Le point Vétérinaire n° 248 du 01/08/2004
 

PATHOLOGIE MAMMAIRE BOVINE

Se former

EN QUESTIONS-RÉPONSES

Cécile Ferrouillet*, Émile Bouchard**, Jérôme Carrier***


*Saint Paul, MN 55108 (États-Unis)
**Faculté de Médecine
Vétérinaire, Secteur ambulatoire, Université de
Montréal, C.P. 5000, Saint-
Hyacinthe (Québec, Canada)
***College of Veterinary
Medicine, University
of Minnesota, 225 Veterinary
Medical Center, 1365 Gortner
Avenue, Saint Paul, MN 55108
(États-Unis)

Plusieurs tests d’évaluation indirecte du lait peuvent être utilisés pour le diagnostic des mammites subcliniques chez la vache laitière. Leur utilité et leurs limites ne sont pas équivalentes.

Résumé

La détection des mammites subcliniques de la vache laitière peut être effectuée au moyen de différents tests d’évaluation indirecte du lait. L’utilisation des comptages cellulaires individuels (CCI) permet d’affiner le diagnostic épidémiologique des mammites à partir des données du contrôle laitier, d’évaluer le statut infectieux des vaches par rapport à un seuil défini, d’orienter le diagnostic vers un germe à réservoir environnemental ou contagieux et d’identifier les caractéristiques épidémiologiques des infections mammaires au niveau du troupeau en les combinant avec l’étude du taux cellulaire de tank. Un comptage cellulaire semi-quantitatif peut être réalisé à la ferme grâce au CMT. L’intérêt et l’interprétation de la mesure de la conductivité électrique du lait pour le diagnostic des mammites subcliniques sont encore discutés.

L’examen du lait est primordial pour détecter les mammites, affections courantes et coûteuses en élevage bovin laitier. Les mammites cliniques sont rapidement identifiées car les sécrétions du pis, l’aspect de la mamelle ou l’état général de l’animal sont modifiés. En revanche, les mammites subcliniques sont plus difficiles à détecter bien qu’elles soient plus nombreuses que les mammites cliniques et qu’elles soient aussi associées à des pertes de production élevées. L’inflammation de la glande mammaire est le plus souvent due à une infection par des micro-organismes (bactéries, champignons, algues) que seule l’analyse microbiologique en laboratoire permet de mettre en évidence. Cependant, cet examen de référence est coûteux. Comme l’inflammation mammaire entraîne un afflux marqué de leucocytes sanguins vers la mamelle et un changement de la composition du lait, les mammites peuvent être identifiées en utilisant des méthodes indirectes : le comptage cellulaire individuel (CCI), le CMT (California Mastitis Test) et la détermination de la conductivité électrique du lait.

Comment interpréter les comptages cellulaires individuels ?

Le comptage cellulaire est un dénombrement des leucocytes et des cellules épithéliales de la glande mammaire présents dans le lait (voir l’ENCADRÉ “Comptage cellulaire et santé de la mamelle”). Il peut être réalisé de façon quantitative avec un appareil électronique de type Fossomatic® ou de façon semi-quantitative avec le California Mastitis Test (CMT).

L’appareil Fossomatic® détecte l’ADN préalablement teint des cellules somatiques. Ce comptage est fait régulièrement par la laiterie sur le lait du tank (c’est le taux cellulaire de tank) et par le contrôle laitier sur un lait de mélange des quatre quartiers de chaque vache (c’est le comptage cellulaire individuel ou CCI).

1. Évaluation du statut infectieux des vaches

Le CCI peut être utilisé pour évaluer le statut infectieux d’une vache. Pour ce faire, il convient de déterminer un seuil pour séparer les vaches probablement saines des vaches probablement infectées. Le test de référence pour classer les vaches infectées ou non est l’analyse bactériologique du lait. Quel que soit le seuil choisi, un certain nombre de vaches saines dont le CCI est plus élevé que le seuil sont faussement classées comme infectées, et certaines vaches infectées dont le CCI est sous le seuil sont faussement considérées saines. Le choix du seuil influence les proportions de faux diagnostics obtenues. Chaque seuil a une sensibilité et une spécificité propre. La sensibilité est la probabilité qu’une vache infectée ait un CCI positif, c’est-à-dire au-dessus du seuil, et la spécificité est la probabilité qu’une vache saine ait un CCI négatif, c’est-à-dire en dessous du seuil. Plus le seuil est élevé, plus la sensibilité diminue et plus la spécificité augmente. Le choix du seuil dépend de l’objectif visé :

- soit la détection d’un maximum de vaches infectées (seuil bas, sensibilité élevée, faux négatifs rares) ;

- soit l’assurance que les vaches classées saines le soient réellement (seuil élevé, spécificité élevée, faux positifs rares) (voir la FIGURE “Effet du choix d’un seuil sur la classification des vaches en “infectées” ou “non infectées””).

