Le point Vétérinaire n° 235 du 01/05/2003
 

SITUATION ET PERSPECTIVES

Se former

EN QUESTIONS-REPONSES

Bruno Garin-Bastuji

Laboratoire national
et O.I.E./FAO de référence
pour la brucellose,
Afssa, 22, rue Pierre-Curie, BP 67,
94703 Maisons-Alfort Cedex

Le renforcement des mesures de lutte contre la brucellose des petits ruminants en France depuis quatre ans permet d’espérer son éradication prochaine.

Résumé

La brucellose chez les ovins et chez les caprins est une maladie réputée contagieuse dans toutes ses formes depuis 1998. À cette date, de nouvelles mesures de lutte ont été mises en place, visant explicitement l’éradication rapide de cette affection. Trois zones sont définies sur le plan national, dans lesquelles les mesures qui concernent la qualification des cheptels, les échanges d’animaux, les protocoles d’assainissement et le recours à la vaccination sont adaptées à la situation épidémiologique. À l’heure actuelle, la plus grande partie du territoire est pratiquement indemne. L’infection caprine a quasi disparu de la France continentale et ne subsiste qu’en Corse. L'infection ovine persiste en Corse et dans le sud-est de la France continentale, et, dans une moindre mesure, sur la bordure pyrénéenne et dans le Nord. La vaccination continue d'être largement utilisée chez les ovins. La transhumance constitue une des difficultés majeures pour obtenir l’éradication définitive dans le Sud-Est.

En France, la brucellose chez les ovins et chez les caprins est régie actuellement par le décret du 13 octobre 1998, qui en fait une maladie réputée contagieuse sous toutes ses formes, et par l’arrêté de la même date, qui précise les mesures techniques et administratives de prophylaxie collective et de police sanitaire. Les réglementations nationales les plus récentes se placent dans une perspective claire d’éradication.

Quelles sont les mesures de lutte en vigueur ?

Le programme de lutte mis en œuvre à partir de 1987 a été complété par de nouvelles dispositions réglementaires en 1998, destinées à accélérer l’éradication de l’infection par un renforcement des dispositions en zones infectées, tout en allégeant le dispositif en zone indemne.

1. Nouvelles dispositions introduites en 1998

Seuls deux types de qualification des cheptels ovins, caprins ou mixtes subsistent : officiellement indemne et indemne. La vaccination obligatoire des jeunes animaux par le vaccin Rev.1 conjonctival est maintenue dans ces derniers.

La nouvelle réglementation supprime l’obligation de contrôles sérologiques à l’introduction dans les cheptels ovins, caprins ou mixtes qualifiés (sauf pour un animal provenant d’un cheptel indemne et introduit dans un cheptel officiellement indemne).

Un allégement des rythmes de contrôle est également prévu dans les départements où une politique exclusivement sanitaire est mise en œuvre, à l’exception des cheptels assainis depuis moins de cinq ans et des élevages producteurs de lait cru (lait consommé à l’état cru ou destiné à la fabrication de produits au lait cru). L’évolution des rythmes s’effectue désormais sur la base des taux d’incidence de la brucellose et non plus sur celle de la prévalence annuelle.

Dans certaines conditions, une simple suspension de qualification peut être prononcée, au lieu du retrait de la qualification en vigueur jusqu’en 1998, ce qui permet une requalification rapide du cheptel en cas d’infirmation de la suspicion, lors, par exemple, de réactions sérologiques non spécifiques.

Des protocoles de suivi de ces cheptels ont été mis en place, qui prennent en compte l’évolution dans le temps des résultats sérologiques et les résultats éventuels de recherches bactériologiques et/ou d’épreuves cutanées allergiques.

Parallèlement, en ce qui concerne les zones à prévalence résiduelle, en prophylaxie médico-sanitaire, un dispositif de lutte spécifique a été mis en place dans chaque département concerné, formalisé par des arrêtés préfectoraux. Ce dispositif intègre des mesures de dépistage renforcé de l’infection, une gestion de la transhumance et des mouvements d’animaux et toute disposition spécifique que pourrait exiger la situation épidémiologique locale (contrôles sérologiques d’introduction, etc.). Dans ces zones, l’assainissement des cheptels infectés est désormais effectué à l’aide de l’utilisation combinée des tests EAT et FC(1).

