Le point Vétérinaire n° 248 du 01/08/2004
 

PATHOLOGIE DE LA REPRODUCTION BOVINE

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Pierre Guérin

Biologie de la reproduction
ENV Lyon
1 av. Bourgelat, BP 83,
69280 Marcy-l’Étoile Cedex

L’injection unique d’une faible dose de collagénase par voie utérine, rapide et peu coûteuse, prévient la rétention annexielle après une césarienne.

La rétention annexielle est à l’origine d’endométrites, d’infertilité et de pertes en production de lait [4]. Lors d’intervention par césarienne, l’incidence de cette affection varie de 21 à 38 % [2]. Si la césarienne est réalisée après induction du part à l’aide de dexaméthasone, cette incidence est de 100 % (observations personnelles non publiées). Les traitements de la rétention annexielle donnent des résultats décevants.

Plusieurs mécanismes ont été évoqués pour expliquer la fréquence de la rétention annexielle chez la vache [3]. Un défaut de lyse du collagène qui relie les villosités choriales aux cryptes utérines a ainsi été évoqué [1] (voir la FIGURE “Le placenta chez la vache”).

Pour prévenir la rétention annexielle, une nouvelle approche consiste à injecter des doses élevées de collagénase (200 000 UI) dans les artères ombilicales. Ce traitement a été mis en œuvre lors de vêlage normal [1] et lors d’intervention par césarienne [2].

Une étude récente à l’école vétérinaire de Lyon [3] a testé une nouvelle voie d’administration de cette enzyme pour prévenir la rétention annexielle lors d’hystérotomie chez la vache : l’injection dans l’artère utérine. De faibles doses sont efficaces par cette voie (20 000 U), ce qui permet de diminuer le coût (15 €) et la durée du traitement (une seule injection).

Étude de cas témoins sur trente vaches

Une hystérotomie est réalisée chez trente vaches multipares (quinze vaches traitées et quinze vaches témoins), de différentes races, mais d’âges identiques dans les deux groupes (6,7 ± 0,5 ans et 6,8 ± 0,8 ans respectivement). Des tests sérologiques montrent que toutes les vaches sont négatives pour la brucellose, la chlamydiose et la fièvre Q.

La césarienne est réalisée au même stade de gestation chez les vaches traitées et chez les vaches témoins (respectivement à 276 ± 2 jours et 276 ± 3 jours). La parturition et la rétention annexielle sont induites à l’aide de dexaméthasone (30 mg), seize à vingt heures avant l’intervention chirurgicale. Une seule méthode chirurgicale est utilisée : vache debout et incision dans le creux du flanc gauche. Un seul chirurgien assisté de quatre aides, procède à toutes les interventions. La paroi utérine est suturée à l’aide de deux surjets, le premier perforant et le second enfouissant.

Vérifier la position de l’aiguille

L’artère utérine est identifiée grâce à sa localisation, environ 20 cm au-dessus de l’ovaire, et grâce à sa vibration caractéristique (« thrill »).

Seule la branche crâniale de l’artère est intéressante car elle perfuse la corne et le corps utérin (voir la FIGURE “Localisation de l’artère utérine”).Cette branche crâniale est cathétérisée à l’aide d’une aiguille de 25 G (0,6 mm) x 23 mm, reliée à une seringue par un cathéter en téflon de 40 cm de longueur. Cinquante millilitres de solution de collagénase (réactif biologique Sigma®, C-9891, 20 000 U) diluée dans un tampon phosphate (pH = 7,2) additionné de CaCl2 (0,5 mmol), sont injectés dans l’artère utérine de quinze vaches. Les vaches témoins ne reçoivent pas d’enzyme. La collagénase peut digérer la paroi artérielle et provoquer un anévrisme. La position de l’aiguille doit donc être vérifiée par aspiration de sang avant, pendant et après l’injection de la solution.

