Le point Vétérinaire n° 246 du 01/06/2004
 

PNEUMOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

Pratiquer

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Guillaume Humbert

Clinique vétérinaire du 8-Mai, 96 avenue du 8-Mai-45, 86000 Poitiers

Le lavage des voies aériennes profondes, en aveugle ou sous bronchoscopie, contribue au diagnostic différentiel des pneumopathies.

Le lavagebroncho-alvéolaire (LBA) est une technique d’exploration des territoires bronchiques profonds et alvéolaires qui consiste à en prélever des cellules par irrigation et aspiration ; le prélèvement fait l’objet de différentes analyses : cytologique, bactériologique et parasitologique.

L’indication principale du LBA est le diagnostic différentiel des broncho-pneumopathies.

Limites et contre-indications du lavage broncho-alvéolaire

Il convient en premier lieu de différencier le lavage broncho-alvéolaire du lavage trachéobronchique. Le LBA est une exploration des bronchioles et des alvéoles, tandis que le lavage trachéobronchique permet l’exploration des voies aériennes supérieures. Il convient donc de s’assurer de la zone prélevée et d’éviter toute contamination par des cellules de l’appareil respiratoire supérieur.

Lors d’une pneumopathie, l’atteinte peut se localiser à trois niveaux : la lumière alvéolaire, la paroi alvéolaire et le tissu pulmonaire interstitiel. En pratique vétérinaire, le LBA apporte de très précieuses informations lors de l’exploration des atteintes luminales et pariétales. Chez l’homme, cet examen joue également un rôle déterminant dans le diagnostic différentiel des pneumopathies interstitielles. Cependant, chez l’animal, les résultats de trois publications récentes sont décevants et le diagnostic des pneumopathies interstitielles du chien reste actuellement quasi exclusivement histologique [2, 4, 5].

Les contre-indications du LBA sont celles de l’anesthésie générale.

Les incidents et les complications sont rares lorsque le prélèvement est bien réalisé. La littérature signale des cas d’hyperthermie et des saignements [1].

LBA en aveugle ou sous bronchoscopie

Le LBA peut être réalisé en aveugle ou lors d’une bronchoscopie.

Le LBA en aveugle présente différents risques et inconvénients, et il convient de privilégier la technique perendoscopique :

- le LBA en aveugle n’a aucun intérêt lors d’atteinte localisée ;

- lors d’atteinte diffuse, la cytologie peut différer selon le lobe pulmonaire prélevé [3]. Il est donc indiqué de réaliser le LBA au niveau de plusieurs lobes [3] ;

- il n’est pas possible de situer la sonde : risque de faux négatifs si elle se trouve en territoire sain et risque de contamination du prélèvement si elle est en territoire trachéobronchique (faux positif en bactériologie) ;

- il est inutilisable chez les animaux de grande taille ;

- son rendement est faible ;

- les risques de lésions pulmonaires (hémorragie et perforation) ne sont pas négligeables ;

- en l’absence de bronchoscopie, aucune information sur l’aspect de la trachée et des bronches n’est disponible.

Anesthésie de l’animal

L’animal est anesthésié et maintenu en décubitus sternal. Le risque anesthésique est élevé chez les animaux sévèrement dyspnéiques. Différentes mesures permettent de réduire ce risque :

- réaliser une oxygénation de l’animal cinq minutes avant et cinq minutes après l’examen ;

- mettre en place un monitoring cardiaque et respiratoire (électrocardiogramme et oxymétrie) ;

- réaliser une anesthésie et une bronchoscopie de courte durée ;

- utiliser un agent anesthésique limitant la dépression cardio-respiratoire (par exemple, le propofol) ;

- surveiller le réveil (dyspnée, saignement, hyperthermie).

  • 1 - Cadoré JL. Le lavage broncho-alvéolaire. Point Vét. 1994 ; 26(160) : 75-76.
  • 2 - Corcoran BM. Cobb M, Martin MWS, et coll. Chronic pulmonary disease in West Highland White Terriers. Vet. Record. 1999 ; 29 : 611-616.
  • 3 - Hawkins EC, DeNicola DB, Plier ML. Cytological analysis of bronchoalveolar lavage fluid in the diagnostis of spontaneous respiratory tract disease in dogs : a retrospective study. J. Vet. Intern. Med. 1995 ; 9(6) : 386-392.
  • 4 - Lobetti RG, Milner R, Lane E. Chronic idiopathic pulmonary fibrosis in five dogs. J. Amer. Anim. Hosp. Assn. 2001 ; 37 : 119- 127.
  • 5 - Norris CR, Griffey SM, Walsh P. Use of keyhole lung biopsy for diagnostis of interstitial lung diseases in dogs and cats : 13 cases (1998-2001). J. Amer. Vet. Med. Assn. 2002 ; 221(10) : 1453-1458.

