Le point Vétérinaire n° 240 du 01/11/2003
 

VERMIFUGATION ÉQUINE CONTRE LES PETITS STRONGLES

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

En hiver, les larves de cyathostomes font de la résistance en hypobiose. La moxidectine en élimine 90 % en une seule prise chez les chevaux.

Un cheval est vermifugé correctement, mais il présente une colique en début d’hiver ou en début de printemps. L’étiologie vermineuse est alors rapidement exclue, parfois à tort, car les larves de petits strongles (ou cyathostomes) enkystées, et inhibées en hiver ne sont pas ou peu atteintes par les vermifuges classiques, avermectines incluses. Ces cyathostomes pourraient ainsi être considérés comme la première cause de coliques en terme de fréquence.

Enkystement obligatoire

Les petits strongles sont ainsi souvent décrits comme des parasites émergents et méconnus. En effet, contrairement aux grands strongles, les formes de résistances dans la muqueuse digestive par l’hypobiose des larves leur permettent de résister aux vermifuges (voir la FIGURE « Les cycles des cyathostomes et les antiparasitaires efficaces selon les stades »).

Un diagnostic difficile

Ils sont peu diagnostiqués, car même la coproscopie ne permet pas de séparer facilement les œufs de grands strongles des œufs de cyathostomes. La coproculture qui permet cette diagnose est une méthode plus longue et peu répandue. Pendant la phase d’hypobiose, les chevaux peuvent être infestés de larves L3 enkystées et inhibées sans pour autant rejeter un grand nombre d’œufs.

Deux molécules

Seules deux molécules ont démontré leur activité sur les larves enkystées et en hypobiose de cyathostomes pendant l’hiver. Le fenbendazole nécessite une administration pendant cinq jours et une solution galénique spécifique (Panacur® Equine Guard en flacon de 225 ml, correspondant au traitement d’un cheval de 600 kg pendant cinq jours).

La moxidectine en une prise

Depuis quelques mois, la moxidectine (Equest®) bénéficie aussi de cette indication dans son AMM, mais en une seule prise. Ses indications incluent désormais depuis quelques semaines l’efficacité contre les larves de petits strongles enkystées (LL3 et LL4) et surtout inhibées (EL3) dans la muqueuse digestive pendant l’hiver. Ces mentions sont étayées par la démonstration de l’efficacité par deux études cliniques comparatives contre placebo.

Plus de 90 %

Ces deux études britanniques appuient l’efficacité de la moxidectine en gel oral sur au moins 90 % des larves inhibées (EL3) en hiver et à plus de 99,9 %contreles larves enkystées, mais non inhibées (LL3et LL4). Ces études nécessitent l’autopsie des animaux traités et témoins pour pouvoir dénombrer les petits strongles effectivement présents, en particulier les kystes dans la muqueuse. Elles incluent donc un nombre relativement réduit d’animaux (dix-huit poneys dans chaque étude). Les résultats n’en sont pas moins démonstratifs par rapport à un placebo. Les animaux sont infestés naturellement par les pâtures. Deux mois après la rentrée des chevaux aux boxes, ils sont traités, soit par le gel oral de moxidectine (Equest®), soit par un gel placebo. Huit semaines plus tard, tous les chevaux sont autopsiés pour un comptage parasitaire des adultes, des larves dans l’intestin et des larves enkystées dans la muqueuse (voir le TABLEAU « Résultats des traitements sur le nombre moyen de cyathostomes après autopsie »).

La résistance aux benzimidazoles

Equest® bénéficie de cette indication inhabituelle en une seule prise. Il peut donc être facilement intégré au calendrier de vermifugation classique des chevaux. En outre, la moxidectine est active contre les petits strongles résistants aux benzimidazoles. En Europe, cette résistance semble assez répandue : de 52 % à 100 % en Irlande, en Autriche, en Allemagne, et au Danemark. En France, une étude du laboratoire de Dozulé (Afssa) sur seize élevages normands (194 chevaux) montre que seulement 37,5 % de ces élevages (6/16) ne présenteraient pas de résistance, alors que 62,5 % (10/16) en présenteraient. La résistance aux benzimidazoles est définie dans ces élevages comme une réduction des OPG inférieure à 90 % après traitement à un benzimidazole. À l’inverse, le benzimidazole est donc considéré comme efficace sur des strongles sensibles si la réduction des OPG est comprise entre 90 et 100 %.

