Le point Vétérinaire n° 235 du 01/05/2003
 

MALADIES LÉGALEMENT CONTAGIEUSES

Se former

COURS

Bruno Garin-Bastuji

Laboratoire national
et O.I.E./FAO de référence
pour la brucellose,
Afssa, 22, rue Pierre-Curie, BP 67,
94703 Maisons-Alfort Cedex

La brucellose des petits ruminants est due principalement à B. melitensis, l’une des espèces de Brucella les plus pathogènes pour l’homme. Son éradication en France est envisagée à court terme.

Résumé

La brucellose des petits ruminants en France est principalement due au biovar 3 de Brucella melitensis. Elle se caractérise par des avortements, des stérilités et des rétentions placentaires chez la femelle, une orchite et/ou une épididymite chez le mâle. Les animaux prépubères sont réceptifs, mais ne sont pas sensibles à l’infection. La gestation constitue la période de sensibilité maximale. Le premier signe de la présence de l’infection dans un troupeau est une flambée d’avortements chez une très forte proportion de femelles. L’avortement et le part apparemment normal sont les sources majeures de dissémination de l’infection. La recherche de l’agent pathogène sur l’animal vivant se fait prioritairement sur frottis d’écouvillons vaginaux. Les méthodes de diagnostic indirect sont sérologiques (EAT, FC, Elisa) ou allergiques. En fonction de la situation épidémiologique et économique, la prophylaxie associe diversement des mesures de vaccination et/ou des mesures de dépistage et d’élimination.

La brucellose demeure une zoonose d’importance et de répartition mondiales(1). Elle est due à des bactéries du genre Brucella. Ces bactéries à Gram- sont à tropisme intracellulaire et leur homogénéité génétique les fait actuellement considérer comme constituant une seule espèce bactérienne. Chez les petits ruminants, la brucellose est principalement due à Brucella melitensis (rarement à B. abortus ou B. suis), qui comprend trois biovars et qui est, avec B. suis (biovars 1 et 3), une des plus pathogènes pour l’homme. L’infection est historiquement très présente dans le bassin méditerranéen ainsi qu’au Proche et au Moyen-Orient.

Étiologie

La brucellose ovine et caprine est due principalement, en France comme dans l’ensemble du bassin méditerranéen, au biovar 3 de B. melitensis. Le biovar 1, antérieurement présent au Pays Basque, en Baie de Somme et en Alsace n’a pas été identifié depuis plus de cinq ans, mais pourrait subsister dans les quelques foyers du Nord. B. abortus, n’a été isolée qu’une seule fois, en France, dans chacune des deux espèces.

B. melitensis est une espèce de Brucella naturellement lisse, identique morphologiquement à B. abortus et B. suis. Les trois biovarsde B. melitensis ont des caractéristiques phénotypiques identiques, à l’exception du profil d’agglutination avec les sérums monospécifiques anti-A et -M, qui est spécifique de chacun d’eux. Seule leur sensibilité exclusive au phage Iz1 permet, par ailleurs, leur distinction des autres espèces de Brucella. Ces caractéristiques phénotypiques sont néanmoins instables et l’identification de certaines souches variantes s’avère parfois difficile. Aussi, les outils moléculaires d’identification fondés sur le polymorphisme de certains gènes (Omp25, Omp2b, Omp31, dnaK) et développés ces dernières années sont-ils très utiles sur les plans diagnostique, taxonomique et épidémiologique.

Symptômes et lésions

La maladie est caractérisée par des avortements (PHOTO 1), une baisse de production laitière, des stérilités et des rétentions placentaires chez la femelle, une orchite et/ou une épididymite chez le mâle (PHOTO 2), et plus rarement, de l’arthrite dans les deux sexes. Aucun symptôme n’est pathognomonique et le recours au laboratoire est indispensable au diagnostic.