1 Matériel nécessaire. Le matériel nécessaire comprend : - du soluté de chlorure de sodium isotonique tiède ; - une seringue stérile de 10, 20 ou 50 ml selon la taille de l’animal ; - un tube sec pour le prélèvement destiné à la parasitologie ; - un tube avec EDTA pour la cytologie ; - un tube avec milieu de transport pour la bactériologie. Les milieux de transport type Portagerm® sont adaptés au LBA car ils permettent une conservation de la flore aérobie et anaérobie pendant vingt-quatre à quarante-huit heures à température ambiante.

2 Matériel de LBA en aveugle. Lorsque le LBA est réalisé en aveugle, une sonde d’intubation trachéale stérile et une sonde souple d’alimentation naso-œsophagienne sont utilisées en plus du matériel précédent. L’extrémité de la sonde naso-œsophagienne est sectionnée afin de faciliter la réabsorption du liquide de lavage.

2 Matériel de LBA en aveugle. Lorsque le LBA est réalisé en aveugle, une sonde d’intubation trachéale stérile et une sonde souple d’alimentation naso-œsophagienne sont utilisées en plus du matériel précédent. L’extrémité de la sonde naso-œsophagienne est sectionnée afin de faciliter la réabsorption du liquide de lavage.

Technique de lavage broncho-alvéolaire en aveugle

Intubation et introduction de la sonde. L’animal anesthésié est intubé. Une sonde souple de type sonde naso-œsophagienne est ensuite introduite dans la sonde d’intubation. Elle est avancée avec précaution afin de ne pas léser le tissu pulmonaire. La distance maximale parcourue par la sonde souple ne doit pas excéder la distance entre l’extrémité de la sonde endotrachéale et la onzième côte.

Technique de lavage broncho-alvéolaire en aveugle

Intubation et introduction de la sonde. L’animal anesthésié est intubé. Une sonde souple de type sonde naso-œsophagienne est ensuite introduite dans la sonde d’intubation. Elle est avancée avec précaution afin de ne pas léser le tissu pulmonaire. La distance maximale parcourue par la sonde souple ne doit pas excéder la distance entre l’extrémité de la sonde endotrachéale et la onzième côte.

4 Irrigation et aspiration. Lorsque la sonde se bloque, l’opérateur injecte environ 5 ml/kg de soluté de NaCl, qu’il réabsorbe immédiatement. Le rendement est habituellement faible : la littérature indique des valeurs de l’ordre de 10 % [1].

2' Matériel de LBAsous bronchoscopie. LBA est plus généralement réalisé au cours d’une bronchoscopie. Il est alors nécessaire de disposer de plusieurs fibres optiques en fonction de la taille de l’animal. Pour les chiens qui pèsent plus de 30 kg, un gastroscope de 10 mm de diamètre et d’au moins 1 m de long est utilisé (1). Pour les chiens de plus petite taille (population la plus touchée par des symptômes de toux chronique) et les chats, un bronchoscope pédiatrique de 3 à 4 mm de diamètre et de 60 à 70 cm de long est idéal (2) [2]. Le soluté de NaCl peut être injecté directement dans le canal opérateur du fibroscope, mais celui-ci est difficilement stérilisable. Il convient donc d’utiliser un cathéter plastique stérile pour LBA.

2' Matériel de LBA sous bronchoscopie. LBA est plus généralement réalisé au cours d’une bronchoscopie. Il est alors nécessaire de disposer de plusieurs fibres optiques en fonction de la taille de l’animal. Pour les chiens qui pèsent plus de 30 kg, un gastroscope de 10 mm de diamètre et d’au moins 1 m de long est utilisé (1). Pour les chiens de plus petite taille (population la plus touchée par des symptômes de toux chronique) et les chats, un bronchoscope pédiatrique de 3 à 4 mm de diamètre et de 60 à 70 cm de long est idéal (2) [2]. Le soluté de NaCl peut être injecté directement dans le canal opérateur du fibroscope, mais celui-ci est difficilement stérilisable. Il convient donc d’utiliser un cathéter plastique stérile pour LBA.

Technique de lavage broncho-alvéolaire au cours d’une bronchoscopie

3' Bronchoscopie. La bronchoscopie est réalisée à l’aide d’un fibroscope de taille adaptée et parfaitement nettoyé. Il convient d’apporter un soin particulier à la désinfection du canal opérateur.

Atteinte localisée. 4' Choix des zones prélevées. Une fois la bronchoscopie terminée, les zones les plus représentatives de l’atteinte sont repérées.

Atteinte diffuse. 4' Choix des zones prélevées. Une fois la bronchoscopie terminée, les zones les plus représentatives de l’atteinte sont repérées.

5' Prélèvement. Un aide introduit le cathéter stérile dans le canalopérateur. Le fibroscope est ensuite avancé jusqu’à ce que son extrémité obstrue totalement la bronche qui draine la zone choisie. Une seringue est remplie de NaCl et de quelques millilitres d’air. La quantité de NaCl est d’environ 2 ml/kg ; l’air permet de vider le cathéter endoscopique. Le NaCl est alors injecté et réaspiré après quelques secondes. Le rendement est généralement de l’ordre de 50 %. Grâce à cette technique, il est en outre possible de réaliser sans risque plusieurs prélèvements successifs.