Le point Vétérinaire n° 236 du 01/06/2003
 

CHIRURGIE DU VOILE DU PALAIS CHEZ LE CHAT

Pratiquer

CAS CLINIQUE

Isabelle Goujon*, Pierre Barreau**


*Clinique vétérinaire
19, avenue Saint-Maur
59110 La Madeleine

Le traitement chirurgical des anomalies du voile du palais est nécessaire lors de symptômes gênants. L’absence de tension sur les sutures permet d’éviter toute déhiscence.

Résumé

Un chat abyssin âgé de six mois est présenté à la consultation pour des troubles respiratoires chroniques et une augmentation de volume en regard des sinus frontaux. L’exploration de la cavité buccale révèle la présence d’une fente palatine médiale, à l’origine d’une rhinite infectieuse chronique. Une intervention chirurgicale rétablit la continuité du voile du palais et le cloisonnement ventral des cavités nasales. Les techniques mises en œuvre (apposition ou chevauchement) doivent tenir compte des tensions et des contraintes particulières au milieu buccal. La principale complication associée au traitement de cette affection peu fréquente est la déhiscence des sutures.

Un chat mâle de race abyssin, âgé de six mois, est référé pour une augmentation de volume au niveau du front, associée à des troubles respiratoires chroniques.

Cas clinique

1. Anamnèse et commémoratifs

Le chat est correctement vacciné. Depuis son acquisition par les propriétaires à l’âge de deux mois et demi, il présente une respiration bruyante.

Depuis un mois, il manifeste une dyspnée avec un jetage mucopurulent bilatéral, à l’origine d’une obstruction des cavités nasales. Une antibiothérapie a été instaurée sans résultat probant (marbofloxacine : Marbocyl®, 2 mg/kg pendant deux semaines). Une masse est apparue en regard de l’os frontal quelques jours auparavant (PHOTO 1). L’animal ne possède aucun autre antécédent pathologique.

2. Examen clinique

À l’examen clinique, le chat présente un état général satisfaisant.

La température rectale est normale.

Une dyspnée inspiratoire est notée, ainsi qu’une déformation de la tête en région frontale due à une masse sous-cutanée, non douloureuse, légèrement fluctuante, de trois centimètres de diamètre (PHOTO 2).

Aucune autre anomalie n’est mise en évidence.

Un examen complet de la cavité buccale à l’état vigile, puis sous anesthésie générale, révèle une anomalie du voile du palais, qui apparaît ouvert longitudinalement (PHOTO 3).

À ce stade, le diagnostic est celui d’une rhinite infectieuse chronique consécutive à une fermeture incomplète du palais mou qui entraîne un reflux alimentaire chronique vers les cavités nasales.

3. Examens complémentaires

Les tests sérologiques de dépistage des rétroviroses félines (FeLV/FIV) sont négatifs. Ce résultat permet d’exclure l’hypothèse d’une rétrovirose en phase clinique.

4. Traitement chirurgical

• Après la pose d’un cathéter intraveineux, l’anesthésie est induite à l’aide de thiopental sodique (Nesdonal®, 10 mg/kg par voie intraveineuse stricte). Un relais gazeux à l’halothane est instauré après intubation endotrachéale. L’animal est maintenu sous perfusion de Ringer-Lactate (10 ml/kg/h) pendant toute la durée de l’anesthésie. L’analgésie est assurée par l’injection préopératoire de 0,1 mg de morphine(1) par voie sous-cutanée.

• Une exploration chirurgicale de la masse frontale est réalisée. L’incision cutanée révèle la présence d’une suppuration : la masse est constituée d’un épanchement mucopurulent qui s’est collecté entre l’os frontal et la peau. La structure osseuse apparaît amincie et une désunion de la suture médiale des os frontaux gauche et droit met en communication le tissu sous-cutané et les sinus frontaux. Ceux-ci sont remplis de pus.

• Une trépanation est réalisée par effondrement de l’os frontal (PHOTO 4) et un drainage des sinus et des cavités nasales est mis en place grâce à un drain de Redon. Un rinçage abondant est effectué à l’aide de sérum physiologique avant la réalisation des sutures cutanées. Le choix de ne pas réaliser d’antibiogramme repose sur la forte probabilité que les germes présents soient des bactéries classiques des cavités nasales. Le traitement de l’infection implique en premier lieu la gestion de sa cause.

• Le traitement chirurgical de l’anomalie de conformation du voile du palais consiste en une plastie qui permet de rétablir la continuité du palais mou et le cloisonnement ventral des cavités nasales.

