Le point Vétérinaire n° 245 du 01/05/2004
 

PATHOLOGIE INFECTIEUSE MAMMAIRE CHEZ LES BOVINS

Se former

CONDUITE À TENIR

Dominique Le Grand*, Marie-Anne Arcangioli**, Norbert Giraud***, François Poumarat****, Pierre Bézille*****, Dominique Bergonier******


*UMR “Mycoplasmose des ruminants”
ENV Lyon - Afssa Lyon
**UMR “Mycoplasmose des ruminants”
ENV Lyon - Afssa Lyon
***Unité clinique rurale de l'Arbresle
ENV Lyon, 1 av. Bourgelat
69280 Marcy-l’Étoile
****UMR “Mycoplasmose des ruminants”
ENV Lyon - Afssa Lyon
*****UMR “Mycoplasmose des ruminants”
ENV Lyon - Afssa Lyon
******Pathologie de la reproduction
ENV Toulouse, 23 chemin des Capelles
31076 Toulouse Cedex 03

Probablement sous-estimées en France, les mammites mycoplasmiques peuvent avoir de fortes répercussions cliniques et/ou économiques. Elles sont à suspecter dans un contexte épidémiologique et clinique évocateur.

Résumé

Les étapes essentielles

Étape 1 : Suspecter une mammite à mycoplasme

- Échecs thérapeutiques

- Chute de production

- Comptage cellulaires élevés ou fluctuant sans explication bactérienne classique

- Enquête “Facteurs favorisants”

Étape 2 : Confirmer l’étiologie

Recherche chez une vache :

- prélever le lait de chaque quartier atteint

Sur l’ensemble du troupeau :

- prélever des laits individuels (de mélange des quatre quartiers) ou de tank

Spécifier au laboratoire la recherche de mycoplasmes

Étape 3 : Recherche de(s) l’origine(s) de la contamination

Étape 4 : Mesures de contrôle

- Dépistage bactériologique des excréteurs avec réforme s’ils sont peu nombreux ou conduite “à part”

- Sinon mesures défensives

La fréquence des infections mammaires à mycoplasmes est actuellement mal connue en France. Elles ont en revanche fait l’objet de nombreuses investigations épidémiologiques aux États-Unis et en Australie, où elles ont un impact économique fort [6, 11].

L’espèce de mycoplasme la plus fréquemment impliquée dans les mammites bovines est Mycoplasma bovis.

D’autres espèces de mycoplasmes sont également pathogènes pour la mamelle et certaines semblent émergentes, par exemple M. species bovine group 7 en Australie [8] (voir le TABLEAU “Espèces de mycoplasmes isolées lors de mammites et leur signification”).

La gravité et la durée des symptômes, ainsi que, le moment d’apparition au cours de la lactation varient fortement selon les foyers et selon les individus au sein d’un même foyer.

Première étape : suspicion d’une mammite à mycoplasme

Chez les bovins comme chez les petits ruminants, les mammites à mycoplasmes peuvent être cliniques ou subcliniques. La symptomatologie est, en général, peu évocatrice. Seule l’association de certains éléments épidémiologiques et cliniques peut laisser suspecter une origine mycoplasmique [7, 13].

1. Critères de suspicion

• Lors de mammites cliniques, une mycoplasmose est suspectée lorsque sont observés :

- des échecs répétés aux traitements classiques (les mycoplasmes sont naturellement résistants aux bêtalactamines) ;

- une chute de production brutale et marquée, qui va parfois jusqu’à l’agalactie et qui apparaît habituellement trois à six jours après le début de l’infection. Il s’agit parfois du seul signe clinique. Avec M. bovis, la baisse de production peut se prolonger pendant plusieurs semaines (deux mois en moyenne) et même se répercuter sur la lactation suivante ;

- l’atteinte simultanée ou successive des quatre quartiers ;

- la modification de l’aspect du lait : trois ou quatre jours après l’atteinte de la mamelle, le lait peut devenir aqueux, brun à jaunâtre, avec des agrégats floconneux (PHOTO1). Cet aspect laisse en général place les jours suivants à une sécrétion séropurulente qui persiste plusieurs semaines ou plusieurs mois. La difficulté de la réflexion diagnostique tient au fait que les signes numéro 2 et surtout 1 et 4 ci-dessus sont fréquents lors de mammites cliniques et non spécifiques, en particulier à l’échelon individuel. Une description complète à l’échelon du troupeau est donc précieuse.