Les lésions macroscopiques se limitent chez la femelle ayant avorté, à la présence de zones d’œdème et de nécrose sur le placenta et d’un exsudat brun-rougeâtre entre l’allantochorion et l’endomètre. Microscopiquement, les foyers de nécrose sont apparents dans et autour des placentomes. Des Brucella intracytoplasmiques sont présentes dans les cellules épithéliales des zones affectées. Des cellules trophoblastiques desquamées et quelques macrophages, neutrophiles et plasmocytes apparaissent dans les espaces entre les villosités chorioniques et les septa. Les lésions placentaires s’accompagnent d’une endométrite. Dans les tissus lymphoïdes, la mamelle et les organes génitaux, se développe une inflammation granulomateuse non pathognomonique.

Chez le mâle, les altérations épididymo-testiculaires sont parfois palpables et de type granulomateux ou nécrotique, altérations qui peuvent également toucher les vésicules séminales et la prostate.

Pathogénie et épidémiologie

Si Brucella melitensis est très clairement plus pathogène que B. abortus pour les ovins et les caprins. En revanche, aucune différence de pathogénicité n’a jusqu’à présent été identifiée entre les biovars de B. melitensis.

1. Réceptivité et sensibilité

Les ovins, à la différence des caprins, semblent présenter une sensibilité variable à B. melitensis, selon les races, les races laitières étant généralement plus sensibles. La sensibilité individuelle est également très variable. Ainsi, toutes les situations intermédiaires entre infection aiguë typique, avec avortement, et résistance totale à l’infection, peuvent être rencontrées, en passant par diverses formes chroniques plus ou moins exprimées. Comme chez les bovins, si l’animal jeune prépubère est bien réceptif, sa sensibilité à l’infection est nulle, la maladie n’étant jamais exprimée à ce stade. En revanche, la période postpubère, notamment la gestation, constitue la période de sensibilité maximale.

2. Évolution de l’infection chez un individu

Voies de pénétration

Les principales voies de pénétration des Brucella sont les muqueuses de l’oropharynx, de la conjonctive et des voies respiratoires supérieures. La voie cutanée est également possible, surtout si la peau est lésée.

Période primaire

Après une période de multiplication locorégionale, les Brucella se disséminent dans l’organisme puis s’implantent et se multiplient dans certains sites d’élection. Ces sites sont essentiellement l’appareil génital, mâle et femelle, la mamelle et les bourses séreuses et synoviales. La période primaire de l’infection peut donc se traduire, selon le sexe et le stade physiologique, par l’avortement, signe majeur chez les ruminants et les suidés, parfois par une simple atteinte générale mais légère de l’organisme, enfin, par des symptômes traduisant une localisation (orchite, épididymite, hygroma, arthrite, etc.). De nombreux animaux asymptomatiques demeurent cependant porteurs latents et excréteurs potentiels.

Période secondaire et réactivation

La période secondaire voit la disparition des Brucella ou, le plus souvent, leur persistance à l’état latent dans les ganglions lymphatiques (surtout les ganglions céphaliques, rétro-mammaires ou iliaques).

La réactivation de l’infection reste alors possible, souvent de manière intermittente. Les femelles n’avortent en général qu’une fois, plutôt dans le dernier tiers de la gestation, bien que les gestations suivantes puissent fréquemment connaître une ré-infection avec excrétion dans les produits du part. Certaines femelles conduisent leur gestation à terme avec naissance de produits infectés. Ceux-ci sont parfois chétifs et peuvent devenir des porteurs latents et futurs excréteurs persistants. Enfin, la production de lait est en général réduite et la qualité du lait moindre.

3. Évolution de l’infection dans un troupeau

Le premier signe de la présence de l’infection dans un troupeau est ainsi habituellement l’“explosion” d’avortements chez une très forte proportion de femelles (jusqu’à 50 %). Au cours des saisons suivantes de reproduction le taux d’avortements décline naturellement, surtout en ce qui concerne les femelles primipares. La structure de l’élevage influe également beaucoup sur l’évolution dans le temps et l’espace de l’infection (confinement entre animaux de même âge, d’âge différent, mouvements d’animaux, mélanges d’espèces sensibles).

4. Sources de contamination

L’avortement mais aussi le part apparemment normal sont les sources majeures de dissémination de l’infection aux congénères, aux autres espèces animales, bovins et chiens notamment, ainsi qu’à l’homme. Les quantités de Brucella déversées dans le milieu environnant sont alors très importantes. Cette excrétion est tout particulièrement importante et prolongée chez les petits ruminants (plusieurs semaines).

