Le point Vétérinaire n° 248 du 01/08/2004
 

SYNDROME HS-HA CHEZ UN CHAT

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Valérie Dramard

cabinet vétérinaire de comportement, 39, rue du Lac, 69003 Lyon

La fluoxétine(1) permet de modifier le comportement d’un chat dès les premiers jours d’administration.

Un chat mâle castré de race européenne, âgé d’un an, est présenté à la consultation parce qu’il effectue du marquage urinaire presque tous les jours depuis trois mois. Le propriétaire rapporte, en outre, que son chat est “boulimique depuis toujours”, qu’il dort peu qu’il est hyperactif et qu’il a tendance à manifester de l’agressivité quand il est caressé (syndrome du “chat caressé-mordeur”).

Cet animal souffre d’un syndrome hypersensibilité-hyperactivité (Hs-Ha), associé à l’évolution d’une anxiété intermittente avec marquage urinaire.

Feliway® Un traitement de première intention lors de marquage urinaire

Lors de marquage urinaire, il est judicieux en première intention d’utiliser des phéromones faciales (Feliway®). La vaporisation directe, sur l’endroit des spots urinaires après nettoyage, et sur quatre à dix angles saillants de chaque pièce tous les jours (ou la mise en place d’un diffuseur électrique) permet de diminuer la fréquence du marquage urinaire. Toutefois, si le marquage est associé à un syndrome Hs-Ha, le traitement phéromonal seul n’est souvent pas assez efficace et il convient de prescrire un psychotrope pour induire une amélioration clinique significative. Cette phéromonothérapie est intéressante en première intention lors d’anxiété chez le chat, quelle que soit son origine, car les effets cliniques peuvent être constatés dès la première semaine.

Prozac® Des effets cliniques dès les premières prises

Prozac® contient de la fluoxétine(1), un antidépresseur à usage humain inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS). Outre ses propriétés anti-dépressives, la fluoxétine(1) possède des propriétés anxiolytiques et anti-impulsives, comme les quatre autres molécules qui appartiennent à cette famille d’antidépresseurs (la fluvoxamine(1), la sertraline(1), la paroxétine(1) et le citalopram(1)). Chez le chat comme chez le chien, elle est particulièrement indiquée lors de troubles à manifestations productives prédominantes, comme le syndrome Hs-Ha. La posologie chez le chat varie de 0,5 mg/kg/j à 2 mg/kg/j en une prise ; l’administration doit être poursuivie pendant au moins six mois.

Les effets sur le comportement sont rapidement observés, en général dès les premières prises du médicament. Ils sont au début essentiellement liés aux effets secondaires de la fluoxétine(1), qui disparaissent en quinze jours environ : une légère sédation, une diminution de la prise alimentaire, une apathie et parfois des tremblements sont ainsi observés. Comme ces effets secondaires sont liés à la dose administrée, il est possible d’en diminuer l’intensité en commençant le traitement avec une dose faible, augmentée progressivement sur quinze jours. Ces effets secondaires sont particulièrement intéressants lors d’une intervention thérapeutique d’urgence (chat agressif, demande d’euthanasie), car le chat “est calmé” rapidement, lors de boulimies, en raison de l’effet anorexigène et lors d’hyposomnie grâce à l’effet légèrement sédatif.

La décision d’arrêter le traitement est prise quand l’amélioration clinique est suffisante et stable depuis au moins deux mois. Comme pour la majorité des traitements psychotropes, le sevrage peut être effectué en administrant la fluoxétine(1) tous les deux jours pendant deux à trois semaines, puis tous les trois jours pendant la même durée.

Clomicalm® Une action anticholinergique intéressante lors de malpropreté urinaire

La clomipramine (Clomicalm®) est un antidépresseur imipraminique inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline. Ses propriétés anxiolytiques et antidépressives sont bien connues chez le chien et chez le chat. Chez le chat, la dose est de 0,25 à 1 mg/kg/j en une prise quotidienne (hors RCP). La durée du traitement est d’au minimum trois mois et un sevrage

progressif est conseillé. Les propriétés anticholinergiques de la clomipramine peuvent être mises à profit lors de malpropreté urinaire chez le chat car elles permettent d’améliorer la continence. Les troubles de la malpropreté chez le chat sont en outre souvent liés à de l’anxiété. Son indication est en revanche plus discutable lors de boulimie. Certes ses effets sérotoninergiques peuvent induire de l’anorexie, mais ses effets antihistaminiques favorisent au contraire la prise de nourriture.

  • (1) Molécule à usage humain