L’animal est placé en décubitus dorsal, bouche ouverte et sonde trachéale rabattue ventralement.

Une incision est réalisée à l’aide d’une lame de bistouri décimale 11 le long du bord du palais mou, en regard de la fente palatine, de part et d’autre de cette fente (PHOTO 5).

Une dissection fine permet de séparer l’épithélium nasal dorsal (associé au plan musculaire) de l’épithélium buccal ventral.

Chacun des deux plans est alors suturé après que deux incisions de relâchement ont été réalisées de chaque côté de l’insertion du voile du palais sur le pharynx (PHOTOS 6 ET 7). La suture de l’épithélium nasal associé au plan musculaire est assurée par un surjet de polyglactine 910 (Vicryl®) décimale 2, aiguille ronde, dont le nœud est placé ventrocranialement. Le second plan est refermé à l’aide de points simples (polypropylène décimale 2, aiguille triangulaire).

• Des antibiotiques sont administrés en phase postopératoire (céfalexine : Rilexine®, à la dose de 15 mg/kg, deux fois par jour) et prescrits pour une durée de dix jours.

L’animal est gardé au repos et une collerette est mise en place. Il est rendu à ses propriétaires le lendemain de l’intervention.

Le drain est retiré au bout de 24 heures. Cette durée est suffisante pour éviter tout risque d’emphysème sous-cutané. Le drainage de l’abcès s’effectue par les cavités nasales.

Les sutures sont retirées après dix jours ; l’appétit et l’état général du chat sont décrits comme satisfaisants (PHOTO 8).

L’antibiothérapie est poursuivie deux semaines supplémentaires en raison de la persistance du jetage, et un nouveau contrôle est prévu à son issue (PHOTO 9).

Trois semaines après l’intervention chirurgicale, l’animal manifeste une récidive des troubles respiratoires, consécutifs à une inflammation persistante des cavités nasales. Des anti-inflammatoires (Mégasolone®, à raison de 1 mg/kg/jour) sont alors ajoutés au traitement pendant quatre jours.

Seize semaines après l’intervention, l’état général de l’animal est considéré par ses propriétaires comme très satisfaisant malgré la persistance d’épisodes d’éternuements ; sa croissance s’effectue normalement.

Discussion

1. Étiopathogénie

Le palais mou, ou voile du palais, est une structure anatomique qui appartient au palais secondaire (palais dur et voile du palais) et s’étend du palais dur jusqu’à la hauteur de l’épiglotte. Il sépare le nasopharynx dorsalement, du pharynx ou oropharynx ventralement. Il est formé d’un épithélium nasal dorsal et d’un épithélium buccal ventral, entre lesquels se trouve un tissu conjonctif qui contient les glandes et les muscles palatins [b]. Il est relativement mobile et se relève au cours de la déglutition afin d’obstruer les voies aériennes proximales. Il s’abaisse également pour occlure la cavité orale lors de l’inspiration nasale.

Un certain nombre d’anomalies du voile du palais rendent ainsi ce dernier incapable de clore correctement le nasopharynx au cours de la déglutition et permettent la remontée d’aliments dans les cavités nasales [6].

• Les fentes palatines congénitales résultent d’une fermeture incomplète du palais au cours du développement fœtal (souvent autour du 33e jour) [4, 5, 7] : il se produit alors une non-union des processus palatins latéraux qui forment la lame horizontale du maxillaire [b]. Un grand nombre de formes existent : certaines fentes palatines ne concernent que la lèvre, le palais dur ou le voile du palais. D’autres anomalies du palais secondaire peuvent accompagner des fentes uni- ou bilatérales du palais primaire (lèvres et premaxillae). Elles sont aussi appelées bec de lièvre [1, b]. Leur origine implique vraisemblablement des facteurs héréditaires à pénétrance incomplète (cas décrits chez le shihtzu et suspectés chez les pointers, les bulldogs et les bergers suisses) [4, 7]. Des facteurs nutritionnels, infectieux, hormonaux, métaboliques, mécaniques ou toxiques (agents tératogènes : corticostéroïdes, excès de vitamine A ou carences en acide folique) sont également incriminés [6, 7, b]. Ces facteurs sont aussi largement impliqués dans l’apparition des fentes palatines en médecine humaine.

• Les autres anomalies congénitales qui affectent le palais sont les hypoplasies, qui concernent exclusivement le voile du palais. Elles peuvent être uni- ou bilatérales. D’autres anomalies maxillo-faciales peuvent y être associées. Les traitements chirurgicaux, notamment lors d’hypoplasie bilatérale, sont alors souvent complexes et décevants [b].

