Le point Vétérinaire n° 247 du 01/07/2004
 

AFFECTIONS DIGESTIVES CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT

Se former

COURS

Catherine Folliot*, Martine Kolf-Clauw**


*La Basse Croix,
53200 Loigné-sur-Mayenne
**Pharmacie-Toxicologie,
ENVT, 23, ch des Capelles,
31076 Toulouse Cedex 3

Des médicaments humains comme le lopéramide, la sulfasalazine et l’azathioprine peuvent aider à traiter les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin du chien et du chat.

Résumé

Lors de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), un traitement médical est indiqué en complément du régime alimentaire de contrôle. Il est fondé sur l’usage de régulateurs du transit, d’immunosuppresseurs, d’anti-inflammatoires et d’anti-infectieux. Dans la limite des règles de la prescription hors AMM « en cascade », des médicaments humains peuvent compléter l’arsenal thérapeutique vétérinaire :

- parmi les opioïdes, le lopéramide(1) a l’avantage de ne pas traverser la barrière hémato-méningée ;

- le métronidazole a une double action anti-anaérobie et immunosuppressive bénéfique à long terme sur les MICI ;

- la sulfasalazine(1) est la molécule de choix dans le traitement pharmacologique à long terme des colites chroniques ;

- l’azathioprine(1) permet, lors de MICI sévères ou réfractaires, de réduire, voire de supprimer la prednisolone.

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) désignent un groupe d’affections gastro-intestinales idiopathiques caractérisées par une infiltration diffuse de la lamina propria par des cellules inflammatoires (lymphocytes, plasmocytes, granulocytes éosinophiles et neutrophiles), associée à une lésion de la muqueuse (fusion ou atrophie des villosités, œdème, fibrose, dilatation des vaisseaux lymphatiques). Chez le chien et chez le chat, elles sont la première cause de diarrhée chronique ou de syndrome de mal assimilation.

La maladie serait due à une réponse immunitaire anormale vis-à-vis d’antigènes bactériens essentiellement, mais aussi vis-à-vis d’antigènes alimentaires, parasitaires ou d’auto-antigènes (voir la FIGURE “Une cause possible des maladies inflammatoires de l’intestin : un défaut dans la barrière perméable de la muqueuse”).

L’accumulation de cellules inflammatoires forme une barrière de diffusion et libère des médiateurs qui détruisent les enzymes de la bordure en brosse, et provoquent une atrophie des villosités et des modifications de la motricité intestinale. Ces changements entraînent une malabsorption des nutriments et une diarrhée osmotique. Les graisses et les acides biliaires mal absorbés sont à l’origine d’une diarrhée sécrétoire. La prolifération bactérienne qui résulte de l’hypomotricité intestinale, de la malabsorption ou de l’obstruction partielle contribue à la diarrhée [3, 5].

Lors de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin modérées à sévères, un traitement médical est indiqué en complément du régime alimentaire de contrôle. Il est fondé sur l’usage de régulateurs du transit, d’immunosuppresseurs, d’anti-inflammatoires et d’anti-infectieux. Dans la limite des règles de la prescription hors autorisation de mise sur le marché (AMM) “en cascade” (voir l’ENCADRÉ “La cascade de la prescription hors AMM”), des médicaments humains complètent utilement l’arsenal thérapeutique vétérinaire (voir le TABLEAU “Médicaments humains utilisables dans le traitement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin chez le chien et chez le chat”).

Les opioïdes plutôt que les anticholinergiques

La durée du transit intestinal est déterminé par le ratio entre les contractions péristaltiques, qui permettent la propulsion du contenu digestif vers le rectum, et les contractions segmentaires, qui rétrécissent la lumière intestinale et augmentent la résistance au flux digestif. En théorie, donc, les modificateurs de la motricité pourraient réduire une diarrhée en diminuant les contractions péristaltiques et en augmentant les contractions segmentaires.