Les aérosols infectieux produits ou les poussières contaminées permettent dès lors la contamination conjonctivale et respiratoire des congénères exposés. L’entretien des chèvres et des moutons au sein d’enclos où les animaux se rassemblent fréquemment, la nuit notamment, est propice à la diffusion de l’infection par ce biais. La contamination orale est également importante en raison du léchage fréquent des avortons, des nouveau-nés, des produits du part (placentas, sécrétions) et de zones corporelles souillées. L’infection persistante de la mamelle et des ganglions lymphatiques rétromammaires est très fréquente chez la brebis et chez la chèvre infectée et se traduit par une dissémination intermittente ou continue de Brucella dans le lait, sur plusieurs années parfois. Aussi, l’absorption de colostrum et de lait est-elle également un mode de contamination fréquent du jeune. Dans ce cas, néanmoins, comme dans le cas de l’infection congénitale, de nombreux jeunes (agneaux notamment) semblent se débarrasser de l’infection avant l’âge adulte. Chez ceux qui demeurent porteurs latents, l’infection reste souvent longtemps inapparente, tant au plan clinique que sérologique.

Il est généralement admis que boucs et béliers jouent un rôle mineur dans l’épidémiologie de la brucellose. Cependant, ils jouent sans doute un rôle de vecteurs mécaniques passifs lors de la monte. De plus, l’orchite et l’épididymite sont des séquelles courantes de l’infection et le sperme peut être contaminé par Brucella chez une proportion significative de mâles, avec les conséquences en matière de risque de transmission (naturelle ou via l’insémination artificielle).

Les chiens entretenus auprès des troupeaux infectés sont très fréquemment contaminés.

Vecteurs mécaniques fréquents (transport dans la gueule des produits du part), ils sont soupçonnés, les femelles notamment, de pouvoir constituer un réservoir de l’infection.

La faune sauvage est peu concernée par la brucellose ovine et caprine. Si des cas d’infection à B. melitensis ont pu être identifiés en France et en Italie chez le chamois et chez le bouquetin, on pense actuellement que ces espèces constituent des victimes de la contamination des troupeaux domestiques et ne peuvent pas constituer un réservoir de l’infection.

5. Réponse immunitaire et sérologique

La réaction de l’hôte à l’infection se traduit généralement en période postpubère par une réponse immunitaire à la fois humorale et cellulaire. La réponse sérologique est en revanche fugace et faible, voire indécelable chez les jeunes impubères. La variabilité de la réponse immunitaire individuelle est telle que chacune des réactions, humorale ou cellulaire, est variable, l’une ou/et l’autre pouvant manquer. La réponse anticorps est majoritairement dirigée contre le lipopolyoside de membrane externe (LPS-S) des Brucella et à un moindre degré contre des protéines de membrane externe. La réponse cellulaire est principalement dirigée contre des protéines cytoplasmiques.

6. Résistance des Brucella

Les Brucella résistent en général mieux que la plupart des autres bactéries pathogènes non sporulantes à l’inactivation dans le milieu extérieur. Lorsque les conditions sont favorables (pH > 4, faible ensoleillement, température basse, présence de matière organique) les Brucella peuvent survivre plusieurs mois dans de nombreux substrats de l’environnement, le lait ou les produits laitiers. La survie des Brucella dans la viande est en revanche courte et la contamination humaine à partir de carcasses est aisément évitée par un dépouillage rigoureux, et dans de bonnes conditions d’hygiène, de la mamelle, des organes génitaux et des ganglions lymphatiques qui évitent la contamination de la carcasse par le lait et les sécrétions génitales.

La plupart des désinfectants et antiseptiques usuels sont actifs sur les Brucella, à l’exception des ammoniums quaternaires. La décontamination thermique reste cependant la plus efficace quand elle est possible. Les pâtures contaminées, par les produits d’avortement notamment, s’assainissent généralement naturellement après plusieurs semaines en période sèche ou tempérée. Une mise en culture des pâtures, doublée éventuellement d’un épandage de cyanamide calcique, permet également un bon assainissement.

