Le point Vétérinaire n° 234 du 01/04/2003
 

TEIGNE CHEZ UN CHAT

PRATIQUER

Sur Ordonnance

Jean Dominique Puyt

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

L’administration de griséofulvine (Fulviderm®) pendant cinq semaines entre 50 et 100 mg/kg/j doit être complétée par des conseils d’hygiène.

Le propriétaire d’un chat consulte son médecin pour des lésions cutanéespersistantes. Celui-ci diagnostique une teigne et recommande de consulter un vétérinaire pour le jeune chat âgé de six mois. Effectivement, l’animal présente une teigne microsporiquedansuneforme diffuse : un traitement antifongique par voie orale est mis en œuvre à l’aide de Fulviderm®.

Traitement antifongique local : Est-il réellement nécessaire ?

Certains praticiens ont l’habitude d’associer à ce traitement par voie générale un traitement par voie externe à base d’énilconazole (Imavéral®), un autre antifongique dérivé de l’imidazole. 4 ml de la solution concentrée sont dilués dans un litre d’eau, puis la solution est appliquée sur le poil trois ou quatre fois à trois ou quatre jours d’intervalle. L’animal doit être séché rapidement avec soin. Même s’il s’agit d’une utilisation « hors résumé des caractéristiques du produit » (RCP) de l’Imavéral® (indiqué uniquement chez le chien, les bovins et le cheval), ce traitement externe est judicieux en raison de la difficulté à éliminer les spores fongiques. Toutefois, l’énilconazole est un inhibiteur du cytochrome P450 et pourrait ralentir le métabolisme de la griséofulvine, donc augmenter ses effets secondaires, notamment hépatiques, s’il est ingéré par léchage.

Fulviderm® :Un traitement de longue durée à dose élevée

Fulviderm est, avec Dermogine®, Fulsan® et Fungekil®, l’une des quatre spécialités pharmaceutiques vétérinaires à base de griséofulvine, un antibiotique fongistatique actif sur Microsporum sp., administrable par voie orale chez le chien et le chat. La voie orale d’antifongiques doit être préférée à la voie locale pour parvenir à détruire en profondeur les dermatophytes. La forme micronisée des comprimés de griséofulvine est utile, car la biodisponibilité orale de la griséofulvine est d’autant plus élevée que les particules sont plus fines et que le médicament est administré avec le repas. Elle reste toutefois peu élevée (< 50 %) et variable d’un individu à l’autre. Des traitements longs à doses élevées, d’une durée minimale de quatre semaines, sont donc nécessaires. La dose préconisée dans les notices de 10 à 20 mg/kg/j peut être augmentée à 25  mg/kg deux fois par jour, voire 50 à 100 mg/kg/j chez le chat et pendant cinq à huit semaines, en pratique jusqu’à la disparition de toute lésion. A la fin du traitement, il convient de s’assurer de l’éradication des dermatophytes en réalisant deux ou trois cultures fongiques à une semaine d’intervalle. Les risques d’effets indésirables digestifs et hépatiques sont limités, mais doivent être signalés au propriétaire : le chat, et le chaton davantage encore, y est plus sensible. La griséofulvine est contre-indiquée chez la chatte en gestation en raison de ses propriétés tératogènes.

Kétofungol®et Program® : Une alternative à la griséofulvine ?

Le kétoconazole, chef de file des antifongiques dérivés de l’imidazole (Kétofungol®), est indiqué chez le chien pour le traitement de la teigne mais pas chez le chat.

Du point de vue réglementaire, la griséofulvine doit donc être préférée. Des effets indésirables digestifs et hépatiques similaires à ceux de la griséofulvine sont possibles. Il peut être administré par voie orale, à la dose de 10 mg/kg/j en une ou deux prises quotidiennes, pendant au moins quatre semaines.

Le lufénuron, inhibiteur de développement des insectes de la famille des benzoylurées (Program® F ou Program® GF), est indiqué chez le chat uniquement dans le traitement prophylactique de la prolifération des puces. Il a montré une activité antifongique dans le traitement des teignes, même s’il s’agit alors d’une utilisation « hors RCP ». Il peut être administré à la dose orale moyenne de 50 à 100 mg/kg/j pendant au moins quatre semaines (dose deux à six fois plus élevée que celle recommandée contre les puces) sans effets indésirables.

Traitement de l’environnement : Des conseils indispensables pour le propriétaire

En raison de la persistance des spores fongiques dans le milieu extérieur, il est indispensable d’accompagner le traitement médical de mesures d’hygiène sous peine d’échec. Il convient ainsi de supprimer, de laver ou de désinfecter couvertures, tapis et moquettes.