Le point Vétérinaire n° 246 du 01/06/2004
 

ÉPIDÉMIOLOGIE CHEZ LES RUMINANTS

Éclairer

NOUVEAUTÉS

“Vigimyc” surveille et informe sur l’émergence ou la ré-émergence de mycoplasmes pathogènes, notamment de la péripneumonie contagieuse bovine.

Les mycoplasmoses ont un impact économique évident en élevage bovin, caprin et ovin. Leur extension serait favorisée par l’augmentation des échanges d’animaux. Paradoxalement, la recherche de mycoplasmes n’est pas systématiquement mise en œuvre lors du diagnostic bactériologique. Leur intervention n’est souvent envisagée que secondairement.

Le diagnostic de certitude de l’intervention pathogène d’un mycoplasme ne peut être établi qu’après l’isolement et l’identification d’espèce, à l’aide de techniques spécifiques.

Objectifs : surveillance, recherche et partage

Depuis dix ans, un réseau d’identification des souches de mycoplasmes isolées en France chez les bovins, puis chez les ovins et chez les caprins, a été organisé progressivement par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) Lyon. Aujourd’hui, ce réseau se formalise sous le nom de Vigimyc. Ses objectifs sont :

- identifier les différentes espèces de mycoplasmes isolés chez les ruminants ;

- suivre l’évolution des myco-plasmoses des ruminants sur l’ensemble du territoire national et détecter l’émergence de nouvelles espèces ou variants ;

- détecter une éventuelle ré-émergence de la péripneumonie contagieuse bovine (PPCB) en France ;

- partager des informations scientifiques et des connaissances techniques relatives aux mycoplasmes des ruminants ;

- constituer une collection représentative des souches de mycoplasmes isolées chez les ruminants sur l’ensemble du territoire français.

Le domaine d’action du réseau pourra être élargi à l’ensemble des productions animales (volailles et porcs notamment), avec des pôles d’activité à l’Afssa Niort et Ploufragan.

Vigimyc est sous le contrôle d’un comité de pilotage constitué de représentants de l’association des directeurs de laboratoires vétérinaires d’analyse départementaux (ADILVA), de l’Afssa, de la direction générale de l’alimentation (DGAL, au sein du ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales) et de la société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV).

Le rôle primordial des praticiens

Ce réseau est de type passif. Il est fondé sur les demandes d’analyses bactériologiques faites aux laboratoires départementaux par les vétérinaires praticiens (voir la FIGURE “Réseau Vigimyc : partenaires et échanges”). Le rôle des praticiens est primordial, car ce sont leurs demandes d’analyse bactériologiques avec recherche de mycoplasmes qui approvisionnent le réseau, par le biais des laboratoires d’analyse.

Lorsqu’un laboratoire participant au réseau isole un mycoplasme d’un prélèvement issu d’un ruminant, il envoie celui-ci à l’Afssa Lyon pour identification. Le prélèvement est accompagné d’une fiche de commémoratifs Vigimyc. Après l’identification, les données sont saisies et le résultat du typage est retourné au laboratoire demandeur. Les données épidémiologiques font l’objet d’analyses et de synthèses qui sont ensuite présentées aux partenaires dans un bulletin annuel (édité sous format numérique, mais aussi sous format papier, sur demande). Les partenaires du réseau ont accès à une liste de diffusion, hébergée par l’Afssa, afin de faciliter les échanges.

Vigilance “péripneumonie” même chez les ovins/caprins

Les bénéfices du réseau sont mutuels : l’identification est réalisée par l’Afssa à titre gracieux car, en contre-partie, elle permet la constitution d’une collection de souches représentatives des souches de mycoplasmes isolées chez les ruminants sur l’ensemble du territoire français. Cette collection sert de support à des investigations épidémiologiques (moléculaires et descriptives), ainsi qu’à la recherche menée dans le domaine des mycoplasmoses animales.

