Le point Vétérinaire n° 239 du 01/10/2003
 

CARDIOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

Se former

EN QUESTIONS-RÉPONSES

Romain Pariaut*, Stéphanie Kéroack**, Éric Troncy***


*Résident en Cardiologie
Cornell University
Hospital for animals
Ithaca, 14853, NY. États-Unis
**Faculté de médecine vétérinaire
CP 5000 St-Hyacinthe, Québec
J2S 7C6, Canada

Rencontrées au cours de nombreuses affections cardiaques, métaboliques, neurologiques et vasculaires, les syncopes nécessitent une démarche diagnostique rigoureuse.

Résumé

La syncope peut avoir une origine métabolique, vasculaire réflexe, neurologique ou cardiaque. Les arythmies ou les obstacles au remplissage ou à l’éjection du sang des ventricules peuvent déclencher des syncopes d’origine cardiaque. La démarche diagnostique repose sur une anamnèse précise et un examen clinique rigoureux, complétés par des examens complémentaires (électrocardiogramme, radiographie du thorax, mesure de la glycémie, etc.).

Motifs de consultation fréquents, les faiblesses épisodiques, les lipothymies (équivalent mineur de la syncope ou du malaise sans perte de connaissance) et les syncopes nécessitent une approche diagnostique classique, fondée avant tout sur l’historique de l’animal et les données cliniques. Leur diagnostic s’avère particulièrement difficile (l’origine de 40 % des cas de syncopes reste indéterminée chez l’homme [5] ; aucune donnée n’existe chez l’animal) en raison de leurs origines multiples et de la survenue intermittente et peu fréquente des symptômes.

Il est essentiel de déterminer en premier lieu la part d’implication de l’appareil cardiovasculaire dans les symptômes observés. Le pronostic des syncopes d’origine cardiaque est en effet particulièrement sombre (mortalité de 30 % dans l’année qui suit l’apparition des symptômes chez l’homme [3] ; les chiffres sont probablement comparables chez le chien, en particulier pour des races prédisposées comme le dobermann et le boxer) (voir l’ENCADRÉ “Conduite à tenir lors de syncope”).

Quelles sont les causes des syncopes ?

Selon leur intensité, des symptômes de fatigue d’apparition brutale et de courte durée (jusqu’à une perte de connaissance) peuvent être désignés par les termes faiblesse épisodique, lipothymie ou syncope.

Manifestation clinique la plus spectaculaire de ce syndrome, la syncope est définie par une perte de connaissance brève et complète, en général sans mouvements anormaux ni perte d’urine, suivie d’une récupération spontanée [2, 4]. Elle est causée par une hypoxie cérébrale généralement supérieure à huit secondes. Il existe des syncopes d’origine métabolique, neurologique, vasculaire réflexe et cardiaque (voir le TABLEAU “Causes majeures de syncopes chez le chien et chez le chat” ) [1].

• Les syncopes d’origine métabolique sont le plus souvent consécutives à une hypoglycémie (insulinome chez le chien âgé [1], malnutrition chez les petites espèces) et parfois à une anémie prononcée [2].

Des agents médicamenteux (hypotenseurs, diurétiques, intoxication aux digitaliques, surdosage en insuline) peuvent également entraîner des syncopes.

• Les syncopes d’origine neurologique sont rares et provoquées par une chute de la pression de perfusion cérébrale en raison d’une hypertension intracrânienne (tumeur, hémorragie, thrombo-embolie, traumatisme) [1].

• Les syncopes d’origine vasculaire réflexe sont dues à une intervention du système nerveux autonome et/ou à une sensibilité anormale des structures vagales. La syncope vasovagale est ainsi déclenchée par des événements particuliers (peur, douleur, etc.). Les syncopes réflexes regroupent les syncopes mictionnelles et celles, fréquentes chez le chien, induites par la toux (affection respiratoire obstructive, syndrome brachycéphale) [5].

• Les syncopes d’origine cardiaque sont dues à une arythmie ou à un défaut de remplissage ou d’éjection ventriculaire [1]. Elles surviennent lors d’une chute du débit cardiaque, responsable d’une hypotension qui entraîne secondairement une diminution de la perfusion cérébrale. L’hypoxie cérébrale qui en découle déclenche les symptômes. Comme le débit cardiaque est déterminé principalement par la fréquence cardiaque, par la contractilité, par le remplissage ventriculaire et par la postcharge, les affections qui modifient ces paramètres peuvent engendrer des syncopes.

Comment différencier une syncope d’une crise convulsive ?

La démarche diagnostique doit dans un premier temps permettre d’affirmer ou d’exclure une origine cardiaque. Deux circonstances peuvent se présenter.

• Si le praticien assiste à l’épisode de syncope (circonstance rare), la prise du pouls, l’auscultation, l’examen électrocardiographie et la prise de tension artérielle sont confrontés aux antécédents de l’animal et permettent dans la majorité des cas d’établir le diagnostic [5] (PHOTO 1).

• Si le praticien n’assiste pas à l’épisode de syncope (cas de loin le plus fréquent), il convient en premier lieu de différencier la syncope de la crise convulsive. Cette dernière se caractérise par une apparition sans événement déclenchant, une période d’aura, une perte de connaissance de plus longue durée que la syncope, des mouvements tonico-cloniques et une récupération longue avec confusion [1, 5].