L’utilisation d’anticholinergiques qui réduisent à la fois les contractions péristaltiques et segmentaires est peu efficace, voire contre-indiquée lors de diarrhée. En effet, ces agents réduisent, mais n’abolissent pas l’activité péristaltique, alors qu’ils inhibent les contractions segmentaires. Or, tant qu’une activité péristaltique est présente, aussi faible soit elle, les liquides intestinaux sont propulsés à travers un tube flasque, et la diarrhée persiste. Toutefois, dans certaines situations comme l’hypokaliémie, les agents anticholinergiques peuvent entraîner une absence totale de motricité dans l’intestin. Il en résulte une obstruction intestinale fonctionnelle (iléus adynamique) et une diarrhée résultant de la prolifération bactérienne due à la paralysie intestinale. De même, ces agents pourraient exacerber une stase gastrique ou une douleur abdominale, si celle-ci est due, non pas à des spasmes, mais à une rétention gazeuse. Le seul intérêt des anticholinergiques en thérapie antidiarrhéique résiderait dans leur capacité à réduire les sécrétions gastro-intestinales et dans leur efficacité lors de diarrhées dites “psychogènes”.

À l’inverse, de nombreuses publications ont démontré que les opioïdes ralentissent efficacement le transit intestinal et réduisent les diarrhées, en augmentant l’amplitude des contractions segmentaires et en diminuant les contractions péristaltiques. Certains opioïdes, principalement le lopéramide(1) et, dans une moindre mesure, le diphénoxylate(1), augmentent également l’absorption d’eau et de fluides dans les petit et gros intestins et inhibent l’activité de certains sécrétagogues comme l’entérotoxine de E. coli, le VIP (vasoactive intestinal peptide), les acides biliaires et les prostaglandines E2.

Contrairement aux autres opioïdes, le lopéramide(1) ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique, sauf chez les races idiosyncrasiques comme le colley, pour lesquelles il convient de l’utiliser avec prudence. Ce principe actif est considéré comme efficace et sûr dans le traitement des diarrhées des petit et gros intestins chez le chien (voir le TABLEAU “Intérêt du lopéramide). Toutefois, il ne doit pas être prescrit en cas de suspicion d’infection intestinale par une bactérie invasive ou lorsque aucune amélioration n’est observée après quarante-huit heures de traitement [1, 2, 4, 6].

Le métronidazole éventuellement associé à la spiramycine

L’intérêt de l’administration d’antibiotiques lors de MICI est limité. Ils sont même contre-indiqués, excepté lors de proliférations bactériennes ou lorsqu’une destruction massive de la muqueuse risque d’entraîner une infection systémique à partir de la microflore intestinale. Le métronidazole(2) constitue toutefois une exception et son effet bénéfique à long terme a été démontré. Celui-ci est dû à la double action antimicrobienne et immunosuppressive du médicament.

Outre son activité antiprotozoaire (contre Giardia, Trichomonas, Entamoeba histolytica), le métronidazole(2) a une puissante action bactéricide sur la plupart des bactéries anaérobies comme Clostridium spp. et Bacteroides fragilis, qui produisent des β-lactamases souvent impliquées dans la résistance aux pénicillines.

L’action immunosuppressive du métronidazole(2) résulte de l’inhibition de l’immunité à médiation cellulaire, d’une atteinte du chimiotactisme des leucocytes et, probablement, de divers autres effets.

Bien que le métronidazole(2) soit efficace seul dans le traitement de nombreuses MICI modérées, il est le plus souvent associé à d’autres traitements (immunosuppresseurs gastro-intestinaux), pour permettre le contrôle des cas réfractaires et la réduction des doses de prednisolone. De même, une association métronidazole(2)-spiramycine est souvent bénéfique dans le traitement des proliférations bactériennes, en raison de l’action synergique des deux molécules sur les anaérobies pathogènes et du spectre complémentaire de la spiramycine, active sur la flore aérobie.

Les effets indésirables sont rares. Cependant, des signes neurologiques de convulsions et de dysfonctionnements vestibulaires et cérébelleux sévères ont été observés chez des chiens et des chats qui ont reçu des doses élevées (supérieures à 70 mg/kg/j) de métronidazole(2) pendant de longues périodes. Il convient de noter que les doses recommandées ont été diminuées depuis une dizaine d’années. En effet, le métronidazole(2) était auparavant administré à des doses qui pouvaient atteindre 60 à 100 mg/kg/j (alors que la dose recommandée est 30 mg/kg/j chez l’homme), proches du seuil toxique (environ 70 mg/kg/j, avec des variations individuelles). Des études sur l’efficacité du métronidazole(2) ont permis de recommander des posologies plus éloignées du seuil toxique. Il a en outre été démontré que le métronidazole(2) pouvait être cancérigène et mutagène chez des animaux de laboratoire. Les traitements prolongés à fortes doses ou pendant la gestation doivent donc être évités [2, 3, 4, 5].