Les signes cliniques sont plus sévères chez les vaches en début de lactation ou lorsque la maladie apparaît pour la première fois dans un troupeau.

Les symptômes généraux associés sont limités : l’anorexie, l’hyperthermie et l’abattement sont transitoires ou modérés. Des arthrites et des avortements peuvent être observés. Plus rarement, des symptômes pulmonaires sont associés chez l’adulte.

• Lors de mammites subcliniques, le comptage cellulaire du lait des animaux atteints est élevé. Il augmente quelques jours après le début de l’infection. Une infection mammaire à mycoplasmes ne peut toutefois pas être écartée sur la seule base d’un comptage cellulaire faible [2]. Une augmentation brutale et/ou très marquée des comptages cellulaires de tank peut également constituer un élément évocateur.

2. Facteurs favorisants des mammites à mycoplasmes

Liés aux animaux

Les troupeaux de grande taille à haute production laitière sont particulièrement exposés, selon les descriptions nord-américaines [7, 13]. Cela est probablement lié à un taux de renouvellement élevé qui augmente le risque d’introduction de l’infection et/ou à des mesures d’hygiène réduites par manque de temps.

Le stade ou le rang de lactation n’intervient pas. La maladie peut en effet concerner les primipares ou les multipares, ainsi que les vaches taries ou en lactation (particulièrement en début de lactation).

Liés à la conduite d’élevage

Le tarissement est une période propice à l’apparition de mammites à mycoplasmes [7]. La dissémination à partir d’un animal est en effet favorisée pendant cette période par les manipulations de groupe (chantiers collectifs de tarissement à l’image de la conduite des petits ruminants laitiers en France) : contamination par l’intermédiaire des mains du manipulateur, du matériel contaminé, etc. En outre, les suspensions intramammaires administrées hors lactation sont fréquemment constituées de bêta-lactamines, inactives sur les mycoplasmes [13]. Le non-respect des recommandations de base relatives à l’hygiène de la traite et à l’entretien de la machine à traire est également un facteur favorisant, comme pour les autres mammites bactériennes.

3. Évolution

Dans les troupeaux nouvellement infectés, les cas sont nombreux et sévères. L’extension de la maladie est rapide. Après une flambée de mammites cliniques, la maladie prend un caractère enzootique, l’infection devient alors inapparente et les quelques cas cliniques qui surviennent sporadiquement sont de moindre intensité [13].

Deuxième étape : confirmation de l’étiologie

La procédure à suivre pour l’isolement et l’identification de mycoplasmes dans le lait n’est pas classique, car elle requiert en particulier l’utilisation d’un milieu de culture spécifique. Elle n’est généralement pas réalisée en première intention dans les différents laboratoires français lors de mammites bovines (il n’en va pas de même en ce qui concerne les petits ruminants dans les zones où les mycoplasmoses sévissent régulièrement sur un mode enzootique ou épizootique). Il appartient donc au praticien de demander une recherche bactériologique spécifique.

• Lors de mammite, le lait de chaque quartier atteint est prélevé individuellement, en suivant les recommandations classiques d’asepsie appliquées aux prélèvements destinés à une recherche bactériologique.