2. Épidémiologie

L’incidence des fentes palatines semble plus élevée chez les chiens de type brachycéphale (Boston terrier, pékinois, shih-tzu, etc.), quoique d’autres races puissent également être affectées (schnauzers, labradors, cockers spaniels, teckels, bergers allemands). Ce type de malformation a également été décrit chez le chat, notamment siamois (prédisposition familiale) et persan [5, 6, 7].

En médecine humaine, la fréquence des fentes palatines sans fente labiale varie entre 0,29 et 0,56 pour 1 000 naissances. Les Asiatiques semblent plus fréquemment concernés que les autres populations.

3. Signes cliniques

La conséquence des anomalies du palais mou, ou voile du palais, est classiquement un cloisonnement incomplet du nasopharynx postérieur : la nourriture et les liquides ingérés refluent dans les cavités nasales au cours de la déglutition. La réponse est initialement inflammatoire et peut se compliquer, dans un deuxième temps, d’une surinfection bactérienne ou parfois fongique. Une rhinite à corps étranger apparaît alors, avec un jetage mucopurulent, une respiration bruyante due à l’obstruction des narines et des éternuements [1]. Ces symptômes correspondent précisément à ceux observés dans le cas décrit.

Lorsque les anomalies sont plus marquées, l’animal manifeste des difficultés à téter, un retard de croissance et des signes de pneumonie par aspiration [6, 7, b]. Dans le cas présenté, l’infection chronique a provoqué une lyse de l’os frontal et la formation d’une fistule naso-sinusale sous-cutanée abcédée.

4. Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel prend en compte les fentes palatines d’origine traumatique, les fistules oronasales, etc. Lors de périodontite grave ou d’extraction dentaire, un effondrement de l’os maxillaire peut survenir et mettre en communication la bouche et les cavités nasales. Les traumatismes, tels que les défenestrations ou les morsures, les tumeurs, les interventions chirurgicales ou les infections chroniques, peuvent également générer des lésions du palais qui provoquent des symptômes semblables.

Une anesthésie générale est le plus souvent indispensable à un diagnostic de certitude. Des radiographies peuvent être nécessaires afin d’éliminer l’hypothèse de la présence d’un corps étranger dans les cavités nasales. Les techniques d’imagerie médicale sont aussi mises en œuvre lors de suspicion de bronchopneumonie d’aspiration.

5. Traitement

Le fait de présenter la nourriture de l’animal en hauteur peut apporter une amélioration de la prise alimentaire, avec une limitation du reflux intranasal lorsque les lésions ont une ampleur limitée. Cependant, lorsque les anomalies sont plus étendues, une palatoplastie chirurgicale est indispensable et l’utilisation de lambeaux peut s’avérer nécessaire.

Principes du traitement chirurgical

Les techniques de palatoplastie les plus fréquemment mises en œuvre en chirurgie vétérinaire font appel à des lambeaux d’avancement bipédiculés [1, 6, c]. Le choix de la technique repose sur des critères tels que l’étendue de la lésion, l’expérience du chirurgien et sa préférence. Dans le cas évoqué ici, le fait que l’anomalie soit limitée au voile du palais et au plan médian a permis à l’animal de se développer de manière satisfaisante ; les signes cliniques se sont limités à ceux d’une rhinite. Néanmoins, une intervention chirurgicale s’est avérée indispensable.

L’âge idéal pour l’intervention se situe autour de trois [4, b], voire quatre à cinq mois [c], afin que les structures concernées aient atteint une taille suffisante. Selon certains auteurs, elle peut être réalisée dès l’âge de six à huit semaines [6]. En attendant, l’animal est nourri à l’aide d’une longue tétine (les aliments sont ainsi directement déposés dans le pharynx) ou par sondage, afin de limiter le risque de fausse déglutition [4, b]. L’administration d’aliments liquides à l’aide d’une sonde posée à demeure permet également d’assurer les besoins alimentaires de l’animal en phase postopératoire, ce qui n’a pas été nécessaire ici.

