Le point Vétérinaire n° 235 du 01/05/2003
 

PARASITOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

Se former

COURS

Lionel Zenner*, Élodie Drevon-Gaillot**


*Unité Mixte de Recherche
ENVL/INRA 958 “Protozoaires
Entéricoles des Volailles”
**Unité de Parasitologie,
École Nationale Vétérinaire de Lyon 1, avenue Bourgelat
BP 83, 69 280 Marcy-l’Étoile

Les molécules et les spécialités disponibles sur le marché des acaricides antitiques sont nombreuses. Le praticien est l’interlocuteur de choix pour indiquer au propriétaire les produits qui conviennent le mieux à son animal.

Résumé

Le contrôle des tiques chez les carnivores domestiques s’effectue principalement lors de leur vie parasitaire sur les animaux. Le plus souvent, ce contrôle s’effectue grâce à des acaricides qui appartiennent à différents groupes ou familles de molécules : organochlorés, organophosphorés, carbamates, roténone, pyréthrinoïdes, formamidines, phénylpyrazolés, lactones macrocycliques et régulateurs de croissances. Ces molécules peuvent se présenter sous différentes formes galéniques : collier, poudre, shampoing, aérosol, lotion, bain, spot-on, pour-on et solution orale. Les propriétés pharmacocinétiques et la présentation du produit expliquent les différences d’efficacité et la toxicité potentielle de ces principes actifs.

L’étiquage manuel peut constituer un moyen simple et efficace de lutter contre les tiques (voir l’article “Contrôle et lutte mécanique contre les tiques” Point Vét. 2003;234:30-34). Cependant, dans de nombreuses circonstances, l’exposition fréquente du chien ou du chat à ces parasites nécessite l’emploi de composé chimique pour cette lutte thérapeutique et plus encore prophylactique.

Le praticien dispose d’un large arsenal de spécialités acaricides utilisables contre les tiques. Le choix du produit qu’il peut indiquer au propriétaire n’est pas anodin et dépend de nombreux facteurs : l’animal traité (espèce, âge, etc.), l’objectif recherché (prévention et/ou traitement), la facilité d’utilisation (forme galénique), etc.

Les produits cités ont été sélectionnés par l’existence d’une AMM chien ou chat avec une indication tiques ou parasites externes (voir le TABLEAU “Produits utilisables sur l’animal contre les tiques, par classe chimique”) [11].

Les différents groupes d’acaricides

1. Les organochlorés

Massivement utilisés dans le passé, les organochlorés ont été, pour la plupart, progressivement retirés du marché. Actuellement seul le lindane (ou hexachlorocyclohexane) reste autorisé comme antiparasitaire externe pour les animaux de compagnie. Cette molécule est un inhibiteur de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), inhibe la cytochrome-oxydase et perturbe le fonctionnement des pompes Na+/K+, ce qui entraîne la mort des parasites par convulsions. Sa toxicité nécessite cependant de prendre des précautions, pour l’animal traité mais aussi pour le propriétaire (port de gants, pièce aérée, etc.). Son utilisation chez le chat est en outre fortement déconseillée.

2. Les organophosphorés

Les organophosphorés dérivent de l’acide phosphorique. Les molécules de ce groupe agissent en se liant de manière quasiment irréversible avec l’acétylcholinestérase et provoquent la mort des acariens par inhibition de leurs conductions nerveuses. Ils sont utilisés comme produits phytosanitaires, agents de désinsectisation et antiparasitaires externes chez les animaux. Leur liposolubilité facilite la pénétration à travers la cuticule des arthropodes, mais permet également une résorption cutanée chez les mammifères. Comme les organochlorés, leurs propriétés pharmacologiques les rendent potentiellement actifs chez les vertébrés et peuvent ainsi être à l’origine d’accidents de neurotoxicité. Il est donc impératif de prendre certaines précautions lors de leur utilisation : respect strict des posologies, en particulier chez le chat, port des gants lors de bains ou de pulvérisations, etc.

3. Les carbamates

Proches des organophosphorés, les carbamates sont des anticholinestérasiques réversibles. Seul le carbaryl et le propoxur sont utilisés pour leur efficacité antitiques, avec un meilleur effet de chute et une rémanence plus grande pour le second. Lors de surdosage ou d’ingestion, ils peuvent aussi être à l’origine d’accidents de neurotoxicité.

