Le point Vétérinaire n° 241 du 01/12/2003
 

OPHTALMOLOGIE EN PRATIQUE RURALE

Pratiquer

EN IMAGES

Raphaël Guatteo

AERC, Unité de médecine des animaux d’élevage, École vétérinaire de Nantes

L’injection sous-conjonctivale permet d’obtenir rapidement des concentrations locales élevées, mais elle nécessite une contention ferme.

Lors d’une affection oculaire, le choix d’un traitement est dicté par le type de maladie diagnostiquée, la partie de l’œil concernée, et les propriétés pharmacologiques et pharmacocinétiques des médicaments administrés. En pratique, d’autres facteurs interviennent également dans la mise en place du traitement, notamment lorsque l’administration par voie locale est envisagée. Le tempérament de l’animal, les moyens de contention disponibles et la vision résiduelle, sont ainsi autant de facteurs qui influencent le choix.

Trois voies d’administration sont utilisables :

- l’administration de topiques ophtalmiques ;

- ledépôt (injection) de substances (antibiotiques et anti-inflammatoires principalement) directement dans l’œil ou dans ses annexes ;

- l’administration parentérale.

Prendre en compte la faisabilité

Si l’objectif reste le même, que l’affection touche un seul animal de l’élevage ou plusieurs (comme lors de kératoconjonctivite infectieuse), le choix du traitement instauré, et notamment la voie d’administration, doit prendre en compte sa faisabilité et le temps nécessaire à sa réalisation. Il convient de considérer les caractéristiques du tissu concerné (en termes de diffusion locale ou de risque de dispersion systémique et de douleur, donc d’intolérance). Les propriétés pharmacocinétiques, et surtout physicochimiques, des médicaments entrent également en jeu (risque d’intolérance locale, puis de diffusion).

Un traitement sous-conjonctival permet d’injecter de petites doses qui délivrent des concentrations élevées à proximité du point d’injection, il est donc plus économique. Le risque d’intolérance locale n’est toutefois pas négligeable (selon les produits et la sensibilité de la conjonctive). Le geste doit être précis car l’injection peut être mal réalisée. En outre, cette voie est incompatible avec des traitements longs qui nécessitent plusieurs administrations.

L’injection sous-conjonctivale constitue plutôt un traitement d’appoint, notamment pour diminuer la douleur et assurer une première application d’antibiotiques. La kératoconjonctivite infectieuse bovine représente l’indication majeure de ce type de traitement.

Imposer un temps d’attente

Les substances administrées par voie sous-conjonctivale sont généralement des antibiotiques (pénicillines le plus souvent) et des anti-inflammatoires stéroïdiens (cortisone ou dexaméthasone formulation retard). Leurs effets persistent de quelques heures à plusieurs jours. Les principes actifs administrés diffusent directement dans le stroma et la sclère. La diffusion dans l’organisme est équivalente à celle d’une voie sous-cutanée, avec toutefois des doses moindres pour les antibiotiques. Des temps d’attente de lait et de viande identiques à ceux appliqués lors d’administration systémique sont indiqués, en particulier pour le lait. Des inhibiteurs peuvent être retrouvés dans le lait, surtout avec les bétalactamines.

De nombreuses études montrent qu’un traitement par voie parentérale donne des résultats au moins aussi satisfaisants que l’injection sous-conjonctivale seule lors de maladies infectieuses de l’œil (par exemple tétracyclines ou bétalactamines, associées ou non à des anti-inflammatoires). Grâce à l’inflammation oculaire marquée lors d’infection, les principes actifs administrés par voie parentérale diffusent en général bien dans l’œil. L’injection sous-conjonctivale peut alors rester un traitement adjuvant. Il convient toutefois de ne pas négliger ses inconvénients en terme de faisabilité, surtout lorsque les moyens humains et matériels pour une contention efficace ne sont pas disponibles dans l’élevage.

Remerciements à Simon Bouisset, à Nora Cesbron, à Dorothée Ledoux et à Nicolas Elissal.