• Pour les suivis de troupeaux, la recherche peut être réalisée individuellement sur l’ensemble des animaux (sur des mélanges de lait des quatre quartiers) ou sur du lait de tank (voir les mesures offensives). Ce dernier prélèvement comporte de nombreux avantages : outre le coût bien moindre que lors de prélèvements individuels exhaustifs, il permet d’obtenir un résultat global qui constitue un bon reflet de l’ensemble des vaches en lactation. La sensibilité de détection obtenue par culture sur le lait de tank est élevée, de l’ordre d’un excréteur sur trois cents [1]. Dans certains départements français, cette recherche fait réglementairement partie des plans de lutte contre les mycoplasmoses mammaires chez les petits ruminants (Arrêtés préfectoraux). Elle est alors, à ce titre, réalisée systématiquement dans certaines zones, indépendamment des manifestations cliniques (voir l'ENCADRÉ “Intérêt de la recherche bactériologique de mycoplasmes sur le lait de tank : cas des ovins laitiers”).

• Les prélèvements peuvent être conservés vingt-quatre à quarante-huit heures maximum à + 4 °C, avant l’expédition sous couvert du froid positif. Au-delà, il est préférable de congeler le lait à - 20 °C.

• L’isolement de tout mycoplasme (colonies typiques en “œuf sur le plat” sur milieu solide) (PHOTO 2) doit être obligatoirement suivi d’une identification car toutes les espèces ne sont pas pathogènes. L’identification est effectuée par méthode immuno-enzymatique [15] et elle est actuellement centralisée à l’Afssa, site de Lyon, unitédemycoplasmologie. Laculture bactérienne sur milieu spécifique est actuellement la meilleure méthode pour le diagnostic des mammites à mycoplasmes. Il est parfois rendu difficile, en ce qui concerne les laits de tank, lors de forte contamination bactérienne du prélèvement (coliformes). Des travaux sont en cours afin d’adapter la technique d’amplification génique (PCR) à une application directe sur les prélèvements de lait, ce qui devrait permettre de contourner les difficultés liées à la contamination et de réduire les délais de réponse.

Troisième étape : recherche de(s) l’origine(s) de la contamination

Dans la majorité des cas, la source d’infection d’un troupeau est difficile à identifier (voir l'ENCADRÉ “Sources d’infection mycoplasmique mammaire dans un troupeau”).

1. Source principale de contamination

La contamination par l’introduction d’animaux infectés (infectés latents ou porteurs sains) est de loin la modalité la plus fréquente (animaux achetés pour le renouvellement, l’engraissement, voire la monte, etc.). Les premiers cas cliniques peuvent toutefois se révéler plusieurs mois après l’introduction initiale [7, 10, 13].

2. Hypothèse d’une infection mammaire à partir d’autres localisations corporelles

Des épisodes de mammites à mycoplasmes ont été signalés dans des troupeaux où aucune introduction récente n’avait eu lieu [7, 9, 14]. Une des hypothèses avancée est une dissémination par voie hématogène de la bactérie vers la mamelle à partir d’autres sites corporels, comme l’appareil respiratoire [7, 10]. Cette modalité de contamination a été suspectée dans un troupeau où apparaissait pour la première fois un épisode de mammites à mycoplasmes [10]. Un foyer de mammites a été observé dans un élevage suite à l’apparition d’un épisode d’affection respiratoire chez les veaux [11].

3. Extension

L’extension au reste du troupeau peut alors s’effectuer rapidement lors de la traite.

Soixante-dix unités infectieuses de M. bovis sont suffisantes pour provoquer expérimentalement une mammite.

Malgré sa fragilité (absence de paroi rigide), M.bovis peut persister temporairement sur les différents matériaux d’un élevage laitier, ce qui fait de la traite le mode de diffusion principal au sein d’un troupeau [12, 13]. À +4 °C, M. bovis peut survivre cinquante-sept jours sur les éponges de nettoyage, cinquante-quatre jours dans le lait, vingt jours dans la paille, dix-sept jours sur le bois et dans l’eau. À + 20 °C, la durée de survie sur ces différents supports n’est plus que d’une à deux semaines [7, 12]. Un protocole de nettoyage-désinfection de la machine à traire, des manchons-trayeurs et des lavettes correctement réalisé (alternance acide-alcalin chloré aux bonnes concentrations et températures) permet cependant une forte réduction, voire l’élimination, des mycoplasmes déposés pendant la traite sur les supports directement en contact avec les trayons. Aucune résistance notable des mycoplasmes aux antiseptiques utilisés pour l’hygiène des installations de traite (dérivés chlorés) n’est décrite.