Diagnostic

1. Diagnostic direct

La méthode la plus fiable de diagnostic de la brucellose demeure l’isolement de l’agent en cause. L’examen microscopique de frottis d’écouvillons vaginaux ou de placentas ou fœtus après coloration de Stamp constitue une méthode rapide de dépistage. Néanmoins, d’autres micro-organismes tels que Brucella ovis, Chlamydophila abortus ou Coxiella burnetii peuvent être confondus avec B. melitensis par cette méthode qui s’avère également peu sensible. La recherche de Brucella par culture est donc très fortement recommandée.

Les prélèvements de choix sur l’animal vivant sont les sécrétions génitales (écouvillonnage vaginal en zone péricervicale) et le lait, l’excrétion mammaire et génitale étant généralement prolongées dans ces espèces.

L’avorton (contenu stomacal, poumon et rate) et les annexes placentaires constituent également un prélèvement potentiellement intéressant et sont généralement riches en Brucella. Ils sont néanmoins souvent contaminés par la flore de l’environnement et surtout dangereux tant pour le préleveur que pour le personnel chargé du transport et celui du laboratoire de diagnostic.

Sur la carcasse, outre les testicules en cas d’orchite chez le mâle, la rate et les gangions (rétromammaire, parotidien, mandibulaire et rétropharyngien) représentent les prélèvements les plus intéressants.

Au laboratoire, les recherches s’effectuent sur milieu sélectif de Farrell qui peut être complété pour plus de sensibilité par le milieu de Thayer-Martin. La sensibilité de la bactériologie reste néanmoins limitée, et les prélèvements et ensemencements doivent parfois être multipliés pour mettre en évidence la bactérie. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux préalablement vaccinés. La méthode PCR développée depuis une dizaine d’années reste encore peu sensible (y compris la double amplification) et son intérêt réside surtout dans sa capacité de détection de bactéries tuées ou dans des prélèvements très contaminés par la flore annexe. Elle est actuellement considérée comme un bon complément de la bactériologie classique, mais ne peut aucunement la remplacer.

2. Dépistage - Diagnostic indirect

Épreuves sérologiques

Le LPS-S constitue l’antigène majeur des Brucella en phase lisse et la majorité des anticorps produits chez l’hôte infecté sont spécifiques d’épitopes portés par cette molécule. Parmi les épreuves détectant plus particulièrement les anticorps spécifiques du LPS-S, l’épreuve à l’antigène tamponné (EAT ou rose bengale) et celle de fixation du complément (FC) sont de longue date les plus employées pour le dépistage de la brucellose ovine et caprine (PHOTO 3 ET 4).

Épreuves officielles tant au plan international qu’européen, ce sont aussi les épreuves standardisées les plus fiables aujourd’hui dans ces espèces pour le dépistage de la brucellose à B. melitensis, quel que soit le biovar en cause.

L’EAT est une épreuve très sensible, détectant précocement l’infection, mais qui présente quelques défauts de spécificité (faux positifs en cheptel indemne). Ces propriétés en font une excellente méthode de surveillance, compte tenu de sa capacité de détection des cheptels infectés. La FC est plus spécifique (moins de faux positifs), plus tardive et, d’une façon générale, légèrement moins sensible que l’EAT (plus de faux négatifs en cheptel infecté). Aussi, des discordances sont-elles assez fréquemment observées entre les résultats des deux épreuves. En cheptels infectés, notamment ceux fortement infectés, certains animaux ne sont détectés que par l’EAT, à cause d’un faible niveau de réponse anticorps ou d’une infection récente. Cependant, le cas inverse (EAT négative, FC positive) s’observe également, surtout lorsque la prévalence à l’intérieur du cheptel infecté est faible (en cas de cheptel vacciné notamment). L’utilisation conjointe des deux épreuves permet donc d’accroître la sensibilité du dépistage et d’assainir plus efficacement les cheptels infectés, si l’abattage concerne l’ensemble des animaux positifs à l’une au moins des deux épreuves.

