Le point Vétérinaire n° 241 du 01/12/2003
 

OBTURATEUR INTERNE DU TRAYON

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

Un intramammaire sans antibiotique – Orbeseal® – est destiné au tarissement des vaches saines (moins de 200 000 cellules/ml pendant trois mois).

Est-il toujours nécessaire de tarir les vaches avec des antibiotiques ? Pour Francis Serieys [1, 2] ou d’autres experts de la filière lait, la réponse est négative. Pourquoi ?

Une demande sociétale

La première réponse avancée est d’ordre sociétal ou culturel. « Les antibiotiques, ce n’est pas automatique » répètent les médias en vulgarisant le risque d’antibiorésistance. Cependant, force est de reconnaître que le risque d’émergence dans l’écosystème mammaire est faible et qu’il n’y a pas d’émergence de résistances préoccupantes dans les infections mammaires. Cette première raison culturelle est donc dénuée d’un intérêt médical contrairement à la prescription d’antibiotiques oraux chez l’homme. Parfois, il semble plus facile d’accompagner un mouvement sociétal (comme la restriction d’antibiotique) que de «ramer» à contre-courant pour sans doute un des seuls cas pour lequel l’antibiothérapie systématique peut être justifiée et est sans impact notable sur l’émergence des résistances.

« 70 % de vaches saines »

Les autres raisons techniques remettent en cause les fondements mêmes de l’antibiothérapie systématique au tarissement. « Lorsque le traitement au tarissement est apparu en France à la fin des années soixante, plus de la moitié des vaches étaient infectées en fin de lactation par des pathogènes majeurs. Le lait contenait en moyenne plus de 500 000 cellules/ml » explique Francis Serieys [1]. « Aujourd’hui, la quasi-totalité des vaches laitières reçoit une antibiothérapie au tarissement, alors que plus de 70 % des vaches sont saines en fin de lactation, et que le lait livré contient moins de 250 000 cellules/ml ». Les nouvelles infections de la période sèche affectent en outre principalement les vaches déjà infectées en fin de lactation. Ainsi, seulement 6,1 % des vaches non infectées contractent une nouvelle infection durant la période sèche, contre un quart pour les vaches infectées.

Le risque inhibiteur

Le risque principal reste le risque inhibiteur. Le traitement au tarissement serait à l’origine d’environ 20 % des cas d’inhibiteurs dans le lait en début de lactation (vêlage prématuré ou période colostrale trop courte…).

Depuis quelques semaines en France, un an au Royaume-Uni, Orbeseal® est le premier médicament disponible destiné à la « prévention des nouvelles infections mammaires pendant toute la durée du tarissement », selon son résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP).

Du bismuth lourd

Cette pommade intramammaire contient à 67 % du sous-nitrate de bismuth. Il s’agit d’une substance inerte – le bismuth lourd – sans aucune propriété pharmacologique. Son effet est purement mécanique : la formulation remplit la citerne et le canal du trayon pour empêcher toute infection mammaire par des germes d’environnement pendant la période sèche.

Le médicament se présente comme un tube intramammaire classique : il s’administre avec les précautions d’hygiène habituelles, et surtout, sans masser le trayon, pour éviter que la pommade diffuse dans le parenchyme mammaire, à l’inverse des traitements antibiotiques classiques. Ce «bouchon» est efficace au moins cent jours. À la première traite, il est nécessaire de l’enlever en pressant sur le trayon pour l’extraire sans difficulté. La consistance est similaire à celle d’une pommade ou d’une pâte dentifrice.

La crédibilité par l’AMM

Le laboratoire Pfizer a fait le choix de présenter cet obturateur interne du trayon comme un médicament, afin que son efficacité ne soit pas contestable. De ce fait, quelques essais cliniques démonstratifs appuient l’intérêt du produit. Dans tous les cas, le produit n’est appliqué que sur des vaches saines et dans de bonnes conditions d’hygiène.