Vigimyc contribue à l’épidémiovigilance vis-à-vis de la PPCB sur l’ensemble du territoire national. Les souches bovines reçues à Lyon étant essentiellement isolées dans le cadre d’affections respiratoires, elles constituent un échantillonnage particulièrement intéressant pour la PPCB. La vigilance est étendue aux petits ruminants domestiques. Des publications récentes ont en effet montré qu’ils peuvent héberger occasionnellement l’agent de la PPCB. Un test de détection spécifique de l’agent de la PPCB est désormais systématiquement mis en œuvre sur toutes les souches de mycoplasmes reçues par l’Afssa. Sa mise en évidence (MmmSC, voir infra) donne lieu à une alerte immédiate.

Des souches et des symptômes divers

Il existe plus de deux cents espèces de mycoplasmes répertoriées dans les règnes animal et végétal. Une quarantaine ont été isolées chez les ruminants. Certaines ont un pouvoir pathogène reconnu chez les bovins, les ovins ou les caprins (voir le TABLEAU “Principaux mycoplasmes pathogènes rencontrés chez les ruminants domestiques”), et leurs répercussions médicale et économique peuvent être considérables. Dans l’espèce bovine, sont essentiellement distinguées Mycoplasma bovis, impliqué dans des pneumopathies, des arthrites et des mammites, et Mycoplasma mycoides subsp. mycoides biotype Small Colony (MmmSC), qui est l’agent de la péripneumonie contagieuse bovine. La PPCB est une maladie réputée contagieuse qui sévissait encore récemment en Europe, dont le dernier cas français remonte à 1984. En Afrique, elle est la maladie économiquement la plus handicapante pour l’élevage bovin. Chez les ovins et les caprins, M. agalactiae, M. capricolum subsp. capricolum, M. mycoides subsp. mycoides biotype Large Colony, et M. putrefaciens sont responsables du syndrome “d’agalactie contagieuse” caractérisé par une atteinte mammaire, articulaire et oculaire, parfois associée à une septicémie et à un tropisme pulmonaire.

Envoi avec commémoratifs

Les prélèvements à effectuer dépendent du type d’affection (voir le TABLEAU “Types de prélèvements à réaliser pour la recherche de mycoplasmes”). Pour un envoi dans les douze à vingt-quatre heures suivant la collecte, ils doivent être acheminés au laboratoire d’analyses sous couvert du froid positif (+ 4° C) en vingt-quatre heures maximum. Si l’envoi est différé de plus de vingt-quatre heures, ils sont congelés à – 20° C. Il convient de les conditionner selon les recommandations d’usage définies pour l’expédition des matériaux biologiques contaminés (sachets scellés, récipients hermétiques, boîtes isothermes, etc.) et de les identifier clairement. L’envoi est accompagné de commémoratifs qui incluent au minimum les coordonnées précises du demandeur, la date de prélèvement, le département d’origine, l’espèce, l’âge (à défaut : adulte, sevré, non sevré), l’orientation (laitier/viande, etc.) de l’animal ainsi que les symptômes observés.

Quarante-six laboratoires ont participé au réseau alors qu’il était encore informel entre 2000 et 2003, mais seulement treize ont soumis au moins vingt échantillons pendant cette période. Le succès du réseau, en termes de nombre de laboratoires participants, d’échantillons identifiés et d’amélioration des connaissances, dépend de tous ses partenaires.

Réseau Vigimyc : partenaires et échanges

* MmmSC : Mycoplasma mycoides subsp. mycoides biotype Small Colony.

Principaux mycoplasmes rencontrés chez les ruminants domestiques

(1) Fréquence : ? = inconnue, * = peu fréquent, ** = fréquence moyenne, *** = très fréquent. (2) Hôtes : A >> B = très majoritairement l’espèce A, occasionnellement l’espèce B. (3) MAKePS : mammite, arthrite, kérato-conjonctivite, pneumonie et septicémie.

Types de prélèvements à réaliser pour la recherche de mycoplasmes

Les prélèvements à effectuer dépendent de la localisation de l’affection. Ils doivent être envoyés sous couvert du froid positif (+ 4 °C) dans les douze à vingt-quatre heures qui suivent la collecte.