Cependant, comme dans l’espèce bovine, la réduction de la prévalence de l’infection s’accompagne inévitablement d’une proportion plus importante de résultats faussement positifs. En raison de leurs spécificités respectives, ce phénomène concerne davantage l’EAT que la FC. Autrefois très largement attribuables aux anticorps d’origine vaccinale, ces résultats faux positifs sont aujourd’hui fréquemment liés à des infections par des micro-organismes croisant au plan antigénique avec les Brucella, Yersinia enterocolitica O:9 surtout. Comme chez les bovins, ces réactions sont généralement fugaces et concernent un nombre souvent très réduit d’animaux dans le cheptel.

L’Elisa indirect a fait l’objet de plusieurs travaux durant ces dix dernières années. Très sensible, il semble moins spécifique que les deux précédentes épreuves, notamment dans les troupeaux vaccinés. Il ne fait par ailleurs pas encore l’objet d’une standardisation internationale et n’est donc pas reconnu comme test officiel. Alors que le ring-test est inutilisable sur le lait de chèvre ou de brebis, l’Elisa a par ailleurs été proposé par plusieurs auteurs pour le dépistage individuel ou de mélange dans ces espèces. L’absence de validation à grande échelle et de standardisation interdit néanmoins son utilisation dans les programmes officiels de surveillance.

Épreuves d’immunité cellulaire

L’épreuve cutanée allergique à la brucelline a été peu évaluée chez les ovins et les caprins. Le Brucellergène® (Synbiotics, France) est actuellement le seul produit commercial dépourvu de LPS-S, donc utilisable sans risque d’induction d’anticorps ou de réaction inflammatoire pouvant interférer avec le diagnostic. Chez les ovins et chez les caprins, le site d’inoculation le plus efficace et le plus pratique est constitué par la paupière inférieure. L’injection est ici sous-cutanée. Les lectures de réactions se font entre 48 et 72 heures. Les réactions positives se traduisent par la production d’un œdème important au site d’injection. La mesure du pli de peau n’est donc pas nécessaire. Cette épreuve semble très sensible et très spécifique, mais une vaccination préalable par la souche Rev.1, y compris par voie conjonctivale, est susceptible d’induire des réactions positives pendant au moins deux ans, chez certains animaux.

Traitement

Aucun traitement économiquement supportable n’étant réellement efficace, le traitement des brucelloses bovine, ovine, caprine et porcine est formellement interdit par la réglementation.

Prophylaxie

Lorsqu’elle est utilisée au niveau d’une population entière, la vaccination par le vaccin Rev.1 permet une réduction drastique de la prévalence de la brucellose chez les petits ruminants, et par voie de conséquence, chez l’homme. La vaccination des seuls animaux de renouvellement peut être efficace pour le contrôle de l’infection dans les pays à faible niveau de prévalence. En revanche, en conditions de forte prévalence, seule la vaccination de masse des jeunes et des adultes répétée régulièrement, de manière à être exhaustive, permet un contrôle efficace.

Une fois la prévalence réduite, le contrôle de l’infection peut être amélioré par le couplage de la vaccination des jeunes à un programme d’assainissement par abattage des adultes infectés, dépistés par la sérologie. L’éradication proprement dite n’a, jusqu’à présent, été atteinte que par l’arrêt de la vaccination et le renforcement des mesures d’assainissement et du contrôle des mouvements d’animaux. Les conditions d’utilisation du vaccin Rev.1 considérées actuellement comme optimales sont celles préconisant une dose individuelle de 1 à 2 x 109 UFC administrée par voie conjonctivale, voie qui prévient presque totalement les risques de séquelles sérologiques chez l’animal vacciné.

La brucellose ovine et caprine est régie, au plan européen, par la directive 91/68 du 28 janvier 1991. En France, le décret du 13 octobre 1998 fait de la brucellose ovine et caprine une maladie réputée contagieuse sous toutes ses formes. Un arrêté de la même date précise les mesures techniques et administratives de prophylaxie collective et de police sanitaire. Les réglementations nationales les plus récentes se placent dans une perspective claire d’éradication.

Malgré un retard important par rapport à l’espèce bovine, tant au plan de la situation sanitaire initiale que dans la mise en œuvre d’une lutte organisée, la situation de la brucellose des petits ruminants a connu ces dernières années une amélioration considérable, qui permet d’espérer une éradication à très court terme(2).