4. La roténone

La roténone est un extrait naturel de légumineuses exotiques, en particulier Derris elliptica, d’où son nom de poudre de Derris. Elle agit sur le système nerveux des parasites et entraîne leur paralysie, avec un bon effet de chute, mais une rémanence très faible.

5. Les pyréthrinoïdes

Les pyréthrines sont des insecticides et des acaricides naturels d’origine végétale. Elles sont rapidement dégradées par la chaleur et la lumière, ce qui limite leur intérêt pratique.

Les pyréthrynoïdes sont des antiparasitaires externes de synthèse dont les propriétés de rémanence ont été augmentées. Les composés de cette famille ralentissent la fermeture des canaux à sodium et induisent une hyperactivité à l’origine d’une mort par paralysie du parasite. Ils inhibent en outre la transmission GABA-ergique.

Les pyréthrinoïdes sont classés en fonction de leur génération et les molécules les plus récentes sont plus actives et plus stables que les pyréthrines. Elles ont un effet knock-down élevé. Les plus répandues sont la perméthrine, la deltaméthrine, le fenvalérate, la cyperméthrine et la cyfluthrine. De nombreuses présentations existent et sont considérées, à juste titre, comme peu toxiques. Ces produits sont néanmoins fréquemment responsables d’intoxications chez le chat, mais aussi chez le chien en raison, le plus souvent, de mauvaises utilisations (surdosage chez des animaux de petite taille) (voir dans ce numéro l’article “Intoxications du chien et du chat par les pyréthrinoïdes”.

6. Les formamidines

Les formamidines sont un groupe relativement récent d’acaricides. Ils agissent par inhibition de la mono-amine oxydase (molécule responsable du métabolisme des neurotransmetteurs aminés présents dans le système nerveux des acariens) et possèdent également une action α2-sympathomimétique.

L’amitraz est la seule molécule de cette famille utilisée en médecine vétérinaire, sous forme de lotion ou de colliers acaricides. Sa toxicité est modérée quelle que soit sa forme, mais il convient néanmoins de la manipuler avec précaution. En outre, elle possède des propriétés hyperglycémiantes potentiellement dangereuses chez l’animal ou un manipulateur diabétique.

7. Les phénylpyrazolés

Ces phénylpyrazolés correspondent à une famille assez récente d’antiparasitaires externes qui ne comporte actuellement qu’un seul représentant : le fipronil. Cette molécule agit par inhibition non compétitive du GABA : elle se fixe à l’intérieur du canal chlore dont le fonctionnement est alors bloqué. Le neurone ne peut plus être mis au repos et le parasite est tué par hyperexcitation. Le fipronil est dénué d’effet systémique : l’épiderme joue le rôle de barrière et la molécule diffuse rapidement dans les glandes sébacées de l’épiderme qui assurent un effet réservoir.

8. Les lactones macrocycliques

La famille des lactones macrocycliques correspond aux macrolides antiparasitaires, d’origine fongique du groupe des avermectines ou des milbémycines. Ils sont actifs sur les nématodes digestifs et respiratoires (formes larvaires et adultes), ainsi que sur certains ectoparasites.

Leur mode d’action est fondé sur une stimulation du système GABA : l’action GABA-mimétique provoque un flux entrant d’ions dans les canaux à chlore, une hyperpolarisation des neurones postsynaptiques et la mort des parasites par paralysie. Le spectre varie selon la molécule considérée.

La milbémycine (Interceptor®) et la sélamectine (Stronghold®) possèdent une AMM chez le chien et le chat et une présentation compatible avec la lutte contre les tiques chez ces espèces. La lutte contre ces parasites ne fait en revanche pas partie des indications de ces deux produits. La milbémycine est indiquée dans le traitement de la démodécie canine, de certaines nématodoses gastro-intestinales et de la dirofilariose. Son action contre les tiques n’a été évaluée que chez des bovins infestés par Boophilus microplus avec des résultats qui montrent une action sur les tiques [5, 6] mais sans empêcher l’infestation par Babesia sp. via les tiques [12]. La sélamectine possède une activité contre les tiques chez le chien et le chat, variables selon les études [4, 6] et sans AMM.

9. Régulateurs de croissance

Les régulateurs de croissances sont des molécules assez récentes qui interfèrent avec le développement des stades évolutifs chez les insectes. Largement utilisés pour le contrôle des pulicoses chez le chien et le chat, leur efficacité contre les tiques est actuellement discutée : certaines molécules de cette famille, notamment le fluazuron, pourraient être actives sur les tiques [10]. Cette molécule est actuellement commercialisée en Australie pour le contrôle de Boophilus microplus, mais des essais récents sur Ixodes et Dermacentor se sont révélés infructueux [9].

