Le point Vétérinaire n° 245 du 01/05/2004
 

AFFECTIONS RESPIRATOIRES DES BOVINS

Éclairer

NOUVEAUTES

Christophe Leboeuf

GDS de la Manche
BP 231, 50001 St-Lô Cedex

Dans un élevage à toux d’été sur trois, étudiés par le GDS de la Manche, Ehrlichia est le seul agent pathogène mis en évidence.

Afin d’évaluer l’importance relative des différents agents incriminés dans la toux d’été, le Groupement de défense sanitaire (GDS) de la Manche a proposé, au printemps 2003, à l’ensemble des praticiens ayant une activité rurale dans le département de la Manche, un protocole d’étude de ce syndrome dans les élevages de leur clientèle (voir l'ENCADRÉ “Protocole d’étude des causes de toux d’été”). Les études récentes partout en Europe tendent en effet à montrer que la dictyocaulose n’est impliquée que dans la moitié des cas.

Le syndrome “toux d’été” recouvre diverses affections

Le syndrome “toux d’été”, décrit le plus souvent chez la vache laitière, recouvre des affections variées : la dictyocaulose, l’ehrlichiose, l’infection par le virus syncytial respiratoire, le virus para-influenza 3, l’adénovirose, et, éventuellement, la coxiellose et l’emphysème des regains.

Outre la toux, qui persiste parfois plusieurs mois au sein d’un cheptel, les maladies regroupées dans ce syndrome “grippal” ou respiratoire estival peuvent se manifester par du jetage, une hyper- ou une hypothermie (de 37 à 42 °C), une chute de production laitière variable, voire une agalactie. La mortalité est rare ; elle est liée le plus souvent aux surinfections. Le tableau clinique est polymorphe en raison de la diversité des causes et parfois des “associations de malfaiteurs”.

Ce syndrome peut déconcerter le praticien, plus habitué aux maladies respiratoires associées au confinement des étables.

Le pâturage est une période d’exposition privilégiée des vaches laitières aux helminthes (Dictyocaulus viviparus), et aux tiques qui peuvent véhiculer certaines rickettsies (Anaplasma phagocytophilum, Coxiellaburnetii, etc.). Pendant cette période, les contacts avec la faune sauvage (réservoir potentiel de l’ehrlichiose et de la fièvre Q) et entre bovins de troupeaux différents dans les régions de forte densité animale (contaminations bactériennes ou adénovirales) sont également plus fréquents.

L’ehrlichiose dans neuf élevages sur dix

Le protocole a été appliqué dans quarante-six élevages.

• La recherche BVD a révélé vingt-deux élevages avec au moins une séroconversion (47,8 %). Douze troupeaux n’ont pas d’antécédents vaccinaux chez les reproductrices avant leur mise à la reproduction (soit 31 % des trente-huit exploitations où le statut vaccinal est renseigné). Une vaccination BVD préalable des vaches laitières est attestée dans les vingt-six exploitations restantes.

• Pour le RSV, deux élevages sur quarante-six ont présenté une séroconversion (4,3 %). Aucun ne vaccinait.

• La recherche adénovirus sur les quarante-six exploitations a révélé dix-sept élevages avec au moins une séroconversion (37 %).Aucun d’eux ne vaccinait les vaches contre l’adénovirus.

• Un seul élevage a présenté une séroconversion à para-influenza 3, sur quarante-six exploitations (2,2 %). Cet élevage ne vaccinait pas les vaches contre le para-influenza 3.

• Aucun bovin de cette étude n’a été positif pour l’IBR (un seul a réagi positivement au kit sérologique gB, mais il était séronégatif au kit anticorps totaux. Il a été considéré comme “sérum divergent”, conformément au cahier des charges IBR national). Les élevages concernés étaient certifiés indemnes d’IBR.

• La recherche de larves de dictyocaules (technique de Baermann) (PHOTO 1) a révélé onze positifs sur quarante exploitations (27,5 %). Six autres exploitations ont obtenu une nette amélioration de la toux après vermifugation, peu de temps avant les prélèvements (42,5 %).

• La recherche ehrlichiose a révélé quarante et un élevages ayant au moins un individu séropositif sur quarante-cinq exploitations (91 %), dont :

- cinq avec 20 % de bovins séropositifs ;

- quatre avec 40 % de bovins séropositifs ;

- neuf avec 60 % de bovins séropositifs ;

- quatre avec 80 % de bovins séropositifs ;

- dix-neuf avec 100 % de bovins séropositifs.

Affections surestimées ou sous-estimées ?

Le terme “toux d’été” semble trop restrictif puisque, dans les tableaux cliniques rapportés dans cette étude, la toux ne domine pas toujours et l’affection se prolonge le plus souvent de mars à décembre.

Le mode de recrutement des élevages dans le cadre du protocole a sans doute provoqué une surestimation de la séroprévalence de l’ehrlichiose et une sous-évaluation de la bronchite vermineuse.

• La dictyocaulose apparaît comme une composante essentielle du syndrome “toux d’été” (voir le TABLEAU “Agents et associations ”agents pathogènes identifiés dans les élevages à toux d’été”). Les dictyocaules sont identifiés trois fois sur dix dans cette étude (sans compter les troupeaux pour lesquels la toux s’est améliorée après vermifugation et dont les prélèvements, négatifs, avaient été réalisés peu après le traitement). La fragilité des larves lors du transport des échantillons de matières fécales (malgré les consignes édictées dans le protocole), ainsi que l’inhibition de la ponte liée à l’immunité des bovins infestés depuis plus d’un mois ont pu engendrer un certain nombre de faux négatifs. Le recrutement des cas par le biais des praticiens, suite à un appel de l’éleveur, a pu également diminuer le nombre de cas de bronchites vermineuses par rapport à la prévalence réelle du parasite (lorsque les signes cliniques s’améliorent après une vermifugation, le vétérinaire est rarement appelé). Cependant, les onze élevages positifs pour la bronchite vermineuse dans cette étude sont conjointement affectés par l’ehrlichiose (et parfois d’autres agents viraux) et, dans un cas sur quatre, les traitements antibiotiques effectués chez les vaches ont suffi à améliorer la situation (sorte de confirmation par un diagnostic thérapeutique du rôle pathogène d’Anaplasma phagocytophilum). L’équation « ehrlichiose immunodépressive + dictyocaulose = affection clinique » semble typique.