Encore plus lipophile

Par rapport à l’ivermectine, l’efficacité de la moxidectine pourrait s’expliquer, non par son mode d’action identique sur les parasites, mais par la diffusion pharmacocinétique de cette molécule. La moxidectine, de la famille des milbémycines, est encore plus lipophile que les avermectines par l’absence de groupement osidique sur le cycle lactone. Elle semble alors capable de pénétrer davantage dans les kystes pour atteindre les larves inhibées à des concentrations efficaces et les éliminer à plus de 90 % (et non à 99 ou 100 % comme pour les autres formes parasitaires). À l’inverse, les kystes protègent les larves inhibées de l’action de la plupart des autres antiparasitaires. Cette efficacité de la moxidectine est d’autant plus intéressante que ces parasites enkystés et inhibés constituent 70 % des formes parasitaires de petits strongles et ne sont pas atteints par les autres vermifuges.

Encore plus rémanent

Cettelipophilieaccrue explique aussi une rémanence augmentée de la moxidectine par rapport aux autres antiparasitaires. Le résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP) indique ainsi que « l’excrétion des œufs des petits strongles est supprimée pendant 90 jours ». Selon une étude comparative, la réduction de l’OPG est encore de 95 % à seize semaines chez les chevaux traités parla moxidectine, alors qu’elle est absente à cette date dans les deux autres lots traités par l’ivermectine ou par le fenbendazole.

Pas de résistance croisée

En outre, les différences structurales déjà citées entre la moxidectine et les avermectines expliquent l’absence de résistance croisée entre ces deux familles. Pour le moment, aucune résistance n’a été identifiée à la moxidectine dans toutes les espèces, ni aux avermectines chez les chevaux.

Mais un peu plus cher

Ces atouts font aussi de la moxidectine, le vermifuge à prise unique le plus cher du marché actuel mais avec une différence de prix assez faible, soit d’environ 10 %, par rapport à l’ivermectine.

La moxidectine s’administre à une dose de 0,4 mg/kg, le double de celle recommandée pour l’ivermectine (0,2 mg/kg).

Contre-indiqué chez les poulains de moins de quatre mois

Equest® est contre-indiqué, selon l’AMM, pour les jeunes poulains de moins de quatre mois. En revanche, l’innocuité a été démontrée chez les juments gestantes ou en lactation. Lors de surdosage, des signes d’effets indésirables (dépression, ataxie, flaccidité de la lèvre) peuvent apparaître à partir de deux fois la dose thérapeutique chez les poulains et de trois fois chez les adultes. Il est donc recommandé, chez les jeunes poulains, de déterminer la dose à administrer avec plus de précision que chez l’adulte afin de diminuer le risque de surdosage.

En savoir plus

– Love S, Duncan J.-L. Parasitisme à « petits strongles » chez le cheval

Point Vét. 1988 ; 20(114) : 457-463.

– Thébault A. Les protocoles de vermifugation des chevaux. Point Vét. 2003 ; 34(234) : 48-53.

Les cycles des cyathostomes et les antiparasitaires efficaces selon les stades

Les formes de résistances des petits strongles dans la muqueuse digestive leur permettent de résister aux vermifuges. EL : larves inhibées. LL : larves enkystées mais non inhibées. L : larves.

Résultats des traitements sur le nombre moyen de cyathostomes après autopsie

Les moyennes géométriques des parasites évaluent l’infestation huit semaines après l’administration de la moxidectine ou d’un placebo. Le calcul d’efficacité est calculé à partir de ces moyennes géométriques. À cette saison (hiver), les petits strongles présents chez les chevaux autopsiés témoins sont principalement sous formes de kystes des larves inhibées ou en hypobiose. (1) Étude publiée : Vet. Record. 2001 ; 148 : 138-141 (Bairden K. et al.).