 35 mètres d’après la législation sur les installations classées de 1976 et les règlements sanitaires départementaux) ou du réseau d’assainissements des maisons d’habitation. Le puits de forage doit être protégé car il traverse les nappes souterraines. Divers polluants (engrais, pesticides, bactéries, etc.) peuvent alors rejoindre les nappes par transfert direct et entraîner une pollution du puits, mais également de toute la nappe. Pour éviter les contaminations des nappes par des forages défectueux, mal isolés ou mal conçus, une charte des foreurs va prochainement être mise en application.

La qualité de l’eau des nappes ou des puits de forage dépend beaucoup de la nature du sol, en particulier de sa concentration en minéraux ou en métaux comme le fer ou le manganèse.

Au pâturage, les bovins peuvent aussi boire des eaux superficielles (mares, ruisseaux), particulièrement exposées aux pollutions microbiologiques (contaminations fécales) ou chimiques (PHOTO 1).

La contamination/pollution de l’eau peut se faire en aval de la source. Une pollution chimique au plomb, au zinc, ou au cuivre peut être due à des canalisations en mauvais état, directement ou indirectement (baisse de pH de l’eau et oxydation). Dans les régions où l’eau est riche en calcium, les dépôts de calcaire dans les canalisations favorisent les proliférations bactériennes.

3. Dépassement de la norme ne signifie pas danger

Certaines anomalies de composition de l’eau ne constituent pas un danger direct pour l’animal, mais risquent d’endommager les installations. Ainsi, le calcaire entartre et le fer est corrosif.

Pour certains paramètres, le danger peut concerner le consommateur. La qualité de l’eau devient alors un problème de santé publique. Par exemple, des métaux lourds bioaccumulés, comme le plomb ou le cadmium, sont excrétés au niveau du lait.

Des paramètres et des normes ont été édictés pour l’eau potable (décret de 2000) [7, 8]. En termes de danger pour l’animal, ces normes ne sont directement exploitables que pour certains éléments (mercure par exemple). Elles répondent à des impératifs de protection de la santé publique pour divers éléments (plomb, cadmium). Ces normes ont été transposées pour l’eau de boisson des bovins (voir le TABLEAU “Normes et concentrations dangereuses des paramètres de l’eau de boisson pour les bovins”).

Les canadiens considèrent “sécuritaire pour des bovins” des teneurs inférieures à 3 000 ppm pour l’ensemble des matières dissoutes (bicarbonates, sulfates, magnésium, calcium, chlorure de sodium) ou salinité de l’eau. Au-delà de 4 999 ppm, ils conseillent d’interdire l’eau aux vaches gestantes et en lactation [g].

Un autre paramètre pour estimer les “matières dissoutes” est la dureté de l’eau, qui mesure les concentrations en sels de calcium de magnésium.

Pour un certain nombre d’éléments, le danger d’un excès ou d’une carence est encore peu documenté. L’impact des pesticides et herbicides dans l’eau de boisson de l’animal ou de l’homme est ainsi mal connu. De même, l’effet directement néfaste des phosphates ou des nitrates et les valeurs limites pour ces paramètres sont controversés (voir l’ENCADRÉ “Les nitrates : un impact controversé”).

En définitive, toute anomalie de composition de l’eau par rapport aux normes de potabilité ne doit pas forcément conduire à tirer la sonnette d’alarme pour la santé des animaux qui la boivent.

Deuxième étape : suspecter une mauvaise qualité de l’eau

Pour quelques composants de l’eau, un lien a pu être démontré entre une carence ou un excès (ou simplement la présence) et l’apparition de signes cliniques ou de baisses de performances. Le vétérinaire est régulièrement sollicité à ce sujet (voir le TABLEAU “Signes cliniques en rapport avec une mauvaise qualité de l’eau”).

1. Accidents cliniques liés notamment à la météorologie

Eau froide ou insuffisante : intoxication au sel

L’intoxication au chlorure de sodium apparaît quand la quantité d’eau bue diminue significativement (eau glacée ou défaut des abreuvoirs) et/ou quand la supplémentation minérale est excessive et/ou l’eau trop salée.