  • (1) L’incidence mondiale annuelle de la brucellose humaine est estimée à environ 500 000.attention

  • (2) Voir l’article “Brucellose des petits ruminants en France : situation et perspectives” dans ce numéro.

ATTENTION

Aucun symptôme de la brucellose n’est pathognomonique. Le recours au laboratoire est indispensable pour le diagnostic.

ATTENTION

La plupart des désinfectants et antiseptiques usuels sont actifs sur les Brucella à l’exception des ammoniums quaternaires.

Points forts

→ Les voies de pénétration des Brucella sont les muqueuses de l’oropharynx, de la conjonctive et des voies respiratoires supérieures, et parfois la voie cutanée.

→ Les femelles atteintes n’avortent en général qu’une fois, plutôt dans le dernier tiers de la gestation.

→ Les gestations suivantes peuvent connaître une ré-infection avec excrétion dans les produits du part.

→ Certaines femelles conduisent leur gestation à terme avec la naissance de produits infectés.

→ L’absorption de colostrum et de lait est un mode de contamination fréquent du jeune.

→ Les boucs et les béliers jouent un rôle mineur, mais réel dans l’épidémiologie de la brucellose.

→ La faune sauvage ne semble pas jouer de rôle dans la transmission de la brucellose ovine et caprine.

→ Les résultats faux positifs sont fréquemment liés à des infections par Yersinia enterocolitica O:9.

→ La vaccination généralisée permet de réduire la prévalence de l’infection, mais elle ne permet pas d’atteindre seule l’éradication.

ATTENTION

• L’EAT est une épreuve très sensible, détectant précocement l’infection, mais peu spécifique.

• La FC est plus spécifique que l’EAT, mais plus tardive et moins sensible.

• L’utilisation conjointe de l’EAT et de la FC permet d’accroître la sensibilité du dépistage.

En savoir plus

- Alton GG. Brucella melitensis. In:Animal brucellosis. Boca Ratón, CRC Press 1990:383-409.

- Blasco JM. A review of the use of B. melitensis Rev-1 vaccine in adult sheep and goats. Preventive Veterinary Medicine. 1997;31:275-281.

- Garin-Bastuji B, Blasco JM. Caprine and ovine brucellosis. In: The OIE Manual of Standards for Diagnostic Tests and Vaccines, 4th ed. 2000. Paris, OIE:475-489.

- Garin-Bastuji B, Blasco JM, Grayon M, Verger JM. Brucella melitensis infection in sheep: present and future. Veterinary Research 1998;29:255-274.

- Garin-Bastuji B, Delcueillerie F. Les brucelloses humaine et animales en France en l’an 2000. Situation épidémiologique – Programmes de contrôle et d’éradication. Médecine et Maladies Infectieuses 2001;31(Suppl. 2):202-216.

Remerciements L’auteur remercie M. Thiébaud, D. Calvez et R. Pouillot (AFSSA), J.M.Verger et M. Grayon (INRA), T. Badin-de-Montjoye et S. Laurent (DGAL) et P. Brun (Infocentre PACA) pour leur contribution à l’élaboration de cet article.

L’avis du praticien par Jean-François Gauthier, 20240 Ghisonnacia

→ Pour obtenir la requalification d’un troupeau dans lequel des réactions positives sont mises en évidence, l’application des mesures sanitaires traditionnelles exige :

- l’abattage rapide de tous les animaux positifs ;

- trois séries de sérologies consécutives négatives sur la totalité du cheptel, ce qui dans le meilleur des cas ne permet pas une requalification avant sept mois.

Dans le cas de cheptels ovins “viande ”, le retrait de qualification a peu d’impact pour l’éleveur, car les agneaux peuvent toujours être commercialisés après abattage. Pour les cheptels ovins laitiers, le problème est beaucoup plus grave, surtout si le lait est destiné à un transformateur travaillant en lait cru. C’est pourquoi il a été nécessaire de définir des procédures plus légères lorsque les séropositivités sont dues à des réactions non spécifiques.

