Le point Vétérinaire n° 237 du 01/07/2003
 

ANESTHÉSIE DU CHIEN ET DU CHAT

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NOUVEAUTÉS

Philippe Zeltzman

OH 45229 Cincinnati
États-Unis

Induction et réveil rapides, sûreté, le sévoflurane serait-il le gaz anesthésique idéal malgré son coût plus élevé que les autres produits ?

Le sévoflurane est un nouveau gaz anesthésique qui permet une induction et un réveil rapides de l’animal, ainsi qu’un contrôle de la profondeur de l’anesthésie. Ces caractéristiques l’ont fait largement adopter en médecine humaine, particulièrement en pédiatrie. Il commence à être de plus en plus utilisé dans les écoles vétérinaires et certaines cliniques vétérinaires françaises et nord-americaines.

Une induction et un réveil en douceur

L’induction d’un patient au masque est non seulement plus rapide qu’avec les gaz anesthésiques actuels, mais elle s’effectue également plus en douceur. En effet, contrairement à l’isoflurane, le sévoflurane n’irrite pas les voies respiratoires supérieures, ce qui réduit la salivation excessive, le spasme laryngé et les réactions de défense [2]. En outre, une induction rapide signifie moins de “pollution” de la pièce, donc une exposition moindre du personnel à l’agent volatil (induction au masque ou en “cage à inhalation” pour les chats récalcitrants). Le réveil se déroule également plus en douceur, car l’animal montre moins de phase d’excitation.

À une plus grande échelle, tout praticien qui utilise le sévoflurane participe indirectement à la protection de l’environnement. En effet, ce gaz ne contient ni ion chlorure ni ion bromure, il ne détruit donc pas la couche d’ozone…

Un vaporisateur propre au sévoflurane

Le cœfficient de solubilité dans le sang du sévoflurane est environ moitié moindre que celle de l’isoflurane (voir le TABLEAU “Comparaison du cœfficient de solubilité dans le sang…”). Plus le cœfficient de solubilité est faible, moins le gaz est soluble dans le sang et plus l’induction et le réveil sont rapides. Cela permet également des changements très rapides de la concentration alvéolaire en gaz et d’ajuster rapidement la profondeur de l’anesthésie au cours d’une intervention.

La concentration alvéolaire minimale (1) (CAM) est un indicateur de la puissance d’un gaz anesthésique. La CAM du sévoflurane est environ le double de celle de l’isoflurane. Le sévoflurane est donc moins puissant que l’isoflurane : il est donc nécessaire d’administrer une concentration supérieure, c’est-à-dire un pourcentage de gaz plus élevé.

La pression de vapeur du sévoflurane est nettement inférieure à celle de l’isoflurane, d’où le besoin d’un vaporisateur spécial (PHOTO 1), réservé au sévoflurane. En raison de la CAM supérieure du sévoflurane, le réglage maximum est également plus élevé (7 ou souvent 8 %).

La biotransformation du sévoflurane (3 %) est légèrement supérieure à celle de l’isoflurane (moins de 1 %), mais cela ne semble n’avoir aucune conséquence clinique significative. Il n’en reste pas moins que peu de données rigoureuses ont été publiées. En raison de sa solubilité moindre, le sévoflurane reste cependant moins longtemps dans l’organisme.

Le sévoflurane n’a d’AMM que chez le chien aux États-Unis, même si de nombreux praticiens l’utilisent de manière routinière chez le chat, le cheval, les NAC et la faune sauvage (PHOTO 2).

Un coût supérieur, mais relatif

La dépression cardiorespiratoire du sévoflurane, notamment l’hypotension, est dose-dépendante et comparable à celle de l’isoflurane. Des études préliminaires [2] semblent indiquer que le sévoflurane déprimerait un peu moins l’appareil respiratoire que l’isoflurane.

En raison du risque de provoquer une anesthésie générale trop profonde [2], une surveillance minutieuse des constantes vitales est indispensable, encore plus que lors de l’utilisation d’isoflurane.

La principale réticence des praticiens vis-à-vis du sévoflurane semble être son coût : calculé par anesthésie, celui-ci semble cependant raisonnable et aisément justifiable. Il est en outre possible de réduire ce coût en prémédiquant l’animal afin de diminuer le pourcentage de gaz requis ou bien de réduire le flux d’oxygène. Dans notre clinique chirurgicale, nous utilisons le sévoflurane de manière routinière lors de l’induction (après prémédication le plus souvent, par exemple acépromazine/butorphanol (2), acépromazine/morphine (3)), puis l’anesthésie est entretenue par l’isoflurane.

