Le point Vétérinaire n° 238 du 01/08/2003
 

DIARRHÉES PARASITAIRES DES BOVINS

Éclairer

NOUVEAUTÉS

P.-H. Pitel

Laboratoire départemental
F. Duncombe,
1, route de Rosel,
14053 Caen Cedex 4

La giardiose est une protozoose de plus en plus étudiée, notamment en raison de son potentiel zoonotique.

L’agent responsable de lagiardiose est un parasite flagellé, Giardia duodenalis, connu sous deux formes : le trophozoïte (forme de multiplication asexuée) (PHOTO 1) et le kyste 18.

L’infection des bovins par ce protozoaire est de plus en plus étudiée en raison de son rôle possible de réservoir pour l’homme, mais aussi parce que les veaux infectés peuvent manifester des symptômes allant de l’amaigrissement à une forte diarrhée.

Rôle de la température et de l’hygrométrie

La contamination d’un animal se fait par l’ingestion de kystes. L’acidité gastrique facilite l’excystation (libération de cystes) qui se déroule dans l’intestin grêle. Les trophozoïtes ainsi produits colonisent rapidement le duodénum et le jéjunum proximal par multiplication asexuée dans les cryptes intestinales 15. L’adhésion des trophozoïtes aux villosités provoque une atrophie villositaire, des lésions des microvillosités, une déficience enzymatique et une perturbation des canaux ioniques des cellules intestinales. Ces lésions engendrent malnutrition et maldigestion, d’où les symptômes observés 1.

L’excrétion des kystes dans le milieu extérieur est intermittente 5. Il arrive que l’enkystement ne se réalise pas et que des trophozoïtes soient émis. Ces derniers ne survivent pas dans le milieu extérieur et ne sont pas contaminants. La survie des kystes dans l’environnement dépend de la température et de la teneur en eau (plus de deux mois à 8 °C, mais seulement quelques jours à 37 °C) 5.

Excrétion au moment du part

Les veaux peuvent se contaminer par voie orofécale ou orale via l’eau de boisson [11,19]. Il semble que l’excrétion de kystes de Giardia par les femelles gestantes au moment de la parturition et pendant les quatre premières semaines postpartum soit un facteur de contamination des jeunes. La périodeprépatente a été établie expérimentalement à sept à huit jours, même si des kystes ont pu être observés chez un animal âgé de quatre jours [11,19]. Plusieurs études nord-américaines ont montré une diminution de la prévalence de l’infection par Giardia chez les veaux selon l’âge [2,10,16,17]. Il semble notamment que les animaux âgés de plus de six mois soient significativement moins infectés que les animaux plus jeunes. Si l’excrétion est intermittente, la quantité de kystes rejetés dans l’environnement varie de 50 à 300 000 kystes, selon les études et les techniques de détection utilisées [4,6,19].

Un facteur de risque de diarrhée

De nombreux travaux ont étudié la prévalence de G. duodenalis chez les veaux. Jusqu’à 80 à 100 % des animaux qui ont fait l’objet de prélèvements sont infectés, mais peu d’entre eux présentent des symptômes [7,15,19]. Il semble toutefois que la présence de G. duodenalis dans les fèces d’un animal soit associée à un risque deux fois plus élevé de développer une diarrhée néonatale que chez un animal non infecté. Lors de giardiose clinique, les manifestations les plus couramment décrites consistent en une diarrhée mucofluide et en un retard de croissance, malgré un appétit et une prise de boisson conservés [9,13,20].

Multiplier les prélèvements

Le diagnostic clinique et nécropsique de la giardiose bovine est presque impossible à établir. L’infection par Giardia ne peut être objectivée qu’au laboratoire, essentiellement par la mise en évidence des kystes après flottation (dans un liquide de densité 1,2 à 1,44) ou par immunomarquage. En cas de suspicion clinique, afin de compenser le caractère intermittent de l’excrétion, il convient d’effectuer un prélèvement chez plusieurs animaux et/ou au moins trois prélèvements espacés de plusieurs jours chez le même veau.