Les fentes palatines peuvent être traitées grâce à différentes techniques chirurgicales. Les méthodes retenues doivent satisfaire les critères suivants, de façon à favoriser le succès de la plastie [4, 6, a, b] :

- ne traiter que les animaux qui présentent des signes cliniques (certaines anomalies ne provoquent pas de reflux) ;

- attendre une croissance suffisante du massif maxillofacial ;

- pratiquer des sutures en plusieurs plans : deux au moins, trois si possible ;

- conserver une faible tension sur les sutures, grâce à des techniques qui permettent une apposition, voire une superposition satisfaisante entre les plans de suture ;

- apposer des bords d’incisions franches de l’épithélium ; un lambeau suturé à un épithélium intact ne cicatrise pas ;

- préserver la vascularisation, en particulier l’artère grande palatine, et limiter l’usage du bistouri électrique ;

- ne pas hésiter à appliquer une compression ferme, voire à ligaturer l’artère carotide interne lors d’hémorragie sévère.

Les tensions exercées par et sur les muscles au niveau des fentes palatines doivent être considérées avec attention, car elles peuvent être à l’origine de déhiscences postopératoires (voir l’ENCADRÉ “Rappels anatomiques”). En effet, les muscles tenseur et releveur du voile du palais et les muscles palatopharyngés sont à l’origine de forces de tension latérales sur le palais mou, tensions qui s’exercent sur les sutures lors de la fermeture d’une fente palatine [3]. Les muscles palatins contribuent à tendre le palais mou rostralement et peuvent exercer une force de cisaillement sur les sutures palatines, notamment au niveau du bord libre du voile du palais.

Le choix des fils de suture est vaste. L’utilisation d’un monofilament est préférable et, chez le chat, dont la langue est râpeuse, le prolène est apprécié pour sa résistance. Si les nœuds se trouvent à la surface de l’épithélium, les fils de suture sont éliminés en trois à quatre semaines, qu’ils soient résorbables ou non [4].

Technique par apposition

Lorsque la nature de l’anomalie le permet, comme dans le cas décrit plus haut, une incision est pratiquée à l’aide d’une lame de bistouri décimale 11 sur le bord du voile qui limite la fente palatine, jusqu’à son extrémité rostrale. Cette manœuvre est facilitée par la mise en place de fils de traction qui tendent le voile du palais caudalement.

Une dissection délicate permet de séparer les épithéliums nasal et buccal. La muqueuse buccale est disséquée sur une largeur d’environ 4 à 5 mm, puis réclinée latéralement. La technique est répétée afin de séparer, si possible, la couche musculaire de l’épithélium nasal sur une largeur de 1 à 2 mm.

La fente est suturée longitudinalement en deux ou trois plans.

L’épithélium nasal est suturé le premier, à l’aide d’un matériel résorbable (décimales 0,7 à 2), par un surjet ou des points simples. La suture est débutée caudalement. Le fait de placer le nœud dans la lumière du nasopharynx afin de réduire les adhérences cicatricielles [4] est controversé, car cela est susceptible de provoquer des éternuements ultérieurs.

Le plan musculaire, si celui-ci a été individualisé de la muqueuse nasale, est suturé à l’aide de fils résorbables de décimales 1 à 1,5, en commençant caudalement.

L’épithélium buccal est suturé le dernier, avec un monofilament non résorbable, en plaçant le nœud dans la lumière de l’oropharynx [3, 4, 9]. Chaque nœud ne doit être que posé afin que les lèvres de la fente palatine soient apposées, car l’œdème postopératoire risque d’accroître les tensions et de provoquer un cisaillement des tissus.

Des incisions de relâchement de la muqueuse peuvent être réalisées au préalable de part et d’autre de la fente palatine, depuis la dernière molaire jusqu’au niveau de la limite caudale de la fente (jonction avec l’oropharynx). Ces incisions sont élargies par dissection mousse ; les muscles tenseurs du voile du palais sont alors sectionnés, ce qui contribue à réduire les tensions qui s’exercent sur les sutures. Laissées béantes, ces incisions cicatrisent par seconde intention [6].

Cette technique a été retenue dans le cas évoqué ci-dessus, compte tenu du caractère modéré du défaut observé (voile du palais seul touché, fente longitudinale). Les tensions qui s’exercent sur la suture en deux plans, après la réalisation des incisions de relâchement, paraissent compatibles avec une cicatrisation satisfaisante.

Technique par lambeaux de recouvrement

La technique par lambeaux de recouvrement (chevauchement) utilise deux volets. Le premier a pour origine la muqueuse buccale et le second, la muqueuse nasale.

Le bord de la fente palatine est éversé dans l’oropharynx de façon à exposer la muqueuse nasale.

Une incision de la muqueuse est alors réalisée longitudinalement, depuis la jonction avec le palais dur jusqu’à l’extrémité caudale de la fente palatine, parallèlement à celle-ci. Ce volet, dont la base est buccale, est large d’environ 4 à 6 mm.

