Le point Vétérinaire n° 233 du 01/03/2003
 

ULCÈRES DE LA CAILLETTE CHEZ UN VEAU

PRATIQUER

SUR ORDONNANCE

Hervé Pouliquen

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

L’administration de quatre antibiotiques est inutile et dangereuse. La cimétidine est, quant à elle, interdite chez les animaux de production.

Un veau Prim’holstein, d’environ deux mois et pesant 80 kg, présente du méléna et une douleur se manifestant par des grincements de dents et un dos voussé. En décubitus ventral et en position de “self-auscultation”, il présente, en outre, un abattement important, une anorexie, une douleur à la pression au niveau de l’hypochondre droit, une pâleur des muqueuses et une absence d’hyperthermie. Des ulcères hémorragiques non perforés de la caillette sont diagnostiqués. Un traitement de première intention est mis en place.

Bésortyl G.A.® : Efficacité limitée des hépatoprotecteurs

Bésortyl G.A.® contient des principes actifs régulateurs des fonctions hépatiques, biliaires et intestinales. Le sorbitol, transformé en fructose dans le foie, est diurétique. Il augmente également le débit de la sécrétion biliaire par stimulation de la libération de sécrétine. La bétaïne est un facteur lipotrope précurseur de la choline. Elle permet donc de protéger le foie d’une surcharge graisseuse lorsque les hépatocytes ne sont pas lésés. L’acide orotique provoque ou facilite l’excrétion de la bile contenue dans la vésicule biliaire. Il permet aussi une meilleure assimilation de l’azote de la ration en stimulant la transformation de l’ammoniac par les bactéries gastriques.

L’administration de Bésortyl G.A.® relève davantage de la diététique que de la pharmacologie. Son action ne s’exerce que sur des cellules saines ou peu altérées, ce qui limite son efficacité en cas d’atteinte hépatique avérée.

Rumigastryl® : La strychnine justifiée

Rumigastryl® contient des principes actifs régulateurs des fonctions biochimiques digestives, notamment gastriques. La strychnine contenue dans la noix vomique stimule l’activité motrice musculaire du tube digestif en augmentant l’excitabilité des centres réflexes bulbaires et en bloquant la libération de glycine, médiateur inhibiteur du système neurovégétatif. Le propionate sous forme de sel de calcium ou de sodium est un précurseur d’acides gras, donc de glucose ; en relançant la néoglucogenèse, il constitue donc une source énergétique recherchée lors d’absence ou de diminution de la motricité digestive.

Tagamet® : Efficace … et interdit faute de LMR

La cimétidine (spécialité humaine Tagamet®) est un antisécrétoire gastrique antagoniste des récepteurs H2à l’histamine. Sur le plan médical, l’administration par voie orale de Tagamet® est donc, dans le cas présent, justifiée comme traitement adjuvant des ulcères digestifs, notamment de la caillette, chez les animaux. En revanche, sur le plan réglementaire, l’administration de cimétidine est malheureusement interdite, par absence de LMR, chez les animaux dont la chair ou les produits sont destinés à la consommation humaine, y compris chez de jeunes veaux.

Cortexiline® et Sulfalutyl® : Quatre antibiotiques et un corticoïde, c’est trop

Cortexiline® contient la benzylpénicilline, bactéricide “temps-dépendant”, la néomycine bactéricide “dépendant”, un corticoïde et la méthylprednisolone. L’association de ces deux antibiotiques est justifiée sur le plan bactériologique, la benzylpénicilline renforçant en outre la pénétration de la néomycine dans la bactérie.

L’administration de Cortexiline® n’a pas d’intérêt en l’absence de fièvre, donc d’épisode septicémique. En outre, la méthylprednisolone peut, comme tous les AIS, être à l’origine de retards de cicatrisation des ulcères.

Sulfalutyl® contient deux sulfamides bactéristatiques, la sulfaguanidine et la sulfadimidine. La sulfaguanidine, très peu résorbée par voie orale, exerce une activité antibactérienne digestive en raison de sa concentration élevée dans le milieu digestif. La sulfadimidine, à résorption orale rapide et à distribution extracellulaire, renforce l’activité digestive de la sulfaguanidine, tout en permettant de lutter contre une éventuelle septicémie.

En première intention, l’administration de Sulfalutyl® seul suffit, dans la mesure où il permet de combattre l’infection bactérienne locale et l’éventuelle complication septicémique. Par ailleurs, il convient en pratique d’éviter l’association de plus de deux antibiotiques. La benzylpénicilline présente le plus souvent un effet antagoniste avec les antibiotiques bactériostatiques, comme la sulfadimidine.