• L’ehrlichiose apparaît comme la composante la plus fréquente du syndrome “toux d’été” dans cette étude (décelée neuf fois sur dix, dont une fois sur trois seule). Le diagnostic d’ehrlichiose n’a toutefois été que sérologique (pas de recherche après étalement). La séroconversion nécessite au moins trois semaines et les anticorps ne persistent que trois à quatre mois. Des bovins infestés n’ont donc sans doute pas été décelés.

Ne pas négliger les adénovirus

L’implication de l’adénovirus dans les “toux d’été” ne devrait pas être négligée, d’après les résultats observés dans cette étude : une séroconversion est constatée dans près de quatre cas sur dix. L’adénovirus seul n’a été mis en évidence que dans un cas. Il semble, le plus souvent, intervenir associé à d’autres agents infectieux.

Résistant dans le milieu extérieur, son tropisme cellulaire est large (arbre respiratoire, appareil digestif, œil, etc.) et il engendre des infections souvent asymptomatiques, parfois persistantes. Les épizooties d’adénoviroses sont surtout estivales. Des observations en médecine humaine démontrent également que l’infection adénovirale latente peut s’accompagner d’une inflammation du parenchyme pulmonaire, avec parfois une toux “coqueluchoïde”.

Dans cette enquête, le virus BVD est associé au syndrome “toux d’été” dans trois cas sur dix. Il est l’unique agent causal identifié dans un seul cas. Dans cet élevage, les résultats d’analyse sérologique BVD sur lait de tank avec une technique Elisa P 80 suggèrent que la quasi-totalité des vaches laitières étaient séropositives avant les signes cliniques. Le BVD pourrait donc être considéré comme un facteur favorisant de la pneumopathie.

Les virus respiratoire syncytial bovin (RSV) et para-influenza 3 (PI3) ne semblent pas particulièrement associés au syndrome “toux d’été”. Ces virus, peu résistants dans le milieu extérieur, provoquent plus souvent des épizooties à pic hivernal, entre octobre et mars (l’ambiance humide des étables favorise leur diffusion).

Des résultats à confirmer

Il convient de rester prudent dans l’interprétation de ces résultats d’analyses : les données récoltées n’ont pas donné lieu à une analyse statistique et l’échantillon étudié n’est pas représentatif des élevages de la Manche. Il serait intéressant d’étudier, en parallèle, des élevages témoins (sans signes cliniques “grippaux”). Ces observations mériteraient en outre d’être confirmées, notamment dans un contexte climatique différent (la canicule d’août et l’hiver doux qui a précédé font de 2003 une année particulière). Un allégement du protocole pourrait être envisagé, en supprimant les cinétiques d’anticorps RSV et PI3. Les cinétiques d’anticorps BVD pourraient être remplacées par le suivi du niveau sérologique du lait de tank (Elisa P80 sur le lait de tank). L’agent de la fièvre Q pourrait également être recherché (des symptômes respiratoires sont observés dans 15 % des cas selon une étude récente de Frédéric Lars).

Protocole d’étude des causes de toux d’été

Critères d’inclusion des élevages

• présence chez plusieurs bovins d’au moins deux signes parmi les suivants : hyperthermie, chute de la production laitière, toux ;

• période d’expression : de mai à décembre.

Dans les élevages recrutés par les praticiens, sont proposées sur cinq bovins du lot malade :

- une cinétique d’anticorps BVD (séroneutralisation en cultures cellulaires) / RSV (immunofluorescence indirecte en cultures cellulaires) / PI3 (inhibition de l’hémagglutination) / adénovirus (séroneutralisation en cultures cellulaires) ;

- une sérologie IBR sur sang de mélange (Elisa sur sang de mélange, puis individuel si le mélange est positif, analyses effectuées au LDA de la Manche) ;

- une sérologie ehrlichiose individuelle (immunofluorescence indirecte au LDA des Côtes-d’Armor, laboratoire de référence) ;

- une recherche individuelle de dictyocaules par la technique de Baermann au LDA 50.

En complément, une enquête d’élevage est réalisée dans les élevages sélectionnés lors de laquelle sont relevés :

- la typologie d’élevage ;

- l’existence d’un atelier d’engraissement avec introduction de bovins ;

- la présence éventuelle d’autres animaux (chiens, chats, moutons, chèvres, chevaux, porcs, volailles, etc.) ;

- les mouvements d’animaux (marché, foire, concours, mise au marais, prêt, location, achat, etc.) ;

- l’historique sanitaire ;

- la qualité de l’eau et de l’alimentation ;

- l’environnement (biotopes à tiques, etc.) ;

- les programmes de vaccination ;

- les signes cliniques associés à la toux ;

- les traitements réalisés (antibiothérapies, vermifugation, etc.).

PHOTO 1. Dictyocaules (Dictyocaulus viviparus) mis en évidence par la technique de Baermann. Microscopie : x 400.

Agents et associations d’agents pathogènes identifiés dans les élevages à toux d’été

Dans aucun des cas, la dictyocaulose n'a été impliquée seule.