Fenbendazole sur trois jours

Le traitement de la giardiose bovine repose essentiellement sur l’utilisation des benzimidazoles (voir le TABLEAU «Posologies pour différentes molécules étudiées dans le traitement de la giardiose bovine». Il semble que l’administration de fenbendazole à 10 ou 20 mg/kg/j pendant trois jours soit plus efficace que des traitements plus longs à des doses inférieures ou que des doses équivalentes en une seule prise.

Les mesures de prophylaxie sont globalement les mêmes que celles mises en place lors de la plupart des entérites néonatales infectieuses. Un traitement des femelles autour du part a été proposé afin de diminuer le risque de transmission mère/veau 12.

Giardia chez 1,5 % des veaux étudiés

Notre étude, menée sur deux cent cinquante veaux diarrhéiques âgés de moins de cinq mois, a révélé la présence de Giardia duodenalis chez trois animaux (1,5 %) provenant d’élevages différents (technique par flottation). Aucun autre agent pathogène classiquement reconnu responsable d’entérite néonatale n’a été identifié chez ces trois animaux. Ces derniers sont tous des veaux de race laitière âgés de moins de deux mois. Des analyses complémentaires ont été effectuées dans deux des trois cheptels touchés. Elles ont révélé, dans chaque exploitation, une forte morbidité et une faible mortalité, associées dans de nombreux cas à la présence de G. duodenalis dans les fèces. Un génotypage a révélé l’appartenance des souches isolées à l’assemblage A, pathogène pour les bovins et pour l’espèce humaine.

Contamination des eaux de forage

La recherche du protozoaire a aussi été effectuée dans l’eau provenant des différentes sources hydriques des élevages (réseau ou source de l’exploitation). Dans les trois cas, l’eau du puits de forage privé était contaminée ; celle-ci servait notamment à reconstituer le lait d’abreuvement des jeunes animaux. Dans une des exploitations, les mères des animaux contaminés ont fait l’objet d’une recherche de G. duodenalis dans les fèces par un prélèvement unique. Aucun kyste de protozoaire n’a été mis en évidence.

Un essai thérapeutique a été initié en administrant aux veaux du fenbendazole à la dose de 5 mg/kg/j pendant trois jours. Les manifestations diarrhéiques ont cessé chez tous les animaux traités alors qu’elles ont persisté chez les témoins. Les animaux traités n’étaient plus excréteurs de G. duodenalis quinze jours après le traitement, alors que les animaux témoins le sont restés. Une reprise de poids a été observée chez les premiers.

Forte prévalence dans les Pays-de-la-Loire

La giardiose clinique serait donc une cause encore faiblement diagnostiquée d’entérite néonatale bovine en France, mais elle s’accompagne d’une forte morbidité dans les élevages touchés. L’identification de l’agent pathogène en cause est d’autant plus importante que les souches isolées dans cette étude sont apparentées au génotype zoonotique.

L’importance réelle de l’infection des bovins par G. duodenalis en France reste à mieux cerner. Une forte prévalence de ce parasite a ainsi été observée lors d’une étude menée dans les Pays-de-la-Loire (élevage laitier), mais la relation entre la présence du parasite et la diarrhée n’a pu être établie.

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  • 2 - Fayer R, Trout JM, Graczyk TK et coll. Prevalence of Cryptosporidium, Giardia and Eimeria infections in post-weaned and adult cattle on three Maryland farms. Vet. Parasitol. 2000 ; 93 : 103-112.
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  • 6 - Nydam DV, Wade SE, Schaaf SL et coll. Number of Cryptosporidium parvum oocysts or Giardia spp cysts shed by dairy calves after natural infection. Am. J. Vet. Res. 2001 ; 62 : 1612-1615.
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PHOTO 1. Trophozoïte de Giardia intestinalis en microscopie électronique.

Posologies pour différentes molécules étudiées dans le traitement de la giardiose bovine

D'après 8,21