Le point Vétérinaire n° 238 du 01/08/2003
 

INTOLÉRANCE ALIMENTAIRE CHEZ UN CHIEN

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Claude Desfontis

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

Le traitement d’une intolérance alimentaire repose sur un régime alimentaire strict associé, lors d’une crise sévère, à une corticothérapie orale.

Un labrador âgé de deux ans (pesant 50 kg) présente depuis plusieurs mois des crises prurigineuses généralisées récidivantes, dues à une intolérance alimentaire à la viande de bœuf.

L’animal est présenté à la consultation en pleine crise. Celle-ci dure depuis deux jours. Elle est due à un écart alimentaire (le chien est en effet habituellement soumis à un régime nutritionnel strict exempt de viande de bœuf). Outre le traitement diététique, fondamental, un traitement symptomatique est mis en place afin de rompre le “cercle vicieux” du prurit, et d’éviter l’apparition secondaire de complications infectieuses.

Oro-Médrol®

Une corticothérapie orale peut se justifier

Oro-Médrol® contient 16 mg de méthylprednisolone base par comprimé. Il est indiqué dans les affections d’origine allergique, notamment les intolérances alimentaires.

La voie orale doit être privilégiée par rapport à la voie parentérale afin de maîtriser et d’adapter, si besoin, le protocole de corticothérapie.

La méthylprednisolone, corticoïde de durée d’action intermédiaire (dix-huit à trente-six heures), est rapidement résorbée par voie orale et permet de limiter les réactions allergiques médiées par l’histamine en inhibant sa synthèse et en activant sa dégradation. En raison de l’activité glucocorticoïde de la méthylprednisolone, il est préférable de terminer le traitement par un protocole à jours alternés afin d’éviter un rétrocontrôle hypophysaire trop puissant sur la libération d’ACTH. À doses identiques, l’activité de la méthylprednisolone est un peu plus élevée que celle de la prednisolone, d’où une posologie légèrement plus faible (0,8 mg/kg au lieu de 1 mg/kg). Néanmoins, les spécialités vétérinaires à base de prednisolone auraient également pu être choisies dans ce cas.

Un antihistaminique H1 aurait pu être prescrit à la place de la méthylprednisolone pour atténuer la réaction allergique à l’allergène sensibilisant. Il présente moins de risque d’effets secondaires, mais est moins efficace que la corticothérapie. Les spécialités pharmaceutiques vétérinaires sont Chlorderma® SD chiens à base de chlorphéniramine, et Histacalmine® ou Histaderm® à base de chlorphéniramine et d’hydroxyzine.

La ciclosporine (Atopica®) inhibe le fonctionnement des cellules qui déclenchent les réactions immunitaires (cellules de Langerhans et lymphocytes), ainsi que l’activité des cellules effectrices de la réponse allergique (mastocytes et éosinophiles). Dans le cas présent, sa prescription, dont la durée est au minimum de deux mois, ne se justifie pas puisqu’il s’agit de traiter une crise déclenchée par un écart alimentaire. La prescription d’un antihistaminique ou d’un corticoïde pendant une durée d’une à deux semaines est donc suffisante, si le propriétaire revient à un régime alimentaire exempt de viande de bœuf. Le choix de la thérapeutique doit être établi en fonction de l’intensité des signes cliniques associés à l’intolérance alimentaire, avec une progression : thérapeutique diététique seule en cas d’intolérance légère, associée à un antihistaminique en cas d’intolérance moyenne ou à une corticothérapie orale lors d’intolérance sévère.

Buccoval®.

Les antibiotiques n’ont aucun intérêt

Buccoval® contient de la spiramycine et du métronidazole, ce qui lui confère une activité antibactérienne et antiprotozoaire complémentaire intéressante dans le traitement des infections buccodentaires. La spiramycine est un antibiotique de la famille des macrolides, actif notamment contre les bactéries Gram positives, les leptospires et les mycoplasmes. Le métronidazole est un antibiotique de la famille des nitro-imidazoles actif contre les bactéries anaérobies, les cocci et de nombreux protozoaires (Trichomonas, Entamœba, Histomonas).

Dans le cas présent d’intolérance alimentaire, cette prescription ne se justifie pas en dehors d’une affection buccodentaire concomitante.