Après la césarienne, toutes les vaches reçoivent une injection intraveineuse unique de 50 UI d’ocytocine et une injection intramusculaire quotidienne de 15 mg/kg d’amoxicilline trihydrate (Clamoxyl LA®). Le traitement antibiotique est poursuivi jusqu’à l’expulsion des annexes. Les animaux font ensuite l’objet d’une surveillance visuelle toutes les deux heures pendant les douze premières heures, puis toutes les quatre heures pendant les six jours suivants. Les moyennes des temps de rétention annexielle chez les vaches traitées et chez les vaches témoins sont comparées à l’aide du test des rangs de Mann-Whitney.

Les vaches traitées délivrent “deux fois plus vite”

La durée de la rétention annexielle (moyenne ± écart type) est de 40 ± 6 heures chez les vaches traitées, contre 114 ± 6 heures chez les vaches témoins (P < 0,001) (voir la FIGURE “Durée de rétention placentaire chez les vaches traitées et chez les vaches témoins”). L’examen de l’artère après l’injection de collagénase ne montre aucun signe d’anévrisme. Les vaches traitées ne présentent aucun signe clinique anormal pendant les dix jours d’observation qui suivent. Le protocole est rapide à exécuter (deux minutes).

Bien enfouir les sutures

Cette nouvelle approche thérapeutique par injection de collagénase dans l’artère utérine permet d’atteindre directement la face utérine du placenta, donc de diminuer la quantité d’enzyme injectée. Le traitement est simple à mettre en œuvre, peu coûteux et bien toléré par les animaux.

Toute fuite de l’enzyme injectée doit toutefois être évitée. Il est donc essentiel que les sutures de la paroi utérine soient réalisées avec soin, avec, en particulier, une seconde suture enfouissante. En cas de fuite par les lèvres de la brèche utérine, le surjet enfouissant évite le déversement de l’enzyme dans la cavité péritonéale.

Les résultats de cette étude sont similaires à ceux de Eiler [2]. La technique décrite par celui-ci nécessite toutefois de grands volumes de solution enzymatique (un litre) et un temps de perfusion de vingt minutes incompatible avec la pratique de terrain. L’injection de la collagénase via les artères ombilicales pose en outre le problème de fuites de l’enzyme par les vaisseaux allantochoriaux qui ont été coupés lors de la césarienne.

L’administration de l’enzyme dans l’artère utérine semble plus efficace que l’injection dans les artères ombilicales. Les résultats suggèrent que le collagène présent du côté utérin du placenta joue un plus grand rôle que le collagène présent du côté fœtal dans la pathogénie de la rétention annexielle.

L’injection d’une faible dose de collagénase dans l’artère utérine est ainsi inoffensive et potentiellement efficace pour prévenir la non-délivrance chez la vache lors de césarienne.

En savoir plus

Battut I, Bruyas JF, Fieni F et coll. La mise bas : déterminisme, mécanisme et maîtrise pharmacologique. Point Vét. 1996;28(Reproduction des ruminants):911-916.

  • 1 - Eiler H, Hopkins FM. Successful treatment of retained placenta with umbilical cord injection of collagenase in cows. J. Amer. Vet. Med. Assn. 1993;203:436-443.
  • 2 - Eiler H, Wan PY, Valk N et coll. Prevention of retained placenta by injection of collagenase into umbilical arteries of calves delivered by cesarean section: a tolerance study. Theriogenology. 1997;48:1147-1152.
  • 3 - Guérin P, Thiébault JJ, Delignette-Muller ML et coll. Effect of injecting collagenase into uterine artery during caesarean section on placental separation of cows induced to calve with dexamethasone. Vet. Record. 2004;154:326-328.
  • 4 - Peters AR, Laven RA. Treatment of bovine retained placenta and its effects. Vet. Record. 1996;139:535-539.

Le placenta chez la vache

Un défaut de lyse du collagène qui relie les villosités choriales aux cryptes utérines est évoqué pour expliquer la rétention annexielle.

Localisation de l’artère utérine

L’artère utérine est située 20 cm au-dessus de l’ovaire et présente une vibration caractéristique (« thrill »). Seule la branche crâniale de l’artère est intéressante.

La différence est significative (P < 0,001), en faveur des vaches traitées par la collagénase.