Comment rechercher son origine cardiaque ?

Dans un deuxième temps, une origine cardiaque de la syncope doit être recherchée.

• L’interrogatoire permet de rechercher des antécédents de syncope ou de mort subite chez des animaux apparentés, ou d’affection cardiaque préexistante [5].

• L’examen physique comprend un examen complet de l’appareil cardiovasculaire ainsi qu’un examen électrocardiographie (effectuer un enregistrement de cinq minutes comprenant les six dérivations standards [5]).

• La réalisation d’un électrocardiogramme en continu (enregistrement Holter) est parfois un outil diagnostique clé (dysrythmie). Il est indiqué lorsque l’électrocardiogramme révèle un trouble du rythme et chez des races prédisposées aux syncopes secondaires à des arythmies : boxer (cardiomyopathie arythmogènique droite, sténose sous-aortique), dobermann (cardiomyopathie dilatée), schnauzer nain et west highland white terrier (sick sinus syndrome).

• Une radiographie du thorax, une numération formule sanguine et des mesures de la glycémie, de la calcémie et de la kaliémie complètent l’examen.

Lorsqu’une affection cardiaque est détectée, elle doit être explorée et traitée, même si son lien direct avec les symptômes n’est pas établi. L’échocardiographie est dans ce cas l’examen de choix [5].

• Les dysrythmies sont une cause fréquente de perte de connaissance (insuffisance chronotrope).

Les brady-arythmies regroupent les blocs atrioventriculaires du deuxième degré de haut grade (plusieurs ondes P non suivies de complexe ventriculaire) ou du troisième degré, et le syndrome de dysfonction sinusale (ou sick sinus syndrome).

Les tachy-arythmies sont les tachycardies supraventriculaires et ventriculaires. Ces affections déclenchent le plus souvent des syncopes lors de changement brutal d’exercice physique (excitation, effort).

• Les cardiomyopathies dilatées et restrictives affectent la contractilité et/ou le remplissage cardiaque et peuvent déclencher des syncopes (insuffisance systolique).

• La tamponnade cardiaque, les tumeurs intracavitaires, les cardiomyopathies hypertrophiques et les hypovolémies sévères affectent la phase de remplissage ventriculaire (insuffisance diastolique).

• Les obstacles à l’éjection ventriculaire gauche sont représentés par la sténose aortique et les obstructions dynamiques lors de cardiomyopathie hypertrophique.

• La sténose pulmonaire, l’hypertension pulmonaire, les tumeurs et la dirofilariose sont à l’origine d’obstacle à l’éjection ventriculaire droite [1, 5].

Le diagnostic des syncopes représente un défi pour le praticien. Les données de l’interrogatoire, de l’examen clinique et de l’électrocardiogramme orientent le bilan. Malgré une démarche appropriée, de nombreuses syncopes restent inexpliquées. Les mesures classiques de réanimation comprennent l’oxygénothérapie et la mise en place de cathéters intraveineux et urinaire pour assurer respectivement une fluidothérapie efficace et un suivi de la diurèse.

Conduite à tenir lors de syncope

• Réanimation : oxygénothérapie, mise en place d’un cathéter intraveineux (fluidothérapie), cathéter urinaire (suivi de la diurèse).

• Interrogatoire précis : différencier une syncope d’une crise convulsive.

• Examen clinique et examen approfondi de l’appareil cardiovasculaire

• Examens complémentaires :

- électrocardiogramme ;

- radiographie du thorax ;

- numération et formule sanguines ;

- mesures de la glycémie, de la calcémie, de la kaliémie.

• Lors d’affection cardiaque : échocardiographie

• Traitement de l’affection sous-jacente.

  • - Davidow EB, Proulx J, Woodfield JA. Syncope : Pathophysiology and differential diagnosis. Comp. Cont. Educ. Pract. Vet. 2001 ; 23(7): 608-619.
  • - Ettinger SJ. Weakness and Syncope. In : Ettinger SJ, Feldman EC. Textbook of Veterinary Internal Medicine, fifth edition. WB Saunders, Philadelphia. 2000 : 10-16.
  • - Kappoor WN. Evaluation and management of syncope. J. Amer. Vet. Med. Assn. 1992 ; 268 : 2552-2560.
  •  Kéroack S, Cadoré JL. La faiblesse et la perte de conscience en endocrinologie : présentation au travers de quelques cas cliniques. Point Vet. 2000 ; 31(numéro spécial “Endocrinologie clinique des carnivores domestiques”): 151-159.
  • - Rush JE. Syncope and episodic weakness. In : Fox PR, Sisson D, Moise NS. Canine and Feline Cardiology. Principles and Clinical Practice, second ed. WB Saunders, Philadelphia. 1999 : 446-454.

PHOTO 1. De gauche à droite, électrocardiogramme papier utilisé pour l’analyse des troubles du rythme et Doppler utilisé pour la mesure de pression artérielle par la méthode sphygmomanométrique ultrasonique.

Causes majeures de syncopes chez le chien et le chat