Les réactions faussement positives sont fugaces et concernent un nombre très faible d’animaux (moins de 0,5 % des animaux adultes du troupeau en général). Elles sont plus fréquentes avec l’EAT (épreuve à l’antigène tamponné), très sensible, mais existent également avec la FC (fixation du complément). Actuellement, aucune technique sérologique ne peut confirmer ou infirmer une hypothèse de réaction faussement positive.

→ L’existence de réactions positives par excès est prise en compte dans la réglementation actuelle. Il existe ainsi des protocoles de simple suspension de qualification, assortis d’une requalification rapide, qui ne peuvent être envisagés que si une véritable “analyse de risque brucellique ” a été entreprise au préalable via une enquête épidémiologique approfondie destinée à montrer que le risque de suspendre à tort (c’est-à-dire en cas de brucellose vraie) est faible. En corollaire, ces protocoles ont été établis de manière à ce que, si la brucellose est effectivement présente, le risque de “passer à côté ” demeure très faible.

→ Ces protocoles sont adaptés en fonction des conditions épidémiologiques particulières. Par exemple, dans les cheptels de très grande taille en région PACA (troupeaux à plus de 1 000 prises de sang par contrôle), lorsque le taux de positifs est inférieur à 0,5 % et que certaines conditions sont réunies (troupeau qualifié depuis au moins trois ans ; mise en œuvre d’une enquête épidémiologique de terrain menée conjointement par le vétérinaire sanitaire et la DSV avec l’appui du GDS ; absence de lien épidémiologique avec d’autres élevages suspects ou infestés depuis un an ; identification correcte et fiable ; traçage des sérologies sur trois ans avec exhaustivité des prises de sang ; voisins qualifiés pour les cheptels ovins caprins ou bovins ; sérologies des chiens négatives ; absence d’infection humaine), les procédures suivantes peuvent être mises en œuvre :

- suivi précis des animaux suspects à abattre (l’abattage est alors différé) ;

- renouvellement des sérologies entre quatre et huit semaines après la première série ;

- examens bactériologiques des ganglions rétropharyngiens et mammaires, de l’utérus et de la mamelle des animaux suspects abattus ;

- examens bactériologiques systématiques sur les femelles avortant éventuellement dans le troupeau (avorton, placenta, écouvillon vaginal).

→ Certaines méthodes peuvent être utilisées pour dépister d’éventuelles fausses positivités :

• la recherche des Yersinia dans les fèces, mais cette recherche ne permet pas d’exclure une brucellose éventuelle ;

• un test allergique à la brucelline 48 heures avant l’abattage (injection sous-cutanée à la paupière inférieure), lu le jour de l’abattage, le cas échéant (non valable si le troupeau est vacciné avec le Rev.1 à cause de la persistance des réactions positives dues à la vaccination) ;

• la dynamique des anticorps entre deux prises de sang sur les animaux suspects (test défavorable si la quantité d’anticorps augmente avec le temps) ;

• des réactions discordantes éventuelles entre les réactifs de marques différentes.

• la typologie des réactions sérologiques des animaux suspects. Celle-ci permet de distinguer :

- des cas avec EAT + et FC - (dans ces cas, le protocole de requalification est plus léger, il concerne uniquement les animaux suspects, dont l’abattage est différé, et les chiens) ;

- des cas avec EAT – et FC +, ou avec EAT + et FC + (dans ces cas, le protocole lourd est appliqué, il concerne le troupeau dans son ensemble avec utilisation des tests complémentaires et suivi bactériologique des animaux abattus et des avortements) ;

→ Ces protocoles, fondés sur une recherche de convergence d’éléments objectifs permettent d’envisager :

- s’ils sont tous favorables, la requalification rapide du troupeau après assainissement éventuel ;

- l’abattage total si la présence de Brucella est mise en évidence même une seule fois grâce à un suivi bactériologique très précis des animaux abattus et ou des éventuels avortements.

PHOTO 1. Avortement brucellique. Avorton.

PHOTO 2. Orchite.

PHOTO 3. Épreuve à l’antigène tamponné (EAT) sur sérum.

PHOTO 4. Épreuve de fixation du complément (FC) sur sérum.