Quatrième étape : mesures de contrôle pour limiter l’extension

Les traitements entrepris pour le contrôle des mammites à mycoplasmes sont en général décevants ; il est vain d’espérer la guérison bactériologique des animaux infectés et, par conséquent, l’arrêt définitif de l’excrétion.

Le contrôle d’un foyer repose essentiellement sur des mesures sanitaires. Les mesures proposées ci-dessous sont celles décrites pour M. bovis, mais elles peuvent s’appliquer aux autres espèces de mycoplasmes. Elles découlent des particularités épidémiologiques des mammites à mycoplasmes.

Ces mesures ont pour objectif d’éviter l’extension enzootique de l’infection au sein du troupeau, mais elles ne permettent pas d’aboutir à l’éradication de l’infection à M. bovis [12].

1. Mesures offensives

Face à des mammites à mycoplasmes, il convient d’appliquer des mesures spécifiques de lutte, en plus des mesures habituelles de lutte contre les mammites à réservoir mammaire [5, 7, 12].

Mesures spécifiques

• Les animaux excréteurs sont dépistés et immédiatement réformés (si économiquement réalisable).

Les animaux excréteurs sont recherchés par des examens bactériologiques individuels répétés (car l’excrétion peut être intermittente) et rapprochés (à quinze jours ou un mois d’intervalle), jusqu’à l’obtention d’au moins deux résultats négatifs consécutifs. Ces recherches sont effectuées individuellement sur l’ensemble des animaux du troupeau, y compris ceux en cours de tarissement, venant de vêler ou introduits. Des prélèvements de mélange des quatre quartiers peuvent être réalisés. Les excréteurs identifiés sont réformés immédiatement.

Lorsque deux résultats négatifs consécutifs sont obtenus, la surveillance peut être allégée : des contrôles réguliers sont réalisés sur le lait de tank tous les deux mois pendant six à huit mois (et au moment du pic de mise bas suivant), ainsi que sur le lait des vaches qui présentent une mammite clinique ou subclinique, qui viennent de vêler ou d’être introduites.

Le troupeau est considéré comme redevenu indemne d’infection mammaire à M. bovis si les résultats bactériologiques obtenus sur le troupeau entier (trois contrôles à au moins deux mois d’intervalle) et sur les animaux qui présentent une mammite sont négatifs. Toutefois, sachant que la bactérie persiste potentiellement dans les nœuds lymphatiques rétro-mammaires (sans excrétion), ainsi qu’au niveau de l’appareil respiratoire ou génital, la réapparition d’un épisode de mammites dans le cheptel reste possible.

Si, pour des raisons économiques, les animaux excréteurs ne sont pas réformés immédiatement, ils peuvent être regroupés dans un troupeau conduit à part, avec une séparation physique et une traite en dernier. En effet, même si l’odre de traite constitue une pratique exceptionnellement mise en place en élevage laitier compte tenu de la lourdeur du tri en amont de la salle de traite (stabulation), la prévalence parfois très élevée peut amener à proposer ponctuellement cette mesure. En fin de lactation, ces animaux excréteurs sont réformés ou bien ils constituent un troupeau conduit séparément jusqu’à ce qu’au moins deux bactériologies consécutives, réalisées au cours de la lactation suivante, donnent un résultat négatif. Toutefois, la réintroduction d’animaux isolés, même depuis plusieurs lactations, peut être à l’origine de nouvelles flambées de mammites [9].

