Le point Vétérinaire n° 240 du 01/11/2003
 

ANTICORPS SÉRONEUTRALISANTS ANTI-BVD

Pratiquer

CAS CLINIQUE

Catherine Journel*, Vincent Auvigne**


*40, rue de la Madeleine,
22210 La Chèze
**Ekipaj,
4, allée Charles-Gounod,
35760 Saint-Grégoire

Dans un troupeau où les rappels de vaccination BVD sont effectués tous les ans à date fixe, les titres en anticorps séroneutralisants dans le colostrum des vaches ne sont pas influencés par l’intervalle entre la vaccination et le vêlage.

Résumé

Dans un élevage où les rappels annuels de vaccination contre le virus BVD/MD sont réalisés à date fixe, mais où les dates de vêlage sont réparties sur toute l’année, les titres en anticorps séroneutralisants dans le colostrum des vaches ont été mesurés sur une période d’un an. Aucune influence de l’intervalle séparant le vêlage du dernier rappel de vaccination sur le titre du colostrum en anticorps séroneutralisants anti-BVD n’a pu être mise en évidence. Aucune influence du rang de lactation des vaches n’a non plus été démontrée. Ces résultats préliminaires ne remettent donc pas en cause la stratégie vaccinale du rappel annuel à date fixe, quelles que soient les dates de vêlage. Ce protocole est très apprécié des éleveurs en raison de son aspect pratique. Il reste à apprécier toutefois dans quelle mesure les titres en anticorps séroneutralisants présents dans le colostrum sont reliés aux titres en anticorps protecteurs circulants chez le veau après la buvée colostrale.

Afin de faciliter la mise en œuvre de la vaccination des cheptels bovins contre le virus de la diarrhée virale bovine/maladie des muqueuses (virus BVD), un protocole simplifié est souvent proposé aux éleveurs laitiers. Il consiste, en primovaccination, à vacciner simultanément tous les bovins du troupeau âgés de plus de six mois deux fois à trois semaines d’intervalle. Un rappel général est réalisé par la suite chaque année, à date fixe, chez tous les bovins ayant déjà été vaccinés. À cette occasion, les jeunes bovins nés au cours de l’année précédente reçoivent la première injection de primovaccination, la seconde étant réalisée trois semaines plus tard.

Lorsque la vaccination est réalisée dans un cheptel infecté, la recherche des IPI et leur élimination sont mises en œuvre systématiquement.

Ce protocole est très apprécié des éleveurs en raison de sa facilité de mise en œuvre. Il diminue le risque d’oubli des rappels, qui est un des principaux facteurs limitants de l’efficacité de bon nombre de protocoles vaccinaux en élevage bovin. L’éleveur réalise la vaccination une fois par an, y consacre une demi-journée et n’a plus à s’en préoccuper pendant un an. En outre, une relance par courrier de la part de son vétérinaire, qui connaît la date d’achat des vaccins, permet de mettre en place une relation d’encadrement de la vaccination comme elle est fréquemment réalisée à titre individuel en vaccinations canine et féline. D’un point de vue économique, la vaccination groupée de la totalité du cheptel permet aussi à l’éleveur de travailler avec des conditionnements de vaccins supérieurs, donc moins coûteux.

Cependant, dans les troupeaux laitiers, les vêlages sont souvent étalés sur toute l’année. On est alors en droit de se demander si les vaches qui vêlent avant la date de rappel annuel (c'est-à-dire dont le vêlage a lieu de nombreux mois après le dernier rappel vaccinal) possèdent encore suffisamment d’anticorps séroneutralisants dans leur colostrum pour protéger le veau nouveau-né à la naissance.

Deux questions doivent donc être envisagées : celle de l’efficacité du transfert colostral et celle de l’influence de l’intervalle entre la date du rappel et le vêlage, associée éventuellement à celle du rang de vêlage (donc de l’âge de l’animal), sur le titre colostral en anticorps séroneutralisants anti-BVD.