Les mêmes signes qu’avec les chlorures sont observés avec le propionate, l’acétate ou les carbonates de sodium.

La forme chronique de cette intoxication engendre des gastro-entérites, une diminution de l’appétit, une perte de poids et une déshydratation [f]. Dans la forme aiguë, le tractus digestif et le système nerveux central sont affectés, avec une augmentation de la salivation, des régurgitations, des douleurs abdominales, une diarrhée, puis une ataxie, une marche sur le cercle, etc.

Les Agences de l’eau et le ministère de l’Écologie et du Développement durable [8] considèrent qu’en dessous de 150 mg/l de Na, l’eau est classée comme “permettant l’abreuvement de tous les animaux, y compris les plus sensibles” et qu’en dessous de 2 000 mg/l, elle permet “l’abreuvement des animaux matures moins vulnérables, mais demande une surveillance accrue”. Un cas d’intoxication chronique chez des veaux a été rapporté avec une eau contenant environ 500 mg de Na [4].

Chaleur et pollution organique : intoxications par des algues

De fortes concentrations en cyanobactéries dans l’eau peuvent provoquer des signes cliniques, en général aigus. Ces algues produisent des hépatotoxines ou des neurotoxines (voir le TABLEAU “Espèces de cyanobactéries pathogènes”). Polygastriques et oiseaux sont plus sensibles que les monogastriques. Les cyanobactéries prolifèrent (“blooms algaux”, PHOTO 2) dans des milieux eutrophes en été, suite à un enrichissement de l’eau en matière organique et une température élevée [f].

Au cours de l’été 2003, marqué par de fortes chaleurs, onze cas d’intoxication canine par des cyanobactéries ont été signalés dans les gorges du Tarn, dont six mortels. Il s’agirait du premier foyer animal décrit en France (Brient, communication personnelle). Descas ont été décrits aux États-Unis, en Australie et ailleurs en Europe, non seulement chez des chiens, mais également chez des bovins, des ovins, des porcs et des chevaux [10].

2. Maladies “courantes” transmises par l’eau

L’eau de boisson est le principal vecteur d’un certain nombre d’agents pathogènes : salmonelles, leptospires, Giardia duodenalis et Cryptosporidium sp.

Concernant les bactéries, les normes admises sont de 0. La dose infectante pour les salmonelles chez les bovins est toutefois de 104 à 1010 Salmonella typhimurium par voie orale et par jour (elle varie avec le statut physiologique, zootechnique, etc. [3]).

Giardia duodenalis et Cryptosporidium sp. sont impliqués dans les diarrhées des jeunes et sont à l’origine de zoonoses. La législation ne fixe pas de valeur limite concernant les ookystes de Cryptosporidium et de Giardia. Le coût de la recherche de Cryptosporidium dans l’eau est élevé. Il convient donc de rechercher plutôt des indicateurs de la présence de ce parasite, comme la présence d’Escherichia coli (cf. infra) qui est le meilleur indicateur de la présence d’ookyste de Cryptosporidium [a].

La présence d’ookystes ou de bactéries dans l’eau d’une mare peut par exemple expliquer, mais aussi révéler une contamination…

L’eau peut également être à l’origine de mammites (nettoyage des trayons).

Dans tous les cas, une contamination fécale (coliformes totaux, coliformes et streptocoques fécaux) de l’eau est indicatrice d’une pollution par des agents infectieux pathogènes, même si la relation contamination fécale/pathologie des bovins n’est pas clairement établie [3]. Les teneurs en bactéries indicatrices de contamination fécale doivent impérativement être égales à 0 : par exemple, une eau avec 103 coliformes/100 ml est suspecte d’être contaminée par des salmonelles [3]. De même, la présence d’E. coli (pour un seuil supérieur à 50/100 ml) est indicatrice de la présence de Cryptosporidium sp. [a].

Une diarrhée peut être également due à la contamination de l’eau par des teneurs en sulfates trop élevées (> 4 999 ppm).

La qualité de l’eau qui sert à la préparation d’aliments lactés reconstitués pour les veaux doit aussi être surveillée, pour les mêmes paramètres que ceux évoqués précédemment.

