Le point Vétérinaire n° 240 du 01/11/2003
 

PRÉLÈVEMENT SANGUIN CHEZ LES RONGUEURS DE COMPAGNIE

Pratiquer

EN IMAGES

François Courtin*, Olivier Caron**


*Clinique vétérinaire, 26 rue Henri Barbusse, 72000 Le Mans

Le prélèvement de sang à la veine saphène latérale peut être réalisé sur la majorité des rongeurs de compagnie, endormis ou vigiles.

Le prélèvement de sang chez les rongeurs de compagnie peut être réalisé dans le but d’établir un diagnostic hématologique et/ou biochimique [1], avec un nombre de paramètres déterminé par la quantité de sang qu’il est possible d’obtenir. Unminimum d’une goutte permet ainsi de réaliser un étalement sur lame ou la mesure d’un paramètre biochimique (sur Reflotron®). Avec 0,1 millilitre, suivant les automates, un bilan hématologique et (ou) un (plusieurs) paramètre(s) biochimique peuvent être obtenus.

En théorie, le praticien se satisfait de prélever à partir d’une veine superficielle. Malheureusement, chez le cobaye, comme chez les autres petits rongeurs, cette procédure n’est pas aisée car les veines superficielles sont de petit diamètre et les animaux souvent farouches. Les veines de l’oreille ont été recommandées [1, 3] mais elles ne permettent de récolter que quelques gouttes. Les veines jugulaires sont difficiles d’accès sur l’animal vigile [4] et elles nécessitent une contention à deux opérateurs [1] assez stressante pour les animaux. Les avantages et les inconvénients des autres options ont été passés en revue [2, 3] (voir le TABLEAU « Différents sites de prise de sangchezlesrongeurs de compagnie… »). Selon notre expérience, la veine saphèneexterne est une option intéressante qui peut-être utilisée sur la majorité des rongeurs, anesthésiés [5] ou vigiles [4].

Si le récipient est adapté à la taille du rongeur, la tranquillisation de l’animal n’est pas obligatoire. Avec de l’entraînement, cette procédure peut même être réalisée sans aide [4] sur le cobaye, le hamster, la souris, le rat et l’octodon. En cas de besoin, les posologies indicatives pour la médétomidine sont disponibles auprès du laboratoire pour de nombreuses espèces de rongeurs (AMM non validée pour ces espèces).

  • 1 - Boussarie D. La consultation du cobaye domestique. Point Vét. 1996. 28(177): 205-213.
  • 2 - Boussarie D. Prélèvements de sang et d’urine chez les petits mammifères. Point Vét. 1999 ;(30): 607-608.
  • 3 - Joint working group on refinement. Removal of blood from laboratory mammals and birds. Lab. Anim. 1993. 27 ; 1-22.
  • 4 - Hem, Smith, Solberg. Saphenous vein puncture for blood sampling of the mouse, rat, hamster, gerbil, guinea pig, ferret and mink. Lab. Anim. 1998 ; 32 : 364-368.
  • 5 - Nau, Schunck. Cannulation of the lateral saphenous vein a rapid method to gain access to the venous circulation in anaesthetized guinea pigs. Lab. Anim. 1993 ; 27 : 23-25.
  • 6 - Stuhlman, Packer, Rose. Repeated blood sampling of Mystromys albicaudatus. Lab. Anim. Sci. 1972 ; 22 : 268-270.

Contention La contention est facilitée grâce à une bouteille plastique de taille adaptée au sujet (par exemple, une bouteille d’un litre avec un diamètre de 8 cm pour un cochon d’Inde pesant 500 g, un tube à prélèvement de 50 ml pour une souris). Le fond du récipient est découpé et le bouchon est retiré. Quelques trous supplémentaires sont éventuellement percés pour la respiration.

Un libre accès aux membres postérieurs Le récipient est présenté au rongeur : celui-ci va le plus souvent essayer de s’y blottir, écoutant son instinct de fuite vers un refuge. Cette contention est avantageuse puisqu’elle immobilise l’animal, tout en mettant à disposition les membres postérieurs.

Membre postérieur immobilisé en extension D’une main ferme, mais souple, le membre postérieur est immobilisé en extension au niveau du genou et une pression est exercée avec le pouce afin de faire un « garrot » sur la face latérale de la cuisse. De l’autre main, la face latérale du tibia peut être tondue au-dessus du talon, puis une solution antiseptique est appliquée.

La veine est bien visible La veine saphène externe apparaît aisément au-dessus du talon.

0,1 millilitre Chez un cobaye, il est possible de récolter avec succès « goutte-à-goutte » des volumes de l’ordre de 0,1 millilitres avec des aiguilles de diamètre 0,5 à 0,6 mm suivant la taille de l’animal. L’hémostase est obtenue rapidement après le relâchement de la contention, sans même nécessiter de pansement sur le site de ponction.

Longueur et diamètre du récipient Le succès de cette méthode réside surtout dans le choix de la longueur et du diamètre du récipient, car l’animal doit se trouver suffisamment serré pour ne pas pouvoir se retourner et sa longueur doit être adaptée pour ne laisser que les membres postérieurs à disposition. Il est donc essentiel de collectionner de nombreux récipients de différentes tailles.

Récolte de sang selon la taille Pour les rongeurs qui pèsent plus de 400 g (rat, cobaye), la veine est généralement de calibre suffisant pour pouvoir récolter 0,1 ml, voire plus avec l’aiguille. Chez les autres petits rongeurs (souris, hamster, gerbille, écureuil), il est illusoire d’espérer récolter davantage que quelques gouttes.

Ponction de la veine Il est alors conseillé de simplement ponctionner la veine avec une aiguille de 0,6mm de diamètre [4].

Récolte de sang par capillarité Le sang qui émerge sur le site de ponction est récolté par capillarité avec un tube à hématocrite. La couleur de la peau est un facteur limitant pour repérer la veine saphène externe, comme chez l’octodon.

Différents sites de prise de sang chez les rongeurs de compagnie, volumes potentiels, avantages et inconvénients

D’après [2,3,6] et expérience personnelle.