Le point Vétérinaire n° 235 du 01/05/2003
 

HERNIE PÉRINÉALE FATALE

Pratiquer

LEGISLATION

Philippe Tartera

6 impasse Salinié, 31100 Toulouse

Un chien atteint d’une hernie périnéale bilatérale meurt en état de choc entre le jour du diagnostic et la date programmée de l’intervention chirurgicale.

1. Les faits : Hernie périnéale bilatérale

Le vendredi 11 octobre, M. Chasseur présente au Dr Véto un chien de meute âgé de six ans qui a été blessé la veille à la chasse au sanglier. Le Dr Véto constate chez l’animal la présence d’une plaie cutanée au niveau du poitrail et d’une hernie périnéale bilatérale. La plaie est suturée sous anesthésie générale. Après avoir vérifié la perméabilité du rectum, le Dr Véto indique à M. Chasseur que la double hernie doit être opérée. Il lui précise que cette intervention est délicate, mais qu’elle ne présente pas un caractère d’urgence absolue ; il est donc préférable de la différer jusqu’à la semaine suivante afin de réunir les conditions opératoires optimales.

L’opération est programmée pour le jeudi suivant. Le Dr Véto prescrit un traitement antibiotique et anti-inflammatoire, et demande à M. Chasseur de surveiller son chien entre-temps. Selon M. Chasseur, l’animal se comporte normalement jusqu’au mercredi matin, où il le trouve dans un état préoccupant et l’emmène d’urgence à la clinique. Le chien arrive à la consultation dans un état de choc avancé. Malgré un traitement intensif, il meurt le soir même.

M. Chasseur reproche au Dr Véto d’avoir mal apprécié l’urgence et la gravité du cas. Il estime que si l’opération avait été programmée plus précocement, le chien aurait pu être sauvé. Il demande à être indemnisé de la perte de l’animal (800 e).

2. Le jugement : L’assureur n’intervient pas

L’assureur en responsabilité civile professionnelle (RCP) du Dr Véto reconnaît que ce dernier n’a pas respecté son obligation de moyens. Il refuse cependant de verser l’indemnité réclamée, aux motifs que M. Chasseur ne démontre pas que la mort du chien est consécutive à la faute professionnelle de son client et que l’accident n’a engendré aucun préjudice financier réel pour M. Chasseur.

Ce cas démontre une nouvelle fois l’inadaptation de l’action en RCP dans la plupart des situations de dommages subis par les animaux de compagnie (voir l’article “Une faute avérée n’entraîne pas toujours un préjudice indemnisable ”. Point Vét. 2002 ; 228 : 79).

3. Pédagogie du jugement : Hernie de faiblesse

Une hernie périnéale peut contenir de la graisse, une anse ou un diverticule du rectum ou la vessie. C’est une hernie dite “de faiblesse ”, qui provient de la dégénérescence des muscles du “diaphragme pelvien ”. Le plus souvent unilatérale (au début du moins), elle est généralement due à des efforts expulsifs permanents, occasionnés par une hypertrophie de la prostate ou par une constipation chronique. Dans de rares cas, elle pourrait être d’origine traumatique : à l’occasion d’un choc mécanique, les parois musculaires préalablement atrophiées cèdent et le contenu abdominal fait saillie sous la peau, de part et d’autre de l’anus.

Le traitement est obligatoirement chirurgical. La précocité de l’intervention conditionne souvent son succès. Il ne s’agit toutefois pas d’une urgence chirurgicale absolue, sauf lorsque la vessie est engagée dans la hernie. Dans ce cas, l’apport continu d’urine peut provoquer un étranglement. Devant une hernie périnéale, il convient donc de vérifier la perméabilité du rectum et de contrôler la position de la vessie (lorsqu’il y a rétroflexion de celle-ci, un cathéter souple introduit par l’urètre est palpable dans la hernie).

La réparation chirurgicale est toujours délicate : la reconstitution de la paroi musculaire est malaisée en raison de la dégénérescence ou de l’atrophie des muscles. Une rectopexie ou une vésicopexie peuvent être nécessaires. Dans le cas d’une hernie traumatique, l’inflammation des tissus compromet en outre la réussite de l’intervention. Celle-ci est encore plus problématique si la hernie est bilatérale. Même si l’opération réussit, l’animal ne doit être soumis à aucun effort soutenu.

Dans le cas décrit, la hernie était apparemment d’origine traumatique, puisqu’elle serait apparue soudainement après que le chien a été blessé à la chasse. Cela signifie que ce dernier présentait une faiblesse préexistante de la musculature périnéale. Lors de l’examen initial, le Dr Véto a vérifié la perméabilité du rectum, mais il n’a pas contrôlé la position de la vessie. Il n’a donc pas mis en œuvre l’ensemble des moyens diagnostiques visant à apprécier l’urgence d’une intervention chirurgicale. C’est cette abstention, et non le délai fixé avant l’intervention, qui a été considérée comme une faute professionnelle. Aucune autopsie n’ayant été réalisée, il est toutefois impossible de savoir si la dégradation de l’état généralde l’animal est due à un éventuel étranglement de la vessie dans la hernie (choc anurique), à l’existence d’une inflammation rétropéritonéale qui a favorisé un syndrome occlusif ou à une toute autre cause. Il n’est donc pas possible de se prononcer formellement sur l’existence d’un lien de causalité entre la faute professionnelle du Dr Véto et la mort de l’animal.

En outre, même si la mort du chien est consécutive à un choc anurique dû à une ectopie vésicale non diagnostiquée, l’existence d’un préjudice financier réel est discutable.

Si l’opération avait pu avoir lieu et si elle avait été couronnée de succès (ce qui est loin d’être acquis), le chien n’aurait pu faire l’objet d’aucune utilisation future pour la chasse, ou alors très réduite. Sa valeur résiduelle après l’intervention aurait donc été celle d’un chien de compagnie mâle de six ans sans pedigree, soit au mieux 150 e. Or cette valeur est inférieure aux frais qui auraient été engagés pour le traitement.