Immunosuppresseurs et anti-inflammatoires

1. La corticothérapie empirique

Lors de MICI modérées à sévères, un traitement médical est indiqué en complément du régime alimentaire de contrôle. Bien qu’une rémission clinique soit parfois obtenue sans traitement médical, l’expérience prouve que celle-ci est plus rapide, complète et prolongée si des molécules anti-inflammatoires ou immunosuppressives sont administrées. Plus l’inflammation intestinale est contrôlée précocement, plus la barrière de perméabilité intestinale est restaurée rapidement, ce qui évite les expositions de l’organisme aux antigènes luminaux, et plus particulièrement aux antigènes du régime alimentaire de contrôle.

Une grande variété de médicaments a été utilisée sur des bases empiriques lors de MICI chez le chien et chez le chat. Ainsi, les corticoïdes, et particulièrement la prednisolone, constituent, le traitement immunosuppresseur de choix des MICI. Toutefois, leur administration prolongée peut être néfaste pour l’animal, en raison de leurs nombreux effets indésirables, et inefficace à long terme. De nouvelles molécules immunosuppressives trouvent ici leur intérêt, comme la sulfasalazine(1), le métronidazole(2) ou l’azathioprine(1). Ces dernières présentent en effet une efficacité prolongée et moins d’effets indésirables à long terme que les corticoïdes. Elles permettent en outre une administration concomitante de prednisolone à des doses moins élevées.

2. La sulfasalazine lors de colite chronique

La sulfasalazine(1) demeure la molécule de choix dans le traitement pharmacologique à long terme des colites chroniques (PHOTO 1) chez le chien et, probablement, chez le chat (voir le TABLEAU “Intérêt de la sulfasalazine). Toutefois, la molécule n’est pas une panacée, et elle est inefficace chez un nombre significatif d’animaux. Elle peut également être efficace initialement, puis devenir inefficace à long terme.

La sufasalazine(1) est une combinaison d’acide 5-aminosalicylique et de sulfapyridine, joints par un pont azoté. Après l’administration orale, la majorité de la sulfasalazine(1) passe inabsorbée dans le côlon, où des bactéries détruisent le pont azoté et libèrent les deux parties qui composent la molécule : le 5-aminosalicylate, la partie immunosuppressive active, reste dans le côlon, alors que la sulfapyridine est largement absorbée. Comme la sulfasalazine(1) nécessite le métabolisme bactérien pour son activation, la molécule n’est efficace que sur les inflammations du gros intestin. Une des raisons de l’échec du traitement à base de sulfasalazine(1) peut ainsi venir d’une confusion entre les tableaux cliniques des diarrhées du petit et du gros intestins.

La majorité de l’activité de la sulfasalazine(1) provient du 5-aminosalicylate, qui a une action anti-inflammatoire. Il inhibe à la fois l’activité de la cycloxygénase et de la lipoxygénase et déprime ainsi la synthèse des prostaglandines et des leucotriènes. Le 5-aminosalicylate semble en outre :

- avoir une action antiradicaux libres ;

- interférer avec la fonction et le chimiotactisme des phagocytes, des neutrophiles et des macrophages ;

- inhiber la cytotoxicité à médiation cellulaire, quelques aspects de la fonction plaquettaire, la libération histaminique des mastocytes de la muqueuse, l’activité des cellules NK (“natural killer”) et la production de cytokines (IL1, “tumor necrosis factor”) et d’immunoglobulines.

La sulfapyridine ne semble apporter aucun bénéfice lors du traitement des MICI et agirait uniquement comme une molécule de transport du 5-aminosalicylate jusqu’au gros intestin. Elle a peu d’effets sur la flore du côlon, mais elle serait responsable des effets indésirables associés à la sulfasalazine(1).