Un seuil entre 200 000 et 300 000 cellules/ml est généralement accepté.

2. Orientation du diagnostic

Il est préférable d’effectuer plusieurs contrôles pour juger de l’état de santé de la mamelle d’une vache. Une augmentation du CCI par rapport au contrôle précédent est souvent le signe d’une nouvelle infection. La valeur d’un CCI ne donne aucune idée du germe pathogène en cause. En revanche, la durée de l’infection permet généralement d’orienter le diagnostic vers un germe à réservoir environnemental ou vers un germe contagieux. Les agents pathogènes à réservoir contagieux comprennent Staphylococcus aureus, Streptococcus agalactiae et les mycoplasmes. Les coliformes, les levures et les algues ont un réservoir environnemental. Streptococcus dysgalactiae et Streptococcus uberis ont une place intermédiaire entre les deux catégories [1]. En cas de mammite environnementale sur une mamelle saine (< 100 000 cellules/ml), les cellules augmentent brusquement et fortement puis reviennent habituellement à leur valeur initiale en un ou deux contrôles. Dans le cas de mammite contagieuse, le CCI fluctue habituellement au-dessus de 300 000 cellules/ml.

3. Critères de classification

Le critère de classification utilisé en France pour déterminer si une vache est infectée sub-clinique tient compte du CCI et de la durée de l’infection. Une vache est classée :

- saine si tous les CCI de sa lactation sont inférieurs à 300 000 cellules/ml [9] ;

- douteuse si un CCI est supérieur à 300 000 cellules/ml ;

- infectée durablement par un agent pathogène majeur si deux CCI sont supérieurs à 800 000 cellules/ml.

Les pathogènes majeurs sont Staphylococcus aureus, Streptococcus spp, Arcanobacterium pyogenes, les levures, les entérobactéries et Pseudomonas spp. Les staphylocoques coagulase-négative et Corynebacterium bovis sont considérés comme des pathogènes mineurs.

4. Analyse des mammites au niveau du troupeau

Après avoir classé les vaches selon leur statut infectieux, il est possible d’identifier les caractéristiques épidémiologiques des infections intramammaires au niveau du troupeau pour pouvoir les prévenir. Le taux cellulaire de tank et les CCI sont utilisés pour cela. Le taux cellulaire de tank évalue la santé des mamelles au niveau du troupeau. Son observation sur les douze à vingt-quatre derniers mois permet de noter les variations cycliques et les périodes critiques pendant lesquelles le comptage est supérieur à la norme européenne de 400 000 cellules/ml. Les CCI sont ensuite utilisés pour le calcul d’indices et permettent une analyse plus approfondie de la situation.

Pourcentage de vaches infectées subcliniquement

Le pourcentage de vaches infectées subcliniquement se définit par la formule suivante :

nombre de CCI > 300 000 cellules/ml x 100/nombre de vaches testées

Les normes varient légèrement selon les régions de France et devraient être unifiées au cours de l’année 2004. Les normes présentées dans cet article proviennent des régions Normandie et Midi-Pyrénées. L’objectif est d’avoir, par contrôle :

- moins de 15 % des vaches avec un CCI > 300 000 cellules/ml ;

- moins de 5 % des vaches avec un CCI > 800 000 cellules/ml ;

- moins de 5 % des primipares avec un CCI > 300 000 cellules/ml.

Nombre de cas de mammites cliniques

Bien que le paramètre “nombre de cas de mammites cliniques” déborde du strict cadre de l’interprétation des CCI, il permet d’identifier le type d’infection mammaire lorsqu’il est associé au pourcentage de vaches infectées. Le nombre de cas de mammites cliniques rapporté varie toutefois selon la définition du terme “mammite clinique”et selon les souvenirs de l’éleveur.

Les signes cliniques de la mammite vont d’une modification du lait à une vache en décubitus. L’objectif est d’avoir moins de 25 % des vaches atteintes de mammites cliniques par an et moins de 1,4 cas de mammites par vache et par an [1]. L’incidence des mammites cliniques se calcule aussi mensuellement, mais est plus difficile à interpréter dans les petits troupeaux. Comme les cas de mammite clinique sont rarement compilés par l’éleveur, le nombre de seringues pour traitement intramammaire vendues peut donner une approximation.

