Le point Vétérinaire n° 241 du 01/12/2003
 

INFECTION PAR LE VIRUS RESPIRATOIRE SYNCYTIAL BOVIN

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Hervé Pouliquen

Unité de Pharmacologie et Toxicologie, ENVN

La vaccination contre le virus respiratoire syncytial bovin (VRSB) est contre-indiquée chez les animaux suspects d’infection par ce virus.

Dix veaux Prim’Holstein, âgés d’environ un mois et pesant 50 kg, présentent une polypnée, une toux, un jetage modéré non purulent et une hyperthermie (entre 40 et 41 °C).

Un autre veau du même lot a été trouvé mort le matin même par l’éleveur avant que le vétérinaire n’arrive.

Une infection par le virus respiratoire syncytial bovin (VRSB) est suspectée. Un traitement est mis en place.

Ketofen 10 %®

Pour ses actions anti-inflammatoire et antipyrétique

Ketofen® contient un anti-inflammatoire non stéroïdien, le kétoprofène, doté d’une puissante activité anti-inflammatoire, antalgique et antipyrétique.

Chez les bovins, il est notamment indiqué pour le traitement des affections respiratoires, des affections musculosquelettiques et des œdèmes mammaires.

Dans le cas présent, l’administration d’un anti-inflammatoire non stéroïdien, comme Ketofen®, est justifiée. Elle permet de lutter contre l’inflammation respiratoire liée à l’action conjuguée du virus respiratoire syncytial bovin et des bactéries de surinfection. Elle permet également de lutter efficacement contre l’hyperthermie. Ketofen®, comme Nuflor®, aurait toutefois dû être administré aux dix veaux malades et non pas seulement aux cinq veaux les plus malades.

Nuflor®

Un antibiotique contre les surinfections bactériennes

Nuflor® contient du florfénicol, antibiomimétique bactériostatique actif sur la plupart des bactéries Gram positives et négatives et les mycoplasmes. Le florfénicol est notamment actif contre les bactéries pathogènes les plus souvent impliquées dans les maladies respiratoires des bovins comme Pasteurella haemolytica, Pasteurella multocida, Haemophilus somnus et Actinomyces pyogenes.

Dans le cas présent, l’administration de Nuflor® est pleinement justifiée chez les veaux atteints de surinfection bactérienne secondaire à l’infection suspectée par le virus RS. La surinfection bactérienne est notamment objectivée par l’hyperthermie. L’administration intramusculaire de Nuflor®, à raison de 20 mg/kg deux fois à 48 heures d’intervalle, _est justifiée sur le plan pharmacocinétique. Cette dose maintient en effet des concentrations sanguines en florfénicol qui autorisent une activité antibactérienne pendant 48 heures. Nuflor® aurait dû être administré aux dix veaux malades et non pas seulement aux cinq veaux les plus malades.

D’autres antibiotiques, notamment les fluoroquinolones de troisième génération, auraient pu être administrés à la place de Nuflor®.

Rispoval RS-BVD®

La vaccination d’urgence est hors AMM…

Rispoval RS-BVD® est un vaccin vivant atténué destiné à l’immunisation active des bovins contre le virus respiratoire syncytial bovin (RS) et le virus de la maladie des muqueuses (BVD). Son administration induit la synthèse d’anticorps neutralisants qui préviennent l’apparition des signes cliniques, principalement respiratoires et digestifs, associés à l’infection par ces deux virus.

La vaccination par Rispoval RS-BVD® est réservée, selon les termes de l’AMM, aux animaux en bonne santé. En effet, même si des praticiens pratiquent souvent cette vaccination en urgence, aucun élément expérimental contrôlé de l’efficacité d’une seule dose de vaccin chez les animaux malades n’existe. Il convient donc de ne pas vacciner contre le virus RS des individus malades suspectés d’infection par ce virus.

Il est en revanche possible de vacciner contre le virus RS les animaux qui ne sont pas malades et qui sont au voisinage direct des animaux malades selon le protocole de l’AMM. Néanmoins, l’immunisation chez des animaux âgés de moins de quatre mois nécessite quatre administrations et n’est donc pas acquise dans les jours qui suivent la première administration du vaccin. Chez les animaux qui ne sont pas malades et qui ne sont pas au voisinage direct des individus malades, il est possible de mettre en œuvre une métaphylaxie qui repose sur l’administration parentérale d’un antibiotique « longue action » pour éviter de nouvelles administrations.