Le point Vétérinaire n° 248 du 01/08/2004
 

PREMIER TRAITEMENT CONTRE LE FELV ET LE FIV

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NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

4, square de Tourville,
44470 Carquefou

L’agence européenne du médicament étend les indications de l’interféron Virbagen® Omega aux chats infectés par le FeLV et/ou le FIV, en phase clinique.

L’Agence européenne du médicament (EMEA) a donné un avis favorable le 15 mars 2004, à l’extension d’indication de l’interféron omega – Virbagen® Omega – aux chats atteints de FeLV ou de FIV, et en phase symptomatique. Depuis son lancement en début d’année 2002, cette indication est régulièrement évoquée dans la bibliographie ou lors des congrès. En juillet 2001, l’indication initiale validée était « la diminution de la mortalité et des signes cliniques de la parvovirose (forme digestive) chez les chiens âgés de plus d’un mois ». Au Japon, où le même médicament est autorisé depuis 1997 sous la marque Intercat®, l’indication officielle correspond au traitement « des infections à calicivirus chez le chat ».

« Stade clinique non terminal »

Pour l’extension d’indication au traitement des rétroviroses félines à un stade clinique, l’EMEA a adopté un libellé particulièrement précis, fondé pour l’essentiel sur les critères d’inclusion et d’exclusion retenus par Virbac dans ses essais cliniques. L’interféron est ainsi indiqué pour le « pour le traitement des chats infectés par le FeLV et/ou le FIV, à un stade clinique non terminal, à partir de neuf semaines d’âge ». L’EMEA ajoute que « dans le cadre d’une étude clinique, ont été observés :

- une réduction des signes cliniques pendant la phase symptomatique (observée quatre mois après le début du traitement) ;

- une réduction de la mortalité :

• chez les chats anémiés, le taux de mortalité de l’ordre de 60 % remarqué à quatre, six, neuf et douze mois diminue d’environ 30 % suite au traitement avec l’interféron ;

• chez les chats non-anémiés, le taux de mortalité de 50 % chez les chats infectés par le FeLV baisse de 20 % suite au traitement avec l’interféron.

- chez les chats infectés par le FIV, une faible mortalité(5 %) non influencée par le traitement est observée. » Une réduction des symptômes cliniques est toutefois mise en évidence chez tous les chats infectés par l’un des deux virus ou co-infectés. Et la réduction de la mortalité est également significative chez les chats anémiés et FIV positifs.

Stades tumoraux exclus

D’emblée, l’étude clinique a exclu les chats présentant des tumeurs (lymphomes) et ceux en phase terminale, pour lesquels le pronostic était réservé à court terme. L’essai clinique a été réalisé sur des chats avec un test rapide Elisa positif au FeLV et/ou au FIV et qui présentaient des symptômes cliniques évocateurs de ces rétroviroses : fièvre, anémie, asthénie, stomatite, etc. Cent soixante-trois chats ont ainsi été inclus dans l’analyse statistique : 81 dans le groupe interféron et 83 ayant reçu le placebo. La moitié des chats se sont révélés infectés par le FeLV (dont deux tiers par le FeLV seul et un tiers co-infecté par le FIV). La seconde moitié est infectée par le FIV seul.

Des cures de cinq jours

Le protocole comprend des séries de cinq injections d’un million d’UI/kg/j pendant cinq jours consécutifs. Le coût de cette série d’injections revient alors à environ 150 € pour le propriétaire du chat. L’EMEA préconise de renouveler trois fois cette série d’injections, comme cela a été réalisé dans les études cliniques : à J0 (date de la première injection de la première série), J14 et J60, soit deux semaines et deux mois après le début du traitement. Ce protocole a été conçu d’après l’observation des courbes de mortalité des chats. Les trente-six cliniques vétérinaires européennes qui ont participé à l’essai clinique européen ont respecté ce protocole. Toutefois, dans la pratique courante, les délais entre les différentes séries d’injections peuvent être modulés selon la réponse du chat au traitement à J14.