Les effets indésirables les plus fréquents de la sulfasalazine(1) chez le chien sont l’anorexie et les vomissements. Des dépressions, des vomissements et des anémies ont été observés chez le chat. Généralement, les vomissements sont diminués par l’administration simultanée de nourriture ou par celle de comprimés gastrorésistants. Une kératoconjonctivite sèche (KCS) peut également survenir lorsque la sulfasalazine(1) est administrée pendant six à huit mois (il s’agit d’une moyenne, la KCS pouvant apparaître après un mois à deux ans de traitement selon les différentes études réalisées). Cette KCS est totalement ou partiellement réversible à l’arrêt du traitement ou à la diminution des doses de sufasalazine(1), si la sécheresse lacrymale est détectée suffisamment tôt (seulement 30 % des cas). Cet effet indésirable a été attribué à la moitié sulfapyridine de la sulfasalazine(1), qui semble endommager directement les glandes lacrymales et nictitantes et réduire ainsi la phase aqueuse des larmes. Chez les chiens qui reçoivent des traitements prolongés à base de sulfasalazine(1), le développement éventuel d’une KCS doit fréquemment être recherché (tous les un à deux mois), à l’aide d’un test de Schirmer. L’importance relative des effets indésirables de la sulfasalazine(1) a conduit au développement de nouvelles molécules qui contiennent le 5-aminosalicylate, mais pas la sulfapyridine : la mésalamine(1) (une molécule de 5-aminosalicylate) et l’olsalazine(1) (deux molécules de 5-aminosalicylate).

Selon le schéma thérapeutique le plus classique, la sulfasalazine(1) est administrée à raison de 12,5 mg/kg toutes les six heures pendant deux semaines, puis 12,5 mg/kg toutes les douze heures pendant quatre semaines supplémentaires. Des doses de 50 mg/kg toutes les huit heures peuvent toutefois être nécessaires chez le chien, mais il convient de ne pas dépasser 10 mg/kg toutes les vingt-quatre heures chez le chat. La plupart des colites chroniques répondent à la sulfasalazine(1), seule ou associée à un régime alimentaire, en une à quatre semaines après la mise en place du traitement. Le diagnostic doit être remis en cause si les signes cliniques ne s’améliorent pas après quatre semaines de traitement, ou s’ils réapparaissent à l’arrêt de celui-ci.

L’une des raisons les plus fréquentes de l’échec thérapeutique de la sulfasalazine(1) est l’arrêt trop précoce du traitement, à la résolution des symptômes. Cette erreur peut alors entraîner une diarrhée réfractaire au traitement, qui était pourtant bénéfique auparavant. C’est pourquoi certains auteurs préconisent, chez le chien, de réduire la dose de sulfasalazine(1) à 12,5 mg/kg toutes les douze heures seulement après quatre semaines de selles normales. Chez certains chiens, le traitement à la sulfasalazine(1) agit rapidement, alors que, chez d’autres, un traitement à long terme est nécessaire.

Un régime hypoallergénique ou hautement digestible prescrit conjointement à la sulfasalazine(1) augmente les chances de réussite du traitement et permet de diminuer les doses de médicament [2, 3, 4, 5].

3. L’azathioprine(1) pour réduire la prednisolone

L’azathioprine(1) est une purine synthétique qui entre en compétition avec les purines naturelles et interfère avec la formation d’ADN et d’ARN, pour former des chaînes d’acides nucléiques non fonctionnelles. Elle inhibe ainsi la prolifération des cellules qui se divisent rapidement. Dans les lymphocytes, l’azathioprine(1) bloque le gène responsable de l’activation des clones, inhibant ainsi la prolifération induite par la présence d’un antigène. Cette molécule inhibe également la formation des coenzymes de la mitose et diminue le nombre de monocytes circulants.

L’azathioprine(1) s’est révélée d’une grande efficacité dans le maintien des rémissions de MICI chez l’homme et comme une thérapie additionnelle lors de MICI sévères ou réfractaires chez le chien et chez le chat. Elle peut notamment être administrée lorsque la dose de prednisolone nécessaire au maintien de la rémission est trop élevée. En effet, l’addition d’azathioprine(1) au schéma thérapeutique classiquement utilisé permet de réduire la prednisolone à une dose acceptable, voire de l’interrompre. Les effets bénéfiques de l’azathioprine(1) commencent à apparaître après une période de trois à quatre semaines et le traitement doit être poursuivi pendant trois à neuf semaines.