Mesures communes

Il convient en outre :

- d’isoler les animaux malades ;

- de renforcer les mesures d’hygiène en particulier en fin de traite : une bonne efficacité bactéricide est obtenue par la pulvérisation ou le post-trempage (voir l'ENCADRÉ “Produits de trempage et désinfectants actifs sur les mycoplasmes”). La pertinence de la mise en place d’un pré-trempage est en revanche moins évidente, puisque les sources majeures de mycoplasmes ne sont pas environnementales (la cible principale de la lutte est constituée par les infections intra-mammaires) ; il peut tout de même être institué, ou poursuivi, compte tenu de la bonne efficacité générale des désinfectants contre ces bactéries ;

- de limiter classiquement la transmission bactérienne pendant la traite en réduisant le phénomène d’impact (réduction des entrées d’air lors de la traite, de l’égouttage (à proscrire) ou du décrochage ; contrôle de la machine à traire) ;

- de réformer tout bovin qui présente une mammite rebelle aux traitements (ce qui est généralement recommandé quel que soit l’agent en cause) ;

- de n’effectuer aucun mouvement d’animaux, excepté les sorties vers l’abattoir ;

- de ne pas conserver les veaux nés pendant l’épisode d’infection mycoplasmique pour le renouvellement : ils sont uniquement destinés à l’engraissement ;

- de ne pas distribuer aux veaux du lait non pasteurisé, en particulier celui issu des vaches qui ont présenté une mammite. Des cas de pneumopathies à mycoplasmes ont en effet été décrits chez des veaux qui avaient consommé du lait de vache infectée [4, 7, 16].

2. Mesures défensives

Il est important ou indispensable [7, 12] :

- de vérifier les antécédents des troupeaux fournisseurs en matière de pathologie respiratoire et de mammites d’origine mycoplasmique. Très peu d’informations étiologiques seront en général disponibles ;

- de ne pas introduire d’animaux à comptage cellulaire élevé ;

- de respecter une hygiène rigoureuse lors des traitements au tarissement par voie intra-mammaire, réalisés simultanément sur un lot d’animaux (conservation dans un lieu propre et sec des seringues récemment achetées, désinfection préalable de l’apex des trayons à l’aide de lingettes individuelles, insertion aseptique et atraumatique, pulvérisation finale et, éventuellement, portdegantsen caoutchouc à changer entre chaque animal, etc.). Ces mesures ne sont pas spécifiques aux mycoplasmes ;

- d’appliquer rigoureusement les mesures d’hygiène de la traite (PHOTO 3) ;

- de contrôler, dans la mesure du possible, les taureaux utilisés en monte naturelle.

Actuellement, le contrôle et la prévention des mammites à mycoplasmes reposent essentiellement sur des mesures sanitaires. La prophylaxie se résume à réduire l’extension de l’infection par l’application rigoureuse des mesures d’hygiène lors de la traite et du tarissement et par le dépistage et l’élimination précoces des infectés inapparents.

Intérêt de la recherche des mycoplasmes dans le lait de tank : cas des ovins laitiers (données du GDS 64)

Il n’existe pas en France de suivi mycoplasmique régulier des laits de tank en élevage bovin, ni dans le cadre d’enquêtes ponctuelles ou de programmes d’épidémiosurveillance, ni a fortiori dans le cadre de plans de lutte raisonnés ou réglementaires. Nous n’avons donc pas de recul, indépendamment des publications nord-américaines, sur l’intérêt relatif des différentes méthodes de diagnostic dans les élevages français. Celles-ci peuvent être, à l’échelon des troupeaux, bactériologiques (sur le lait de tank), sérologiques, épidémiologiques (achats, contacts, etc.) et cliniques, de manière complémentaire. Pour les ovins, ces quatre sources d’informations sont disponibles depuis une dizaine d’années dans un petit nombre de départements français dans le cadre des plans de lutte officiels contre les mammites mycoplasmiques (agalactie contagieuse), définis par Arrêtés préfectoraux (maîtres d’œuvre : GDS). De ce suivi systématique, réalisé plusieurs fois par campagne dans plusieurs centaines d’élevages, ressortent les constatations suivantes, sur lesquelles pourraient s’appuyer de futures investigations en élevage bovin laitier.