Les troupeaux avec une forte proportion de vaches infectées subcliniquement et un faible pourcentage de mammites cliniques ont probablement des infections de type contagieux. Si la proportion de vaches infectées subcliniquement est faible, mais le pourcentage de mammites cliniques élevé, les infections sont probablement de type environnemental. Un problème mixte d’infections environnementales et contagieuses correspond à une situation où les deux paramètres sont élevés.

Contribution cellulaire individuelle des vaches au tank

La contribution cellulaire individuelle d’une vache i au comptage cellulaire de tank se définit par la formule suivante :

(CCI x kg lait) vache i x 100/somme des (CCI x kg lait)

pour toutes les vaches

Cette valeur identifie les vaches qui excrètent le plus de cellules dans le tank en tenant compte de la quantité de lait produite. Elle se calcule facilement avec un tableur Excel ou un logiciel de suivi de troupeau. Une vache avec un CCI de 500 000 cellules/ml et une production de 30 kg de lait a plus d’impact sur les cellules du tank qu’une vache avec un CCI de 100 000 cellules/ml qui produit 5 kg de lait. Lorsque quelques vaches seulement produisent la majorité des cellules du tank, leur traitement ou leur réforme règle temporairement le problème. Ceci est particulièrement vrai dans les petits troupeaux. La réforme de ces vaches ne constitue toutefois pas un moyen de contrôle de la qualité du lait rentable à long terme.

Évaluation de l’efficacité du traitement antibiotique au tarissement

La comparaison des CCI avant le tarissement et après le vêlage permet d’évaluer l’efficacité d’un traitement intramammaire.

Le pourcentage de guérison après traitement au tarissement se définit par la formule suivante :

nombre de CCI > 300 000 cellules/ml au tarissement ET

< 300 000 cellules/ml au vêlage/nombre de CCI > 300 000 cellules/ml x 100

au tarissement

Pour cet indice, les CCI pris en compte sont la dernière valeur de CCI avant le tarissement et la première valeur de CCI après le vêlage. Le taux de guérison attendu est de 70 %. S’il est inférieur, soit le nombre de guérison est trop faible, soit certaines de ces vaches guérissent mais se réinfectent autour du vêlage. Le traitement au tarissement, le logement des vaches pendant tout le tarissement et la réforme des vaches sont alors à revoir.

Pourcentage de nouvelles infections

La comparaison des CCI d’un mois à l’autre permet d’identifier les nouvelles infections. Cet indice s’utilise aussi avec les valeurs du dernier contrôle avant le tarissement et du premier contrôle après le vêlage. Il se définit par la formule suivante :

nombre de CCI < 300 000 cellules/ml au dernier contrôle ET

> 300 000 cellules/ml au contrôle actuel/nombre de CCI < 300 000 cellules/ml x 100

au dernier contrôle

D’un mois à l’autre, le taux de nouvelles infections doit être inférieur à 10 % [1]. Le taux toléré de nouvelles infections au vêlage est inférieur à 20 %. Si ce taux est supérieur à 20 %, la stratégie du tarissement, ainsi que le logement des vaches au tarissement et en période péri-partum, sont à revoir.

Il est possible de placer sur un graphique les CCI de deux contrôles successifs pour évaluer visuellement le nombre de vaches saines, de guérisons, de nouvelles infections et d’infections chroniques (voir la FIGURE “Évaluation graphique de l’évolution des CCI entre deux contrôles”).

5. Analyse des facteurs de risque

Le contrôle des mammites dans un troupeau laitier nécessite la vérification de la présence des facteurs de risque connus. La réponse aux questions suivantes permet d’identifier certains facteurs. À cet effet, l’étude des CCI de chaque vache sur la dernière lactation permet de classer les vaches en “douteuses” ou “infectées” selon la règle de décision en vigueur en France.

Quelles sont les vaches douteuses et infectées ?

Les vaches douteuses et infectées sont classées selon leur rang de vêlage (1, 2, 3 et plus) et leur origine (achat). À partir de la troisième lactation, les vaches ont généralement un CCI plus élevé car la probabilité de contracter une infection augmente avec le temps passé à la ferme. Un fort pourcentage de vaches douteuses ou infectées en première lactation suggère un problème d’élevage des sujets de remplacement ou un manque d’hygiène autour du vêlage. Un fort pourcentage de vieilles vaches douteuses ou infectées suggère une situation chronique due à des agents infectieux ou une stratégie de réforme à réévaluer.

