Le point Vétérinaire n° 234 du 01/04/2003
 

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES ARTHRITES DES BOVINS

Pratiquer

EN IMAGES

Raphaël Guatteo

AERC, Unité de médecine des animaux d’élevage, École vétérinaire de Nantes

Chez les bovins, deux sites de ponction articulaires sont possibles au niveau du jarret. Le repérage est plus difficile pour le carpe.

Les boiteries en général et les arthrites en particulier sont une cause fréquente de réforme précoce des bovins, voire de perte sèche pour l’éleveur. Les affections articulaires surviennent chez des bovins de tous âges, mais constituent une affection majeure du jeune bovin de boucherie. Elles sont classées schématiquement en arthrites septiques et aseptiques.

Les arthrites septiques sont dues à l’inoculation directe de micro-organismes dans l’articulation, à l’extension de blessures péri-articulaires ou à la dissémination hématogène d’un agent microbien.

Les arthrites aseptiques incluent principalement les arthrites traumatiques et auto-immunes.

De nombreuses études [3, 8] rapportent des différences significatives de composition (cytologiques et biochimiques) du liquide synovial entre ces deux catégories.

Indications

Pour différencier des arthrites septique et aseptique et établir un diagnostic rapide et sûr, l’arthrocentèse est un outil diagnostique intéressant [2, 4].

Elle consiste à prélever du liquide synovial au niveau d’unearticulation età effectuer un certain nombre d’examens. Elle est le plus fréquemment pratiquée aux niveaux du carpe et du jarret [2, 4].

L’arthrocentèse doit être réalisée chez des animaux non traités. Les analyses bactériologiques effectuées précocement chez des animaux non traités permettent en effet de mettre en évidence la plupart du temps l’agent bactérien en cause, de réaliser un antibiogramme et donc d’instaurer un traitement adapté [3].

Contention

Afin de travailler dans des conditions desécurité optimale, il convient de coucher le bovin, soit à l’aide de cordes, soit (plus sûre-ment) enluiadministrant une péridurale caudale haute. Ses membres sont attachés afin d’éviter tout mouvement brusque, dangereux pour le manipulateur et suscep-tible defaireéchouerle prélèvement.

  • Barone R. Anatomie comparée des mammifères domestiques. Tome 2. Arthrologie et myologie. 3e éd. 984 pages : 166-167 ; 948-949.
  • Leitch M. Diagnostic and treatment of septic arthritis in the horse. J. Amer. Vet. Med. Assn. 1979 ; 1 : 45-53.
  • Rhode C, Anderson DE, Desrochers A et coll. Synovial fluid analysis and cattle : a review of 130 cases. Vet. Surgery. 2000 ; 29 : 341-346.
  • Thin R. Thérapeutique des polyarthrites chez le veau. Bulletin des GTV. 1985 ; 6 : 75-88.
  • Van der Pelt RW, Conner GH. Synovial fluid from the normal bovine tarsus –  I. Am. J. Vet. Res. 1963 ; 98 : 112-121.
  • Van der Pelt RW, Conner GH. Synovial fluid from the normal bovine tarsus – II. Am. J. Vet. Res. 1963 ; 100 : 537-544.
  • Van der Pelt RW, Conner GH. Synovial fluid from the normal bovine tarsus – III. Am. J. Vet. Res. 1963 ; 100 : 735-742.
  • Van der Pelt RW, Langham RF. Synovial fluid changes produced by infectious arthritis in cattle. Am. J. Vet. Res. 1968 ; 29 : 507-516.

Contexte d’arthrite

Le diagnostic précoce de l’arthrite septique est l’élément clé de la réussite de l’éventuel traitement instauré.

Image anatomique de l’articulation du jarret

Deux zones sont privilégiées pour la ponction articulaire du jarret : le récessus plantaire médial 1 et le récessus dorsal 2 de la synoviale articulaire tibio-talienne. Idéalement, il convient d’éviter toute lésion des cartilages articulaires et/ou toute effraction de la capsule articulaire au cours de l’arthrocentèse. La ponction est donc souvent effectuée dans le récessus synovial le plus dilaté. 3 Récessus proximal de la synoviale de la gaine plantaire du tarse ; 4 synoviale vaginale du m. fléchisseur médial des doigts ; 5 synoviale vaginale commune aux tendons des m. tibial crânial, troisième péronier, extenseur du doigt médial, long extenseur des doigts.

Image anatomique de l’articulation du carpe

La ponction de l’articulation du carpe s’effectue au niveau du récessus dorsal de la synoviale antébrachio-carpienne 1.

Matériel

L’aiguille de ponction utilisée ne doit pas avoir une lumière trop étroite afin que le liquide synovial puisse être aspiré (> 1 mm de diamètre). Le prélèvement est effectué dans un tube sec pour une analyse bactériologique, dans un tube EDTA pour une étude cytologique et dans un tube hépariné pour des recherches biochimiques et immunologiques [2, 4].

Repérage et préparation chirurgicale des zones de ponction. Jarret à gauche et carpe à droite.

Les zones de prélèvement sont d’abord repérées grossièrement par palpation des articulations radio-carpienne et tibio-tarsienne. Elles sont ensuite soigneusement rasées et désinfectées de façon chirurgicale afin d’éviter toute complication infectieuse par inoculation ou toute contamination du prélèvement.

Repérage et préparation chirurgicale des zones de ponction. Jarret à gauche et carpe à droite.

Les zones de prélèvement sont d’abord repérées grossièrement par palpation des articulations radio-carpienne et tibio-tarsienne. Elles sont ensuite soigneusement rasées et désinfectées de façon chirurgicale afin d’éviter toute complication infectieuse par inoculation ou toute contamination du prélèvement.

Ponction du jarret : première possibilité

Pour la ponction au niveau du récessus plantaire médial de la synoviale articulaire tibio-talienne, la zone de ponction se repère en deux temps. La corde du jarret est suivie en descendant le long du membre jusqu’à sa bride d’attache, puis la zone de fluctuation majeure, qui correspond au récessus à ponctionner, est recherchée dans le creux de la corde du jarret [5, 6].

Ponction du jarret : seconde possibilité

Pour la ponction au niveau du récessus dorsal de l’articulation tibio-talienne [5, 6, 7], la bride tibiale est recherchée en premier lieu : elle est facilement palpable. Le récessus à ponctionner, qui se trouve légèrement en dessous, est ensuite progressivement localisé. L’introduction de l’aiguille doit se faire sans difficulté, sans rencontrer de surfaces articulaires. Il suffit alors d’enfoncer le tube. Si le liquide synovial ne s’écoule pas, il convient de retirer délicatement l’aiguille et de la réorienter légèrement, de manière à ne pas léser les articulations.

Aspect du liquide synovial recueilli : première possibilité.

La contamination sanguine est fréquente. Le liquide peut être transvasé dans un autre tube pour faire analyser un prélèvement moins contaminé.

Ponction du carpe La ponction au niveau de l’articulation radio-carpienne est plus délicate [5]. La localisation du récessus dorsal de la synoviale antébrachio-carpienne est en effet plus difficile. L’articulation est placée en légère flexion, puis la tubérosité correspondant à l’os pyramidal est localisée. Le récessus à ponctionner recouvre en partie cet os. La ponction est effectuée dans la zone de fluctuation maximale.