2. Définition de trois zones au plan national

Trois zones ont été établies à l’échelon national en fonction des facteurs de risque (taux d’infection, mouvements d’animaux), auxquelles correspondent des stratégies de lutte et de contrôle spécifiques (voir la FIGURE “Prophylaxie et police sanitaire de la brucellose chez les ovins et chez les caprins en France”).

Zone A

La zone A, ou zone indemne, est une zone à prophylaxie sanitaire. Le maintien de qualification s’y effectue par sondages dans 10 ou dans 20 % des cheptels ; les échanges intradépartementaux sont autorisés sur la base de la qualification des cheptels et l’abattage total est obligatoire pour tous les cheptels infectés.

Zone B

La zone B correspond aux régions en prophylaxie sanitaire à incidence maîtrisée ou avec d’importants mouvements de transhumance et aux régions en prophylaxie médico-sanitaire avec arrêt progressif de la vaccination. Le maintien de qualification (EAT) s’y effectue par sondages dans au moins 30 % des exploitations. Le contrôle des échanges intradépartementaux est renforcé, les mouvements de transhumance sont contrôlés et l’abattage total est obligatoire pour tous les cheptels infectés. De plus, des plans préfectoraux d’éradication à l’échelon de certaines communes ou de certains cantons peuvent être établis.

Zone C

La zone C est une zone à incidence maîtrisée en prophylaxie médico-sanitaire. Le maintien de qualification (EAT) s’y effectue soit par sondages, soit sur l’intégralité du troupeau dans 100 % des exploitations. Le contrôle des échanges intradépartementaux est renforcé, les mouvements de transhumance sont contrôlés. Les cheptels infectés peuvent être assainis soit par abattage partiel, soit par abattage total (notamment lors d’infection qui touche plus de 5 % des animaux).

Quelle est la situation épidémiologique actuelle ?

La brucellose demeure moins rare chez les ovins (et dans les troupeaux mixtes à majorité d’ovins) (cent six cheptels infectés en 2000 ; taux de prévalence cheptels : 0,13 %) que chez les caprins (treize cheptels infectés en 2000 ; taux de prévalence cheptels : 0,05 %). Après une première phase d’augmentation des taux entre 1988 (première année de renforcement généralisé de la prophylaxie) et 1994, ceux-ci vont, depuis, en s’améliorant d’année en année (voir les FIGURE FIGURE“Évolution des taux de prévalence et d’incidence de la brucellose chez les caprins et chez les ovins en France”). Le taux annuel d’incidence cheptels est désormais très faible : 0,02 % chez les caprins, soit quatre cheptels nouvellement infectés en 2000 ; 0,3 % chez les ovins, soit vingt-cinq cheptels nouvellement infectés en 2000.

En fait, la plus grande partie du territoire est pratiquement indemne (voir les FIGURE “Distribution géographique de la brucellose chez les caprins et chez les ovins en France”). L’infection caprine a quasi disparu du territoire, la Corse exceptée (onze foyers sur treize). L’infection ovine, quant à elle, n’est plus localisée que dans certaines régions, la Corse et le sud-est de la France continentale essentiellement, la bordure pyrénéenne et le Nord dans une moindre mesure.

La situation des infections brucelliques ovine et caprine en région Sud-Est a connu une évolution très favorable entre 1995 et 1999 (voir la FIGURE “Évolution de l’infection brucellique chez les ovins en région Sud-Est”). Cette évolution rapide a été permise par :

la généralisation de la voie conjonctivale pour la vaccination, qui, tout en étant aussi efficace que la vaccination par voie sous-cutanée, n’induit pas de réponse sérologique durable interférant avec le dépistage ;

1 la généralisation du double dépistage par EAT et FC dans l’ensemble des troupeaux non qualifiés indemnes ;

2 la généralisation de l’abattage systématique de tout animal positif à l’une au moins des deux épreuves, mesures qui ont permis un meilleur assainissement des troupeaux infectés.

