Le point Vétérinaire n° 244 du 01/04/2004
 

HYPERTHYROÏDIE CHEZ UN CHAT

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Marc Gogny

Unité de pharmacologie et de toxicologie, ENVN

Le carbimazole peut être associé à un bêtabloquant, pour combattre les effets cardiaques de l’hyperthyroïdie chez le chat.

Edgar est un chat européen mâle de 3,5 kg, âgé de dix ans, présenté en consultation pour un amaigrissement, malgré un appétit conservé.

L’examen de l’animal et de son comportement révèle un tableau clinique évocateur d’une hyperthyroïdie. Un dosage de T4 donne une valeur de 82 nmol/l (la norme du laboratoire étant de 15 à 35 nmol/l). L’animal est en tachycardie, sans souffle détectable. L’examen électrocardiographique révèle des extrasytoles ventriculaires sporadiques. Aucune mesure de la pression artérielle n’est réalisée, en l’absence du matériel nécessaire

Fortekor® : L’hypertension artérielle n’est pas la préoccupation principale

Fortekor® est une spécialité pharmaceutique vétérinaire contenant du bénazépril, un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, indiquée chez le chat pour le traitement de l’insuffisance rénale chronique. Sa prescription avait, ici, pour objectif de limiter les conséquences cardiovasculaires de la thyréotoxicose. La tension artérielle est toutefois rarement très élevée chez le chat hyperthyroïdien. Les hormones thyroïdiennes exercent un effet permissif sur les récepteurs bêta-adrénergiques cardiaques, pas sur les récepteurs alpha-vasculaires : ce sont donc les complications cardiaques qu’il convient de redouter. Il n’est pas rare d’observer des troubles du rythme, comme c’est le cas ici, mais aussi le développement d’une cardiomyopathie hypertrophique (CMH). Le bénazépril n’a aucun effet sur ces signes cardiaques.

Un bêtabloquant, comme l’aténolol (Ténormine®(1) et nombreux génériques, 2 à 3 mg/kg), est souvent préféré au bénazépril. Si une échocardiographie confirme la survenue d’une CMH, ce choix est actuellement en discussion. En outre, le recours à un anti-agrégant plaquettaire peut être nécessaire, pour éviter une thrombo-embolie additionnelle. Dans ce cas, l’aspirine est prescrite à faible dose (10 mg/kg). Deux prises par semaine suffisent car l’aspirine bloque les cyclo-oxygénases plaquettaires de façon irréversible.

Néo-Mercazole® : L’antithyroïdien de choix

Néo-Mercazole®(1) est une spécialité pharmaceutique humaine qui contient du carbimazole, un antithyroïdien du groupe des imidazoles. Il n’existe pas de spécialité pharmaceutique vétérinaire pour cette indication. Le carbimazole est une prodrogue : après une administration orale, seul son métabolite actif, le méthimazole, est détecté dans le sang. Sa distribution est large, avec une nette accumulation intracellulaire. Sa demi-vie, de l’ordre de huit heures, est très variable d’un individu à l’autre, en raison de cette affinité pour le milieu intracellulaire.

Le méthimazole agit dans la thyroïde par un blocage de l’oxydation de l’iodure nécessaire à sa fixation sur la tyrosine. D’autres antithyroïdiens, comme le benzylthiouracile, désorganisent plus profondément l’activité thyroïdienne et bloquent l’activation tissulaire de T4 en T3. L’adaptation posologique est encore plus difficile, avec un risque d’évolution vers l’hypothyroïdie. Le carbimazole est donc l’antithyroïdien de choix.

Le carbimazole est ici administré à une dose voisine de 3 mg/kg/j, posologie la plus souvent recommandée pour un traitement d’attaque. Après deux à trois semaines, il convient de renouveler le dosage de T4. La stratégie est ensuite de rechercher la dose minimale efficace car certains chats peuvent présenter des signes digestifs (anorexie, vomissements) ou hépatiques.

  • (1) Médicament à usage humain.

En savoir plus

- Bucknell DG. Feline hyperthyroidism : spectrum of clinical presentations and response to carbimazole therapy. Aust. Vet. J. 2000 ; 78 : 462-465.

- Kéroack S, Garnier F. L’hyperthyroïdie féline. Étiopathogénie et actualités diagnostiques. Point Vét. 2000 ; 31 : 557-564.

- Kéroack S, Garnier F. L’hyperthyroïdie féline. Traitement. Point Vét. 2000 ; 31 : 565-572.

- Peterson ME, Aucoin DP. Comparison of the disposition of carbimazole and methimazole in clinically normal cats. Res. Vet. Sci. 1993 ; 54 : 351-355.

- Welles EG, Boudreaux MK, Crager CS et coll. Platelet function and antithrombin, plasminogen, and fibrinolytic activities in cats with heart disease. Am. J. Vet. Res. 1994 ; 55 : 619-627.