3. Eau et baisses de production

Baisse d’abreuvement

Une baisse de consommation d’eau doit être recherchée lors d’une baisse de production, notamment de lait.

Cette baisse peut être due :

- à des problèmes techniques d’abreuvement (dysfonctionnement des abreuvoirs, assèchement du point d’eau) ;

- à des défauts des qualités organoleptiques de l’eau.

Sont notamment responsables d’un mauvais goût de l’eau :

- les excès de sulfures, qui proviennent de la décomposition de protéines soufrées (végétaux ou animaux en décomposition) ;

- les excès de sulfate (voir l’ENCADRÉ “Le cas des sulfates”) ;

- les excès de manganèse ou de fer [2].

L’appétence de l’eau peut diminuer en aval de la source :

- lors de son passage dans les canalisations : goût métallique avec le fer quand le pH est bas ou à l’inverse quand le pH est trop élevé (dépôts) ;

- suite à la prolifération d’algues dans les abreuvoirs [9].

Carences en oligo-éléments, maladies métaboliques

L’eau peut être en partie responsable de carences en oligo-éléments et en minéraux (calcium) et engendrer alors indirectement de mauvaises performances zootechniques, voire des maladies métaboliques. Les carences peuvent être indirectes : les excès de fer ou de zinc dans l’eau gênent l’absorption d’autres éléments, pourtant apportés dans la ration en quantité normale. Par exemple, le zinc entre en compétition au niveau intestinal avec le calcium et le plomb [9]. Des carences en calcium peuvent donc être associées à une eau trop riche en zinc. Chez des bovins, des cas de carence en cuivre et en sélénium ont été décrits, avec des troubles de la reproduction associés à une baisse de la consommation d’eau (donc une baisse de la production laitière et une perte de poids), en rapport avec la consommation d’une eau contenant 80 mg/l de fer [9].

Intoxications chroniques

Trop de plomb (> 0,1 mg/l) dans l’eau peut conduire à long terme à des intoxications subaiguës. Les signes sont discrets et plutôt observés chez les adultes : anorexie, stases ruminales, modifications de transit, voire signes nerveux. Les cas aigus sont rarement reliés à l’eau.

Les excès de cuivre dans l’eau (> 0,6 mg/l) peuvent engendrer des intoxications chroniques, surtout chez les ovins. Ils sont liés à une contamination dans les canalisations ou à des excès en d’autres éléments susceptibles de perturber l’absorption (molybdène). Les symptômes apparaissent lorsque les capacités de stockage de cet élément dans le foie sont dépassées, ce qui provoque une peroxydation des lipides et une hémolyse intravasculaire, potentiellement accélérées par divers stress comme le transport, la lactation ou un défaut d’alimentation.

Troisième étape : analyser l’eau

Dans le cas d’un nouveau puits ou pour une rivière, une analyse dite “D1” est réalisée en première intention [5, d] (voir le TABLEAU “Paramètres de l’analyse D1”). Elle coûte environ 100 €. Elle comprend une analyse de la couleur, de la turbidité, de l’odeur, de la saveur, des nitrates et des nitrites, de l’oxydabilité, des ammoniums de l’eau. En routine, un dosage de fer peut y être ajouté dans les zones “à risque” (G. Joncour, communication personnelle)

Les prélèvements d’eau en vue d’analyse doivent être effectués le plus près possible de l’abreuvoir, en tenant compte de l’impact des canalisations sur la qualité de l’eau (plusieurs prélèvements à différents niveaux).

En routine, une analyse annuelle est nécessaire. Lorsque l’eau est issue de captage, l’idéal est de réaliser deux prélèvements par an en raison des variations saisonnières de certains paramètres.

Pour une eau du robinet, il convient de laisser couler cinq à dix minutes avant le prélèvement, jusqu’à l’obtention d’une température constante, puis de ne pas toucher le robinet ou le flacon en remplissant et en rebouchant ce dernier. Le robinet et le col du flacon peuvent être stérilisés pour une analyse bactériologique. Un à cinq litres sont nécessaires pour les recherches de salmonelles. Les analyses pour l’eau de boisson des animaux sont faites dans les laboratoires vétérinaires départementaux et dans des laboratoires privés. Tous les laboratoires ne sont cependant pas capables de rechercher l’ensemble des paramètres (en particulier certains pesticides). Les prélèvements doivent être accompagnés d’une fiche de commémoratifs, réfrigérés et apportés dans un délai de six heures pour les analyses bactériologiques (en général la fiche et le matériel sont fournis par le laboratoire).

