Le point Vétérinaire n° 237 du 01/07/2003
 

GESTE DE BASE CHEZ LE CHIEN ET CHEZ LE CHAT

Pratiquer

EN IMAGES

Nathalie André

service de pathologie médicale, École vétérinaire de Nantes

La cytoponction ganglionnaire est un geste simple et fiable qui permet d’apprécier l’aspect cytologique du nœud lymphatique.

La cytoponction ganglionnaire, ou aspiration à l’aiguille fine, acte peu coûteux et facilement réalisable, est riche d’enseignements et peut tenir une part prépondérante dans la démarche diagnostique. Elle permet d’obtenir une réponse précise etrapidegrâceà une technique simple et non invasive. Elle concerne surtout les nœuds lymphatiques superficiels. Cependant, elle peut être réalisée au niveau des ganglions profonds à la faveur d’un examen échographique ou d’une laparotomie exploratrice.

Les amygdales font également l’objet de ponctions, de la même façon que les nœuds lymphatiques.

Indications

L’analyse cytologique ganglionnaire permet de classer rapidement les adénopathies en manifestations réactionnelles bénignes (hyperplasies typiques ou atypiques : lymphadénopathie atypique lors de FeLV/FIV par exemple, lymphadénite) ou tumorales (lymphome, métastases).

La cytoponction ganglionnaire est essentiellement indiquée lors de polyadénomégalie (ponction d’au moins deux ganglions) ou d’adénomégalie isolée non expliquée.

En cancérologie, la cytoponction à l’aiguille fine est préconisée pour le diagnostic des lymphomes (alternative à l’examen histologique, plus invasif) et le dépistage des métastases ganglionnaires de certains cancers lymphophiles (carcinome, mastocytome, parfois mélanome, etc.). Elle joueeneffetunrôle fondamental dans le cadre d’un bilan d’extension car elle permet la détection précoce de métastases au sein des nœuds lymphatiques qui drainent le territoire d’une tumeur.

Limites

La cytoponction ganglionnaire requiert de préférence la présence de deux manipulateurs (un opérateur qui maintient la masse et l’aiguille et un aide qui réalise les aspirations), sous peine de ponctionner hors du nœud lymphatique.

Lors de polyadénomégalie, il convient d’éviter de ponctionner les ganglions mandibulaires, qui sont fréquemment le siège d’hyperplasie réactionnelle non spécifique, d’où une interprétation difficile.

L’interprétation des étalements doit être réalisée par une personne expérimentée. En effet, elle est parfois difficile en l’absence de l’architecture ganglionnaire (cas des lymphomes à petites cellules), en raison du risque de non-représentativité de l’échantillon si la ponction n’est pas réalisée à la bonne profondeur ou s’il s’agit de micrométastases, et du caractère nécrotique de certaines lésions ganglionnaires. Le recours à l’exérèse ganglionnaire et à l’examen histologique est alors nécessaire. Dans ce cas, le prélèvement à analyser est associé à un calque réalisé par apposition de la moitié du ganglion sur une lame.

Traitement des étalements

Une fois la ponction réalisée et le matériel cellulaire étalé, les lames sont séchées rapidement à l’air libre en les agitant. Après identification rigoureuse, elles sont envoyées telles quelles, sans être fixées, à un laboratoire spécialisé de cytologie vétérinaire qui réalise lui-même les colorations. Il convient de veiller à ne pas les placer au voisinage d’un fixateur volatil (alcool, éther, formol), dont les vapeurs empêcheraient une coloration ultérieure. Il est donc important, au moment de l’envoi, de séparer les lames pour la cytologie des prélèvements pour l’analyse histologique (faire deux colis différents). Sil’examen microscopique des lames est effectué à la clinique, ellessontcoloréesau May-Grünwald-Giemsa. Des colorations spéciales peuvent être réalisées par le laboratoire de cytologie.

La cytoponction ganglionnaire est un acte technique simple, peu coûteux et indolore qui permet une orientation diagnostique fiable, voire un diagnostic de certitude dans de nombreux cas. Lors d’interprétation délicate, elle demeure un complément indispensable de l’analyse histologique qui doit s’accompagner de calques réalisés par apposition du ganglion prélevé.

  • - Fournel-Fleury C, Bricaire P, Magnol JP. Adénogramme. Les indispensables de l’animal de compagnie - Techniques diagnostiques en cancérologie des carnivores domestiques. Paris. Éditions PMCAC. 2000 : 107-112.
  • - Nelson R, Couto G. Cytology. Small animal internal medecine. 2nd ed. Saint Louis. Mosby ed. 1998 : 1092-1098.
  • - Raymond I, Daste G, Delverdier M. Cytologie ganglionnaire. Point Vét. 1994 ; 26(numéro spécial “Biologie clinique des carnivores domestiques”) s: 531-538.

Remerciements

à Benoît Rannou et à Grégory Santaner pour leur participation à la réalisation des clichés.

Matériel Le matériel est relativement simple et peu coûteux : - des aiguilles de faible diamètre (5 ou 6/10, 24 G) ; - des seringues de 10 ou de 20 ml ; - plusieurs lames porte-objets préalablement dégraissées à l’alcool (6 ou 7) ; - le matériel classique d’asepsie (alcool, Vétédine®solution).

Préparation de l’animal et du site de ponction La ponction étant quasi indolore, aucune anesthésie ni sédation n’est nécessaire et la ponction se réalise chez un animal vigile. La peau est tondue en regard du nœud lymphatique à ponctionner. Le site de ponction est préparé de manière aseptique (désinfection classique alcool, Vétédine®.

Ponction du ganglion L’opérateur immobilise le nœud lymphatique d’une main et, de l’autre, il introduit l’aiguille montée sur la seringue dans le ganglion.

Aspiration du matériel cellulaire Pendant que l’opérateur maintient fermement le ganglion et le montage aiguille-seringue, un aide réalise plusieurs tractions amples sur le piston de la seringue. L’échantillon de cellules reste contenu dans la lumière de l’aiguille et rien n’est visible dans la seringue. Si du sang est observé dans l’aiguille, l’aspiration est immédiatement arrêtée car les hématies rendent l’interprétation cytologique difficile, voire impossible.

Orientation de l’aiguille En cours de manipulation, l’opérateur oriente le montage aiguille-seringue dans différents plans de l’espace au sein du nœud lymphatique afin d’obtenir la meilleure représentativité cellulaire possible. Il convient de bien relâcher le piston au moment où le montage aiguille-seringue est retiré du ganglion.

Dépôt du matériel cellulairesur la lame : première étape L’aiguille contenant le matériel cellulaire est désolidarisée de la seringue, puis remplie d’air.

Dépôt du matériel cellulaire sur la lame : seconde étape L’aiguille et la seringue sont de nouveau assemblées, et le matériel cellulaire est expulsé doucement sur les lames dégraissées jusqu’à l’épuisement du contenu de l’aiguille. Les précédentes manipulations doivent être renouvelées en raison de la faible quantité cellulaire prélevée à chaque opération (prendre une aiguille neuve à chaque fois). En général, une ponction permet de réaliser deux ou trois lames.

Technique d’étalement du matériel cellulaire Une fois expulsé à l’extrémité d’une lame, l’échantillon cellulaire est immédiatement étalé d’un mouvement bref et régulier entre deux lames perpendiculaires. Il convient d’étaler les cellules sans les écraser.