  • - Bouisset S. Les anesthésies loco-régionales : l’anesthésie du nerf auriculopalpébral et de la corne. L’anesthésie de l’œil. Bull. GTV. 1999 ; 4-5.
  • - George LW, Keefe T, Daigneault J. Effectiveness of two benzathine cloxacillin formulations for treatment of naturally occurring infectious bovine keratoconjunctivitis. Am. J. Vet. Res. 1989 ; 50 : 1170-1174.
  • - Merideth, Reuben E, Wolf, Dan E. Ophthalmic examination and therapeutic techniques in the horse. Comp. Cont. Educ. Pract. Vet. 1981 ; 3 : S426-S433.
  • - Shell, John W. Pharmacokinetics of topically applied ophthalmic drugs. Survey of Ophthalmology. 1982 ; 26(4): 207-218.

Matériel nécessairePour réaliser une injection sous-conjonctivale, le matériel est simple : une aiguille de 25 à 27 gauge et une seringue de2ml (quantité injectée : 0,5 ml chez les ovins ; 1 ml chez les bovins).

Anesthésie du nerf auriculo-palpébralUne contention musclée est nécessaire. Une anesthésie locale préalable est en outre fortement recommandée. L’instillation de collyre à base de lidocaïne peut suffire, à condition de laisser au médicament le temps d’agir. Dans le cas contraire, il convient d’anesthésier le nerf auriculo-palpébral. Une aiguille hypodermique courte de 25 mm x 10/10 est implantée sous la peau à distance de l’œil, au niveau de l’extrémité caudale de l’arcade zygomatique. 5 ml de lidocaïne à 2 % sont injectés.

Anesthésie locale rétrobulbaireL’anesthésie locorégionale rétrobulbaire constitue une alternative à la voie sous-conjonctivale. La technique utilisée est identique mais avec des aiguilles plus longues. Les principes actifs diffusent toutefois moins dans les lésions par cette voie (notamment lors de kératite). L’index de la main libre sert de guide à l’aiguille (60 mm x 10/10). Celle-ci chemine sur 8 cm vers l’arrière du bulbe. 10 ml de lidocaïne à 2 % sont injectés. L’anesthésie est obtenue en dix minutes environ.

Anesthésie de Peterson Il est également possible de recourir à une anesthésie de Peterson. Une aiguille de 25 mm x 20/10 sert de guide à une autre, de 120 mm x 10/10. Elles sont insérées au niveau de la jonction du processus frontal de l’os zygomatique et de l’arcade zygomatique et doivent pénétrer sur 5 cm. 15 ml de lidocaïne à 2 % sont injectés. L’anesthésie survient un peu plus tardivement qu’avec les autres voies (quinze minutes).

2 Injection sous-conjonctivaleL’injection est réalisée sous la conjonctive bulbaire, au plus près de la lésion pour un effet maximal et à aiguille montée.

3 PrécautionsLa pénétration de l’aiguille doit se faire d’un coup sec et franc, le globe ayant tendance à fuir ou à tourner sous l’aiguille. Il convient de suivre une direction tangentielle au globe oculaire, pour limiter le risque de transpercer le globe. La main tenant la seringue doit rester au maximum contre la tête du bovin afin de suivre les éventuels mouvements.

4 Solution alternative : injection sous-cutanée intrapalpébraleLes injections peuvent aussi être réalisées dans la paupière (voie sous-cutanée ou intraconjonctivale). L’injection sous-cutanée dans la paupière est facile à réaliser, mais la diffusion dans la sclère et la cornée est quasi inexistante par cette voie. Celle-ci est donc presque sans intérêt pour le traitement des kératites infectieuses, qui constituent pourtant l’indication majeure de la mise en place d’un traitement local ophtalmique.

5 Injection conjonctivale sous-palpébraleUne injection dans la conjonctive sous la paupière est préférable à une injection sous-cutanée intrapalpébrale car cette voie autorise une certaine diffusion à partir du point d’injection.