Le point Vétérinaire n° 233 du 01/03/2003
 

GESTE DE BASE EN DERMATOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

PRATIQUER

EN IMAGES

Aurélie Pasquier

chargée de consultations, Service de parasitologie-mycologie, ENVA

Le calque cutané par impression ou étalement est un examen simple à réaliser qui apporte des indications précieuses.

Les calques cutanés et auriculaires sont, au même titre que le raclagecutané et l’écouvillon auriculaire, des examens couramment utilisés en dermatologie vétérinaire. Ils sont indiqués lors d’unesuspicionde dermatose infectieuse (bactérienne, à Malassezia, leishmaniose, etc.), allergique, néoplasique, auto-immune ou pour évaluer la composante inflammatoire de la dermatose.

Les indications des calques cutanés sont nombreuses [1, 4] :

– distinction entre une infection ou une colonisation cutanée (et/ou auriculaire) bactérienne ou fongique ;

– distinction entre une pyodermite bactérienne ou stérile ;

– orientation diagnostique lors desuspicionde réaction allergique ;

– orientation diagnostique dans les cas de suspicion de maladie auto-immune ou de processus néoplasique ;

– évaluation d’un traitement, en particulier lors de suivi auriculaire.

1 Matériel Le calque cutané ou auriculaire peut être réalisé de différentes façons selon le site de prélèvement. Dans tous les cas, il convient d’avoir à disposition : – des lames de microscope dégraissées ; – des cotons-tiges ; – un ruban adhésif de type Scotch®, choisi de telle façon qu’il ne s’enroule pas sur lui-même, ni ne se désintègre au contact du colorant ; – un scalpel ou une curette dans certains cas ; – une coloration rapide de type RAS 555® ou Diff Quick® ; – un microscope avec objectif à immersion (x100) et huile à immersion.

10 Granulocytes éosinophiles Les granulocytes éosinophiles ont généralement un noyau bilobé à chromatine mottée. Leur cytoplasme présente de nombreuses granulations éosino-philes, ce qui permet de les différencier, entre autres, des granulocytes neutrophiles. Ces granulations sont sphériques chez le chien, fusiformes chez le chat, et de petite taille dans ces deux espèces (par opposition au cheval par exemple). Leur présence peut être secondaire à celle d’ectoparasites ou associée à celle de neutrophiles dégénérés et de bactéries intracellulaires en faveur d’une furonculose. Elle est aussi parfois liée à une affection d’origine allergique (allergie féline, tel le complexe granulome éosinophilique félin par exemple, atopie, allergie alimentaire, etc.) [2].

11 Autres cellules visualisables La présence d’acanthocytes en grand nombre évoque l’évolution d’un pemphigus (en petit nombre, ils sont plutôt en faveur d’une dermatite suppurative). De nombreuses autres cellules sont identifiables avec cet examen : macrophages, lymphocytes, basophiles. Cependant, leur présence permet uniquement une orientation diagnostique et d’autres investigations, telles la ponction à l’aiguille fine ou la biopsie, sont à envisager.

2 Calque cutané La surface de la lame est directement appliquée et pressée sur la peau. Selon le site examiné (plus ou moins plan et facile d’accès) et la nature de la lésion (humide ou sèche), la lame est apposée à plat directement sur le site ou passée, toujours à plat, sur un petit pli de peau légèrement comprimé. Le contenu des pustules est examiné après que celles-ci ont été préalablement percées à l’aiguille fine stérile avant l’application de la lame. Lors de lésions croûteuses, celles-ci sont partiellement humectées ou, mieux, partiellement retirées. Le calque peut être effectué à partir de la surface cutanée sous la croûte, mais aussi de la face cutanée de la croûte. La lame ainsi préparée est ensuite laissée de côté pour sécher avant coloration. Certaines localisations comme les espaces interdigités, les plis de peau ou les conduits auriculaires, ne peuvent donc pas être prélevées par cette technique.