Quand les vaches sont-elles affectées ?

Pour un contrôle donné, la proportion de vaches avec un CCI supérieur à 300 000 cellules/ml est évaluée selon le stade de lactation (0 à 100 jours, 100 à 200 jours, plus de 200 jours) et la saison. Un fort taux d’affections en début de lactation suggère un problème au tarissement ou autour du vêlage. Si les vaches sont affectées massivement en fin de lactation, la transmission d’un agent pathogène contagieux de vache à vache est possible.

Où sont les vaches douteuses et infectées ?

La distribution des vaches douteuses et infectées selon leur localisation, en stabulation libre (parcs) ou à l’attache, peut mettre en évidence une hygiène défectueuse. À l’attache, si la distribution des vaches douteuses et infectées suit l’ordre de traite, l’hygiène de la traite est à revoir.

Comment et pourquoi les vaches s’infectent ?

Ces questions permettent d’établir un bilan de la situation. L’interprétation des CCI permet d’émettre des hypothèses qui sont ensuite validées par une visite à la ferme pour évaluer l’environnement des vaches et la méthode de traite. Des cultures bactériologiques du lait permettent aussi d’identifier avec précision les agents pathogènes en cause.

Comment interpréter le CMT ?

1. CMT et comptage cellulaire

Contrairement au CCI du contrôle laitier, le CMT permet un comptage semi-quantitatif des cellules du lait directement à la ferme. Ce test met en contact une quantité équivalente (2 ml) de lait et d’un détergent, le teepol. Le détergent réagit en quinze à trente secondes avec l’ADN cellulaire pour former un gel dont la densité est proportionnelle à la quantité de cellules (PHOTO 1 et voir le TABLEAU “Guide d’interprétation du ).

Ce test rapide permet une identification des vaches atteintes de mammites subcliniques. La probabilité de trouver un agent pathogène dans le lait augmente en effet avec l’intensité de la réaction au CMT.

Ce test est utile lors de l’achat d’une vache. Il identifie aussi le (ou les) quartier(s) atteint(s), à la différence du CCI qui évalue l’état de santé des quatre quartiers. Cela permet une meilleure sélection des quartiers lors de traitement ou d’échantillonnage. Dans ce cas, le lait prélevé pour un examen bactériologique n’est pas dilué avec du lait normal, ce qui augmente la probabilité d’avoir un résultat positif.

Le CMT permet aussi de vérifier la guérison d’un quartier quelques semaines après un traitement.

L’utilisation du CMT a été évaluée pour le traitement sélectif au tarissement [5, 6]. Il permet de dépister 75 à 80 % des quartiers infectés par un agent pathogène majeur. Cependant, 23 à 46 % des quartiers sans agent pathogène majeur ont une réaction au CMT et seront traités inutilement. Cette stratégie de sélection des vaches est adaptée aux troupeaux dans lesquels les agents pathogènes contagieux, ainsi que l’environnement des vaches au tarissement, sont parfaitement contrôlés. Dans le cas contraire, le traitement de tous les quartiers de toutes les vaches est toujours préférable.

Le CMT a été récemment utilisé au vêlage pour détecter les quartiers infecté [8]. Malgré l’augmentation physiologique des CCI lors de la première semaine de lactation, le CMT peut être utilisé pour identifier les quartiers dont un échantillon de lait doit être cultivé en bactériologie et déterminer ainsi le profil des agents pathogènes du troupeau. Au troisième jour post-partum, un CMT avec une réaction “trace” ou supérieure identifie les pathogènes majeurs avec une sensibilité et une spécificité de respectivement 66,7 % et 54,8 % [8]. Cette information permet d’évaluer le programme de santé de la glande mammaire et l’impact de changements récents de la conduite d’élevage, plus particulièrement pendant le tarissement.

2. CMT et mesure du pH du lait

Le pH du lait a une valeur comprise entre 6,5 et 6,7, alors que le pH sanguin de la vache a une valeur de 7,4. Lors d’inflammation aiguë, la perméabilité vasculaire des capillaires de la glande mammaire est augmentée et le pH du lait se rapproche du pH sanguin. La solution du CMT contient du pourpre de bromocrésol qui est utilisé comme indicateur de pH. Lorsque le lait provient d’une glande saine, le mélange est légèrement violacé. Si le lait provient d’une glande en phase d’infection active aiguë, le pH du lait est alors alcalin et le CMT est d’une couleur violette plus intense et plus translucide : l’aspect laiteux disparaît. Un CMT réalisé sur du colostrum donne une couleur jaune verdâtre qui indique un pH plus acide (pH = 6). Un lait avec un pH alcalin en l’absence de gel traduit un début de mammite aiguë. En présence de gel, il est un indicateur de phase inflammatoire.