Quatrième étape : corriger la qualité de l’eau si possible

Une correction spécifique est envisageable pour certaines anomalies de la qualité de l’eau. Les groupements de défense sanitaire (GDS) sont souvent impliqués dans les programmes de suivi, de contrôle et de gestion de qualité de l’eau en élevage. Ils peuvent donc éventuellement être contactés.

D’une façon générale, les coûts de traitement de l’eau varient beaucoup avec le type de problème à résoudre (par exemple qualité microbiologique) et le débit d’eau souhaité : ces paramètres conditionnent la quantité de produit à utiliser et la taille des installations (tuyaux, cuves de mise en contact).

1. Contamination microbiologique : chloration

Lors de contamination microbiologique, l’eau de javel est une solution simple. Il convient de verser un berlingot (250 ml à 48°) dilué dans un seau d’eau pour un puits de 4 m3 préalablement vidé et nettoyé, puis de laisser agir pendant deux jours, et de vider à nouveau le puits avant de le réutiliser. Si la contamination provient de la nappe, il est nécessaire d’utiliser une pompe à chlore. La chloration est nettement moins efficace lorsque l’eau est contaminée par la matière organique. Les ookystes de Cryptosporidium sp. et de Giardia sp. sont assez résistants aux hypoclorites [a]. L’ozone inactive en revanche efficacement ces ookystes [a]. La stérilisation par les ultraviolets (effectuée pour le réseau d’eau potable) n’est pas adaptée à l’élevage (peu rémanente et risque de recontamination le long des canalisations) [c].

Le coût d’une installation de chloration dépend de l’installation de base car le chlore et l’eau doivent entrer en contact pendant un temps défini (qui dépend de la quantité de chlore et de la charge microbienne). Par exemple, un éleveur bovin qui dispose initialement d’un ballon d’eau de trois cents litres (suffisant pour son élevage pour une eau de puits) doit ajouter un ballon s’il veut installer une pompe à chlore car son ballon initial ne lui permet qu’un débit d’1 m3/heure, s’il veut assurer un temps de contact avec le chlore suffisant. Sans compter ce ballon supplémentaire et sans les frais d’installation, une pompe à chlore coûte 550 à 1 000 € (modèle fonctionnant en mode volumétrique), auxquels il convient d’ajouter environ 0,06 à 0,08 €/m3 de produits.

2. Déferrisation

La déferrisation est souvent pratiquée dans les régions où l’eau a une forte teneur en fer comme la Bretagne par exemple. Le fer est oxydé et les oxydes formés sont ensuite filtrés.

3. Modifications de pH

Des eaux très acides peuvent être neutralisées grâce à des filtres. À l’inverse l’eau peut être acidifiée, par carbonatation notamment.

4. Adoucissement

Dans les régions très calcaires, un adoucissement est nécessaire (les dépôts de calcaire favorisent les proliférations bactériennes). Des résines contenant des ions sodium attirent et fixent les ions calcium jusqu’à saturation. Ces ions calcium sont ensuite échangés et éliminés par une saumure concentrée en NaCl. Une chloration est obligatoire en aval [c]

L’eau distribuée en élevage bovin peut provoquer des intoxications, des baisses de production et véhiculer des agents pathogènes. Ses qualités organoleptique, chimique et microbiologique doivent donc être contrôlées régulièrement et corrigées si nécessaire.

Les nappes d’eau souterraines

Notion de bassin versant

La tendance naturelle de l’eau est de s’écouler toujours vers “la mer”. Toutefois, elle peut être ralentie et peut s’accumuler dans des formations géologiques : les systèmes aquifères, véritables réservoirs souterrains. Quatre-cent cinquante systèmes aquifères sont répertoriés en France, dont deux-cent sont exploitables. Vingt-cinq d’entre eux sont constitués par des nappes captives, cent-soixante-quinze par des nappes libres. Les nappes sont exploitées à raison de sept milliards de m3 par an, dont 50 % pour l’eau potable.

