Le point Vétérinaire n° 242 du 01/01/2004
 

VACCINS VIRAUX VIVANTS RECOMBINANTS

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

Les premiers vaccins recombinants contre la grippe équine protègent contre les souches européennes et américaines de l’orthomyxovirus A/equi-2 (H3N8).

Merial renouvelle le développement des vaccins contre la grippe équine en proposant des vaccins vivants recombinants : ProteqFlu® ou ProteqFlu® Te (en combinaison avec la valence inactivée contre le tétanos). Le vaccin étant issu des biotechnologies pour les antigènes grippaux – qui en constituent les nouveautés –, il a été évalué par l’Agence européenne du médicament.

2 000 chevaux

Le rapport d’évaluation de cette Agence rapporte un nombre exceptionnel d’études. Ainsi, pour démontrer l’innocuité du vaccin dans les situations courantes les plus diverses, quels que soient l’âge et le statut physiologique, notamment pendant la gestation, lors de surdosages éventuels, onze études expérimentales (en station) et trois études de terrain ont inclus « au total 2 000 poulains, chevaux, juments gestantes ou non, étalons âgés d’un mois à 40 ans », rapporte l’Agence européenne. L’efficacité de ce vaccin s’appuie également sur une douzaine d’études différentes, souvent comparatives, dont cinq avec un challenge expérimental et quatre de terrain.

Les vaccins inactivés

Jusqu’à présent, (presque) tous les vaccins contre la grippe équine étaient inactivés et adjuvés. Cette quasi-absence de vaccins vivants peut être expliquée notamment par la pathogénicité des souches équines d’orthomyxovirus influenza, leur rapide diffusibilité d’un animal à l’autre et les dérives antigéniques rapides des souches pour A/equi-2 principalement (voir l’ENCADRÉ “Les recommandations internationales sur la grippe équine”). Les souches inactivées (ou tuées) ne sont alors plus pathogènes, ni capables de diffuser ou de se répliquer chez l’animal.

L’innocuité d’un vaccin inactivé

Avec les nouveaux vaccins vivants recombinants, Merial souhaite combiner « l’efficacité des vaccins vivants avec l’innocuité des vaccins inactivés ».

Les vaccins vivants sont en effet réputés être davantage efficaces et surtout plus longtemps protecteurs, en stimulant à la fois l’immunité de types humoral et cellulaire. Les vaccins inactivés agiraient surtout sur l’immunité humorale et sur de plus courtes durées (six mois chez l’homme). Cette présentation peut toutefois sembler simpliste et caricaturale.

La nécessité des adjuvants

Ainsi, les vaccins inactivés n’induisent pas toujours que la seule réponse humorale. Ils peuvent, grâce à leurs adjuvants entre autres, induire des protections de longue durée et stimuler une réponse immunitaire de type cellulaire. Par exemple, l’adjuvant Iscom® des vaccins inactivés Equip® FT (Schering-Plough) contre la grippe équine stimule une « réponse immunitaire aussi bien à médiation cellulaire qu’à médiation humorale », selon le résumé officiel des caractéristiques de ce vaccin (RCP).

En outre, les vaccins inactivés sont associés à des adjuvants qui entraînent des réactions d’intolérance locale, voire générale, en liaison avec la réaction inflammatoire qu’ils génèrent. Les saponines et les alumines sont ainsi réputées pour l’intensité des réactions locales qu’elles provoquent. Les adjuvants huileux, l’adjuvant Iscom® (ou d’autres) conduisent à des réactions locales et générales beaucoup moins fréquentes et sévères.

L’efficacité d’un vaccin vivant

Pour les vaccins vivants, la capacité de réplication des souches vaccinales dans les cellules des animaux vaccinés explique pour une part leur plus grande efficacité. Il n’est alors plus nécessaire d’administrer de fortes quantités d’un antigène qui va se multiplier dans les cellules de l’hôte, ni d’utiliser des adjuvants avec leurs inconvénients. Parfois, une seule injection en primovaccination est suffisante.