Une expérimentation est en cours afin de mesurer l’efficacité du transfert colostral, qui repose sur la comparaison du titre en anticorps dans le sang de la vache gravide avant la mise bas, du titre en anticorps dans le colostrum et du titre en anticorps circulants chez le veau âgé de cinq à dix jours. Préalablement, les titres en anticorps séroneutralisants dans le colostrum de vaches d’un troupeau pour lequel les rappels de vaccination BVD sont administrés annuellement à date fixe depuis plusieurs années ont été étudiés.

Le troupeau

Le troupeau de l’étude est un cheptel laitier des Côtes-d’Armor, qui comprend quarante-cinq vaches Prim’Hostein dont vingt-deux pluripares (PHOTO 1). L’étude préalable a été réalisée au cours de l’année 2001 sur les colostrums issus de ces vingt-deux vaches. Les primipares ont été volontairement exclues en raison de l’hétérogénéité de la qualité du colostrum des génisses.

Dans cet élevage, la vaccination systématique du cheptel est en place depuis 1995 (le vaccin utilisé est le Rispoval® RS-BVD, vaccin atténué dirigé contre les virus RSV et BVD). Les rappels sont administrés tous les ans entre les 15 et 20 novembre, alors que les vêlages sont répartis sur toute l’année.

Le cheptel est classé « A » selon la classification du Groupement de défense sanitaire des Côtes-d’Armor en matière de BVD (absence d’animaux séropositifs en sérologie P80 à la suite de trois analyses réalisées à six mois d’intervalle dans le lait de grand mélange des vaches en lactation). En outre, aucune circulation du virus sauvage n’a été mise en évidence : des tests sérologiques individuels (tests Elisa P80) réalisés chez les génisses non vaccinées âgées de six à douze mois au cours de l’hiver 2001 ont été négatifs. Il est donc possible de supposer que l’élevage n’a été le siège d’aucune infection récente par un virus BVD sauvage.

L’étude

1. Prélèvements

Entre les deux dates de rappel de vaccination de 2000 (15 novembre) et de 2001 (20novembre), lors de chaque vêlage de vache pluripare, un échantillon de colostrum issu de la première traite a été prélevé par l’éleveur dans un pot stérile de 20 ml et conservé au congélateur (- 17 °C ).

Chaque échantillon a été identifié avec le numéro de la vache, la date et le rang de vêlage. Tous les échantillons collectés ont été recensés dans un tableau reprenant ces informations et ont été acheminés après identification banalisée vers le centre d’analyses de laboratoire de Pfizer-Santé animale, à Louvain-la-Neuve (Belgique).

2. Réalisation des dosages sérologiques

Les colostrums ont été centrifugés et les analyses ont été réalisées sur le lactosérum obtenu.

Le test de séroneutralisation permet la mise en évidence des anticorps séroneutralisants par inhibition de la croissance d’une quantité déterminée de virus BVD (souche RIT 4350, souche homologue à la souche vaccinale utilisée dans l’élevage) inoculée sur tapis cellulaire. Le titre d’un sérum est le logarithme base 2 de l’inverse de la dernière dilution pour laquelle une séroneutralisation d’au moins 50 % du virus BVD est obtenue. Le sérum de référence négatif donne un titre inférieur à 2.

3. Analyse

L’effet de la date du rappel de vaccination et du rang de lactation de la vache sur le titre en anticorps séroneutralisants des vingt-deux échantillons a été étudié en utilisant des tests de corrélation et des comparaisons de moyenne des titres en anticorps pour les colostrums regroupés selon l’intervalle qui sépare la date de vaccination de celle du vêlage et selon le rang de lactation de la vache.

Les résultats

1. Résultats individuels

Les résultats individuels pour chacun des colostrums et les caractéristiques des vaches (date de vêlage et rang de lactation) sont présentés dans le TABLEAU « Description de la population d’étude. Résultats individuels ».