Les différentes présentations

De nombreuses présentations d’antiparasitaires externes existent sur le marché (voir le TABLEAU “Présentations des antiparasitaires externes destinés au chien et au chat”). Cette diversification répond à trois objectifs majeurs : augmenter la rémanence des produits, faciliter leur utilisation et diminuer le risque toxique.

Les substances à action topique agissent par contact direct avec l’acarien. Celles à action systémique agissent par voie sanguine après ingestion par la tique [3, 11].

1. Les colliers

Le collier est une présentation classique à visée préventive. La libération du principe actif (carbamates, formamidines, organophosphorés et pyréthrines), sous forme de vapeur, de liquide ou de poudre, est progressive. Les avantages de cette présentation sont une simplicité d’emploi et une durée d’action assez longue (trois à sept mois) qui permet de protéger l’animal avec peu de contraintes pour le propriétaire (PHOTO 1). En revanche, l’effet de chute est assez faible et l’efficacité est limitée chez les chiens de grandes tailles ou à poils longs. Outre une toxicité aiguë par ingestion du collier, il existe des risques de toxicité lors d’associations avec d’autres antiparasitaires externes, notamment les anticholinestérasiques.

2. Les poudres

Les poudres ont été largement utilisées chez le chien et chez le chat : l’antiparasitaire sous forme solide est dispersé dans un excipient en poudre inerte. Leur principal inconvénient est leur faible rémanence, qui nécessite deux ou trois applications par semaine. Si l’emploi semble simple, le dosage est difficile et une application uniforme sur l’ensemble du corps est impossible, en particulier chez des animaux à poils longs et denses. Une application correcte nécessite un poudrage soigné à rebrousse-poil. Le risque d’intoxication par léchage n’est pas négligeable. Tous les acaricides ne se prêtent pas à cette formulation : seuls le carbaryl et la roténone sont proposés sous cette forme.

3. Les shampoings

Les shampoings sont des solutions ou des suspensions aqueuses qui contiennent divers principes actifs : substances détersives pour l’entretien du pelage et souvent un ou plusieurs antiparasitaires. Ils sont appliqués sur l’ensemble du corps puis éliminés par rinçage. Ils n’ont aucune action rémanente et seuls les acariens présents au moment de l’application sont éliminés.

Lors d’association avec un autre traitement antiparasitaire, des risques toxiques cumulatifs existent. En outre, leur application peut être difficile et contraignante pour le propriétaire.

4. Les aérosols et les sprays

Les aérosols et les sprays se présentent en général sous forme d’une solution (parfois d’une poudre) projetée sur l’animal en particules très fines. Faciles d’emploi, ils permettent une application uniforme sur la zone à traiter. En revanche, leur rémanence est souvent faible et le gaspillage peut être important : le principe actif se fixe dans le pelage et une faible quantité de produit atteint réellement la peau. Il est donc conseillé de les utiliser à rebrousse-poil.

Ils restent très pratiques d’utilisation, en particulier avant ou au retour d’une promenade à risque. De nombreux progrès ont été effectués ces dernières années :

- techniques de micro-encapsulation qui ont permis d’améliorer la rémanence ;

- apparition des sprays-pompes qui produisent moins de bruits et limitent les réactions de frayeur des animaux, en particulier des chats.

5. Les lotions et les bains

Les lotions et les bains sont de trois types : solutions, émulsions ou suspensions (ou poudre mouillable). Ils permettent un traitement de l’ensemble du corps, mais peuvent également être utilisés in situ sur la tique avec un pinceau ou une petite brosse. Leur emploi reste fastidieux, mais ne nécessite pas de rincer l’animal (et parfois une tonte préalable). Leur utilisation réclame des précautions de la part du manipulateur (port de gants), le dosage est parfois mal réalisé et ils restent difficiles à appliquer chez des animaux peu dociles, en particulier les chats. Les mousses ne nécessitent pas de rinçage et sont donc plus proches d’une lotion que d’un shampoing.

Il existe des variantes à ces produits : à base de pyréthrinoïdes, il s’agit d’un feutre ou d’une solution à appliquer avec un coton. Ils sont destinés uniquement à un usage in situ sur la tique et peuvent être une aide ou une alternative à l’étiquage manuel.