La mesure de la conductivité électrique du lait a-t-elle un intérêt ?

La conductivité électrique du lait a été développée pour diagnostiquer les mammites cliniques et subcliniques le plus précocement possible. La conductivité électrique représente la capacité du lait à conduire un courant électrique. Elle est déterminée par la quantité d’ions contenue dans le lait, principalement le sodium, le potassium et le chlore. La conductivité du lait à 25 ºC est de 4 à 5,5 milliSiemens/cm. Lors d’une infection mammaire, la perméabilité vasculaire est augmentée et les jonctions serrées, ainsi que les pompes Na+/K+, des cellules sécrétrices du lait sont détruites. Les concentrations du lait en lactose et en K+ diminuent, alors que les concentrations de Na+ et Cl- augmentent.

La mesure de la conductivité peut se faire en salle de traite ou avec un appareil portatif.

La conductivité électrique varie selon le statut infectieux, mais aussi selon de nombreux autres paramètres : stade de lactation, race, taux butyreux (le gras est non conducteur), intervalle entre les traites, température du lait et état général de la vache, comme l’œstrus [2, 4]. Deux seuils, absolu ou différentiel, ont été utilisés pour identifier la présence de mammite. Avec un seuil absolu, il est considéré qu’il existe une mammite si le lait d’un quartier ou du mélange des quatre quartiers est supérieur au seuil. Avec un seuil différentiel, il y a une mammite lorsque la conductivité d’un quartier diffère nettement de celle des autres. Les sources de variations de la conductivité autres que la mammite étant les mêmes pour les quatre quartiers, une différence de conductivité entre quartiers est fortement associée à une mammite.

La littérature est abondante, mais diverge sur l’utilité de la conductivité électrique pour détecter les mammites [2, 4]. La sensibilité et la spécificité de la conductivité électrique varient respectivement de 34 à 95 % et de 71 à 100 % pour la détection des mammites cliniques selon les études, et de 11 à 100 % et 0 à 99 % pour la détection des mammites subcliniques [2]. La conductivité électrique calculée avec un seuil différentiel a une meilleure sensibilité qu’avec un seuil absolu seul [4].

La mesure de la conductivité électrique de chaque quartier peut être utilisée dans une salle de traite si les données de plusieurs jours peuvent être collectées et analysées par ordinateur pour déterminer l’apparition d’une mammite clinique [3]. Les mammites subcliniques modérées sont plus difficiles à détecter par la conductivité électrique car les changements de concentration ionique sont faibles. De nombreux paramètres influencent la conductivité d’un quartier sain et interfèrent alors avec une détection précise des mammites subcliniques. Le CMT et le CCI sont actuellement des outils plus fiables de détection des mammites subcliniques.

La variété des publications ne permet donc pas de conclure facilement sur l’utilité de la mesure de la conductivité. La différence entre les études est expliquée par la variété des fractions du lait étudiées et par la variété des techniques de mesures de la conductivité (type d’électrodes).

Il existe de nombreux outils pour aider à identifier et résoudre un problème de mammite dans un troupeau. Il convient cependant de maîtriser les limites de chaque test et d’avoir une démarche systématique. La première phase est l’analyse des données de l’éleveur : comptage cellulaire du tank, CCI du contrôle laitier, liste des cas des mammites cliniques avec leur traitement. Cette étape se fait manuellement, ou plus rapidement avec un logiciel de suivi de troupeau. Des hypothèses sur les sources d’infections et les facteurs de risque sont émises et doivent être vérifiées à la ferme. Les animaux, l’environnement, la technique de traite et le traitement des mammites sont à évaluer avec l’éleveur. Des cultures bactériologiques de lait de vaches infectées cliniquement et subcliniquement affinent le diagnostic.

Comptage cellulaire et santé de la mamelle

Dans une glande mammaire saine, les leucocytes comprennent [7] :

- des lymphocytes (72 %) ;

- des neutrophiles (15 %) ;

- des macrophages (13 %) ;

- des cellules épithéliales en faible quantité.

Lors de mammite, les neutrophiles deviennent les leucocytes majoritaires (55 %) et le comptage cellulaire augmente fortement [7].