Un second lambeau, de taille comparable, dont le pédicule est formé par la muqueuse nasale, est obtenu à partir de l’autre bord de la fente palatine.

Le volet rattaché à la muqueuse nasale est suturé à la muqueuse controlatérale grâce à des points simples de fil résorbable, ce qui rétablit la continuité du plancher du nasopharynx.

Les muscles palatins sont suturés longitudinalement dans le plan médian, suivant la même technique.

Le lambeau issu de la muqueuse buccale est ensuite étiré afin de combler la perte de matière issue de la réalisation du premier volet. Il est suturé à la muqueuse buccale à l’aide d’un monofilament non résorbable de décimale 1 (points simples). Le relâchement des tissus du voile du palais est obtenu par la réalisation d’incisions telles que décrites ci-dessus [6] (voir la FIGURE “Technique par lambeaux de recouvrement” [3]).

6. Complications

• Le principal risque associé aux anomalies du voile du palais est celui d’une pneumonie par aspiration [4]. Une fois le défaut corrigé, d’autres complications peuvent apparaître.

• Les tissus palatins sont en effet exposés à l’humidité, aux mouvements de la langue, à la mastication, à la respiration et à la déglutition. Cet environnement exerce des contraintes sur les sutures, particulièrement si celles-ci sont réalisées en tension. La conséquence est un traumatisme supplémentaire des tissus, associé à des phénomènes inflammatoires accrus et à une fibrose [c]. La déhiscence qui en résulte constitue l’une des principales complications des sutures palatines. Elle survient le plus souvent dans les deux à cinq jours qui suivent l’intervention [6, c]. Un contrôle est donc souhaitable au bout d’une semaine, à moins que d’autres symptômes ne motivent une consultation plus précoce. En général, la déhiscence des sutures se traduit par une réapparition des symptômes. Dans ce cas, les tissus perdent de l’élasticité et une nouvelle intervention chirurgicale risque d’aboutir à un nouvel échec.

Même en cas de succès, il est possible que le jetage persiste quelques jours avant que la rhinite ne régresse. Dans le cas décrit, les symptômes ont persisté pendant près de trois semaines.

• Les risques infectieux doivent également être pris en compte, notamment lorsqu’une rhinite et une sinusite infectieuses préexistent. Une antibiothérapie est systématiquement instaurée. Elle est parfois maintenue plusieurs semaines, comme dans ce cas, qui a également nécessité l’administration d’anti-inflammatoires pendant quelques jours.

Les anomalies congénitales du voile du palais sont peu fréquentes, quoique vraisemblablement sous-diagnostiquées. Néanmoins, dans un certain nombre de cas, elles peuvent être traitées avec succès, à condition que les règles de la chirurgie odontostomatologique soient respectées.

La probable transmission héréditaire de ce type d’anomalie doit amener les éleveurs concernés à envisager de réformer les géniteurs et à s’interroger sur les agents tératogènes auxquels le fœtus aurait pu être soumis au cours de la gestation.

  • (1) Médicament à usage humain.

ATTENTION

Le traitement chirurgical de l’anomalie de conformation du voile du palais consiste en une plastie qui permet de rétablir la continuité du palais mou et le cloisonnement ventral des cavités nasales.

Points forts

Le principal risque associé aux anomalies du voile du palais est celui d’une pneumonie par aspiration.

Les techniques de palatoplastie les plus fréquemment mises en œuvre en chirurgie vétérinaire font appel à des lambeaux d’avancement bipédiculés.

L’âge idéal pour l’intervention se situe autour de trois, voire quatre à cinq mois, afin que les structures concernées aient atteint une taille suffisante.

Il convient de ne traiter que les animaux qui présentent des signes cliniques.

Les sutures sont réalisées en plusieurs plans et avec une faible tension, grâce à des techniques qui permettent une apposition, voire une superposition satisfaisante entre les plans de suture.

Congrès

a - Harvey CE. Oronasal fistula and palate defects. Brussel, Belgium. 27 au 29 octobre 1995 : 325.

b - Hennet P. Traitement chirurgical des fentes palatines congénitales. Congrès national de la CNVSPA. Nice. 1998 : 424-425.

Rappels anatomiques

Les muscles qui sous-tendent le voile du palais sont :

- les muscles palatins (pairs) ;

- l’extrémité des ramifications des muscles tenseur et releveur du voile du palais, qui sont de taille presque identique.