L’effet indésirable le plus néfaste de cette molécule est une action suppressive sur la moelle épinière. Il est le plus souvent modéré, et une dépression sévère de la moelle épinière est rare. Le plus souvent observée précocement au cours du traitement, elle est plus fréquente chez les chats que chez les chiens et habituellement réversible à l’arrêt du traitement. Il convient donc de réaliser une numération-formule sanguine (NFS) tous les dix à quatorze jours pendant les deux à trois premiers mois du traitement. Par la suite, la NFS est répétée à intervalles mensuels ou bimensuels. Tout traitement à l’azathioprine(1) doit être arrêté si une neutropénie ou une trombocytopénie marquées se développent. Les autres effets indésirables de l’azathioprine(1) sont l’anorexie et, plus rarement, une pancréatite ou une atteinte hépatique [2, 3, 4].

Les nombreux échecs thérapeutiques associés à l’utilisation seule de médicaments vétérinaires dans le cadre des traitements des trois affections digestives développées dans cette série d’articles(3) justifient la prescription de spécialités à usage humain chez le chien et chez le chat qui en sont atteints.

Les limites de cette utilisation sont liées à des contraintes d’administration et de sécurité d’emploi de médicaments non adaptés aux animaux et sans AMM pour ceux-ci. Toutefois, lorsque l’emploi de ces médicaments à usage humain se fait dans des conditions adéquates, ces contraintes semblent faibles en regard de l’amélioration clinique qu’ils apportent. Elles ne devraient pas conduire à un non-usage de ces spécialités, qui diminue parfois les chances de guérison de l’animal.

Le recours éclairé aux médicaments humains offre, d’ailleurs, de nombreux avantages au praticien vétérinaire : un élargissement de l’éventail thérapeutique, un ciblage thérapeutique plus précis et des solutions récentes et novatrices.

La clé de l’utilisation de ces produits est la formation continue des praticiens, qui doivent apprendre à maîtriser leur prescription et à actualiser leurs connaissances, quelle que soit l’ancienneté de leur formation initiale. Il convient, en particulier, de suivre les progrès de la médecine humaine et de les adapter, lorsqu’ils peuvent être bénéfiques aux animaux, par le biais d’études rigoureuses.

  • (1) Médicament à usage humain.

  • (2) Aucune spécialité vétérinaire ne contient le métronidazole seul.

  • (3) Traiter les ulcéres avec des médicaments humains. Point Vét. 2004 ; 35(245) : 30-33.

    Traiter l'hypomotricité aves des médicaments humains. Point Vét. 2004 ; 35(246) : 32-36

La cascade de la prescription hors AMM

D’un point de vue législatif, le vétérinaire peut prescrire des médicaments humains à condition qu’aucun produit vétérinaire approprié ne soit disponible. Le principe d’un ordre de prescription « en cascade » est établi par une directive européenne retranscrite en droit français [7].

Le praticien doit prescrire en priorité un médicament vétérinaire autorisé dans l’espèce et l’indication, puis, à défaut de médicament approprié, une spécialité vétérinaire non validée dans l’espèce et/ou l’indication, puis un médicament humain et, en dernier lieu, un préparation magistrale.

Par ailleurs, l’utilisation des médicaments humains doit se faire à bon escient et ne pas être à l’origine de dommages prévisibles pour l’animal, donc être en accord avec les résultats de publications récentes et fiables, et en cas d’indications réelles seulement. Le risque de fautes professionnelles, qui peuvent faire l’objet de plaintes civiles ou disciplinaires, est ainsi limité.

En savoir plus

- Arpaillange C. La diarrhée chronique chez le chien : étude clinique et étiopathogénique. Point Vét. 1997 ; 28(186) : 1705-1711.

- Arpaillange C, N’guyen P, Loukil L. Conduite à tenir devant une diarrhée chronique chez le chien. Point Vét. 1998 ; 29(189) : 153-160.

- De Madron E. Conduite diagnostique devant une diarrhée chronique chez le chat. Point Vét. 2002 ; 33(226) : 42-44.

- Guilbaud L, Cadoré JL. Conduite diagnostique et thérapeutique face à une diarrhée chronique chez le chat. Point Vét. 1997 ; 28(186) : 1719-1726.