Versus témoin négatif

Le premier essai évalue l’efficacité d’un tel obturateur interne sur des vaches à moins de 200 000 cellules/ml depuis trois mois au moins et n’ayant reçu aucun traitement antibiotique dans les trente jours qui précèdent le tarissement. Environ 400 vaches sont recrutées dans sept élevages britanniques, 197 sont traités par Orbeseal®, 201 ne reçoivent aucun traitement.

Trois fois moins d’infections

Les résultats (voir le TABLEAU 1 «Efficacité de l’obturateur contre l’absence de traitement») démontrent clairement qu’un obturateur interne est nettement plus efficace – environ trois à quatre fois plus – pour protéger les quartiers de nouvelles infections, que le bouchon de kératine qui se forme naturellement, mais lentement après le tarissement. Dix jours après le tarissement, le bouchon de kératine n’est ainsi formé que dans la moitié des cas. Un mois après, il reste 20 % des quartiers ouverts aux nouvelles infections et 5 % à 60 jours. La plupart (90 %) des mammites cliniques surviennent alors sur ces quartiers ouverts.

Versus antibiothérapie

L’essai le plus intéressant compare l’obturateur au traitement antibiotique leader au tarissement en France et au Royaume-Uni, le céfalonium (voir le TABLEAU “Efficacité de l’obturateur contre le céfalonium”). Cette comparaison est faite sur 470 vaches saines (< 200 000 cellules/ml et aucune mammite clinique durant la lactation précédente) dans des élevages de bons ni veaux sanitaires (< 200 000 cell./ml dans les comptages sur le tank).

Au total, 16 élevages britanniques ont participé à cette étude : 232 vaches saines ont été traitées par Orbeseal® et 235 par le céfalonium.

Entérobactéries

Dans cette étude, dont l’objectif n’était pas évidemment pas de démontrer la supériorité de l’obturateur par rapport à un antibiotique, le résultat le plus significatif (le seul au sens statistique du terme) est celui sur les nouvelles infections à entérobactéries. L’obturateur obtient alors de meilleurs résultats. Pour les autres germes, les résultats ne diffèrent pas significativement entre les deux groupes, y compris pour les mammites cliniques détectées dans les cent premiers jours de lactation.

Pas d’efficacité curative

En revanche, pour les quartiers retrouvés infectés au moment du tarissement par des pathogènes majeurs (2,9 % dans le groupe obturateur, 3,5 % dans le groupe céfalonium), l’antibiotique permet d’observer au vêlage une guérison bactériologique dans 70 % des cas, contre 63 % sans antibiotique.

Traitement sélectif

L’obturateur ne remplace donc pas l’antibiothérapie au tarissement. Il nécessite en outre une sélection (voir l’ENCADRÉ «Les trois critères de sélection») des vaches considérées comme saines. Il obtient alors pour un coût similaire des résultats de prévention des nouvelles infections proches – mais pas supérieures – à ceux d’une antibiothérapie. Son intérêt indéniable est qu’il permet d’éviter l’antibiothérapie «automatique» au tarissement.

Les trois critères de sélection

→ Sélection du troupeau au contrôle laitier : comptage de tank < 250 000 cellules/ml

→ Sélection des vaches :

- CCI (comptages cellulaires individuels) < 200 000 cellules/ml aux trois derniers comptages.

- Pas de mammites cliniques durant les trois derniers mois.

Environ une vache laitière sur quatre serait dans cette situation favorable.

Efficacité de l’obturateur contre l’absence de traitement

L’évaluation porte sur la prévalence des nouvelles infections mammaires aux vêlages, et sur l’incidence des mammites cliniques dans les cent premiers jours de la lactation suivante. Les groupes sont d’environ 200 vaches et 800 quartiers par groupes. (1) Pas d’isolement mais vaches ou quartiers traités pour observation d’une mammite clinique. D’après [3].

Efficacité de l’obturateur contre le céfalonium

Sur les nouvelles infections détectées au vêlage, l’obturateur obtient de meilleurs résultats que le céfalonium sur les entérobactéries. Pour les autres résultats, les deux groupes ne diffèrent pas significativement. D’après [4].