Les nouveaux vaccins grippe équine recombinants ne sont pas dans ce cas. Ils apparaissent plutôt comme des intermédiaires entre les vaccins vivants et inactivés. Les vecteurs viraux utilisés – des canarypox recombinants – ont la capacité d’infecter une cellule hôte en vue de l’expression des hémagglutinines immunogènes. Les canarypox vaccinaux n’ont toutefois aucune capacité de réplication dans les cellules équines et des mammifères en général (voir la FIGURE “Réponses immunitaires après vaccination…”) : ce point est essentiel pour garantir l’absence de pathogénicité et de diffusibilité des souches vaccinales. Il explique aussi la nécessité d’y adjoindre un adjuvant, ici le carbomère (à une faible dose de 4 mg/dose vaccinale), et un calendrier vaccinal qui ne diffère pas de celui préconisé avec les vaccins inactivés(deux injections en primovaccination à partir de l’âge de cinq mois, un rappel six mois plus tard et des rappels annuels ensuite).

Deux canarypox américain et européen

Comme pour un vaccin vivant, les canarypox vaccinaux sont présentés dans un lyophylisat à reconstituer extemporanément. Le diluant contient l’adjuvant et, éventuellement, l’anatoxine de Clostridium tetani. Ici, deux souches variantes du virus atténué de la variole du canari sont utilisées, l’une (vCP1533) codant pour l’hémagglutinine du virus influenza A/equi-2/Newmarket/2/93 (H3N8) (type européen) et la seconde (vCP1529) pour l’hémagglutinine du virus influenza A/equi-2/Kentucky/94 (H3N8) (type américain)(1).

Une réaction locale transitoire

Les nombreuses études de tolérance mettent toutes en évidence des réactions locales transitoires (de une à quatre jours) et bénignes (< 5 cm) chez environ10 %des chevaux. Le plus souvent, cet œdème ne s’accompagne pas de douleur, ni de chaleur ou de raideur de l’encolure. Une hyperthermie (augmentation de 0,2 °C en moyenne, 1,5 °C au maximum) est parfois notée le lendemain de la vaccination. Dans l’étude terrain la plus importante, incluant 1 000 chevaux dont 670 vaccinés avec ProteqFlu®, les réactions générales (apathie, anorexie le lendemain) reliées à la vaccination ont été limitées à un seul cheval (0,3 %). Des réactions « apparemment sans lien avec le vaccin », selon l’Agence européenne du médicament, ont été observées dans moins de 3 % des cas sur une période d’observation de quatorze jours après injection. Dans d’autres essais portant aussi sur de grands effectifs, des cas isolés de réactions générales, chez un seul cheval le plus souvent, sont parfois rapportés.

Compatible avec la gestation

Deux études de terrain et deux études expérimentales ont vérifié l’innocuité du vaccin sur près de 250 juments gestantes (entre un et dix mois de gestation).L’Agence européenne du médicament conclut à « l’innocuité du vaccin sur la gestation, le poulinage et le poulain », même si quelques cas d’avortement, de résorption embryonnaire, de dystocies, etc. ont été observés dans les différents groupes, mais sans être apparemment reliés à la vaccination. Le résumé officiel des caractéristiques du produit note en outre que « dans des cas exceptionnels, une réaction d’hypersensibilité peut survenir, pouvant nécessiter un traitement symptomatique approprié ». Toutefois, aucun cheval ni aucun poney ne s’est trouvé dans cette situation dans les études rapportées par l’Agence européenne du médicament sur plus de 2 000 individus.

Un challenge un an après le rappel

Tous les essais d’efficacité effectués à travers des challenges viraux sont réalisés avec une souche influenza hétérologue de type européen (A/equi-2/Sussex/89), par voie intranasale. Des groupes témoins permettent de vérifier que ce challenge reproduit bien la grippe chez les animaux non vaccinés : hyperthermie, toux, jetage oculonasal, apathie et réexcrétion virale.

Dans toutes les études, lors de challenge quatorze jours et six mois après la seconde injection de primovaccination, puis un an après le premier rappel, les animaux vaccinés apparaissent comme protégés. Sans être totalement absents, les signes cliniques chez les animaux vaccinés (jetage oculonasal surtout) sont significativement moins fréquents, moins intenses et sur de plus courtes durées (un ou deux jours) que chez les témoins. De même, l’excrétion virale est très réduite, voire quasi absente.

Ces résultats permettent de conclure à une durée d’immunité d’un an après le premier rappel.