Le renforcement de la lutte et la généralisation du dépistage ont conduit, dans une première phase, à intensifier l’élimination chez les ovins (22 664 animaux abattus en 1993 contre 13 284 en 1988). Depuis, ce nombre diminue parallèlement à l’amélioration de la situation sanitaire (4 415 animaux abattus en 2000). L’évolution est similaire chez les caprins (457 animaux abattus en 2000 contre 1 727 en 1993 et 2 030 en 1988). Le pourcentage d’abattages totaux est néanmoins nettement plus faible que chez les bovins (en 2000, 6 % chez les caprins, 3,1 % chez les ovins). Le recours à l’abattage total chez les ovins concerne cependant principalement les gros troupeaux, classiquement plus difficiles à assainir (3 856 animaux de onze cheptels sur les 4 415 abattus en 1998). La vaccination aidant, les petits troupeaux ovins semblent, à l’inverse, plus aisément assainis par abattage partiel. Chez les caprins, l’efficacité apparente de l’assainissement par abattage partiel traduit vraisemblablement une “surdéclaration” de l’infection, en raison de nombreuses réactions sérologiques non spécifiques (pour 63 cheptels caprins suspendus ou déclarés infectés en 2000 et assainis par abattage partiel, seuls 73 animaux ont été abattus).

La vaccination, bien qu’en nette diminution, continue d’être largement utilisée chez les ovins (140 967 animaux vaccinés en 2000 contre 233 500 en 1988), beaucoup moins chez les caprins de troupeaux mixtes (2 734 en 2000). La couverture vaccinale atteint plus de 51 % des cheptels ovins en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (contre 59 % en 1993).

La transhumance, qui concerne en région Sud-Est près de 650 000 animaux et plus de 1500 cheptels, constitue une des difficultés majeures de la lutte contre la brucellose à B.melitensis. Elle favorise l’entretien de la maladie dans les troupeaux de petits ruminants mais aussi la contamination des troupeaux bovins. Ces troupeaux transhument fréquemment entre départements dont la situation sanitaire et vaccinale est très inégale, ce qui a contraint les organismes d’élevage et les services vétérinaires à assurer depuis plusieurs années une gestion sanitaire des alpages, avec suivi des troupeaux migrants et des troupeaux d’accueil.

  • (1) EAT : épreuve à l’antigène tamponné ; FC : fixation du complément. Voir l’article “La brucellose chez les ovins et chez les caprins”, dans ce numéro.

Points forts

→ La brucellose est une maladie réputée contagieuse sous toutes ses formes chez les ovins et chez les caprins.

→ Il n’existe que deux types de qualification des cheptels ovins, caprins ou mixtes vis-à-vis de la brucellose : officiellement indemne et indemne.

→ L’assainissement par abattage total est particulièrement conseillé dans les gros troupeaux ovins.

→ L’assainissement des petits troupeaux ovins est plus aisément obtenu par l’abattage partiel et la vaccination.

→ La transhumance constitue une des difficultés majeures de la lutte contre la brucellose dans le sud-est de la France.

Prophylaxie et police sanitaire de la brucellose ovine et caprine en France. Répartition en zones

La zone A est une zone à prophylaxie sanitaire ; la zone B est une zone à prophylaxie sanitaire à incidence maîtrisée ; la zone C est une zone à incidence maîtrisée en prophylaxie médico-sanitaire.

Évolution des taux de prévalence et d'incidence de la brucellose caprine en France de 1985 à 200

Évolution des taux de prévalence et d'incidence de la brucellose caprine en France de 1985 à 200

Distribution géographie de la brucellose caprine en France (comparaison 1992-2000)

Les chiffres en noir correspondent au nombre de cheptels caprins infectés dans l’année par rapport au nombre de cheptels pris en charge.

Évolution de l'infection brucellique chez les ovins en région Sud-Est de 1995 à 1999-2000

Les chiffres en noir correspondent au nombre de cheptels infectés par département (01/01/96-31/12/96) (782 cas). Chaque point représente un animal infecté pendant la période du 01/10/99 au 31/08/00 (37 cas).

Distribution géographie de la brucellose caprine en France (comparaison 1992-2000)

Les chiffres en noir correspondent au nombre de cheptels infectés par département (01/01/96-31/12/96) (782 cas).