Les nappes alluviales, formées par les grandes surfaces de sables et de graviers des fleuves et rivières, sont des lieux d’échanges entre les cours d’eau et les nappes libres.

Les grandes nappes libres des formations sédimentaires sont dans des roches poreuses(sable, craie, calcaire) et peuvent contenir de 50 à 100 litres d’eau par m3. Elles sont dites “libres” car alimentées par l’eau de pluie sans contraintes : leur étendue peut varier librement.

Les nappes captives, constituées dans les mêmes types de roches, sont recouvertes par une couche imperméable. Elles sont accessibles par des forages, de type puits artésiens. Pas ou très peu alimentées, elles sont épuisables.

Les nappes de roches dures fissurées peuvent également constituer des réservoirs d’eau non négligeables pour les agriculteurs. Elles se rechargent en hiver en plusieurs jours, lors de pluies moyennes. Si l’hiver est sec, il n’y a, pour ainsi dire, pas de recharge annuelle, même si le printemps qui suit est humide, car l’eau de pluie de printemps est captée par les plantes. Ces nappes sont inertes, tant en quantité qu’en qualité, en raison de la lenteur des écoulements.

D’après : www.brgm.fr

Les nitrates : un impact controversé

Chez les monogastriques le risque lié à un excès de nitrate est surtout élevé chez les jeunes animaux, en raison du risque de méthémoglobinisation. Chez les ruminants, le phénomène est observé chez les adultes. Les nitrates sont en effet réduits en nitrite par la flore ruminale et les jeunes seraient donc beaucoup moins sensibles que les adultes [g].

Pour une surconsommation d’eau riche en nitrates, des effets à long terme sur la fertilité ou sur la résistance aux infections ont été évoqués ([5, 9, g]), mais l’impact réel des nitrates sur la santé des ruminants n’est pas clair et reste controversé. Les nitrates ingérés ne passent pas dans le lait : il ne s’agit donc pas d’un problème vétérinaire de santé publique.

Des valeurs limites de 100 mg/l, voire de 200 mg/l, sont proposées [3]. Les agences de l’eau considèrent quant à elles que des eaux avec des teneurs en nitrates inférieures à 450 mg/l sont à réserver aux « animaux matures, moins vulnérables mais demandant une surveillance accrue » [8]. Les canadiens proposent des critères stricts en affirmant que des teneurs supérieures à 220 mg/l peuvent entraîner des mortalités [1, g]. Les chiffres canadiens semblent toutefois élevés au regard des observations de terrain.

Comme les phosphates, les nitrates semblent surtout être des révélateurs de pollution (défaut d’étanchéité d’un puits, lessivage). Une forte teneur doit conduire à rechercher une cause de pollution qui aura éventuellement un impact plus grave (microbiologique en particulier). En outre, dans des eaux stagnantes, une forte teneur en éléments nutritifs comme les nitrates peut amener une prolifération d’algues toxiques.

À lire également

e - Cinq Mars D. L’eau. 2001. http://www.agrireseau.qc.ca/bovinsboucherie/Documents/bb328.pdf

f - The Merck veterinarymanual. 2003, www.merckvetmanual.com/mvm/index.jsp

g - Wright T. La qualité de l’eau dans les étables laitières. 2003. www.gov.on.ca/OMAFRA/french/livestock/dairy/facts/info_water.

Le cas des sulfates

Une teneur trop élevée en sulfates dans l’eau de boisson des bovins risque de provoquer des diarrhées. Elle donne en outre un mauvais goût à l’eau, d’où une baisse de consommation et des baisses de production. Pour la teneur en sulfates de l’eau distribuée aux jeunes veaux, des concentrations en dessous de 600 mg/l sont nécessaires. Les adultes peuvent tolérer jusqu’à 1 000 mg/l [e].

De fortes concentrations en sulfates peuvent également nuire à l’assimilation de certain soligo-éléments comme le cuivre, le zinc, le manganèse, le sélénium, le fer et la vitamine E.