3 Calque par étalement Un coton-tige est utilisé pour les zones d’accès plus délicat comme le conduit auriculaire, les conduits nasaux, les espaces interdigités ou les lésions dermatologiques sèches ou lichéneuses. Il est utilisé sec (prélèvement de cérumen, d’exsudats, etc.), avec un simple passage sur le site de prélèvement, ou préalablement humecté (prélèvement sur les zones cutanées sèches) de manière à récupérer du matériel en frottant la surface de la peau.

4 Lors de prélèvement stérile pour une identification bactérienne précise associée à un antibiogramme, le calque par étalement est réalisé secondairement, par souci de non-contamination. Le coton-tige est ensuite roulé avec une certaine pression sur la lame de microscope de manière à y transférer le matériel sous forme de lignes peu épaisses. Les lames ainsi préparées sont ensuite laissées de côté le temps nécessaire pour qu’elles sèchent avant coloration. En cas de cérumen épais et gras, il est utile de passer la lame quelques secondes dans la flamme d’un briquet pour favoriser la coloration ; il convient ensuite de nettoyer délicatement, à l’aide d’un linge humide, la face de la lame qui ne porte pas le prélèvement afin d’enlever le noir de fumée.

5 Le Scotch-test Le Scotch-test peut être réalisé sur toutes les surfaces cutanées, hormis le conduit auriculaire. Cette méthode est particulièrement adaptée pour les espaces interdigités ou les zones de plis de peau, pour lesquels l’application directe d’une lame est peu aisée, et lorsque les lésions sont trop sèches pour être prélevées au coton-tige. Le Scotch est appliqué sur la zone à prélever, puis une pression avec le pouce (ou l’index) est réalisée sur cette dernière de manière à bien faire adhérer la surface du Scotch à celle de la lésion.

6 Coloration des prélèvements Les lames sèches sont ensuite fixées puis colorées, à l’exception du Scotch-test pour lequel le passage en fixateur est souvent préjudiciable, (le passage dans l’éthanol entraîne souvent une opacification, donc une moins bonne observation). Les lames ou le Scotch-test sont trempés environ quinze fois une seconde dans chaque colorant, rincés à l’eau et, enfin, séchés avant d’être observés au microscope en immersion (x100). Le Scotch, ainsi coloré, est collé directement sur la lame en vue de son observation. Une petite goutte d’huile à immersion entre la lame et le Scotch facilite l’adhérence homogène de ce dernier.

7 Bactéries Les bactéries apparaissent sous la forme de micro-organismes basophiles. Une identification précise n’est pas possible avec ce seul examen. Cependant, il est relativement aisé de distinguer : – les coques (arrondies par deux ou en tétrade) des bacilles (de forme plus allongée) ; – la position intra- ou extracellulaire de ces germes ; – la présence concomitante de granulocytes ou d’une autre population de cellules inflammatoires (présence, prolifération, colonisation). Il est ainsi possible de déterminer le degré de responsabilité des bactéries dans l’étiologie des signes cliniques.

8 Malassezia Malassezia pachydermatis est un hôte normal de la surface cutanée du chien et du chat, ce qui complique l’interprétation des cytologies. C’est le nombre de levures, selon le site de prélèvement (chez un chien sain, nombre supérieur au niveau des espaces interdigités ou des plis, par rapport à la peau du thorax par exemple) et la race (le basset hound sain, par exemple, présente davantage de Malassezia sur sa peau qu’un chien d’une autre race), qui permet de conclure au caractère normal ou anormal de leur colonisation et à leur rôle dans le tableau clinique observé chez l’animal. Leur adhérence aux cornéocytes est également un critère à prendre en compte pour juger de leur “agressivité” si leur présence est significative [3, 5].

9 Granulocytes neutrophiles Les granulocytes neutrophiles sont des leucocytes caractérisés par des granulations cytoplasmiques et par un noyau polylobé qui leur vaut le synonyme abusif de “polynucléaires”. Ces cellules jouent un rôle fondamental dans les défenses non spécifiques de l’organisme (la phagocytose des bactéries par exemple) et dans le processus inflammatoire. Leur mise en évidence au sein d’un prélèvement est donc fondamentale, puisque les termes de “pus”, de “pyodermite”, de “purulente” ou encore de “suppuré” ne peuvent être utilisés dans le cas contraire [2].