Le seuil de détection de la bactériologie mycoplasmique sur lait de tank permet d’identifier un très faible nombre de femelles excrétrices. Le travail initial de validation de cette méthode (GDS 64, LVD 64, DSV 64 et ENVT) a montré qu’une à deux brebis excrétrices suffisent à rendre positif un tank pour des troupeaux d’effectifs moyens de 200 à 400 têtes. Une relation intéressante semble exister entre les titres mycoplasmiques et la prévalence.

La positivité bactériologique précède en général l’expression clinique.

La positivité bactériologique, donc l’excrétion mammaire, persiste pendant des mois voire des années après la disparition des symptômes.

L’isolement de mycoplasmes à partir du lait de tank peut constituer le seul élément diagnostique positif dans des troupeaux où l’infection est asymptomatique.

Ces deux dernières catégories de troupeaux restent contagieuses (achats, ventes, contacts, etc.) : les souches excrétées par voie mammaire ne sont en effet pas hypovirulentes. La sérologie ELISA réalisée sur un échantillon représentatif d’animaux est également précieuse pour identifier le statut infectieux des cheptels.

Ces résultats soulignent le rôle essentiel des porteurs sains, dont l’excrétion galactophore asymptomatique peut excéder plusieurs lactations.

Produits de trempage et désinfectants actifs sur les mycoplasmes

L’effet germicide de solutions de trempage à base de dérivés chlorés, iodés, de chlorhexidine, d’hydrogène peroxyde et d’ammonium quaternaire a été démontré sur M. bovis, M. californicum et M. bovigenitalium [3].

Une élimination complète des mycoplasmes a été obtenue pour M. bovis avec les dérivés iodés.

Les désinfectants à base de formol ou d’acide peracétique sont germicides sur M. bovis. Ceux à base d’hypochlorites nécessitent une utilisation à une concentration relativement plus élevée et un temps d’exposition plus long pour être efficaces [12].

Sources d’infection mycoplasmique mammaire dans un troupeau

Les animaux malades : en phase aiguë, l’excrétion de mycoplasmes atteint 108 à 1010 mycoplasmes/ml de lait.

Les animaux convalescents : après un épisode clinique, les animaux peuvent rester excréteurs jusqu’à quinze mois. Cette excrétion peut être discontinue dans le temps et réapparaître lors de la lactation suivante, en particulier en début de lactation (peripartum).

Les animaux infectés latents peuvent être excréteurs ou non excréteurs par voie galactophore. Dans un foyer, le nombre d’infectés inapparents, mais excréteurs, est toujours élevé. Les manifestations cliniques peuvent apparaître après une infection latente de plusieurs mois.

Les animaux en incubation : une excrétion massive (jusqu’à 106 mycoplasmes/ml de lait) précède de quelques jours les signes cliniques.

Les animaux porteurs sains (organes-cibles autres que la mamelle) : au niveau de l’appareil respiratoire et/ou de l’appareil génital, les porteurs sains (jeunes ou adultes) pourraient constituer une source d’infection mammaire pour eux-mêmes ou pour les autres animaux [7].

D’après [7, 12, 13].

PHOTO 1. Une mammite clinique à mycoplasmes est suspectée lors d’aspect modifié du lait : trois ou quatre jours après l’infection, le lait devient aqueux, brun à jaunâtre, avec des agrégats floconneux. Cette sécrétion est remplacée les jours suivants par une sécrétion séro-purulente qui persiste pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.

PHOTO 2. L’isolement de tout mycoplasme (colonies typiques en “œuf sur le plat” sur milieu solide) doit être obligatoirement suivi d’une identification car toutes les espèces ne sont pas pathogènes.

PHOTO 3. Face à des mammites à mycoplasmes, il convient d’appliquer rigoureusement les mesures d’hygiène de la traite.

Espèces de mycoplasmes isolées lors de mammites et leur signification

D’après [7, 10, 11]. Outre M. bovis, d’autres espèces de mycoplasmes sont également pathogènes pour la mamelle et certaines semblent émergentes, par exemple M. species bovine group 7 en Australie [8].