Suivi clinique sur quatre mois

L’essai nécessaire à l’extension d’AMM est comparatif contre un placebo, randomisé et en double aveugle. Les traitements symptomatiques associés sont obligatoires dans les deux groupes, à l’exception des immuno modulateurs (corticoïdes) qui sont exclus.

Le suivi clinique comprend cinq examens cliniques qui aboutissent à un score clinique standardisé, associés à des analyses hématologiques (numération et hématocrite) réalisées à J0, J14, J30, J60 et J120. Un contact, au minimum téléphonique, permet ensuite de vérifier la survie du chat à neuf mois et à un an.

Facteur pronostique

Sur l’ensemble des chats FeLV et/ou FIV, le risque de mort dans le groupe interféron est 1,6 fois plus faible (différence significative au seuil de 1 %). Un quart (26%) des chats traités par l’interféron meurt dans les neuf mois, contre 38% dans le groupe placebo. Cependant, c’est surtout chez les chats infectés par le FeLV que le pronostic vital à moyen terme est amélioré (voir la FIGURE “Courbes de survie à un an”). Chez les chats anémiés, c’est en revanche le pronostic vital à court terme qui est le moins sombre.

La persistance ou non d’une anémie à J14 est un facteur pronostique correct pour décider ou non de la poursuite du traitement. Un chat encore anémié ou devenu anémié à J14 répond mal au traitement à l’interféron. Sa survie à neuf ou douze mois avec ou sans traitement est comprise entre 25 % (groupe placebo) et 30 % (groupe interféron). En revanche, chez les chats qui ne sont pas ou plus anémiés à J14, le bénéfice du traitement à l’interféron est majeur : 74% de survie à neuf mois contre 40 % sans traitement (voir le TABLEAU “L’anémie à J14 est un bon facteur pronostique”).

Meilleure qualité de vie

Cette augmentation de la survie est accompagnée d’une amélioration significative de la qualité de vie par rapport à un traitement symptomatique seul. La sévérité du score clinique est divisée de moitié par le traitement par l’interféron (voir la FIGURE “Évolution du score clinique sur quatre mois”). Chez les chats anémiés, ce traitement permet d’obtenir une numération globulaire normale pendant au moins quatre mois (voir la FIGURE “Évolution de l’anémie sur quatre mois”).

Tolérance

Cet essai multicentrique révèle curieusement une fréquence d’effets indésirables de 7 % identique dans chacun des groupes interféron et placebo. Aucune réaction locale n’est observée au point d’injection sous-cutanée, alors que cela a déjà été noté dans d’autres essais préliminaires. Les signes généraux notés sont plutôt bénins (fatigue et vomissements durant les cures) et régressent sans traitement spécifique. Les chats sont cependant réputés pour présenter davantage de réactions d’intolérance à cet interféron (aux alentours de10 %) que les chiens.

Ces courbes de survie mettent en évidence un allongement significatif de la survie des chats traités, plus net chez les chats infectés ou co-infectés par le FeLV.

L’évolution du score clinique révèle, l’efficacité des traitements symptomatiques seuls dans le groupe placebo (30 à 40 % d’amélioration du score). L’administration d’interféron permet de multiplier par un facteur 1,5 à 2 cette efficacité, avec un score clinique diminué de moitié par rapport à l’examen initial.

Chez les chats anémiés à J0, le traitement symptomatique seul (groupe placebo) permet d’obtenir des valeurs « subnormales » de la numération globulaire (GR ≤ 5.1012/litre) et de l’hématocrite (25 % en moyenne). Le traitement par l’interféron améliore significativement ce bilan et permet aux chats traités de retrouver une numération globulaire proche de 6.1012 GR/litre et un hématocrite de l’ordre de 30 % dans la fourchette des valeurs de référence habituelles.

L’anémie à J14 est un bon facteur pronostique

Une numération formule à J14, après la première série de cinq injections débutant à J0, permet de décider de la poursuite du traitement en sélectionnant les « bons », c’est-à-dire ceux qui répondent à l’interféron (chats non anémiés avec une numération > 5 x 106 GR/µl), de ceux qui n’y répondent pas ou moins bien (chats anémiés à J14).