Premier rappel à six mois

Le protocole vaccinal prévoit un premier rappel entre cinq et sept mois après la seconde injection de primovaccination, mais un essai a aussi évalué la protection un an après la seule primovaccination. Cette protection est loin d’être complètement absente : elle est même statistiquement significative par rapport aux animaux témoins. Toutefois, tous les animaux vaccinés présentent alors des signes cliniques de grippe (hyperthermie, toux ou jetage), mais d’intensité et de durée plus faibles que les témoins. Pour une meilleure protection vaccinale, le premier rappel à six mois reste donc recommandé, aussi bien dans la notice d’emploi du vaccin que dans le Code des courses.

Dans les essais comparatifs, le vaccin recombinant semble parfois donner de meilleurs résultats d’efficacité que des vaccins inactivés, sans toutefois que ces différences soient systématiques et signalées comme significatives.

L’épreuve “américaine” de 2003

En mars-avril 2003, une épizootie de grippe dans la région britannique de Newmarket a affecté plusieurs centaines de chevaux. Une souche de type américain a été isolée et baptisée A/equi-2/Newmarket/5/2003. Hors du dossier d’AMM, un essai de type expérimental(2) a été réalisé pour vérifier la protection de ProteqFlu® contre cette souche de type américain. Les expérimentateurs britanniques ont constitué trois groupes de cinq poneys. Unpremier groupe deux semaines après le protocole complet de primo-vaccination (deux injections), le deuxième deux semaines après une seule injection de primovaccination. Le troisième groupe n’est pas vacciné. Tous les animaux vaccinés, même par une seule injection, apparaissent correctement protégés contre la grippe, alors que tous les témoins non vaccinés l’ont développée après le challenge.

Conditionnés par dix, les deux vaccins recombinants, avec ou sans la valence antitétanique, sont présentés dans les centrales d’achat à un coût proche des vaccins inactivés actuels.

  • (1) Un autre variant du canarypox est utilisé dans le vaccin félin Eurifel® FeLV sans adjuvant.

  • (2) Étude en cours de publication dans The Veterinary Record.

Les recommandations internationales sur la grippe équine

Depuis 1995, l’OIE (Office international des épizooties) recommande d’actualiser régulièrement les souches de grippe équine incluses dans les vaccins. La dernière épizootie due à la souche A/equi-1 (ou H7N7) date de 1979. Depuis, aucun foyer n’a été officiellement rapporté. Cette souche ne figure donc pas parmi les souches vaccinales recommandées aujourd’hui par l’OIE, mais sa recherche reste toutefois préconisée lors des analyses sérologiques ou virologiques. Les souches A/equi-2 (ou H3N8) sont désormais les seules isolées dans les foyers de grippe équine. Contrairement à la souche A/equi-1 (H7N7), ces souches font l’objet de dérives antigéniques. Ainsi, deux lignées de souches équines H3N8 sont désormais bien identifiées :

- l’une dite « américaine » car identifiée surtout aux États-Unis et au Canada, dont les chefs de file sont les souches A/equi-2/Newmarket/1/93 et A/equi-2/Kentucky/94 ;

- l’autre dite “européenne” dont les chefs de file sont les souches A/equi-2/Newmarket/2/93 et A/equi-2/Suffolk/89 (ou A/equi-2/Börlange/91 dans les vaccins).

La protection croisée contre les hémagglutinines de ces deux types de souches est limitée. L’OIE recommande ainsi depuis 1996 (et encore en janvier 2003) de sélectionner une souche de chaque type pour la préparation de vaccins.

Réponses immunitaires après vaccination avec ProteqFlu® (vaccin vivant recombinant)

Après vaccination, les deux vecteurs viraux canarypox porteurs des gènes codant pour les hémagglutinines des souches A/equi-2/Kentucky/94 (type américain) et A/equi-2/Newmarket/2/93 (type européen) pénètrent dans les cellules équines. Cela conduit à la production par la cellule infectée des hémagglutinines. Ces dernières sont exprimées à la surface des cellules hôtes dans une configuration semblable à celle d'une infection naturelle. Ces hémagglutinines stimulent à la fois les lymphocytes T cytotoxiques et les lymphocytes B, respectivement à l’origine des réponses immunitaires cellulaire (lymphocytes T CD8) et humorale (production d’anticorps).