Le comptage cellulaire est un reflet de la santé de la glande mammaire (100 000 cellules/ml pour une mamelle saine dans 80 % des cas [9]).

Chez la vache, le comptage cellulaire est principalement influencé par le statut infectieux de la glande mammaire. En outre, l’infection intramammaire diminue la qualité des protéines du lait et la quantité de lait produite.

Le comptage cellulaire augmente légèrement avec le stade de lactation et le nombre de lactations car la probabilité de contracter une infection augmente avec le temps passé à la ferme.

Cependant, le nombre de lactation et le stade de lactation en eux-mêmes, le stress, la saison et l’heure de la collecte ont peu d’effets sur les comptages cellulaires de vaches saines.

Points forts

L’interprétation des comptages cellulaires individuels du lait est facile à réaliser à partir des données du contrôle laitier et fournit de précieux renseignements sur l’épidémiologie des infections mammaires.

Le CCI peut être utilisé pour évaluer le statut infectieux d’une vache. Plus le seuil retenu pour classer une vache dans la catégorie infectée ou non-infectée est élevé, plus la sensibilité du tri diminue et plus sa spécificité augmente.

Après avoir classé les vaches selon leur statut infectieux, il est possible d’identifier les caractéristiques épidémiologiques des infections mammaires au niveau du troupeau en utilisant le taux cellulaire de tank et les CCI.

Le CMT est un test rapide qui permet d’identifier les vaches atteintes de mammites subcliniques. Il permet en outre l’identification du ou des quartiers atteints.

À lire également

- Radigue PE. Prélèvements et analyses au chevet du bovin malade. Point Vét. 2003;34 (n° spécial « Examens paracliniques chez les bovins »):4-9.

ATTENTION

La conductivité électrique du lait varie selon le statut infectieux, mais peut être influencée par de très nombreux autres paramètres. Son utilité et son interprétation pour la détection des mammites subcliniques ne font pas actuellement l’objet d’un consensus suffisant.

  • 1 - Brand A, Noordhuizen JPTM, Schukken YH. Monitoring udder health. In: Herd health and production management in dairy practice, 3rd ed, Wageningen, Wageningen Pers. 2001:351-426.
  • 2 - Hamann J, Zecconi A. Evaluation of the electrical conductivity of milk as a mastitis indicator. Bulletin of the International Dairy Federation 1998:334.
  • 3 - Maatje K, Huijsmans PJM, Rossing W, Hogewert PH. The efficacy of in-line measurement of quarter milk electrical conductivity, milk yield and milk temperature for the detection of clinical and subclinical mastitis. Livest. Prod. Sci. 1992;30:239-249.
  • 4 - Nielen M, Deluyker H, Schukken YH, Brand A. Electrical conductivity of milk: measurement, modifiers, and meta analysis of mastitis detection performance. J. Dairy Sci. 1992;75:606-614.
  • 5 - Poutrel B, Rainard P. California Mastitis Test guide of selective dry cow therapy. J. Dairy Sci. 1980;64:241-248.
  • 6 - Rindsig RB, Rodewald RG, Smith AR, Thomsen NK, Spahr SL. Mastitis history, California Mastitis Test, and somatic cell counts for identifying cows for treatment in a selective dry cow therapy program. J. Dairy Sci. 1979;62:1335-1339.
  • 7 - Rivas AL, Quimby FW, Blue J, Coksaygan O. Longitudinal evaluation of bovine mammary gland health status by somatic cell counting, flow cytometry, and cytology. J. Vet. Diagn. Invest. 2001;13:399-407.
  • 8 - Sargeant JM, Leslie KE, Shirley JE, Pulkrabek BJ, Lim GH. Sensitivity and specificity of somatic cell count and California Mastitis Test for identifying intramammary infection in early lactation. J. Dairy Sci. 2001;84:2018-2024.
  • 9 - Serieys F. Interprétation des concentrations cellulaires du lait individuel de vache pour le diagnostic de l’état d’infection mammaire. Ann. Rech. Vét. 1985;16:263-269.

PHOTO 1. Plateau Leucocytest® utilisé pour le CMT.

Le choix du seuil influence les proportions de faux négatifs obtenus. Un seuil entre 200 000 et 300 000 cellules/ml est généralement accepté.

Le logiciel utilisé est le logiciel DSA laitier (compagnie DS@HR, Saint-Hyacinthe, Québec, Canada).

Guide d’interprétation du California Mastitis Test (CMT)