Réveil rapide et anesthésie brève

Une étude récente indique que les trois effets indésirables les plus fréquents du sévoflurane sont l’hypotension, la tachypnée et l’apnée [1]. La facilité et la qualité de l’induction, de l’entretien et du réveil anesthésiques sont généralement toutefois considérés par les auteurs de l’étude comme bons à excellents (dans le cadre de six protocoles de prémédication et d’induction différents).

Pour une induction au masque ou à l’aide d’une cage à inhalation, le vaporisateur est réglé sur 5 à 8 %, avec un haut débit d’oxygène. Plus le pourcentage de gaz et le flux d’oxygène sont élevés, plus l’induction est rapide. Au besoin, une induction au sévoflurane peut être précédée par une prémédication appropriée, surtout chez les animaux en bonne santé et ceux de grande(s) taille(s). Un tranquillisant ou un sédatif réduit en effet la possibilité d’une phase d’excitation durant l’induction.

L’animal est maintenu sous anesthésie générale à une concentration égale en moyenne à 1,4 fois la CAM. Comme la CAM est de 2,4 chez le chien et de 2,58 chez le chat, le réglage du vaporisateur est maintenu entre 3,5 et 4 %. En simplifiant, il est possible de considérer que le réglage pour le sévoflurane est supérieur de 1 à 2 % à l’isoflurane. Une prémédication peut cependant modifier cette “règle” et permettre un pourcentage encore moindre.

Le sévoflurane est indiqué dans les cas suivants :

- lorsqu'un réveil rapide est nécessaire : chirurgie des voies respiratoires supérieures, anesthésie de chiens brachycéphales (PHOTO 3), césarienne (PHOTO 4), anesthésie d’animaux jeunes ou âgés, etc. ;

- si une anesthésie brève est désirée : prise de clichés radiographiques, prélèvement de multiples échantillons (arthrocentèse, abdominocentèse, thoracocentèse, palpation d’une articulation, traitement quotidien et débridement d’une plaie ouverte, prise de sang chez un animal agressif, ponctions à l’aiguille fine, voire certaines biopsies, etc.).

En pratique vétérinaire, le sévoflurane ne remplace pas l’isoflurane, mais le complète. Pratique, facile à utiliser, sûr, rapide et efficace, le sévoflurane est néanmoins plus cher que l’isoflurane et nécessite un vaporisateur spécial. Son coût plus élevé est cependant justifié par de multiples avantages pour le praticien et l’animal.

  • (1) La concentration alvéolaire minimale (CAM) est définie comme étant la concentration alvéolaire en anesthésique volatil suffisante pour empêcher tout mouvement volontaire en réponse à un stimulus douloureux chez 50 % des patients d’un échantillon. La CAM permet de comparer la puissance des anesthésiques volatils.

  • (2) Non disponible en France.

  • (3) Médicament à usage humain.

En savoir plus

- Zilberstein L, Teissier-Vetzel D. Anesthésiologie du chien et du chat. Anesthésie pédiatrique du chien et du chat. Point Vét. 2003 ; 34(232) : 30-35.

- André J-P. Boîte à outils : consultation et chirurgie des oiseaux. Point Vét. 2000 ; 31(211): 583-584.

Congrès

2. Téléconférence sur le sévoflurane avec le Dr Ron Mansager, Diplomate, American College of Veterinary Anesthesiologists (École vétérinaire du Minnesota, États-Unis), le 11 avril 2003. Organisé par Abbott Animal Health USA.

  • 1 - Branson KR et coll. A multisite case report on the clinical use of sevoflurane in dogs. J. Amer. Anim. Hosp. Assn. 2001 ; 37(5) : 420-432.

PHOTO 1. Vaporisateur “spécial” sévoflurane

PHOTO 2. Bien que ne disposant pas d’une AMM validée pour ces espèces, le sévoflurane est particulièrement utile pour l’anesthésie des NAC et de la faune sauvage. Ici un faon femelle âgé d’un mois atteint d’une fracture du fémur.

PHOTO 3. Le sévoflurane est indiqué lors de l’anesthésie générale des races brachycéphales, chez lesquelles un réveil rapide est généralement souhaitable.

PHOTO 4. Ces cinq chatons sont issus d’une chatte âgée de dix mois ayant subi une césarienne.

Comparaison du cœfficient de solubilité dans le sang, de la concentration alvéolaire minimale et de la pression de vapeur de trois gaz anesthésiques

Les valeurs indiquées varient légèrement selon les sources bibliographiques.