Le point Vétérinaire n° 240 du 01/11/2003
 

UVÉITE CHEZ UN CHIEN

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Claude Desfontis

Unité de pharmacologie et de toxicologie, ENVN

Le traitement d’une uvéite post-traumatique a pour objectifs de lutter contre la douleur, de limiter l’inflammation et de prévenir la formation de synéchies.

Un chien de race épagneul breton pesant 13 kg est victime d’un accident de la voie publique. Il est présenté à la consultation deux jours plus tard pour un œil rouge et larmoyant.

Le diagnostic clinique d’uvéite post-traumatique, sans pénétration de corps étranger, est établi et un traitement médical est mis en place afin de lutter contre la douleur, de limiter l’inflammation et de prévenir la formation de synéchies.

VT Doses Atropine 1 %® : Pour limiter le risque de synéchies

VT Doses Atropine 1 %® est un collyre à base de sulfate d’atropine, antagoniste cholinergique. L’atropine présente un effet mydriatique (dilatation pupillaire) qui limite le risque de synéchies.

Elle possède également une action cycloplégique (mise au repos du muscle ciliaire), ce qui inhibe fortement la douleur intra-oculaire créée par le spasme ciliaire lors d’uvéite antérieure. Devant une uvéite sévère, il est préconisé d’administrer de l’atropine fréquemment jusqu’à l’obtention de la dilatation pupillaire, puis de maintenir celle-ci par des instillations plus espacées. L’instillation d’atropine élève la pression intra-oculaire ; il convient donc de surveiller les animaux atteints d’une hypertension oculaire.

De même, l’instillation d’atropine diminue la sécrétion lacrymale ; chez les animaux qui présentent un déficit de sécrétion lacrymale, elle est ainsi susceptible d’induire une kératoconjonctivite sèche aiguë.

Tolfédine® : Pour son action anti-inflammatoire et analgésique

Tolfédine® contient 60 mg d’acide tolfénamique par comprimé. Anti-inflammatoire non stéroïdien appartenant au groupe des fénamates, l’acide tolfénamique possède des propriétés anti-inflammatoires, analgésiques et antipyrétiques.

Lors d’uvéite, il lutte contre l’inflammation de l’iris, en particulier en réduisant l’exsudation uvéale, et diminue la sensibilité de l’animal à la douleur, par sa valence analgésique.

Baytril® : Sans intérêt en l’absence d’infection

Baytril® contient 50 mg d’enrofloxacine par comprimé. Quinolone de troisième génération, l’enrofloxacine possède un large spectre d’activité et se caractérise par sa distribution tissulaire homogène. La prescription d’enrofloxacine, et plus généralement celle d’un antibiotique, n’est pas utile dans le cas de l’uvéite post-traumatique décrite ici. Elle serait en revanche nécessaire lors d’uvéite d’origine infectieuse.

Béta-septigen® : Pour la corticothérapie locale

Béta-septigen® collyre contient une association de gentamicine et de bétaméthasone.

La gentamicine, antibiotique de la famille des aminocyclitols, ne présente pas d’intérêt dans le cas présent. Elle assure uniquement une couverture antibiotique à titre préventif. La bétaméthasone est un anti-inflammatoire stéroïdien qui possède une puissante activité anti-inflammatoire, avec une bonne résorption intra-oculaire et une durée d’action assez longue (demi-vie d’élimination doublée par rapport à l’hydrocortisone ou à la dexaméthasone).

La bétaméthasone diminue l’inflammation de l’iris et prévient la formation des adhérences (synéchies) entre l’iris et le cristallin ou la cornée.

Fiches DMV des médicaments :

Béta-Septigen collyre®, Tolfédine 60 mg®, Baytril 50 mg®, VT Doses Atropine 1 %®.

En savoir plus

– Augsburger A, Zara J. Ophtalmologie des carnivores domestiques. Les uvéites du chien et du chat : étude générale. Point Vét. 2001 ; 32(217): 32-38.

– Bouhanna L. Intérêt des anti-inflammatoires non stéroïdiens en topique lors d’uvéite traumatique. Semaine Vét. 1998 ;(890): 20.

– Marot O, Jégou J-P. L’œil rouge : protocole d’approche pour le diagnostic différentiel. Point Vét. 1988 ; 20(112): 125-134.

– Zara J, Augsburger A.-S. Ophtalmologie des carnivores domestiques. Les uvéites du chien et du chat : étude spéciale. Point Vét. 2001 ; 32(218): 20-26.