- Hernandez J, Blot S. Vomissements, diarrhées, aboiements. Intoxication au lopéramide chez un colley. Point Vét. 2001 ; 32(220) : 58-60.

Points forts

Le lopéramide(1) traverse la barrière hémato-encéphalique chez certaines races, comme le colley, pour lesquelles il doit être utilisé avec prudence.

Des signes neurologiques de convulsions et de dysfonctionnements vestibulaires et cérébelleux sévères ont été observés chez des chiens et des chats traités avec du métronidazole à des doses supérieures à 70 mg/kg/j pendant de longues périodes.

Le métronidazole peut être cancérigène et mutagène chez des animaux de laboratoire. Les traitements prolongés à fortes doses ou pendant la gestation doivent être évités.

La sulfasalazine(1), qui nécessite le métabolisme bactérien pour son activation, n’est efficace que sur les inflammations du gros intestin. Le diagnostic de colite chronique doit être remis en question si les signes cliniques ne s’améliorent pas après quatre semaines de traitement.

Lors de traitement long à la sulfasalazine(1) (six à huit mois), une kératoconjonctivite sèche (KCS) peut apparaître. Elle est réversible si elle est détectée tôt. Il convient donc de contrôler la production lacrymale régulièrement.

L’azathioprine(1) a un effet suppresseur sur la moelle épinière, qu’il convient de contrôler par des numérations-formules sanguines tous les dix à quatorze jours pendant les trois premiers mois du traitement.

  • 1 - Boothe DM. Gastrointestinal pharmacology. Vet. Clin. N. Amer.-Small Anim. Pract. 1999 ; 29 : 343-372.
  • 2 - Burrows CF. Canine colitis. Comp. Contin. Educ. Pract. Vet. 1992 ; 14 : 1347-1354.
  • 3 - Guilford WG. Idiopathic inflammatory Bowel diseases. In : Guilford WG, Strombeck DR. Strombeck’s small animal gastroenterology. 3e éd. 1996 : 457-468.
  • 4 - Guilford WG, Strombeck DR. Classification, pathophysiology, and symptomatic treatment of diarrheal diseases. In : Guilford WG, Strombeck DR. Strombeck’s small animal gastoenterology. 3e éd. 1996 : 351-365.
  • 5 - Jergens AE. Inflammatory Bowel disease : current perspectives. Vet. Clin. N. Amer.-Small Anim. Pract. 1999 ; 29 : 501-521.
  • 6 - Johnson SE. Loperamide : a novel antidiarrheal drug. Comp. Contin. Educ. Pract. Vet. 1989 ; 11 : 1373-1375.
  • 7 - Pinault L. Vade-Mecum de législation en pharmacie vétérinaire. Éd. Le Point Vétérinaire. Maisons-Alfort. 2003 : 99-100.

PHOTO 1. Coloscopie : lésion inflammatoire sténosante du côlon. La plupart des colites chroniques répondent à la sulfasalazine(1), seule ou associée à un régime alimentaire, en une à quatre semaines après la mise en place du traitement.

Une cause possible des maladies inflammatoires de l'intestin : un défaut dans la barrière perméable de la muqueuse

Les MICI seraient dues à une réponse immunitaire anormale vis-à-vis d’antigènes bactériens, alimentaires, parasitaires ou d’auto-antigènes. D’après [3].

Médicaments humains utilisables dans le traitement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin chez le chien et chez le chat

SNC = système nerveux central : CI = contre-indication ; CT = chat ; CN = chien ; AI = anti-inflammatoire ; KCS = kératoconjonctivite sèche ; TJA = thérapie en jours alternés.

Intérêt di lopéramide(1), comparé au bromure de prifinium (médicament vétérinaire)

Le lopéramide(1), qui n’existe qu’en formulation humaine, présente l’avantage de réduire les contractions péristaltiques tout en augmentant les contractions segmentaires. En outre, il ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique.

Intérêt de la salfasalazine(1), comparée à la prednisolone (qui existe généralement en formulation vétérinaire)

La sulfasalazine(1) demeure la molécule de choix dans le traitement pharmacologique à long terme des colites chroniques chez le chien et, probablement, chez le chat.