6. Les spot-on et pour-on

Les spot-on ou pour-on de surface se présentent sous forme de pipettes dont le contenu liquide est appliqué sur la peau en un point (spot-on) ou sur la ligne dorsolombaire (pour-on). Sous cette forme, la perméthrine diffuse à la surface de l’animal et recouvre le corps en quelques heures de manière homogène. Le fipronil, dénué d’effet systémique, diffuse rapidement après application dans les structures riches en lipides de l’épiderme. En moins de 24 heures, le seuil des concentrations actives est dépassé sur l’ensemble du corps.

Ces produits sont donc simples d’emploi et offrent une rémanence d’environ un mois. Ces propriétés expliquent probablement le développement de ces présentations sur le marché des antiparasitaires externes.

7. Présentation orale

Une présentation orale existe : à base de cythioate (Pustikan®), un organophosphoré, elle se présente sous forme liquide à mélanger à l’alimentation. Sa durée d’action courte nécessite des traitements bi-hebdomadaires pendant les périodes à risque. Son intérêt dans la lutte contre les tiques semble discutable car il est nécessaire que l’acarien se gorge de sang pour que le produit soit efficace et les organophosphorés comportent un risque toxique.

La lutte chimique contre les tiques chez le chien et le chat est souvent nécessaire et devient indispensable lorsque l’exposition à ces parasites augmente (zones géographiques et/ou saisons favorables à leur prolifération). En outre, en raison du rôle de vecteur et du risque de transmission de maladies parfois sérieuses, l’utilisation de produits qui permettent une prévention efficace est à privilégier.

Points forts

→ Les acaricides, substances chimiques létales pour les tiques, peuvent avoir un effet curatif au retour d’une promenade, mais aussi un effet préventif.

→ L’effet préventif est lié à la rémanence, qui dépend elle-même du principe actif et de la présentation du produit.

→ Les acaricides possèdent une toxicité potentielle pour l’animal traité et parfois pour le manipulateur.

→ Des accidents peuvent survenir avec des molécules réputées peu toxiques en raison, la plupart du temps, d’une mauvaise utilisation du produit (surdosage, administrations hors AMM, etc.).

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  • 3 - Bourdeau P. Les topiques insecticides et acaricides. 2e partie. Point Vét. 1987;105:237-246.
  • 4 - Endris RG, Cooke D, Amodie D. et coll. Repellency and efficacy of 65 % permethrin and selamectin spot-on formulations against Ixodes ricinus on dogs. Veterinary Therapeutics. 2002;3:64-71.
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  • 6 - Jernigan AD, McTier TL, Chieffo C. et coll. Efficacy of selamectin against experimentally induced tick (Rhipicephalus sanguineus and Dermacentor variabilis) infestations on dogs. Vet. Parasitol. 2000;23:359-375.
  • 7 - Melhorn H. Encyclopedic reference of Parasitology. 2nd Ed. Springer-Verlag, Berlin Heidelberg, Germany. 2001.
  • 8 - Remington B, Kieran P, Cobb R. et coll. The application of moxidectin formulations for control of the cattle tick (Boophilus microplus) under Queensland field conditions. Aust. Vet. J. 1997;75:588-591.
  • 9 - Slowik TJ, Lane RS, Davis RM. Field trial of systematically delivered arthropod development-inhibitor (Fluazuron) used to control woodrat fleas (Siphonaptera : Ceratophyllidae) and ticks (Acari : Ixodidae). J. Med. Entomol. 2001;38:75-84.
  • 10 - Taylor MA. Recent developments in ectoparasiticides. Vet. J. 2001;161:253-268.
  • 11 - Veillet F, Vandaële E. Dictionnaire des Médicaments Vétérinaires et des produits de santé animale. 11e édition. Éditions du Point Vétérinaire. Maison-Alfort, France. 2001.
  • 12 - Waldron SJ, Jorgensen WK. Transmission of Babesia sppby the cattle tick (Boophilus microplus) to cattle treated wuth injectable or pour -on formulations of ivermectin and moxidectin. Aust. Vet. J. 1999;77:657-659.

PHOTO 1. Le collier est une présentation classique à visée préventive. Son utilisation est peu contraignante pour le propriétaire.

Produits utilisables sur l'animal contre les tiques, par classe chimique

Présentations des antiparasitaires externes destinés au chien et au chat