Les muscles palatins gauche et droit (intrinsèques) sont situés de part et d’autre du plan médian, ventralement à l’aponévrose palatine. L’aponévrose palatine ou raphe palati est essentiellement constituée par l’extrémité déployée en éventail des tendons des muscles tenseurs du voile du palais gauche et droit ; elle est située entre les marges ventrales des parties gauche et droite perpendiculaires des os palatins et ptérygoïdes et se rattache rostralement à la marge caudale du palais dur ; elle est fine mais très résistante [2].

Les ramifications des muscles extrinsèques (tenseur et releveur du voile du palais) fusionnent avec l’aponévrose palatine.

Les muscles ptérygopharyngés gauche et droit sont insérés sur les os ptérygoïdes et se prolongent latéralement à la partie caudale du voile du palais.

Les muscles palatopharyngés gauche et droit s’étendent de l’aponévrose palatine jusqu’au plan médian. Ils se prolongent latéralement et dorsalement au niveau du pharynx et forment la base des arches palatopharyngées (voir la FIGURE « Muscles du pharynx et du palais mou » [2]).

Le palais mou est irrigué par deux rameaux de l’artère maxillaire : les artères grande et petite palatine. Elles forment un plexus palatin extrêmement ramifié. L’artère grande palatine émerge de l’os palatin à mi-distance entre la carnassière et la suture intermaxillaire (0,5 cm médialement par rapport à la carnassière), crânialement à l’artère petite palatine [a, b].

L’innervation du voile du palais s’effectue grâce aux fibres du plexus pharyngé, qui dérivent des nerfs crâniens IX et X.

  • 1 - Bedford PG. Diseases of the nose and throat. In : Ettinger SJ. Textbook of veterinary internal medicine. 3rd ed. Philadelphia. WB Saunders company. 1989 : 775-786.
  • 2 - Evans HE. The digestive apparatus and abdomen. In : Miller’s anatomy of the dog. 3rd ed. Philadelphia. WB Saunders company. 1993 ; 7 : 389.
  • 3 - Griffiths LG, Sullivan M. Bilateral overlapping mucosal single-pedicle flaps for correction of soft palate defects. J. Amer. Anim. Hosp. Assn. 2001 ; 37 : 183-186.
  • 4 - Harvey CE. Palate defects in dogs and cats. Comp. Cont. Educ. Pract. Vet. 1987 ; 9(4) : 404-418.
  • 5 - Hennet P. Anomalies du développement du palais et des lèvres. Point Vét. 1997 ; 28(185) : 79-83.
  • 6 - Nelson AW. Upper respiratory system. In : Slatter D. Textbook of small animal surgery. 2nd ed. 1993 ; 1(52) : 740.
  • 7 - Warzee CC, Bellah JR, Richards D. Congenital unilateral cleft of the soft palate in six dog. J. Small. Anim. Pract. 2001 ; 42 : 338-340.

PHOTO 1. Chat abyssin âgé de six mois, présenté pour une masse sous-cutanée en regard des sinus frontaux.

Muscles du pharynx et du palais mou

D'après [2].

Technique par lambeaux de recouvrement

D'après [3].

PHOTO 2. Déformation de la tête en région frontale par une masse sous-cutanée, fluctuante, non douloureuse. Phase préopératoire. L’animal est anesthésié et intubé ; la peau est tondue, nettoyée et désinfectée en vue d’une exploration chirurgicale.

PHOTO 3. Vue préopératoire de l’anomalie du voile du palais : ouverture longitudinale médiale du palais mou suite à une non-union des processus palatins latéraux au stade fœtal.

PHOTO 4. Vue peropératoire après l’effondrement chirurgical des os frontaux, lysés par le phénomène inflammatoire chronique. Désunion de la suture médiale des os frontaux. Les sinus frontaux sont remplis de pus.

PHOTO 5. Vue peropératoire : les lèvres de la fente palatine sont incisées sur toute leur longueur.

PHOTO 6. Vue peropératoire : l’épithélium nasal dorsal (premier plan) est suturé par un surjet de fil résorbable dont le nœud est visible ventralement et crânialement.

PHOTO 7. Vue postopératoire immédiate : l’épithélium buccal ventral du voile du palais est suturé à l’aide d’un fil de polypropylène ; les points séparés sont posés sur la muqueuse.

PHOTO 8. Deux semaines après l’intervention chirurgicale et après le retrait des points de suture, la continuité du palais mou est rétablie.

PHOTO 9. Un mois après l’intervention chirurgicale, la cicatrisation du voile du palais est complète.