Pour dix-huit colostrums sur vingt-deux, les titres en anticorps séroneutralisants sont supérieurs à 5 (voir la FIGURE « Répartition des titres en anticorps séroneutralisants dans les colostrums étudiés »). Ils sont supérieurs à 6 pour seize d’entre eux. Le titre moyen en anticorps séroneutralisants est de 8,1.

L’intervalle moyen entre la date de rappel de vaccination et celle du vêlage est de 209 jours (soit environ sept mois). L’intervalle minimal est de 60 jours, l’intervalle maximal est de 340 jours. Le rang moyen de lactation est de 4,8 (minimum 2, maximum 9).

2. Relation entre l’intervalle vaccination-vêlage et le titre en anticorps dans le colostrum

L’analyse statistique des résultats n’a pas permis de mettre en évidence une relation entre l’intervalle vaccination-vêlage et le titre en anticorps dans le colostrum (R2 = 0,01 ; p = 0,59) (voir la FIGURE « Relation entre l’intervalle vaccination-vêlage et le titre du colostrum en anticorps séroneutralisants »).

Lorsque les colostrums sont répartis en deux groupes (colostrums issus des vaches chez lesquelles l’intervalle vaccination-vêlage est supérieur ou inférieur à 220 jours), la comparaison des titres moyens à l’aide d’un test de Mann et Whitney montre qu’il n’y a pas de différence significative (p = 0,92) des titres en anticorps séroneutralisants selon cet intervalle (voir le TABLEAU « Comparaison des titres en anticorps chez les vaches qui vêlent à plus ou à moins de 220 jours du rappel de vaccination »).

3. Relation entre le rang de lactation et le titre en anticorps dans le colostrum

L’analyse statistique des résultats par un test de corrélation n’a pas permis de mettre en évidence une relation entre le rang de lactation et le titre en anticorps dans le colostrum (R2 = 0,05 ; p = 0,31) (voir la FIGURE « Relation entre le rang de lactation et le titre du colostrum en anticorps séroneutralisants »).

Lorsque les vaches sont réparties en deux groupes selon leur rang de lactation (vaches en 2e, en 3e et en 4e lactation dans un groupe et à plus de quatre lactations dans l’autre), la comparaison des titres moyens à l’aide d’un test de Mann et Whitney montre qu’il n’y a pas de différence significative (p = 0,43) des titres en anticorps séroneutralisants entre les jeunes et les vieilles vaches (voir le TABLEAU « Comparaison des titres en anticorps chez des vaches jeunes et des vaches à plus de cinq lactations »).

Dans ce troupeau, aucune influence du rang de lactation ou de l’intervalle entre la dernière vaccination et le vêlage sur les titres en anticorps séroneutralisants dans le colostrum des vaches pluripares n’a pu être mise en évidence.

La portée des résultats est limitée par le faible effectif (un élevage, vingt-deux vaches), par l’exclusion des génisses et par l’absence d’un lot témoin. Bien que les titres en anticorps séroneutralisants présents dans le colostrum semblent satisfaisants, cette première étude ne permet pas de statuer sur le transfert effectif d’immunoglobulines chez les veaux (PHOTO 2).

Elle apporte toutefois un premier élément de réponse : la stratégie vaccinale étudiée n’est pas remise en cause. La seconde étude, relative à la mesure de l’efficacité du transfert colostral, dont l’analyse est actuellement en cours et dont les résultats seront présentés prochainement, devrait apporter des éléments supplémentaires.

PHOTO 1. Les titres en anticorps séroneutralisants anti-BVD ont été mesurés dans le colostrum de vingt-deux vaches multipares d’un élevage des Côtes-d’Armor lors de vaccination annuelle à date fixe contre le BVD.

PHOTO 2. La relation entre le titre en anticorps séroneutralisants dans le colostrum et la protection effective du veau doit être objectivée.

Description de la population d’étude. Résultats individuels

Comparaison des titres en anticorps chez les vaches qui vêlent à plus ou à moins de 220 jours du rappel de vaccination

Comparaison des titres en anticorps chez des vaches jeunes et des vaches à plus de cinq lactations