Congrès

a - Alzieu JP, Chauvin A. Le rôle de l’eau dans l’infestation par Cryptosporidium sp.et Giardia sp. Actes des Journées Nationales GTV, Tours. 2004:703-708.

b - Kammerer M. Analyse de l’eau d’abreuvement : comment interpréter les résultats ? Actes des Journées Nationales GTV, Tours. 2004:715-721.

c - Lavigne JP. Le traitement de l’eau en élévage. Actes des Journées Nationales GTV, Tours. 2004:733-736.

d - Le Guennic A. Notre alimentation en eau potable. Actes des Journées Nationales GTV, Tours. 2004:723-732.

  • 1 - Beede DK. Mineral and water nutrition. Vet. Clin. N. Amer.-Food Anim. Pract. 1991;7:373.
  • 2 - Collectif. L’eau valeur d’avenir. CEVA Santé Animale & Réseau Cristal. Édition I, Libourne. 1998:116p.
  • 3 - Joncour G. La qualité de l’eau : pathologies induites. Dans: Collectif. L’eau valeur d’avenir, guide de l’utilisation de l’eau en élevage hors sol. CEVA santé animales et réseau cristal. Édition I, Libourne. 1998:5-39.
  • 4 - Kammerer M, Fuselier M. Intoxication chronique par l’eau d’abreuvement chez les bovins. Bull. techn. des GTV. 2003;19:225-229.
  • 5 - Kammerer M, Ganière JP. Qualité de l’eau d’abreuvement des ruminants. Point Vét. 1998;29 (numéro spécial « Toxicologie des ruminants »):1255-1262.
  • 6 - Keck G. Qualité de l’eau d’élevage et hygiène de la chaîne agro-alimentaire. Impact des polluants aquatiques sur les animaux domestiques et les productions animales. Rev. Med. Vet. 1995;146:815-820.
  • 7 - Le Dréan-Quenec’hdu S. Quelles normes pour l’eau distribuée aux animaux d’élevage ? Point Vét. 2004;247:7.
  • 8 - Les agences de l’eau et le Ministère de l’environnement et du développement durable. Le système d’évaluation de la qualité des eaux souterraines. Les études agences de l’eau N°8. 2002:63p.
  • 9 - Metivet P. Pollution chimique de l’eau d’abreuvement : risques pour la santé des animaux d’élevage. Étude bibliographique. Thèse vétérinaire. Nantes. 1996.
  • 10 - Vezie C. Cyanophycées toxinogènes. Détection par méthodes biologiques et chimuques. Apporches de la régulation. Thèse de biologie. Université de Rennes I. 1996:121p.

PHOTO 1. Au pâturage, les bovins peuvent aussi boire des eaux superficielles (mares, ruisseaux) particulièrement exposées aux pollutions microbiologiques (contaminations fécales) ou chimiques.

Différents paramètres de la qualité de l’eau

Il est d’usage de décomposer la qualité de l’eau en cinq catégories de paramètres.

PHOTO 2. Bloom de cyanobactéries dans une zone d’eau douce. Des cas d’intoxications bovines par ces algues ont été décrits dans certains pays d’Europe.

Normes et concentrations dangereuses des paramètres de l’eau de boisson pour les bovins

Des paramètres et des normes ont été édictés pour l’eau potable (décret de 2000), puis transposées pour l’eau de boisson des bovins. D’après [g].

Espèces de cyanobactéries pathogènes

Les hépatotoxines de cyanobactéries engendrent la mort par hémorragie intrahépatique et hypovolémie, en quelques heures à quelques jours. Les neurotoxines tuent par arrêt respiratoire en quelques heures (toxines alcaloïdes), parfois après une phase de tremblements musculaires ou de convulsions. D’après [10].

Signes cliniques en rapport avec une mauvaise qualité de l’eau

Un lien a pu être démontré entre une carence ou un excès (ou simplement la présence) de certains composants de l’eau et l’apparition de signes cliniques ou de baisses de performances.

Une analyse dite « D1 » coûte environ 100 €. Elle comprend une analyse de la couleur, de la turbidité, de l’odeur, de la saveur, des nitrates et des nitrites, de l’oxydabilité, des ammoniums de l’eau. D’après [d].